‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque Carlovingienne à la Renaissance (volume 5)Chapitre 2 sur 80 · cotés de Parmoire d’Obazine · texte numérisé non relu

cotés de Parmoire d’Obazine

sont beaucoup plus riches que la face; ils sont décorés d’un double rang d’arcatures portées par de fines colonnettes annelées (fig.2). Ges deux figures font comprendre la construction de

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ce meuble, qui se compose de madriers de 10 centimétres d’épaisseur environ, fortement assemblés, et reliés en outre a la base de la face par une platebande de fer. Pour compléter ces figures, nous donnons (3) le détail d’un des chapiteaux de l’arcature, (4) la vertevelle, et (5) lextrémité de l'un des deux verrous, se terminant, pour faciliter le tirage ou la poussée, par une téte formant crochet. Cette recherche dans la ferrure d'un meuble aussi egrossier en apparence fait ressortir le soin que l’on apportait alors a Pexécution des objets mobiliers les moins riches, Ges verrous

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[| ARMOIRE | — 6 — sont forgés, et les deux petites tétes qui terminent leurs extrémités

sont remarquablement travaillées.

La cathédrale de Bayeux conserve encore, dans la salle du trésor,

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une armoire du commencement du xt siecle, d’un grand intérét Cette armoire, mutilée aujourd’hui, occupait autrefois tout un cote

de la piéce dans laquelle elle est placée. Elle était destinée a renfermer des chasses’, et on y voit encore larmure de homme

1 Hist. somm. de la ville de Bayeux, par Vabbé Béziers, 1773.

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relevant de la couronne, était tenu d’assister, armé de toutes

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pieces, a l’office de la cathédrale aux grandes fétes, et de se tenir

Voyez la description et la gravure de cette armoire dans la Revue de Varchitecture de M. Daly, tome X, page 130. La gravure, entiére et fort exacte, est faite sur les dessins de M. Ruprich Robert.

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prés de Pévéque toutes les fois qu’il officiait solennellement’. Cette armoire était entiérement couverte de peintures représentant des translations de reliques. Les sujets qui garnissent les panneaux sont blancs sur un fond vermillon; les montants et traverses sont remplis par un ornement blanc courant sur un fond noir avec filets rouges; les fleurons sont blancs, noirs et rouges. Nous donnons (fig. 6) la moitié de cette armoire, qui se composait autrefois de huit travées. Une seule tablette épaisse la sépare horizontalement

au droit de la traverse intermédiaire, de sorte que les pamneaux, souvrant deux par deux, laissaient voir séparément les cellules du meuble ; il fallait forcer l'une aprés l'autre toutes les vertevelles pour s’emparer des objets renfermés dans chacune de ces cellules. On remarquera la disposition des verrous fermant 4 la fois deux panneaux en s’engageant dans un piton posé sur les montants, et le dépassant assez pour mordre sur le panneau qui n’est pas muni de vertevelle. La figure 7 présente quelques détails des ferrures; la figure 8, un détail de Pun des fleurons terminant le montant du milieu, et les peintures de ces montants et traverses.

Ces exemples font voir que la principale décoration de ces meu-

' Hist. somm. de la ville de Bayeux, par Vabbé Beziers.

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bles était obtenue au moyen des ferrures nécessaires et de peintures recouvrant les panneaux. La menuiserie était dune grande simplicité; les planches formant les panneaux, assemblées A grain Worge (9) ou simplement collés a joints vifs. Tl semble qu’alors on tenait & conserver 4 ces armoires l’aspect d'un

meuble robuste, bien fermé. Ce ne fut que 9 beaucoup plus tard que la sculpture vint dé- . corer ces menuiseries. Nous ne pourrions oar ae affirmer cependant qu’il ny eit pas, avant le —————=

xIv° siécle, d@armoires sculptées: mais en ob-

servant les rares exemples d’objetsde menuiserie romane, on pourrait admettre que les panneaux (lorsque la peinture seule n’était pas appelée & les décorer) recevaient une sculpture plate, champlevée, telle que celle que nous voyons encore conservée sur l'une des portes de Ja cathédrale du Puy en Velay. Les panneaux de cette porte, de sapin, représentent des sujets peints sur une gravure dont les fonds sont renfoncés de 2 ou 3 millimétres. Nous avons vu en Allemagne, dans la cathédrale de Munich, des armoires du xv° siécle dont les planches sont ainsi travaillées; les fonds sont peints en bleu sombre, et les ornements conservent la couleur naturelle du bois. Souvent aussi les vantaux des armoires-trésors étaient-ils bardés de bandes de fer battu, étamé ou peint, avec rehauts dorés. Ges bandes de fer, croisées en fagon de treillis avec rivets aux rencontres, étaient posées sur cuir, sur drap ou vélin. Mais une des plus belles armoires anciennes connues se trouve dans Je trésor de la cathédrale de Noyon. Les panneaux sont entiérement peints a Vextérieur et 4 Vintérieur, et déja le couronnement de ce meuble, qui date des derniéres années du xi’ siécle, est orné de sculptures. Cette armoire était certainement destinée, comme celle de Bayeux, 4 renfermer des chasses et ustensiles réservés au culte. A Vextérieur, les panneaux sont couverts de peintures fines sur fond pourpre damasquiné, et bleu semé de fleurs de lis blanches, représentant des saints; 4 l’intérieur, ce sont des anges jouant de divers instruments de musique, tenant des encensoirs et des chandeliers. De petits créneaux se découpent sur le couronnement. Ce. genre WVornement fut employé fréquemment dans le mobilier pendant le xtv’ siécle. Voici un ensemble de cette armoire (10); nous supposons les volets ouverts, et, comme on peut le remarquer, ces volets sont brisés, c’est-d-dire quils se développent en deux feuilles, afin de ne pas présenter une saillie génante lorsque armoire est ouverte.

Les volets sont suspendus a des pentures de fer étame, et la pein- 1.—2

ture est exécutée sur une toile marouflée sur le bois. M. Vitet, dans sa Description de la cathédrale de Noyon, et M. Didron, dans les Annales archéologiques *, ont donné une description étendue de ce meuble; nous y renvoyons nos lecteurs, car nous ne pourrions rien ajouter 4 ce que ces deux savants archéologues en ont dit. Nous joienons ala figure 10 une partie coloriée de P armoire de Noyon (pl. I) ’,

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qui nous dispensera de plus longs détails. Les deux cotés du meuble de Noyon sont décorés de chevrons peints en blanc, allternés avec (autres chevrons jaunes.

Le moine Théophile,.dans son Essai sur divers arts, ouvrage qui date du xi° siécle, donne la maniére de préparer les panneaux, les portes de bois destinés § a recevoir de la peinture. Cette méthode parait avoir été suivie dans la fabrication des deux armoires de Bayeux

! Tome IV, page 369.

2 Ce dessin colorié nous a été communiqué par M. Boeswilwald, architecte.

VIGTIONNAIRE DU MOBILIER FRANCAIS

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Viollet-le-Duc , Direx* ARMOIRE DE NOYON

Bance editeur. — Chromo. Lemercrer, Paris.

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et de Noyon. Il dit* : «... Que Pon joint d’abord les planches avec «-soin, piéce,a- piece, et 4 l'aide de Vinstrument a joindre dont se « seryent les tonneliers et les menuisiers (le sergerit). On les assu- « jettit au moyen de la colle de fromage.... » L’auteur donne ici la maniére de faire cette colle : «.... Les tables assemblées au moyen ‘ de cette colle, quand elles sont séches, adhérent si solidement, « qu’elles ne peuvent étre disjointes ni par Phumidité ni par la cha- « leur. Il faut ensuite les aplanir avec un fer destiné 4 cet usage. Ce « fer, courbe et tranchant a la partie intérieure, est muni de deux « manches, afin qu il puisse étre tiré & deux mains. Il sert 4 ra- « boter les tables, les portes et les écus, jusqu’d ce que ces objets ( deviennent parfaitement unis. Il faut ensuite les couvrir de cuir, « non encore tanné, de cheyal, Vane ou de boeuf. Aprés lavoir fait « macérer dans de leau et en avoir raclé les poils, on en exprimera « Pexcés d’eau : dans cet état Vhumidité, on Pappliquera (sur le « bois) avec la colle de fromage. » Dans le chapitre xix, Théophile indique le moyen de couvrir ces panneaux revétus de cuir d’un léger enduit de platre cuit ou de craie; il a le soi de recommander Yemploi de la toile de lin ou de chanvre, si on n’a pas de peau a sa disposition; puis enfin, au chapitre suivant, il donne les procédés - pour peindre ces tables ou portes en rouge, ou de toute autre couleur, avec de l’huile de lin, et de les couvrir d’un vernis.

Le gotit pour les meubles plutét décorés par la peinture que par la sculpture parait s’étre affaibli 4 la fin du xtv° siécle; a cette époque, les moulures et les ornements taillés dans le bois prennent de importance et finissent par se substituer entiérement a la polychromie.-Il faut dire qu'il en était alors de la menuiserie et de l’ébénisterie comme de la construction des édifices; on aimait 4 donner 4 la matiére employée la forme qui lui conyenait. Les larges panneaux, composés d’ais assemblés 4 grain d’orge ou simplement collés sur leurs rives, mais non barrés, emboités ou encadrés, exigeaient des bois parfaitement secs, si l’on voulait éviter qwils ne vinssent i se voiler; ils se désassemblaient facilement, se décollaient ou se fendaient, malgré les préparations auxquelles ils étaient soumis et les toiles, cuirs ou parchemins collés 4 leur surface. On prit done, pendant les x1v° et xv’ siécles, le parti de ne donner aux panneaux des meubles que la largeur d’une planche, cest-d-dire de 18 a 25 centimétres, et d’encadrer ces panneaux, afin de les maintenir plans, d@’empécher leur coffinage. Ce fut une véritable révolution

! Cap, XVII,

dans la menuiserie et ’ébénisterie. La construction et la forme des meubles, soumises 4 ce nouveau principe, changérent d’aspect. Les boiseries, comme tous les objets destines a Vameublement, au lieu de présenter ces surfaces simples, unies, favorables 4 la peinture, furent divisées par panneaux de largeur 4 peu prés uniforme, compris entre des cadres, des montants et traverses accusés et saillants.

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Toutefois ces pieces principales étaient toujours assemblées carrement; on ne connaissait ou l’on n’admettait pas les assemblages d’onelet: et en cela les menuisiers et chénistes agissaient sagement, Passemblage d’onglet étant une des plus facheuses innovations dans Vart de la menuiserie, en ce qu’il ne présente jamais la solidité des assemblages 4 angle droit, et qu’au lieu de maintenir les panneaux, il est soumis a leur déformation.

A la fin du xu siéele et au commencement du xiv‘, on mariait volontiers cependant la peinture 4 la sculpture dans les meubles, et le bois sculpté destiné & étre peint était parfois couvert de vélin sur

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lequel on exécutait des gaufrures, des dorures, des sujets et ornements coloriés. Nul doute que, parmi ces grandes armoires qui étaient disposées prés des autels, il ny en ett qui fussent ainsi décorées; mais c’est surtout dans les palais que ces meubles sculptés et revétus de gaufrures et peintures devaient se rencontrer, car jusqu’au xv° siécle Parmoire, le bahut, la huche, étaient 4 peu pres les seuls meubles fermants, d’un usage habituel, chez le riche seigneur comme chez le petit bourgeois.

Les vantaux des armoires présentent done rarement, a partir de la fin du xtv° siécle, des surfaces unies recouvertes de peinture; ils se composent de plusieurs panneaux embrevés 4 languettes dans des montants et traverses. Mais, a dater de cette époque, Part du menuisier et du sculpteur sur bois avait fait de grands progrés :

on ne se contente pas de panneaux simples; autant pour les renforcer par une plus forte épaisseur vers leur milieu que pour les décorer, ils présentent, le plus souvent, un ornement en forme de parchemin pli¢. Tels sont les panneaux du

vantail de la petite armoire que nous donnons ici (11) *, fermeée par un simple verrou (12). Deux pentures suspendent le vantail; voici le détail, moitié @exécution, de Pune (elles (fig. 13). A Pappui

! Nous devons ce dessin a l’obligeance de M. Ruprich Robert. Cette armoire est posée 4 l’angle d’une salle de léglise de Mortain (abbaye Blanche), garnie de stalles ; elle était élevée au niveau de l’appui des siéges et se raccordait avec la boiserie formant

leur dossier.

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de la figure 11, nous donnons diverses combinaisons de ces panneaux figurant des parchemins pliés, si fort en vogue pendant le xv° sigcle (fig. 1A).

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La salle du trésor de V’église Saint-Germain lAuxerrois, située au-dessus du porche, contient encore ses armoires, qui datent de la construction de cette partie de l’édifice, c’est-a-dire de la fin du xv° siecle. Ces meubles sont fort bien exécutes, comme toute la menuiserie de cette époque, parfaitement conservés, et garnis de leurs ferrures. Les armoires du trésor de Saint-Germain lAuxerrois portent sur un banc (45) dont la tablette se reléve. Ici les vantaux sont unis, sans peintures, décorés seulement de jolies pentures de fer plat découpé et d@entrées de serrures posées sur drap rouge; car alors les ferrures de meubles, n’étant pas entaillées dans le bois comme elles le sont aujourd’hui, s’appliquaient sur des morceaux de cuir ou de drap découpé. La peau ou le drap débordait quelquefois la ferrure par une petite fraise, et se voyait 4 travers les 4-jour de la serrurerie. Les vis n’étaient pas encore usitées 4 cette époque pour attacher les ferrures aux bois*; les piéces de serrurerie sont toujours clouées; les pointes des clous étaient méme souvent rivées a Pintérieur, afin d’éviter qu’on ne ptt les arracher; dés lors, pour pouvoir frapper sur les tétes de clous sans gater le bois, et pour que

' La fabrication 4 la main, des vis, était trop longue et difficile, pour que l’on em- Ployat ce moyen d’attache dans la menuiserie. La vis ne se trouve que dans les armes.

— 15 — [ ArMorRE ]

les ferrures portassent également sur toute leur surface, l‘application

un corps ane flexible, entre elles et le bois, était nécessaire : la presence du drap ou de la peau est donc parfaitement motivée.

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es pentures de larmoire que nous donnons (fig. 15), moitié

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