POÊLE
«'otel Item ung aultre clrapt pert semé à figure de Madcllenc...
« Item ung drapt de vellours noir et la croys de damas roge figuré « à frenges 1 . »
Si les parements d'autel étaient souvent très-riches en broderie ou môme en peinture, ceux des retables ne l'étaient pas moins. On voit, dans le musée du Louvre, un parement de retable de soie peinte d'une très-grande dimension et provenant de la cathédrale de Narbonnc (voy. Retable). Le musée du Grand-Jardin, à Dresde, conserve deux parements d'autel d'étoffe brodée : l'un d'eux, qui date de la fin du xmc siècle, représente un arbre de Jessé, dont les figures et ornements sont délicatement tracés par la broderie sur une étoile de lin blanche; l'autre appartient au commencement du xiv° siècle; il est brodé de soie de couleur et d'or sur toile. Le centre de ce beau parement, qui appartient à l'école française, représente le couronnement de la Vierge ; à la gauche du Christ est saint Jean- Baptiste, et à la droite de la mère de Dieu saint Jean l'êvangéliste 2.
Piganiol5 dit avoir vu, dans la sacristie de l'église des Dominicains à Toulouse, un parement d'autel en broderie or et argent avec Heurs au naturel; il vante fort cet ouvrage, mais ne nous en donne pas la date.
L'usage des parements d'autel s'est conservé jusqu'à nos jours; on les change suivant les fêtes de l'année.
On disait chambre de parement pour chambre de parade.
PLACET, s. m. Tabouret pour s'asseoir. Ce petit meuble ne prit ce nom qu'à la fin duxvf siècle (voy. Quàrrel).
POELE, s. m. [poisle, palle (de pallium, drap d'or ou de soie)]. Voile que l'on suspendait en signe d'honneur au-dessus de la tète des grands personnages, et que l'on posait sur des reliquaires lorsqu'on les transportait hors de l'église. Quand Guillaume le Bâtard fait promettre à Harold de lui livrer l'Angleterre à la mort du roi Edouard, afin de donner plus de solennité à son serment :
« A Baieues, ç.o soient dire,
« Fist assembler un grant concire;
1 Hist. de l'arthit. sacrée du IVe au xc siècle dans les anciens cvèchés de Genève, Lausanne et Sion, par J.-D. Blavignac, 1853, cliap. 3.
2 Ce parement est fort bien gravé dans le Catalogue du musée du Grand-Jardin de Dresde (Dresde, 1852).
3 Nouv. descript. de la France, I. VI, p. 27à.
f POÊLE ]
« Toz li corz sainz fist demander,
« Et en un liu (en un lieu) tuz assembler ;
« Tut une cuve en fist emplir,
« Pois d'un paele les fist covrir
Quand, en UâO, Frédéric, roi des Romains, arriva à Besançon et fut reçu par le duc de Bourgogne, « tant chemina celle noble « compagnie, qu'ils arrivèrent à l'entrée de la cité : et là les « citoyens apportèrent un palle de drap d'or, porté par les plus « notables d'icelle cité, sous lequel palle entra le roy des Rommains, « et à la vérité il travailla beaucoup, et mit. grand'peine de faire « que le duc de Bourgongnc entrast avecques luy sous ledict palle. « Mais le duc ne le voulut point faire 1 »
« Et fut la place du duc de Bourgongne (lors de la solennité de la « Toison d'or) au maistre et principal siège, couvert de son palle, « qui fut de drap d'or 2 »
On couvrait aussi les cercueils d'un drap ou poêle lorsqu'on
les transportait ou lorsqu'ils étaient déposés dans une chapelle (voy. Drap). Ces sortes de poêles, tissus d'or et de soie, n'étaient pas toujours revêtus de la croix, mais de broderies de diverses couleurs. La tapisserie de Bayeux nous montre le cercueil du roi Edouard transporté sur les épaules de huit hommes et recouvert d'un poêle brodé d'ornements de diverses couleurs ; de petites croix surmontent les deux extrémités de la bière.
Nous voyons un cercueil ainsi couvert d'un poêle dans le Roman cV Alexandre, de la Bibliothèque impériale8. Nous en donnons une copie (fig. 1).
x Mém. d'Olivier de la Marphe, liv. I, chap. vu.
2 lbid., liv. I, chap. xv.
3 Rom. d'Alexandre, fonds Lavallière, n° 45, fin du xm° siècle.