LAMPES! ER
d'un cercle de métal ciselé, ainsi que l'indique la ligure 5, copiée sur l'un des bas-reliefs du porche nord de la cathédrale de Chartres (xnf siècle). Souvent aussi les lampes sont disposées autour d'une
roue, et le lampier était alors appelé roue. Dans un des vitraux de l'église Saint-Martin de Troyes, représentant sainte Anne et saint
Joachim apportant un agneau dans le temple, on voit une roue entourée d'un certain nombre de godets, et sous laquelle est suspendue une dernière lampe (fig. 6). Ce vitrail date du xvf siècle.
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Il paraîtrait, en consultant les bas-reliefs et les vignettes des manuscrits, que la l'orme circulaire donnée aux couronnes de lumières, ou lampiers, serait la plus ancienne. La division en lobes semble
avoir été préférée pendant les xne et xin° siècles. Dans les peintures des xive et xvc siècles, on en voit qui semblent adopter, en plan, la ligure d'une étoile à six ou huit brandies. Il en existe aussi en forme de croix, dans les églises -qui subissent l'influence byzantine. A
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Saint-Marc de Venise, on voit encore, suspendue à la coupole de la nef, une croix de cuivre qui parait remonter au xine siècle, et qui servait de luminaire les jours fériés. Les bras de cette croix lumineuse sont doubles et se coupent à angles droits, ainsi que l'indique la figure 7. Les godets contenant l'huile se trouvaient suspendus entre les brandies de ce lampier, au moyen de chaînettes.
La croix illuminée est une fort ancienne tradition, dont on retrouve la trace dans des manuscrits carlovingiens et beaucoup plus anciennement clans les peintures des catacombes de Rome 2. Nous devons mentionner aussi les lampes que l'on plaçait sur les tombeaux élevés à l'extérieur des églises. Cet usage était usité chez les chrétiens de Syrie dès le ivu siècle ; nous le retrouvons adopté chez les Occidentaux jusqu'à la fin du xvi° siècle. Le nombre de renseignements précis qu'il est possible de recueillir encore sur les lampiers, si communs dans nos églises pendant le moyen âge, indique assez l'importance de ce meuble, le luxe avec lequel il était traité, la richesse des matières employées. Il est certain que les orfèvres de cette époque avaient déployé, dans la fabrication de ces objets, toute leur habileté, ce goût parfait qui distingue leurs œuvres ; employant à la fois le cuivre doré, le vermeil, les fines dentelures, le cristal, les émaux, ils avaient su donner aux grandes couronnes de lumières un aspect éblouissant qui représentait aux yeux des fidèles, les jours de fête, l'image de la Jérusalem céleste. Ces grands cercles lumineux complétaient l'éclairage des chœurs garnis de nUeliers, de nombreux candélabres, de flambeaux autour de l'autel, de cierges sur les tombeaux.
LÀNDÏER, s. m. (chenet). Les cheminées, dans les habitations du moyen âge, étaient larges et hautes. Généralement un homme pouvait y entrer debout sans se baisser, et dix ou douze personnes se plaçaient facilement autour de l'àtre 3. Il fallait, à l'intérieur de ces cheminées, de forts chenets de fer, désignés alors sous le nom de landiers, pour supporter les bûches énormes que l'on jetait sur le foyer et les empêcher de rouler dans l'appartement. Il y avait les landiers de cuisine et les landiers d'appartement. Les premiers étaient assez compliqués comme forme, car ils étaient destinés à plusieurs usages. Leur tige était munie de supports ou crochets pour recevoir
' Voyez la Bible d'Alcuin, Bi'it. Mus.
2 Voy. Rorna subterranea, tab. secund. cœmeteiii potlani via Portuensi ! une croix" peinte suf les bras de laquelle sorit posés deux flambeaux.
3 Voyez le mot GiiEtoiNÉE dans le Dictionnaire raisonné d'urchiteddre.
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les broches, et leur tète s'épanouissait en forme de petit réchaud pour préparer quelques mets, comme nos cases de fourneaux, ou pour maintenir les plats chauds. Dans les cuisines, l'usage des four-
neaux divisés en plusieurs cases n'était pas fréquent comme de nos jours ; les mets cuisaient sur le feu de la cheminée, et l'on comprend facilement que ces foyers ardents ne permettaient pas d'apprêter certains mets qu'il fallait remuer pendant leur cuisson ou qui se pré-
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paraient dans de petits poêlons. Les réchauds remplis de braise h la tête des landiers, se trouvant à la hauteur de la main et hors du foyer de la cheminée, facilitaient la préparation de ces mets.
Nous donnons (fig. 1) un de ces landiers de cuisine déposé au musée de Cluny. Sa hauteur est de lm,12; le diamètre du réchaud supérieur est de 0,n,25. A la base de la tige, on voit trois crochets destinés à supporter la broche. Vers la partie supérieure de la tige est un crochet recouvert A, muni d'une boucle B, à laquelle étaient suspendues les petites pincettes destinées à attiser le feu du fourneau supérieur C, une cuiller de fer ou une fourchette, pour retourner les viandes ou remuer les sauces. Cette boucle, dont nous donnons le détail en E, était faite de façon que les pincettes, en raison de la forme de leur tête G, pouvaient facilement être suspendues au crochet F. Les objets accrochés aux boucles E servaient également pour le rôti. On voit en C le réchaud de fer battu qui se posait sur la tète D du landier, pour recevoir la braise. Les gens de la cuisine mangeaient même sur ces petits fourneaux, tout en se chauffant1. Quelquefois, mais plus rarement, la tête du landier se divisait en deux réchauds2. C'était donc alors quatre plats que l'on pouvait apprêter et faire cuire en dehors du foyer, sur lequel étaient suspendues une ou plusieurs marmites au moyen de la crémaillère et de trépieds, et devant lequel tournaient une ou deux broches garnies de plusieurs pièces. La cheminée suffisait seule ainsi pour apprêter un repas abondant (fig. 2).
Dans le Charrois deNymcs, IL livre de Guillaume d'Orange (chansons de geste des xie et xne siècles), il est question du bagage du prince porLé par trois cents bêtes de somme ; les meubles et ustensiles destinés à la*cuisine ne sont pas oubliés :
« Bien vos sai dire que reporte li tierz :
« Preoz et pailles, cliauderons et trepiez ,
« Et cros aguz, tenailles et landiers;
« Quant il venront el règne essilié
« Que bien en puissent atorner à mengier ;
« S'en serviront Guillaume le guerrier,
« Et eu après trestoz les chevaliers. »
La fig. 2 fera comprendre les divers procédés de cuisson employés simultanément autour de l'àtre. Ordinairement un gros anneau était
1 Nous avons encore vu cet usage conserve dans quelques campagnes de l'ouest et du centre de la France.
2 11 existait encore, il y a quelques années , des landiers à deux réchauds dans une
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fixé à la tige des landiers pour pouvoir les remuer avec plus de facilité, lorsqu'on voulait les éloigner ouïes rapprocher l'un de l'autre, suivant le besoin. La même ligure montre la disposition de ces anneaux. Les landiers de cuisine sont simples, quoique forgés avec grand soin; mais ceux qui devaient être placés dans les appartements
étaient souvent fort riches, ornés de brindilles de fer étampé soudées sur la tige, de pièces de forge finement exécutées. On rencontre peu de landiers antérieurs au xve siècle qui aient quelque valeur comme travail, ces objets ayant, depuis longtemps, été vendus comme vieille ferraille. Nous en avons dessiné un cependant qui existait encore, il y a quinze ans, dans une maison de Vézelay, et qui
cuisine dépendant de l'hôtel de la Poste à Saulieu; on eu trouve un assez grand nombre dont les deux branches supérieures sont conservées, mais dont les réchauds ont été enlevés, dans les provinces du centre de la France.
provenait probablement de l'abbaye \ Cette paire de landiers datait certainement du xine siècle ; elle était d'une exécution assez grossière, mais d'une belle forme et bien composée. Nous reproduisons ici (fig. 3) notre croquis. Ce landier est formé d'une tige de fer plat de 0"\05 sur 0m,02 à 0m,03 de gros, gravée, et sur laquelle sont soudées des embrasses d'où s'écbappent des feuilles étampées et soudées
après ces embrasses. L'extrémité supérieure du landier se compose d'une tête d'animal fort bien forgée et soudée sur la tige; une des embrasses maintient un anneau ; le pied se termine en jambes d'homme. La queue du Landier, destinée à supporter les bûches, est rivée au moyen de trois gros rivets à tète ronde après la tige. Ce landier n'avait pas moins de 0m,90 de hauteur.
Voici (fig. h) un landier d'une cheminée d'appartement aujour-
1 Depuis lors nous avons recherché celle paire de landiers qui était d'une assez belle exécution, afin de l'acheter pour le musée de Cluny ; niais nous n'avons pu savoir ce qu'elle était devenue : il est probable qu'elle aura été, comme tant d'autres anciennes pièces de forge éparses dans nos petites villes de province, vendue avec de vieux fers.
d'hui conservé clans le musée de Cluny ; il est de fer fondu, probablement sur un modèle de bois, avec ornements appliqués en cire. La queue du landier est assemblée à tenon dans le pied de fonte et rivée, ainsi que l'indique la gravure ; sa hauteur est de 0m,64. Nous le croyons du commencement du xve siècle : on remarque sur sa face un écusson sur le champ duquel sont posées trois merlettes. A partir de cette époque, il n'est pas rare de rencontrer des landiers de fonte de fer. Il en existait deux il y a quelques années, posés en guise de
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bornes, sur la place de Saint-Taurin, à Evreux; nous ne savons s'ils s'y trouvent encore. Ces deux landiers de foute de fer paraissent appartenir aux dernières années du xive siècle et sont fort grands ; avec la partie des pieds enterrée, ils devaient avoir plus d'un mètre de haut. La portion supérieure, seule apparente, représente une figure d'homme debout tenant un écu et une massue ; l'écu et le vêtement de la figure sont échiquetés. M. de Caumont en donne un croquis dans le XIe volume du Bulletin monumental, page Qhh. Nous donnons (%. 5), pour finir cet article, un landier d'appar-