Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque Carlovingienne à la Renaissance
ARMOIRE, s. f. (amare, almaire). Ce mot étaitemployé, comme il Pest encore aujourd’hui, pour désigner un meuble fermé, peu profond, haut et large, 4un ou plusieurs vantaux, destiné a renfermer des objets précieux. Autrefois, dans les églises, il était (usage de placer des armoires de bois, plus ou moins richement décorées, pres des autels, pour conserver sous clef les vases sacrés, quelquefois méme la sainte Eucharistie. Des deux cétés de lautel des reliques de l’église abbatiale de Saint-Denis, Suger avait fait disposer deux armoires contenant le trésor de l’abbaye *. Derriére les stalles, sous les jubés, des armoires contenaient les divers objets nécessaires au service du cheur, parfois méme des vétements sacerdotaux ; beaucoup de petites églises n’avaient pas de sacristies, et des armoires en tenaient lieu. Il va sans dire que les sacristies contenaient elles-mémes des armoires dans lesquelles on déposait les trésors, les chartes et les livres de choeur. Prés des cloitres, dans les monastéres, une petite salle, désignée sous le nom Warmaria, contenait des meubles renfermant des livres dont les religieux se servaient le plus habituellement pendant les heures de repos. Le
1 Dom Doublet. — Du Cange, Gloss., ARMARIA, ARMARIOLUS.
eardien de la hibliothéque du couvent était appelé armarzatus ou armartus *
Les armoires placées prés des autels étaient assez ornées pour ne pas faire une disparate choquante au milieu du choeur des églises, alors si remplies d’objets précieux. Autant qu’on peut en juger par le petit nombre de meubles de ce genre qui nous sont conservés, les armoires, jusqu’au xiv’ siécle, étaient principalement ornées de peintures exécutées sur les panneaux pleins des vantaux, et de ferrures travaillées avec soin, rarement de sculptures. La forme géné-
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rale de ces meubles était toujours simple, ct accusait franchement leur destination. Un des exemples les plus anciens d’armoires réservées au service du culte existe dans l’église d’Obazine (Corréze). Cette armoire (fig. 1) se compose de piéces de bois de chéne d’un
! Udalricus, lib. Ill Consuet. Cluniac., cap. x : « Precentor (cantor) et armarius : « armarii nomen obtinuit ed quod in ejus manu solet esse bibliotheca, que et in alio «nomine armarium appellatur.... »
fort échantillon. Les deux vantaux, terminés en cintre A leur extrémité supérieure, sont retenus chacun par deux pentures de fer forgé; deux verrous ou vertevelles les maintiennent fermés. On ne remarque sur la face de cette armoire, comme décoration, quun rang de dents de scie sur la corniche et de trés-petits cercles avec un point au centre, gravés réguli¢rement sous cette corniche et autour des cintres des vantaux. Les angles sont adoucis au moyen de petites colonnettes engagées. Ce meuble, qui parait dater des premiéres années du xii° siécle, était probablement peint, car on remarque encore quelques parcelles de tons rouges entre les dents de scie de la corniche. Les deux