‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la Renaissance (volume 4)Chapitre 18 sur 48 · LAVOIR · texte numérisé non relu

LAVOIR

tement de la fin du xvie siècle, dont la forme diffère de celle usitée jusqu'alors : la tige verticale, destinée à empêcher les bûches de rouler sur le pavé, a disparu et est remplacée par une pomme. Ces landiers paraissent combinés de façon k permettre de poser les pieds sur les deux volutes, afin de se chauffer plus facilement. Ils sont ornés de rosaces de tôle rivées sur le fer. La queue est de fer carré présentant sa diagonale parallèlement au sol de l'âtre; un ornement de tôle découpée, placé en B, cache le tenon de la grosse pomme; ce tenon passe à travers la queue du chenet aplatie, ainsi qu'on le voit en G, et est retenu par une clavette. Le landier représenté ligure 5, et dont le profil est tracé en A, provient d'une auberge de Froissy (Côtc-d'Or), et est fort petit.

L'époque de la renaissance apporta un grand luxe dans la composition des landiers ; mais alors ils sont presque toujours de fonte de fer coulée sur des modèles de cire exécutés souvent par de trèshabiles artistes. Ils sont ornés de figures humaines, d'animaux fantastiques, et le plus souvent ils étaient dorés ou argentés. Ce n'est guère qu'au milieu du xvnc siècle que l'on commença en France à fondre des landiers en cuivre. Ceux-ci ont complètement abandonné la forme haute primitive, et s'étendent, au contraire, en largeur devant le foyer, en se reliant même parfois au moyen de galeries destinées à empêcher le bois enflammé de rouler sur les parquets qui, dans les appartements riches, remplaçaient les anciens carrelages de terre cuite émaillée. L'Italie, Venise et Florence fabriquaient dès le xvie siècle de magnifiques landiers de bronze. Beaucoup de palais et de châteaux en possédaient dans le nord de la France.

LAVOIR, s. ni. (lavabo). Il était d'usage de placer, à proximité des réfectoires des établissements monastiques ou des palais, souvent dans la salle elle-même, de grands bassins de pierre, de marbre, de cuivre ou de plomb, destinés au lavement des mains avant et après le repas. On voit encore, dans un grand nombre de monastères, la place destinée à recevoir ces meubles d'un usage journalier J. C'est ordinairement une niche peu profonde, mais fort large, couronnée par une arcature soutenue par des consoles (voy. le Dictionnaire d'architecture, aux mots Lavabo et Réfectoire). Ces lavoirs étaient

1 Les ruines de l'abbaye de Beauport (Bretagne) possèdent encore une de ces grandes niches, surmontée d'une triple arcature supportée par des culs-de-lampe. M. Alf. Ramé nous a fourni un dessin de cette niche.

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munis d'une grande quantité de petites gargouilles qui répandaient l'eau sur les mains des personnes qui venaient laver. Quelquefois, dans les couvents, le lavoir était une grande vasque circulaire placée à l'un des angles du cloître (voy. le Dictionnaire a architecture, au mot Cloître). Mais ces derniers objets ne pouvant être considérés comme des meubles, nous n'avons pas à nous en occuper ici. Les lavoirs de bronze ou de plomb étaient fréquents ; il n'est pas besoin de dire qu'ils ont tous disparu des établissements monastiques pendant la révolution de 1793, et même avant cette époque, leur usage n'étant plus, pendant le dernier siècle, conforme aux habitudes des moines. Ces meubles étaient ordinairement en forme d'un grand coffre, long, assez profond, posé sur un appui au-dessous duquel était une auge de pierre ou de métal, recevant l'eau tombant par les gargouilles et F épanchant au dehors par une rigole. Un en voit des représentations assez grossières et fort simples dans des vignettes de manuscrits, et la reproduction de ces vignettes ne peut avoir plus d'intérêt qu'une description. Mais on trouve, dans la collection Gaignières de la bibliothèque Bodléienne, un grand dessin assez bien

exécuté d'un de ces lavoirs. À défaut de monument existant, nous devons nous trouver fort heureux de rencontrer une copie fidèle d'un meuble de cette importance \

Voici (fig. 1) une réduction de cette copie, au-dessous de laquelle est écrite cette légende : « Piscine ou lavoir dans l'abbaye de Saintce Àmand de Rouen, auquel sont les armes de plusieurs abbesses, et

1 Ce dessin, qui a 25 centimètres de long, el bien exécuté, se trouve dans le tome 1er des Épitaphes des églises de Normandie, p. 53, Biblioth. Bodl. Oxford.

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« qui a été fondu en 170*2 pour employer aux dépenses du bâtiment « neuf. »

Le lavoir est de bronze, divisé en trois compartiments, que l'on remplissait probablement en raison de la quantité de personnes qui venaient laver ; ou chaque compartiment, ainsi que les gargouilles y correspondant, était peut-être affecté aux différents degrés du couvent : aux abbesses, prieures, sous-prieures, etc.; aux nonnes et aux novices. Il est percé de onze gargouilles posées à des hauteurs différentes. Le dessin fait supposer que le bronze était émaillé sur les écussons armoyés et dans les bordures. La cuvette qui reçoit les eaux était également de bronze. Ce magnifique lavoir datait certainement de latin du xm" siècle ou du commencement du xive. La figure 2 en donne le détail.

Dans les palais, depuis le xme siècle, on ne se servait plus des lavoirs : lorsqu'on se mettait à table, des écuyers apportaient à laver, dans un bassin, au seigneur; des serviteurs, aux personnages moins élevés en dignité (voy. le Dictionnaire des ustensiles, au mot Bassin). Cet usage se conserva jusqu'au commencement du dernier siècle. C'était sur la crédence que l'on plaçait le bassin et l'aiguière destinés au lavement des mains avant et après les repas.

« Quand tous ceux-cy furent entrez, on prit aussitôt à l'autel de « la crédence un grand bassin d'argent doré avec une aiguière de « mesme estoffe, et d'un des côtés de la nef qui estoit sur la table « on prit une serviette plyée à fort petits plis. Avec tout cecy, les « trois que je viens de dire 1 se lavèrent tous les mains, puis ceux « qui cstoient de cette suittc auxquels on bailla d'autres serviettes,

« et aussitôt chacun se vint seoir 2 » Puis après le repas :

« Après que chacun se fut rassasié de ces délicatesses, on com-

« mença à desservir ceux du bas bout, car en ceste action là ils « escorchent l'anguille par la queuë. Et après qu'on eust tout osté on « apporta à ceux qui estoient demeurez à table (d'autant que la « pluspart s'estoient levez) un grand bassin d'argent doré avec un <( vase de mesme estoffe, et dedans de l'eau où avoit trempé de l'iris, « avec laquelle ils lavèrent leurs mains, ceux du haut bout séparé- « ment, et ceux qui estoient au-dessous ensemblement, et toutefois « (ajoute l'auteur de cette curieuse satire3), elles ne dévoient pas

1 Henri J 11 et deux de ses mignons.

2 L'Isle des Hermaphrodites, pour servir de supplément au Journal de Henri III. Cologne, 1624.

3 D'Aubigné, croit-on.

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