‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la Renaissance (volume 3)Chapitre 88 sur 168 · CORNEMUSE · texte numérisé non relu

CORNEMUSE

au xiif siècle *. Ce n'est qu'une grosse chevrette, garnie d'une pipe et d'une flûte plate percée de trous (fig. 1). La flûte, terminée par une tête d'animal en guise de pavillon, s'emmanche dans une autre tête de hête attachée au col de la peau de bouc. Le corps de la flûte possède un renfort du côté de la main droite, dont nous ne comprenons pas l'usage. Dans cette chevrette, le hourdon n'existe pas encore.

non plus que le 'petit bourdon. Dans un manuscrit du xiv' siècle % nous voyons déjà cependani: une cornemuse garnie du bourdon (fig. 2); sa flûte est percée de sept trous. Un autre manuscrit du

commencement du xv' siècle ' reproduit également une cornemuse avec son bourdon parfaitement caractérisé, posé sur l'épaule du joueur (fig. 3). Mais la flûte est unique et la cornemuse ne possède

1 La construction de la maison des Musiciens de Reims date du milieu du xiii" siècle.

De 1320 environ: Lancelut du Lac, 2*= vol., Biblioth. impér. 3 De 1/130 environ, Biblioth. impér., latin, n" 873.

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pas le petit bourdon qui fait entendre la dominante dans les cornemuses modernes. Toutefois cette flûte est beaucoup plus longue que ne l'est le chalumeau actuel, lequel est petit et n'est percé que de trois trous * .

Il est possible que le nom de cornemuse n'ait été donné à la musette ou muse qu'après l'adjonction du bourdon, qui n'est qu'un cornet. Dans le Dict des rues de Paris, qui date du xiv' siècle, on lit ces vers :

« En la rue du Marmouset

« Trouvai un homme qui mu fet

« Une muse corne bellourde 2. j,

Ce passage concordant, comme date, avec la figure 2, permettrait de supposer qu'on donna, au xiv' siècle, le nom de muse-corne aux musettes garnies du bourdon.

CROUTH , s. m . Instrument à cordes et à archet. « Il y a , dit M. F'élis * , « deux sortes de crouth, lesquelles appartiennent à des épioques (f différentes. Le plus ancien de ces instruments est le crouth tritthant, (.( c'est-à-dire le crouth à trois cordes : il est vraisemblable que c'est (( celui-làdontparleVenance Fortunat\ Peut-être même ce crouith pri- « mitif n'avait-il que deux cordes, comme en eurent encore longttemps « après d'autres instruments. Un manuscrit duxf siècle, et quii pro- « vient de l'abbaye de Saint-Martial de Limoges ^ , contient que^lques « figures d'instruments grossièrement dessinées, parmi lesqueBlles il « s'en trouve une qui représente un personnage couronné, Uequel « tient de la main gauche un crouth à trois cordes qu'il joue ave<c l'ar- « chetde la main droite (fig.l). L'instrument se reconnaît à l'éîchan- « crure par où passe la main pour poser les doigts sur les cortdes. » Nous voyons encore le crouth figuré dans les voussures du p)ôflâil de l'église impériale de Saint-Denis (fig. 2 Toutefois cet hnstru-

* Dans la cornemuse moderne^ le bourdon fait la basse continue, le petit tbourdon donne la dominante, et le chalumeau sert à moduler les airs.

2 « Trouvai un homme qui m'a fait une cornemuse balourde, grossière. » Vojy. Fabl. et Contes, publ. par Barbazan. Crapelet, 1808, t. II, p. 251.

3 Ant. Stradivarius, origine et transformations des instruments à archoets, par M. F. J. Fétis. M. Vuillaume édit., Paris, 1856.

* Évêque de Poitiers, 565.

5 Antiphonaire de l'abbaye Saint-Martial de Limoges. Biblioth. impér., latin, in° 1118 (xi"^ siècle).

6 D'après un dessin fait en 1835, avant la mutilation de ces sculptures, au^ixquelles aujourd'hui on ne saurait se fier.

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ment semble appartenir plus parliculièrement à l'Angleterre gaélique et saxonne qu'à la France. Le croutli à six cordes succéda au croutli à trois cordes. M. Fétis ne saurait déterminer l'époque précise où cette modification se fit, Mais, en 1770, Daines Barrington avait en-

tendu jouer encore du crouth à six cordes par John Morgan, né en 1711 dans l'île d'Anglesey, et il fournit le dessin de cet instrument', dont M. Fétis donne la description suivante: « Cet instrument (lig. 3) « a la forme d'un trapézoïde allongé, dont la longueur, du sommet fi à la base, est de 0"',67; la plus grande largeur, près du cor-

1 Reproduit dans la notice précitée de M. Fétis.

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c( dier, est de 0"\27, et la plus petite, au sommet du trapèze, est (( de 0"',28. L'épaisseur de la caisse sonore, composée de deux « tables de sycomore et d'éclisses, est de 0'",05, et la longueur « de la touche est de 0'",28. Des six cordes dont l'instrument est

« monté, deux sont en dehors de la touche : elles sont pincées à vide « par le pouce de la main gauche ; les quatre autres, placées sur la « touche, se jouaient avec l'archet. Ces cordes sont attachées par « leur extrémité inférieure au cordier, lequel est fixé de la même « manière que dans les anciennes violes ou quintons. Dans certains « instruments, par exemple dans celui dont Daines Barrington a « donné la figure, ce cordier offre, au point d'attache des cordes, une « ligne droite et parallèle à la base du crouth (voyez la figure 3) ; « mais, dans d'autres, ce cordier a la direction oblique qu'on re- « marque dans celui de la viole bâtarde à six cordes. L'extrémité « supérieure des cordes passe par des trous percés dans le massif « du haut de l'instrument, s'appuyant sur des sillets, et est attachée

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« au revers de la tête par des clievilles, lesquelles se tournent avec « une clef ou levier, à la manière de la guitare

« La table est percée de deux ouïes rondes, dont le diamètre est (( de 0"',03. Le chevalet est la partie la plus singulière de l'instru-

« men t ; le haut du chevalet présente une ligne droite. Il résulte

« de cette circonstance, et de ce que le corps de l'instrument n'avait « pas d'échancrures pour le passage de l'archet, que celui-ci devait « toucher plusieurs cordes à la ibis, et par conséquent produire une

(( harmonie quelconque en raison du doigté Une autre parti-

« cularité du chevalet du crouth lui donne beaucoup d'intérêt pour « un observateur instruit : elle consiste dans l'inégalité de hauteur (( de ses pieds et dans sa position. Placé obliquement, en inclinant (( vers la droite, il aie pied gauche long d'environ 0'",7. Ce pied entre <( dans l'intérieur de l'instrument par l'ouïe gauche, s'appuie sur « le fond, et le pied droit, dont la hauteur est d'environ 0'",02, eso (( appuyée sur la table, près de l'ouïe de droite. 11 résulte de celle (( disposition que le pied gauche remplit les fonctions de l'âme dans (( le violon, et qu'il ébranle à la fois la table, le fond et la masse d'air (( contenue dans l'instrument. — a Cette description du savant professeur est des plus curieuses et elle fait assez voir combien l'arl du luthier était perfectionné au xv' siècle, car les crouth à six cordes sont mentionnés dès cette époque. Le dos du crouth à six cordes était voûté, c'est-à-dire que la table de dessous était convexe, ce qui donnait plus de sonorité à l'instrument. M. Fétis considère le croulh comme le père, en Occident, des instruments à archet ; il est à croire qu'il a raison. Mais cet instrument, peu usité en France à la lin duxf siècle, était remplacé par la rubèbe ou la gigue, instrument à arcliet monté à trois cordes, puis par la viole ou vièle, montée à quatre et môme cinq cordes. (Voy. Gigue, Vièle.)

DOUÇAINE, s. f. {douceim>). Il nous serait difficile de donner sui cet instrument des renseignements quelque peu précis. Des auteurs

1 INolre ligure 3 donne en A la face antérieure du crouth, en B son prolil, et en C 1j coupe faite sur ab. Celte coupe l'ail voir commciil le chevalcl pose un rte ses pieds »ui la lable de fond. En D, est liguré un archet copié sur une peinture du xv"^ siècle.

3rétendent que la douçaine est un instrument à vent, une sorte de lûte * ; d'autres assimilent la douçaine à une vielle ou viole, se rapprochant par la forme du corps sonore, de l'instrument à cordes qu'on appelait mandore au xvi' siècle. La douçaine alors aurait été pincée. Nous sommes porté à croire cependant que la douçaine était une seconde flûte ; car, dans les textes, cet instrument est cité parmi des instruments à vent. (Voy. Flûte.)

FLUTE, s. f. {fhiste, fleute, flahitiele^ flajos^ flajole). Dans des manuscrits qui datent du x' siècle, on voit souvent la flûte double figurée, et cet instrument se retrouve jusque vers la lin duxm' siècle.

Voici, ligure 1, un joueur de flûte double à deux embouchures, représenté sur une vignette du x' siècle ^, et, figure 2, une flûte double dont les corps sont unis par une frette et qui se termine par un seul pavillon \ L'un des tubes de ce dernier instrument est percé de cinq trous, l'autre de six, mais le dessinateur a-t-il supposé

> Bisi. (le la vie privée des François, par Legrand d'Aussy, t. III^ p. 382. "- Bible, fonds de Saint-Germain, latin, Biblioth. impér. (x° siècle). 3 Antiphonaire provenant de l'abbaye Saint-Martial de Limoges (xi'^ siècle), Bibliothèque inipér.

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[ FTATTE ]

l'un des trous bouclié par le petit doigt de la main droite? Cependant si grossières que soient les vignettes qui ornent cet antiphonaire, l'artiste semble, dans toutes, avoir eu la prétention d'indiquer exactement, au moins, le nombre des cordes et le nombre des trous sur les divers instruments qu'il reproduit.

La flûte simple et la flûte double datent d'une bnute antiquité. Dans les débris de l'époque gauloise et gallo-romaine, on trouve souvent des fragments de flûtes d'os, ce qui permet de supposer que nos aïeux prisaient fort cet instrument. Les jongleurs, les ménestrels, jouaient de la flûte pour accompagner les danses, les tours de leurs confrères, et aussi lorsqu'il s'agissait de précéder certains personnages ou des gens qui allaient se réjouir quelque part. Il s'agit d'un jeune chevalier, modèle de prouesses et de belles manières :

« Si tos con entrés estoit mais,

« A Taj ornée se levoit,

« .V. jongleres od lui menoit,

« Flahutieles et caliamiaus,

« Au bos s'en aloit li dansiaus ' ;

« Le rr>ai aportoit à grant bruit,

« Molt par estoil de grant déduit »

Lors de la déditacedu monastère du Mont-Saint-Michel, le peuple du bourg se livre à toutes sortes de réjouissances :

^ « I,e damoisei » .

- J/ii (V Igaaurh, vnrs 27 et suiv. (xiii' siècle). 3 Fresteal, frestel, ou sistre. C'est la (lùte de Pan. Roman du moni Saint-Michel, vers 781 et suiv. (xni<' siècle).

« Cors e boisines e fresteals ^ « E fleutes e clialemals « Sonnoeut si que les montaignes (( En retintoent et les pleignes *. »

Les ménestrels, en jouant de la flûte, s'accompagnaient souvent d'un tambourin maintenu sur l'épaule gauche au moyen d'une

courroie, et qu'ils faisaient résonner sourdement avec la tête. Une des statues de la façade de la maison des Musiciens à Reims, reproduit un de ces jongleurs (tig. 3*). Cette manière de jouer

de la flûte avec accompagnement de tambourin s'est perpétuée jusqu'au commencement du siècle dans les campagnes. La flûte que

' Milieu du xiu*" siècle.

donne la figure 3 est percée de quatre trous, très-probablement ; la main droite paraissant boucher le quatrième.

Il pfiraîlraii qu'au xiii'^ siècle, les ménestrels jouaient aussi de la flûte double dont les tubes étaient de longueurs inégales. C'est du moins ce que forait supposer une vignette très-intéressante d'un manuscrit de la Bibliothèque impériale ' (lig. Cette petite peinture montre trois ménestrels : l'un joue delà vielle ou de la viole; le second embouche deux flûtes d'inégales longueurs, à large pavillon comme nos clarinettes ; le troisième Trappe sur un tambourin carré, qui n'est autre chose qu'une peau tendue sur un châssis, pendant qu'un quatrième personnage tire du vin pour rafraîchir les musiciens.

Au XV' siècle, on se servait de flûtes de cuir bouilli qui faisaient le dessus de l'instrument appelé serpent en ces derniers temps, et dont on usait non-seulement dans les églises, mais aussi dans les concerts profanes (voy. Serpent). M. Fau, qui possède une collection d'instruments de musique anciens, recueillis avec un goût partit et une connaissance rare de ces objets, a bien voulu nous permettre d'en dessiner quelques-uns, parmi lesquels se trouve une de ces flûtes (fig. 5). Le corps de l'instrument, ondulé, est complètement i'aconné en cuir bouilli (l'un beau noir. La tète seule, qui forme pavillon, est peinte. La section du tube est un octogone (voy. en A) de 0"',035 de diamètre au point le plus fort. Le dessous de la tête (voy. en B) est percé d'un trou. Six trous sont percés sur le dessus du tube, et un seul en C au-dessous. L'embouchure, qui n'existe plus, était d'ivoire et liémisphérique (voy. en D). L'instrument porte 0"',00 de longueur.

La flûte travcrsière paraît avoir été en usage dès le milieu, du xiV siècle, puisque Eustache Deschamps la mentionne •. Ce poète musicien, puisqu'il a composé une sorte de traité sur la musique, a laissé une jolie ballade intitulée : « Du métier pro/ilable. » 11 n'en est que deux, dit-il, celui du ménestrel et celui du jongleur :

« Ces deux ont partout l'avantaige, « L'ua en janglant, l'autre à corner (( Des instrumens; lequel prendray-je ?

« Com[iains, apran à flajoler.

« Les baulx instrumcns sont trop cliers, (( î.a li.irpe loul bassement va ; « Vielle est jeux pour les niousliers, « Aveugles cliil'onie aura,

' Ancien f.mds Saint-Germain, n" 37 (xili-^ siècle). - Suus le nom de flcuilie Iravcrsaine .

[ FRÉTEL ]

« Choro bruit^ rolhe ne plaira, « Et la trompe est trop en usaige ; « Aussis est du foui le langaige ' ; (( ISéantmoins pour plus proufiter, « Avoir argent, robe, héritaige, « Compains, apran à flajoler.

« Car princes oyent voluntiers

« Le flajol ". »

A en croire Eustache Descliamps, la llûte, le flageolel, étaient fort en honneur de son temps, et la plupart des instruments joués par les ménétriers étaient alors relativement peu prisés.

A la fin du W siècle, dans les concerts, on jouait d'une grande flûte qu'on appelait flûte bruyante, et qui avait quelques rapports avec notre grande clarinette, sauf les clefs.

FRÉTEL, s. m. {frestel, fresteal, sistre). Flûte de Pan. Cet instrument, bien connu de l'antiquité, se compose, comme on sait, d'un certain nombre de tuyaux (roseaux) de différentes longueurs, assemblés les uns à côté des autres, et donnant plusieurs notes lorsque l'exécutant souffle obliquement dans chacun d'eux.

Cet instrument fut également usité pendant le moyen âge, et faisait sa partie dans les concerts. Au xi^ siècle, on le voit repré-

senté dans l'antiphonaire provenant de l'abbaye de Saint-Martial de Limoges' (iig. i). Les sept tuyaux qui forment l'octave sont enveloppés dans une chape ; l'auteur du dessin a indiqué les sept trous des tuyaux, seuls ouverts pour recevoir le souffle de l'exécutant.

1 Nous n'avons pu trouver la signification du mot uussis.

2 Eustache Deschanips, Ballades.

3 Biblioth. impér., latin, n° 1118.

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