‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la Renaissance (volume 4)Chapitre 23 sur 48 · MIROIR · texte numérisé non relu

MIROIR

mais ils ne remontent pas au delà du xvie siècle. Il serait difficile de dire pourquoi ils ont cessé d'être en usage, chez nous, dans nos bibliothèques publiques ou privées, car ils présentent les plus grandes facilités aux personnes appelées à faire des recherches, aujourd'hui surtout que les études sur les livres anciens sont très-répandues, et que nos bibliothèques, à Paris du moins, sont encombrées de lecteurs.

MALLE, s. f. Coffre de voyage. La malle, pendant le moyen âge, accompagne presque toujours le bahut. « Pour h malles à la gardece robe du commun, 40 s. pour pièce, valent 8 1. Pour une grant « malle à chevaliers nouviaus, 30 s. ' » Elles étaient faites habituellement de drap vert. « Item, 2 aunes de vert (drap) pour faire malles 2. »

Ces malles ressemblaient à des ballots fermés par des courroies. MALLETTE, s. f. Petite malle.

MATELAS, s. m. Grand sac d'étoffe, rembourré de cosses de pois ou de laine, que l'on posait sur les bois de lit ou sur des bancs, pour s'asseoir ou se coucher. Les matelas étaient souvent faits, pendant le moyen âge, d'étoffes précieuses et décorés de broderies. (Voy. Coussins, Coûte, Lit.)

MIROIR, s. m. Pièce de verre étamé ou de métal poli destinée à refléter les objets. On ne possédait, avant le xvic siècle, dans les appartements, que de petits miroirs à main (voy. au Dictionnaire des ustensiles).

1 Comptes de Geoffroi de Fleuri : Comptes de l'argenterie des roi? de France au xive siècle, publ. par L. Douët d'Arcq.

2 Ibid.

NAPPE, s. 1'. Pièce de toile ou de lin que l'on posait sur les tables à manger, sur les dressoirs et les crédences (voy. Crédenge, Dressoir, Table).

« Et sur ce point on apporta la nappe,

« Où il congneut que le diner s'advance '. »

Les nappes de tables à manger, et principalement celles que l'on étendait sur les tablettes des dressoirs, étaient souvent très-riches, en linge damassé, avec bordures de velours et or, franges et soie, etc. Les nappes de table étaient doubles comme aujourd'hui, celle du dessous tombant jusqu'à terre, celle du dessus, le napperon, couvrant le milieu de la table et ne la débordant pas. Le plus beau linge de table damassé se tissait à Caen ; on l'appelait linge de haute lice. « Les artisans telliers, dit le sieur de Bourgueville, y repré- « sentent toutes sortes de lleurs, bestes, oyseaux, arbres, medalles, « et armoiries de roys, princes et seigneurs, voire aussi naifvement « et proprement que le plus estimé paintrc pourroit rapporter « avecques son pinceau 1 »

« Or demande le bonhomme, des napes, des touailles (serviettes) « ouvrées et blanches : mais on lui rapporte qu'il n'en peut point « avoir 3 »

Aujourd'hui, on met sur les autels des églises trois nappes, et autrefois la nappe de dessus devait descendre des deux côtés jusques à terre. Dans l'Église grecque, qui conservait religieusement les tra-

1 Les Lamentations Bourrien, H. Baude (xvc siècle).

2 Les Recherches et Antiquitez de la ville de Caen, par C. de Bourgueville, sieur de Bras, 1570.

3 Les Quinze joy es de mariage (xv° siècle), édit.Janet, 1853, p. 77. Le mot de touaille s'emploie encore, dans le midi de la France, pour serviette.

« Puis prens ton vaissel (graal) et le mets

« Sus la table

« Et là, en droit te serras tu « Et le cuevre d'une touaille. »

(Roman du Saint-Graal.)

ditions de la liturgie primitive, on mettait aux quatre coins de la table de l'autel quatre morceaux de drap qu'on appelait évangélistes, parce que, dit Thiers dans ses Dissertations sur les principaux autels des églises, « le nom et l'image de chacun des quatre évan-

« gélistes y étoient Sur ces quatre morceaux de drap, on mettoit

« une première nappe appelée ad carnem, parce qu'elle est la figure « du linceul blanc dans lequel le corps de Notre-Seigneur fut ense-

« veli Sur cette nappe, on en mettoit une autre de fil plus délié,

« parce qu'elle représente la gloire du Fils de Dieu assis sur l'autel

« comme dans son trône Enfin, on mettoit par-dessus ces

« quatre morceaux de drap et ces deux nappes un corporal, qui « estoit tout ensemble la figure de la mort et de la résurrection de « Jésus-Christ. »

Chez les Latins, dans les siècles primitifs, les traditions sont moins précises; il est question souvent de nappes de soie.

Saint Sylvestre (ivc siècle) fut le premier qui ordonna que les nappes d'autel fussent de linge blanc et non de soie teinte; et cependant Grégoire de Tours, sur la fin du vf siècle, parle de nappes d'autel de soie1, à propos d'un songe qu'il eut : « Putabam « me quasi in hac basilica sacro-sancta missarum solemnia cele- « brare ; cumque jam altarium cum oblationibus pallio serico

« coopertum esset » Enfin, Polydore Virgile dit 2 que ce fut

Boniface III (viic siècle) qui, le premier, ordonna que l'on couvrirait à l'avenir les autels de nappes blanches; cependant Thiers 3 ne considère pas le texte de cet auteur comme faisant autorité, et il ajoute, d'après Anastase le Bibliothécaire, que l'empereur Constance étant venu à Rome, et ayant visité l'église de Saint-Pierre, il y fit présent

d'une pièce de drap d'or pour couvrir l'autel Que le pape Zacha-

rie fit faire une couverture de pareille étoffe pour le même autel, sur laquelle il fit représenter la nativité de Notre-Seigneur, et qu'il l'enrichit de pierreries. Mais ces nappes étaient plutôt des parements d'autel que des nappes, comme celles adoptées depuis le xve siècle; car ces couvertures tombaient sur le devant de la table, et il est probable que les broderies et les pierreries se trouvaient sur la face vue de cette couverture. Nous penchons à croire qu'il en était de même des nappes d'autel données par le pape Adrien Ier à la basilique de Sainle-Marie-Majeure, nappes de toile d'or sur lesquelles

1 Hist. Franc, lib. VII, cap. xxil.

2 Deinventor. rer., lib. V, cap. vi.

3 Dissert, sur les principaux autels des églises, chap. XXI.

étaient représentées l'assomption de la Vierge, des fleurs et ligures avec bordure d'écarlate; de celles données par Léon III à la môme église, et qui représentaient, l'une la Nativité en broderie, l'autre des figures de griffons sur toile écarlate, des roues ornées de clous d'or, etc. ; la troisième, l'histoire de la passion, donnée à l'église de Saint-Laurent; et enfin des trois autres données à la basilique Saint- Paul : la première, de soie blanche, avec des clous d'or et l'histoire de la résurrection; la seconde, de soie à clous d'or, avec l'histoire de la nativité et des saints Innocents, et la troisième, d'écarlate, avec l'histoire de l' aveugle-né et une résurrection. Thiers considère aussi ces nappes d'autel comme servant également de parements; et, à l'appui de son opinion, il cite une nappe d'autel existant de son temps dans l'église de l'abbaye de Chaise-Dieu en Auvergne, laquelle « couvre le dessus, le devant et les côtés du grand autel ». Guillaume Durand, mort à la fin du xiiiu siècle, ne parle que de deux nappes sur les autels, pour marquer fhabit du corps et celui de l'esprit, et le corporal, de son temps, était une de ces deux nappes. Toutefois l'ordre de Cîteaux mettait, dès le xne siècle, trois nappes sur les autels de ses églises 1 .

Depuis le xvc siècle, les rubriques des missels et des cérémoniaux veulent trois nappes sur les autels, ou deux au moins, dont une pliée en deux. Le synode d'Angers, en 1507, et le concile provincial de Toulouse, en 1590, ordonnent absolument de mettre trois nappes sur les autels.

Quant à la forme donnée à ces nappes d'autel, nous ne pouvons en prendre une idée que d'après les bas- reliefs ou vignettes des manuscrits, les églises ayant depuis longtemps perdu ces couvertures sacrées. Or, les plus anciennes représentations d'autels que nous connaissions en France indiquent une nappe tombant des deux côtés de l'autel jusqu'à terre, et, par-dessus, le corporal plié.

Nous avons donné des copies de ces autels dans le Dictionnaire d'architecture (voy. le mot Autel, fig. G, 7, 12, 19, 21 et 22), et ces exemples appartiennent à des monuments des xic, xne, xme et xvc siècles.

Mais voici (fig. 1) un autel tiré d'un manuscrit de la fin du xnic siècle -qui indique d'une manière précise les trois nappes. Celle du dessous tombe sur le devant jusqu'à moitié de la hauteur de

1 Uz, c. 53.

2 Manuscr. de Y Apocalypse , appartenant à M. B. Delessert. Ouverture du cinquième sceau -, sous l'autel sont les âmes des martyrs, qui demandent vengeance au Seigneur.

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