‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la Renaissance (volume 4)Chapitre 12 sur 48 · ESCABEAU · texte numérisé non relu

ESCABEAU

de sa liberté. Nous voyons que, pour rompre cette monotonie de poses, les hommes ont pris l'habitude de parler debout aux femmes assises; mais celles-ci, le cou tendu, la tète levée, éprouvent de la fatigue, et bientôt de l'ennui par conséquent. Nous avons, au contraire, observé que, les hommes étant assis plus bas que les femmes, chacun se trouve dans la posture qui prête le mieux à une conversation suivie.

Les escabeaux étaient donc nombreux dans les appartements du moyen âge; ils accompagnaient les grands sièges, et les hommes, dans la familiarité, les prenaient volontiers. Chez les gens riches, ces escabeaux étaient couverts de petits coussins ou de banquiers

« Item, en la chambre des dames doit avoir une chaire à doz « emprez le chevet du lict, couverte de velours ou d'aultre drap de « soye, ne chault de quelle couleur il soit; mais le velours est le « plus honorable qui le peut recouvrer. Et au plus près de la chaire « y aura place où l'on peut mettre un petit banc sans appois (sans a appui ni bras), couvert d'un banquier, et des quarreaux de soye « ou aultres pour s'asseoir quand on vient veoir l'accouchée 2. »

Nous donnons, pour clore cet article, un joli escabeau copié sur les bas-reliefs des stalles de la cathédrale d'Amiens (voy. fig. 3).

1 Pièce d'étoffe jetée sur un banc.

2 Alienorde Poictiers, les Honneurs delà cour, xve siècle.

FAUTEUIL, s. m. (fadesteuil^faudesteuil^faudestuef^faudestuel11). C'est un pliant de bois ou de métal que l'on pouvait transporter facilement, et qui, recouvert d'un coussin et d'une tapisserie, servait de siège aux souverains, aux évêques, aux seigneurs : c'est, à proprement parler, un trône. Le plus ancien de ces meubles connu est certainement le fauteuil dit de Dagobert, conservé dans le Musée des Souverains, provenant du trésor de Saint-Denis, et ctont la fabrication est attribuée à saint Éloi. Nous ne reviendrons pas sur ce qui a été dit à propos de ce précieux meuble par M. Ch. Lenormant 2 ; la notice de ce savant archéologue est aussi complète que possible, et nous paraît prouver, de la manière la plus évidente, que le trône de Dagobert appartient aux premiers temps mérovingiens, et n'est pas, comme on l'a prétendu, une chaise consulaire antique. Cette forme de siège se trouve d'ailleurs reproduite dans les manuscrits d'une époque fort reculée (vme, ixe etx° siècles), et persiste jusqu'au xve siècle. Que le faldistorhim soit une tradition antique, cela ne peut être nié ; mais le moyen âge en fit de nombreuses applications, et le fauteuil fut toujours considéré comme un siège d'honneur. « Le fauteuil de l'évêque, dit Guillaume Durand3, «. désigne la juridiction spirituelle qui est annexée à la dignité pon- « tificale.... »

« El f'audestuel ont Àymcri assis « Et la contesse joste l'Empereriz.

« El faudestuef d'or l'aserront, « Uluecques le couronneront.

Il . ...... 5 n

1 « Faldistorhim, sella plicatilis... » (Du Cange, Gloss.) — « Unam cathedram, quam faudestolam vacant... » (Matlh. Paris, in Vitis abbat. S. Albini.)

2 Mélanges d'archéol. par les RR. PP. Martinet Cahier, t. I, p. 157. Et à la suite de la notice de M. G. Lenormant, la gravure fidèle du fauteuil de Dagobert.

3 Rational, lib. Il, cap. xi.

4 Guill. d'Orange, vers 2858 et suiv., édit, de la Haye, 1854.

5 Le Lusidaire, manuscr.

Voici (fig. 1) Nabuchodonosor assis sur unfaudesteuil copié sur un manuscrit du ixe au xe siècle1. Ce meuble est élevé, les pieds du roi ne touchent point à terre. Nous ne pensons pas que ce soit là une fantaisie du dessinateur, car cet exemple n'est pas le seul. Les personnages considérables étaient mis ainsi en évidence, sans qu'il fût nécessaire de monter le siège sur une estrade. Et en effet, comme le disent les deux derniers vers cités, il fallait asseoir le prince, le

porter sur le faudesteuil. Ce n'était pas sans raison que ces meubles se pliaient facilement; dans les temps mérovingiens et carlovingiens, les souverains étaient souvent en campagne. Grégoire de Tours nous fait voir sans cesse le roi recevant en plein champ sous une tente ou môme à l'abri des forêts. On ne pouvait transporter, sur des chariots qui suivaient la cour, un mobilier considérable ; on se contentait de quelques bancs assez bas, sortes d'escabeaux, et d'un trône pour le roi : ce trône était fait de façon à se plier. Cette vie nomade con-

1 Bible manuscr., n° 6-3, Biblioth. impér.

tribua, nous le croyons, autant que les traditions romaines, à conserver le faudesteuil comme un siège d'honneur chez les grands, à cause de la facilité avec laquelle on pouvait le transporter et le monter en tous lieux ; alors on tenait à ce qu'il fût assez élevé pour dominer une assemblée de personnes debout. Plus tard, en conservant la forme traditionnelle de pliant donnée au faudesteuil, ces meubles n'étant plus sans cesse chargés sur des chariots ou sur des bêtes de somme, on les fit plus larges et on les posa sur une estrade, où ils furent accompagnés d'un escabeau, sur lequel les pieds du personnage s'appuyaient. « L'escabeau, dit Guillaume Durand1 , ou marchece pied (scabellum) (qui accompagne le faudesteuil), désigne la puisce sance temporelle, qui doit être soumise à la puissance spirituelle. . . » C'est possible ; mais il devient un appendice obligé des fauteuils laïques aussi bien que des trônes épiscopaux dès le xnc siècle.

La figure "2 nous montre un roi assis sur un faudesteuil, avec un large escabeau en avant 2. Ce siège est fort élevé, et présente cette particularité que les deux montants de derrière sont beaucoup plus hauts que ceux de devant; ce n'est plus là, par conséquent, un meuble facile à transporter. Au xne siècle déjà, le trône dit de Dagobert avait été restauré par Suger,et de pliant il était devenu rigide, au moyen de l'adjonction d'un dossier de bronze \

1 Rational, lib. II, cap. xi.

2 Bible franc., manuscr. de 1294, n° 35, biblioth. du Corps législatif.

3 Voyez les Mélanges archéol. de* RR. PP. Martin et Cahier.

Contrairement au dernier exemple (fig. 2), les branches du faudesLeuil sont habituellement terminées, à leur partie supérieure, par des têtes d'animaux. M. C. Lenormant regarde l'adjonction destêtes et pattes de lion aux branches de la chaise curule antique comme une modification qui eut lieu sous l'influence des idées chrétiennes. « Le lion, dit-il, est, dans le langage allégorique de notre religion, « l'emblème de la justice, à cause des deux lions qui formaient les « bras du trône de Salomon, le roi juste par excellence, et les douze « lionceaux qui en ornaient les marches. » Cependant les tètes

d'animaux qui terminent les quatre montants du trône de Dagobert sont des tètes de panthère, ainsi que celles figurées sur le dessin (%. "2 dis) \ Ce dernier exemple nous fournit encore un renseignement précieux : c'est la draperie ou tapis jeté sur le faudesteuil et qui tombe jusque sur le marchepied. Nous voyons ce morceau d'étoffe figuré sur presque tous les trônes pliants du xir siècle, et plus tard il prend une grande ampleur.

Les sceaux royaux français, à partir du xif siècle jusqu'au xvc, présentent des exemples assez nombreux de trônes pliants, rarement avec des tètes de lion ; ce sont des panthères, des dragons,

1 Munuscr. d'Herrade de Landsberg, xlie siècle, bibliotli. de Strasbourg, i

[ FAUTEUIL | — ll/l —

par des têtes d'aigle, peut-être, ainsi que l'observe M. Ch. Lenormant, en l'honneur du patron du roi, saint Jean.

Au xive siècle, les faudesteuils royaux sont accompagnés de dossiers avec dais et estrade; des lionceaux servent de marchepied. C'est ainsi qu'est figuré le fauteuil de Charles Y sur le sceau de ce prince. La ligure 3 nous montre ce meuble, que la belle exécution du creux permet de rétablir d'une façon complète.

Mais, vers le xve siècle, les formes du faudesteuil s'altèrent ; ne conservant du pliant que l'apparence, il est accompagné de dossiers, de barres, qui le rendent fixe et lourd. Nous donnons comme un des derniers vestiges de ce meuble un fauteuil copié sur les bas-reliefs de bois des stalles de la cathédrale d'Amiens (fig. h). Il est décoré de

franges attachées aux barres horizontales , suivant un usage assez répandu à la fin du xve siècle, au moyen de bandes de fer battu étamé clouées sur le bois; plus tard encore, les bandes de fer sont remplacées par des galons de passementerie. Ces petites franges se retrouvent sur les bois des fauteuils jusque vers le milieu duxvif siècle.

FORME, s. f. (fourme). Mot qui s'emploie quelquefois comme chaire (siège) , mais plus généralement comme banc divisé enstal es, avec appui, dossier et dais. On donnait aussi le nom de fourmes aux stalles des églises. Nous n'avons pas à nous occuper ici des stalles lises, qui sont immeubles; nous ne parlerons que des bancs divisés par des appuis, qui conservent le caractère d'un meuble pouvant être déplacé. Nous avons dit ailleurs déjà que les sièges étaient, pendant le moyen âge, de formes et de dimensions très-variées. Les grandes salles des châteaux étaient destinées à divers usages : c'était là qu'on recevait, qu'on assemblait les vassaux, que la famille se réunissait, qu'on donnait les grands repas, que le seigneur rendait la justice. La grand'salle était ordinairement terminée à l'une de ses extrémités par une estrade sur laquelle étaient disposées des formes de bois plus ou moins richement décorées et tapissées, servant de siège au chef de la juridiction seigneuriale et à ses assesseurs. Ces sièges avaient la forme d'un banc continu, mais où chaque place était marquée par une séparation ; habituellement la forme centrale était plus élevée que les autres.

La forme est un siège d'honneur; elle n'est pas toujours accompagnée du dais, mais elle possède un dossier.

Les peintures murales, les vignettes des manuscrits et les basreliefs des xie et xii° siècles, nous présentent des formes généralement dépourvues de dais, mais divisées par stalles avec dossier. Pendant l'époque romane, et jusqu'à l'entier développement du style adopté au xme siècle, ces sièges à plusieurs places sont massifs et ne pouvaient se transporter facilement. S'ils sont de bois, ils paraissent taillés et sculptés à même d'énormes pièces de charpente. Ce n'est pas par l'élégante combinaison des différents membres fie la menuiserie que ces meubles se font remarquer, mais bien plutôt par l'éclat des peintures ou des étoffes dont ils sont couverts. S'ils se composent de riches matières, telles que l'ivoire, des bois précieux, de l'or, de l'argent, ou même de l'étain, leur caractère général conserve une certaine lourdeur en harmonie avec le style adopté dans l'architecture; mais ils se couvrent de dessins très-fins obtenus par des incrustations ou de la marqueterie.

Il n'existe plus nulle part, que nous sachions, de ces meubles entiers d'une époque aussi reculée ; on n'en trouve que des fragments épars dans des musées, fragments qui ont changé bien des fois de destination, et qui n'ont été conservés qu'à cause de la richesse des incrustations. Mais nous en trouvons un grand nombre dans les manuscrits carlovingïens et même dans ceux du xne siècle. Le beau

manuscrit d'Herrade de Landsberg, de la bibliothèque de Strasbourg, contient plusieurs formes qui paraissent être entièrement décorées de fines incrustations. Nous en choisissons une entre autres à trois places, servant de siège à trois apôtres. Plutôt que de copier en fac-similé cette vignette, qui explique grossièrement la combinaison et. les détails de cette forme, nous croyons plus utile pour nos lecteurs d'en donner ici (fig. 1) comme une sorte de traduction, afin de faire mieux comprendre la disposition et le mode de décoration de ce meuble roman. L'ivoire et l'os étaient, pendant toute

La période romane, souvent employés dans la composition des sièges, des tables, et des meubles à la portée de la main; ces matières étaient tournées, gravées de dessins délicats que l'on remplissait d'une matière noire, rouge ou verte, ou bien posées en placages également gravés, et collés ou cloués sur une carcasse de bois. G'estd' après ces données que nous supposons que la forme (fig. 1) est fabriquée. Les montants de face, les appuis et les pieds sont en partie composés de morceaux d'ivoire et de plaques gravés et niellés. L'appui est une marqueterie d'ivoire, de bois et de morceaux de métal ; un tapis sans coussins couvre la tablette servant de siège. Une marche de bois, plaquée d'ouvrages de marqueterie, est, suivant l'usage, placée en avant du siège. Toutes les salles intérieures des palais, des monastères et des habitations privées, à cette époque, étant toujours carrelées ou dallées, il était nécessaire de disposer sous les pieds des personnes assises un parquet tenant au siège.

Les formes romanes ou de la période ogivale conservent un aspect sévère, une sorte de rigidité que nous ne trouvons pas dans les autres sièges : c'est que les formes étaient destinées, dans l'ordre religieux ou civil, à des personnes remplissant de graves devoirs, pendant l'accomplissement desquels il était convenable de garder une posture décente. Nous voyons ces meubles garnis de tapis le plus souvent sans coussins. Les dossiers sont droits, les appuis disposés plutôt pour servir de séparation que d'accoudoirs. Vers la fin du xii" siècle, les dossiers prirent plus de hauteur, et plus tard encore ils furent souvent surmontés de dais. Nous trouvons dans quelques manuscrits des formes qui semblent avoir été disposées pour que les assesseurs* du personnage principal ne puissent converser eu Ire eux pendant la séance.

Nous donnons (fig. 2) un de ces sièges *. La forme centrale est élevée de deux marches et placée en avant des formes secondaires; ces dernières sont comme autant de niches de bois carrées, complètement séparées les unes des autres par des cloisons pleines. On comprend qu'une pareille disposition ne permettait aux assesseurs ou auditeurs aucune distraction ; mais aussi devaient-ils s'endormir volon t iers dans leur compartiment, pour peu que la cause ou la d iscussion se prolongeât.

S'il nous reste en France un assez grand. nombre de formes fixes ou stalles, nous n'en possédons pas de mobiles, composées d'un grand nombre de sièges. Celles que l'on voit dans quelques musées

1 Le Romuléon, manuscr. n° 6984, Biblioth. impér., XVe siècle.

ou collections particulières ne comprennent guère que trois places, et datent des xve et xvi° siècles; ce sont des formes provenant de pièces d'appartements privés pour la plupart. Ce qui distingue particulièrement les formes en usage dans l'ordre civil des formes usitées dans l'ordre religieux, c'est que les premières ne sont que des bancs divisés, tandis que les autres sont faites connue de véri-

tables stalles; c'est-à-dire que les sièges sont à bascule, se relèvent au moyen d'un axe, et permettent aux personnes qui veulent s'en servir, ou de s'asseoir sur la tablette abaissée, ou de se tenir à peu près debout, tout en s' appuyant sur une petite console ménagée sous la tablette relevée, console appelée patience ou miséricorde. Dans ce cas, la forme mobile n'est réellement qu'une fraction des stalles continues fixes. Nous pourrions donner des exemples de ces formes d'usage religieux tirés de manuscrits; mais les vignettes n'indiquent toujours que d'une manière assez vague ou conventionnelle les dispositions de ces meubles, et nous préférons présenter à nos lec-

tours une forme dont la composition est fournie par ces renseignements peints, et dont les détails sont tirés de stalles fixes existantes. Nous croyons donner ainsi à notre exemple une application plus utile1. La figure 3 explique clairement ce qu'était la forme d'usage religieux au xmc siècle.

Lorsque les trônes épiscopaux ne lurent plus placés au fond de l'abside, comme dans la primitive Église, on les disposa généralement à côté du maître autel : « Dans l'église cathédrale de Sens », dit le sieur de Mauléon {Voyages liturgiques en France), « vis-à-vis du « grand autel, du côté de l'épître, il y a un fort beau banc, grand et « long, composé de cinq sièges toujours en baissant, dont le premier, « qui est le plus haut, est pour le célébrant, et les autres pour les « diacres et sous-diacres. Immédiatement au-dessous est la chaire de (( l'archevêque, qui est assez belle et de menuiserie bien travaillée. » Le trône épiscopal se trouvait ainsi en haut des stalles du chœur et était souvent accompagné de deux sièges plus bas. Cet ensemble constituait une forme à trois places, et était décoré avec un certain luxe. Malheureusement lesxvn" etxvnf siècles firent disparaître ces beaux meubles des chœurs de nos églises, pour les remplacer par tic lourdes charpentes décorées de sculptures de mauvais goût et de draperies simulées en bois, avec force glands, nœuds et lranges également de menuiserie; ou bien encore, enlevés pendant la révolution, on leur substitua des estrades avec fauteuils et tentures provisoires, souvent d'un aspect peu convenable. Les prélats veulent avec raison aujourd'hui rétablir ces meubles nécessaires au service religieux, et beaucoup d'architectes cherchent, soit à se rattacher à des traditions perdues, lorsqu'il s'agit de replacer ces trônes avec leurs accessoires, soit à satisfaire au programme, en donnant un libre cours à leur imagination.

Au mot Trône, nous essayons de fournir les documents qui peuvent être utiles en pareil cas.

1 II existe, dans le musée de Cluny, une forme à Irois places qui provient de quelque salle capitulaire probablement; les sièges sont à bascule, avec miséricordes. Ce meuble date de la renaissance; mais il a certainement été recomposé en grande partie au moyen de divers fragments. Toutefois il est bon à consulter comme disposition générale. La forme présentée ici est prise de morceaux de boiseries placés aujourd'hui dans le chœur de l'église Saint-Andoche de Saulieu.

HERSE, s. f. {râtelier). Sorte de traverse de ter, de cuivre ou de bois posée sur un ou deux pieds, ou suspendue par des potences, suc laquelle on disposait des cierges dans les chœurs, à coté ou devant l'autel, devant les châsses des saints, près des tombeaux particulièrement vénérés, dans certaines chapelles. Ce meuble est encore en usage dans les églises ; il se compose habituellement aujourd'hui d'un triangle de fer hérissé de pointes verticales, en forme d'if, destinées à retenir de petits cierges.

« Entre le chœur et le sanctuaire (de la cathédrale de Lyon), au « milieu est un chandelier à sept branches appelé râtelier, en latin « rastrum ou rastellum J, composé de deux colonnes de cuivre « hautes de six pieds, sur lesquelles il y a une espèce de poutre de « cuivre de travers, avec quelques petits ornements de corniches et « de moulures, sur laquelle il y a sept bassins de cuivre avec sept « cierges qui brûlent aux létes doubles de première et de seconde

,( classe A cette porte (du haut du chœur) il (l'archevêque) salue

« d'une inclinaison de tête l'autel, puis étant à côté du râtelier ou « chandelier à sept branches, il ôte sa mitre 2. »

La gravure que le sieur de Mauléon donne de ce meuble esL fort grossière; elle ne peut que nous fournir un renseignement plus précis que le texte. Nous chercherons à l'interpréter ici du mieux qu'il nous sera possible (fig. 1). Les colonnes cannelées qui supportent la traverse feraient supposer que la herse de la cathédrale de Lyon pouvait appartenir au style du sanctuaire (fin du xif siècle), dans lequel on remarque un grand nombre de pilastres cannelés. L'une des deux colonnes porte un crochet. « L'encensoir est accroché, « dès le commencement de vêpres, au pilier droit du râtelier, et la « navette est au milieu de l'autel. Le thuriféraire, qui doit être sous-

1 » Orclo cereorurn instar rastri circa altare. Usus culturse cenoman. Mss. accendanlur «omnes lampades ecclesiœ et rastrum ante et rétro.» Gonsuet. Mss. S. Crucis Burdegal . ante anno 1305 : « Debent portari cadavera familiarium per quatuor familiares dicti mo- (( nasterii coram altari B. M. V. extra januaria ejusdem allaris, et rastellum ejusdem « altaris débet compleri de eandelis. » (Du Cange, Gloss.)

2 Voyages litury. en France, par le sieur de Mauléon, p. ht\.

« diacre et en aube et rabat, sans amict, prend l'encensoir en « passant 1 »

Les Iierses ou râteliers Fournissaient aux artisans du moyen âge un beau programme ; ils durent en profiter avec le goût qu'ils savaient mettre dans tous les objets d'un usage habituel. Les manuscrits et les vitraux reproduisent un grand nombre de ces meubles, dont il ne reste guère de traces dans nos églises.

La fig. 2 représente une herse figurée dans un des manuscrits de la Bibliothèque impériale 2 , dont la disposition est originale ; elle paraît être de métal, sa forme ne se prêtant guère à l'emploi d'une autre matière, et porte sept cierges. Quelquefois les herses se com= posaient simplement d'une tringle fixée à la muraille sur deux con-

1 Voyayes liturg. en France, par le sieur de Mauléon, p. 46.

2 Ancien fonds Saint-Germain, n° 37, xme siècle, Biblioth. impér.

soles : telle esl, celle que nous montre la tig. 3 \ Ce râtelier est posé à côté d'un autel, et devait recevoir les cierges que les fidèles fai-

saient brûler en grand nombre devant l'autel ou la statue de Notre-

1 Mss. des Miracles de la sainte Vierge, biblioth. du sémin. de Soissons (XIVe siècle) : « Du cierge qui descendi sus la viele au vieleeus devant lymage Notre-Dame. »

Dame. De là vient le dicton, lorsque quelqu'un avait évité un péril : « Il doit un beau cierge à la sainte Vierge. »

Dans le chœur de l'église cathédrale de Bourges il existait encore, au commencement du dernier siècle, ainsi que le constate le sieur de Mauléon dans ses Voyages liturgiques en France, une grande herse, dont il donne, du reste, une description assez vague : « Au

« pied du cierge, dit-il, qui brûle devant le Saint-Sacrement, est une « barre de fer grosse comme le bras, laquelle soutient une petite « poutre longue du travers du chœur, sur laquelle sont trente-deux « cierges. De là jusques à l'autel il y a six grands chandeliers de « cuivre hauts de quatre ou cinq pieds »

Les râteliers étaient souvent posés sur un seul pied ; c'étaient alors de véritables chandeliers. Beaucoup d'églises en possédaient, ordinairement à sept branches, en mémoire du célèbre chandelier du temple de Jérusalem. Un assez grand nombre de ces objets nous ont été conservés ; nous avons cru devoir les classer parmi les ustensiles (voy. Ghaïn délier).

Autour des tombeaux dans les églises, on plaçait aussi, le jour des Morts, de ces râteliers de fer ou de cuivre, que l'on couvrait de cierges. Les tombeaux élevés par saint Louis, dans l'église de Saint - Denis, aux rois de France ses prédécesseurs, étaient presque tous

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