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est trainé par deux cheyaux attelés en fléche, dans un char dont la couverture, soutenue par des cercles et des traverses, est relevée sur les cdtés. Deux croix de Saint-André empéchent les cercles de se déformer. Camille est assis dans un fauteuil pliant (faudesteuil) simplement posé au milieu du chariot. Le limonier est attelé comme le sont nos chevaux de charrettes encore aujourd’hui. Toutefois ces chars d’apparat avaient généralement, au moyen dge, plus d’importance. L’exemple que nous donnons plus loin (fig. 5), tiré d'un manuscrit du commencement du xvi° siécle, de la Bibliothéque impériale, le prouve. C’est encore une entrée triomphale; le char est attelé de plusiew’s chevaux en fléche, menés par un postillon. Le triomphateur est assis en avant sous un dais; il tient ses prisonniers attachés au bout d’une corde; un homme placé dans Vintérieur du
| CHAR | — 60 — char les fait marcher avec un baton. Le corps du char, qui parait r ’ A vat ee 7 assez vaste, est couvert d'une tente ornée d'une crete, @épis avec i eae banniéres et pennons armoyés, de franges ‘or et d’mscriptions. Il
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faut dire que ces chars de cérémonie n’étaient en usage, lors des entrées de rois et reines, que pour les dames de suite; les rois entraient & cheyal et les reines le plus souvent en litiére (voy. ce mot).
« La lictiére de la Reyne de France estoit adextrée du duc de Tou- « raine et du duce de Bourbon, au premier chef : secondement et au « milieu, tenoient et adextroient la lictiére le duc de Berry et le duc » « de Bourgongne ; et i la derniére suite Messire Pierre de Navarre et
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« le comte d’Ostrevant; et vous dy que la lictiére de la Reyne estoit « trés riche et, bien ornée, et toute découverte.... Des autres dames « et damoiselles qui venoient derriére sur chariots couverts et sur « pallefrois n’est nulle mention, et des chevaliers qui les sui- « voient....* »
Lors des enterrements des princes, il était @usage de transporter le corps du défunt dans des chars richement décorés. « .... Et fut la « préparation du duc moult bien ordonnée et faicte : les chevaux du « chariot couverts de velours; et pennons, banniéres et cottes- « darmes estoyent bien ordonnés. Le corps gisoit en son chariot, et « pardessus avyoit un poisle élevé; et aprés venoit le corps de Madame
« de Bourgonene en son chariot, et chevaux couverts de velours.... « Les églises (le clergé) aloyent devant, par ordre. Les chevaliers de « Pordre estoyent tous & pié, adextrans le chariot, et tenant le poisle
1 D. Godefroy, le Cérémonial francois ; 1649, t. I, p. 638: Entrée de la reine Isabeau de Baviére & Paris (Froissart, liv. 1V),
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« couchant (le drap recouvrant le corps). Le poisle élevé fut soustenu « par quatre des plus grands du pays de Bourgongne....*. »
Vers le commencement du xvi° siécle, de certaines modifications furent apportées dans la construction des chariots de voyage; on fit alors des entrées latérales entre les deux roues. Voici (fig. 6) un chariot de cette époque, exécuté en sapin, qui existe encore dans le batiment dela douane de Constance. La figure 7 donne les extrémités
de ce véhicule, qui ne parait pas avoir été posé autrement que sur deux essieux. Les deux banquettes se regardant, le plancher et les accoudoirs étaient garnis de tapis mobiles. Quelquefois (si on s’en rapporte aux gravures du xvi’ siécle) les deux entrées étaient munies de marchepieds fixes sur lesquels tombaient les tapis, et une sorte de capote & soufflet pouvant s’abattre et se relever était posée sur les dossiers et les accoudoirs, au-dessus de l'une des deux banquettes ou sur les deux. Ces voitures prenaient le nom de coches’. Il ne parait pas. qu’elles fussent suspendues avant le milieu du xvi’ siécle. Ce premier systeme de suspension consiste en deux courroies passant longitudinalement sous le coffre (fig. 6 A). Cette suspension fit donner 4 ces chars le nom de chars branlants.
Quant aux charrettes 4 deux roues, que nous trouvons dans les manuscrits des xv° et xvi° siécles, elles différent si peu de celles qui sont encore en usage aujour’hui, quwil nous semble inutile d’en donner un exemple.
! Enterrement du duc Philippe de Bourgogne, 1467 (Mém. d’Oliv. de la Marche). 2 La Coche, poéme de Marguerite, reine de Navarre, man. du xvi° siécle, orné de onze miniatures, Biblioth, de M. J. Pichon, prés. de la Soc. des bibl. franc,
Nous voyons aussi qu’au moyen age on se servait de charrettes 4 bras. Les tapisseries de Saint-Médard, dont il existe des copies fort belles 4 la bibtiothéque Bodléienne d’Oxford, nous en donnent un
exemple. Ces tapisseries dataient de la fin du xu’ sidcle. (Voy. Tapis- SERIE.)
CHASSE, s. f. La chasse n’est, & proprement parler, que le cercueil de pierre, de bois ou de métal dans lequel sont enfermés les y vestes Pun mort. Le mot de chdsse, au moyen age, s’applique indislinctement aux coflres qui renferment des corps de saints ou de grands personnages.
Les mots areca, capsa, furent employés, dans les premiers si¢cles et jusqu’a Pépoque carlovingienne, indifféremment pour désigner des coffres destinés 4 un usage profane ou sacré. Grégoire de Tours Tapporte* que Pempereur Justinien ¢tant mort 4 Constantinople , Justin, qui lui succéda, était dune avarice outrée. « Telle était sa cupidité, dit cet auteur, qu'il fit construire des coffres de fer? pour y entasser des milliers de piéces d’or. »
Frédégonde, voulant se venger de sa fille Rigonthe, qui V'insultait, engage, comme pour adoucir son mauyais naturel, 4 prendre ce que bon lui semblerait parmi ses bijoux. « .... Entrant dans le réduit qui renfermait le trésor, elle ouvrit un coffre® rempli de colliers et autres ornements précieux; et, aprés en avoir pendant longtemps retiré, en présence de sa fille, divers objets qu’elle lui remettait : « Je suis fatiguée, lui dit-elle; enfonce toi-méme la main dans le « coffre, et tires-en ce que tu trouveras. » Pendant que, le bras enfoncé dans le coffre, celle-ci en tirait les effets, sa mére prit le couvercle et le lui rabattit sur la téte, puis pesa dessus avec tant de force, que le devant (du coffre) lui pressa le cou au point que les yeux étaient prés de lui sortir de la téte*. » Il faut supposer que ces coffres 4 bijoux étaient de la grandeur d’une huche ou dun bahut.
Le méme auteur rapporte encore qu’étant évéque de Tours et ayant rebati ’église de Saint-Martin, il trouva dans une auge de pierre, fermée par un couvercle, une cassette argent’ contenant des reliques des martyrs de la légion sacrée.
1 Lib. IV,
2 « Cui tanta fuit cupiditas, ut arcas juberet fleri ferreas, in quas numismatis aurei «talenta congereret. »
3 « Reseravit arcam....»
4 Grég. de Tours, Hist. Franc., lib. 1X.
5 « .,,.. Et inveni in hoc capsulam argenteatn, in qua..... » (/bid., lib. X.)
[ cHASSE | — 64 —
Depuis le xvi’ siécle, le mot chasse ne s’emploie que pour désigner le coffre transportable dans lequel est déposé le corps dun saint. Il serait difficile de préciser l’époque oi les corps des saints commencérent A étre déposés dans des chasses (caps), que l'on pouvait transporter @’un lieu 4 un autre; originairement, ces restes venérés étaient placés dans des sarcophages, au-dessus et au devant desquels on élevait un autel. Mais, sauf quelques rares exceptions, et dés Vépoque carlovingienne déja, on retira les restes des corps-saints des tombeaux fixes, pour les renfermer dans des coffres meubles. Les incursions des Normands contribuérent 4 répandre cet usage. Ces harbares, faisant subitement irruption dans les Gaules, tantot sur un point, tantol sur un autre, se jetaient de préférence sur les riches abbayes, sur les églises qui possédaient des trésors; les religieux voulurent empécher que les sépultures des saints martyrs ne fussent violées, leurs restes dispersés. Car, & cette époque, outre le respect dont on entourait ces reliques, celles-ci étaient pour les monastéres une source intarissable de richesses. L’église pillée, dévastée, brulée, se relevait promptement de ses ruines, si les reliques du saint vénéré dans son enceinte étaient conservées. Il y a done lieu de croire que c’est surtout pendant les 1x° et x° siécles que l'usage des chasses mobiles devint général, spécialement sur le littoral nord et ouest de la France.
Les premiéres chasses furent naturellement exécutées en bois; ce nétaient que des coffres assez légers pour étre facilement transportes Wun lieu & un autre, assez simples pour ne pas exciter la cupidité. Pendant les invasions normandes, il est sans cesse question de corpssaints enlevés par les religieux, cachés, en attendant des temps meilleurs. La réintégration des reliques, lorsque le calme était rétabli, donnait lieu 4 des processions, 4 des cérémonies pendant lesquelles le saint, rétabli dans son sanctuaire, faisait quelques guérisons miraculeuses : était Poccasion pour les églises de recevoir des dons considérables. Nous ne pouvons que difficilement nous faire une idée aujourd’ hui de la désolation qui s emparait des populations lorsqu’il fallait se séparer des restes du saint vénéré dans la localité, de la joie qu’elles éprouvaient lorsque reyenait en grande pompe la chasse contenant ces restes. C’est qu’en effet un corps-saint, pour une population, avait une importance dont nous ne trouvons pas aujour- Phui Péquivalent. Le corps-saint faisait de léglise un lieu inviolable ; il était le témoin muet de tous les actes publics, le protecteur du faible contre Poppresseur; c’était sur lui que l’on prétait serment; e’était & lu quwon demandait la cessation des fléaux, de la peste, de —
la famine 5 lui seul avait le pouvoir (Varréter souvent la main de homme violent; quand Pennemi était aux portes, la chasse, paraissant sur les murailles, donnait du courage aux défenseurs de la cité. Ce n’est pas tout : si le corps-saint avait le pouvoir de protéger la vie des citoyens, d’exciter leur patriotisme, de les guérir de leurs maux et de détourner les calamités qui les affligeaient, il était encore une source de richesse matériclle, non-seulement pour l’église, mais pour la population au milieu de laquelle il résidait, en attirant de nombreux pélerins, des étrangers, en devenant Voccasion de fétes qui étaient presque toujours aussi bien commerciales que religieuses. Il nous sulfit, nous le croyons, de signaler cette influence pour faire comprendre que rien aujourd'hui, si ce n’est peut-étre le drapeau pour Parmée, ne remplace le corps-sainé au milieu de nos cités. Qui donc oserait traiter de superstition le sentiment qui fait que le soldat se Jette au milieu de la mitraille pour reprendre un morceau d’étoffe cloué & une hampe? Et comment nous tous, qui regardons cet acte comme un simple devoir que l’on ne saurait discuter, dont l’accomplissement fait la force d’une armée, comme le symbole de la discipline et du patriotisme le plus pur, comment n’aurions-nous plus, a défaut de foi vive, un profond respect pour ces chasses qui, elles aussi, ont été si longtemps en France Varche de la civilisation? Et cependant nous avons vu et nous voyons encore des églises se défaire de ces meubles vénérables, les vendre 4 des brocanteurs, s’ils ont quelque valeur, ou les laisser pourrir dans quelque coin obscur parmi les immondices, si la matiére en est grossiére. Des églises, les chasses précieuses épargnées par la révolution ont presque toutes passé, en France, des mains du clergé dans les collections publiques ou particuliéres.
L’histoire des reliques de saint Germain d’Auxerre est celle de presque tous les corps-saints depuis les premiers siécles du christianisme jusqu’au xI° ou xui° siécle. L’abbé Lebeuf l’a recueillie avec soin d’aprés les renseignements les plus authentiques*; nous la donnons ici sommairement, afin de bien établir dans lesprit de nos lecteurs cette distinction qu'il faut faire entre le sépulere et la chasse.
Vers le milieu du v° siécle, saint Germain meurt 4 Ravenne; il demande en mourant que son corps soit transporté 4 Auxerre. En effet, ses restes sont déposés dans cette yille deux mois aprés sa mort. Le cercueil était de bois de cyprés, selon Héric; il fut des-
1 Mém. concernant Uhist. civ. et ccclés. @ Auxerre et de son ancien diocese, par Vabbé Lebeuf, édit. 1848, t. 1, p. 72 et svis. 1—9
cendu dans un sarcophage de pierre placé sous la petite église de Saint-Maurice. Sainte Clotilde fait rebatir sur ce tombeau une église plus grande avec une vaste crypte, et la dédie 4 saint Germain. Un des successeurs de Clovis fait surmonter le tombeau du saint dun dais recouvert d’or et d’argent. En 841, le tombeau est ouvert en présence de Charles le Chauve, et le corps est placé dans un nouveau tombeau. Lothaire, fils de ce prince et abbé de Saint-Germain, fait faire peu aprés une chasse magnifique, couverte d’or et de pierreries, pour y renfermer le corps du saint. Vers la fin du 1x° siécle, la crainte qu’inspiraient les Normands fit songer 4 cacher cette chasse somptueuse, et probablement les reliques de saint Germain, qui jusqu’alors étaient restées dans le sépulcre donné par Charles le Chauve, y furent renfermées. On augmenta pour ce faire la profondeur du caveau; on y descendit la chasse, et on la mit dans le premier sépulere de pierre oti le saint avait reposé; lorsqu’on eut bien maconné le couvercle de ce tombeau, de maniére a faire disparaitre toute trace de sépulture, on placa par-dessus un autre sépulere de pierre dans lequel on déposa les morceaux du cercueil de cyprés qui avait servi 4 la translation du corps de’ Ravenne 4 Auxerre. A la fin du x° siécle, la chasse due & Lothaire est exposée aux yeux du peuple.
Quel que soit le plus ou moins d’exactitude de ces récits, toujours est-il que le corps de saint Germain, déposé d’abord dans un cercueil de pierre, en est extrait peur ¢tre mis dans un coffre, une chasse transportable. Get usage fut cause que la plupart des corps-saints trouvés entiers dans leurs cercueils, entourés, comme celui de saint Germain, des suaires et vétements primitifs, une fois déposés dans des chasses que l’on pouvait facilement transporter et ouvrir, furent en grande partie dispersés, divisés en une quantité innombrable de reliques. Ge fut la premiére et la plus grave atteinte portée au respect que l’on avait pour les restes de ces défenseurs de la foi chrétienne.
Jusqu’au xii siécle cependant, on conserva aux chasses l’aspect de coffres, de cercueils qu’elles avaient eu dans lorigine. A cette époque, beaucoup de ces anciennes chasses de bois, revétues de cuivre ou dargent doré, faites pour soustraire les corps-saints au pillage des Normands, existaient encore; on semblait hésiter 4 détruire ces enveloppes que les fidéles étaient habitués 4 vénérer, surtout lorsqu’elles protégeaient les restes de personnages aussi populaires que saint Germain, saint Martin, saint Denis, saint Firmin, saint Marcel, sainte Geneviéve, ete.
=—ao1 [ cHASSE |
Autant qu’on peut en juger par les représentations peintes ou sculptées, ces chasses primitives étaient d’assez grande dimension pour contenir’un corps ayant conservé sa forme ; lorsque ces coffres de bois tombérent de vétusté, ou semblérent trop pauvres au milieu du luxe déployé dans la décoration intérieure des églises, on les remplaga par des chasses de cuivre repoussé ou émaillé, argent blanc ou de vermeil. Alors les restes des saints ne devaient plus présenter qu’un amas d’ossements séparés; il n’était plus nécessaire de donner aux chisses les dimensions d’un cercueil : ?emploi du métal, par sa valeur aussi bien que par son poids, devait nécessairement contribuer a faire adopter, pour des chasses transportables, des dimensions qui pussent ‘permettre de les porter, et qui ne rendissent pas leur fabrication trop dispendieuse.
C’est 4 la fin du x1r° et pendant les x1r° et x1v° siécles que presque toutes ces anciennes chasses de bois peint ou revétu de lames minces de métal furent refaites. En diminuant leur grandeur, en les fabriquant avee des matiéres plus précieuses, on changea leur forme et leur position. Elles perdirent Vaspect de coffre, de cercueil, qu’elles avaient généralement conservé, pour prendre la forme de petits monuments assez semblables 4 des chapelles ou méme 4 des églises; au lieu d’étre placées sous l’autel, comme le sépulcre primitif du saint, on les éleva et on les suspendit sous des dais, sortes d’expositions de bois peint et doré, de pierre ou de métal, disposées derriére les autels. On les descendait de ces expositions, a certains jours de l'année, pour les placer sur l’autel méme ou sur le retable, ou pour les porter processionnellement dans léglise, dans la ville ou dans tout un diocése. Quelquefois méme on faisait voyager les chasses jusque dans des pays éloignés; elles étaient accompagnées de religieux qui les offraient 4 la vénération des fidéles, et recevaient des dons en argent destinés 4 achévement @une cathédrale, d'une abbaye, dune église.
Les translations de reliques, leur passage 4 travers les villes, étaient occasion de cérémonies imposantes. Les chasses étaient ordinairement transportées par des cleres, sur des payois et des brancards. Sous ces pavois, on attachait des cassolettes dans lesquelles brilaient des parfums (fig. 1)’.
Quand les corporations laiques eurent acquis, au xi’ siécle, une
1 Sculpture de l’un des chapiteaux de la crypte de l’église de Saint-Denis en France. Ces chapiteaux appartiennent 4 la construction conservée par Suger, et paraissent étre
du commencement du x° siécle.
| CHASSE | — 68 — grande importance, elles obtinrent souvent le privilége de porter
des chasses les jours de grandes fétes *.
Lorsque Philippe le Hardi revint 4 Paris avec les ossements du roi son pére, il voulut transporter lui-méme sur ses épaules, de Notre-Dame & V’abbaye de Saint-Denis, la chasse qui les contenait.
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Sur la route, en imémoire de cet acte, on éleva, & chaque station qu’il fit, des croix de pierre richement sculptées que lon yoyait encore debout au commencement du dernier siécle °.
Quelques corps-saints restérent cependant déposés dans leurs cercueils primitifs, ou dans des coffres de pierre ou de bois revétus de métal, fixés derriére les autels. C’est ainsi que la chasse de
1 Dubreuil, liv. III, chasses de Saint-Merry. 2 Félibien, Hist. de ’abbaye roy. de Saint-Denis, 1706.
=AG9.-— | CHASsE | saint Firmin était placée derriére Pun des autels de Péglise abbaliale de Saint-Denis *. A la cathédrale d’Amiens, dans les bas-reliefs qui décorent le tympan de la porte dite de la Vierge dorée, on remarque, derriére un autel, une grande chasse en forme de coffre, sur laquelle est pose la statue @un éyéque; un aveugle approche de ses yeux la nappe qui la protége: est la chasse de saint Honoré opérant des guérisons miraculeuses par lattouchement des linges
dont elle est couverte. Ce renseignement a sa valeur; il explique comment, au xiI° siécle, étaient placées les grandes chasses a la
portée des fidéles, comment elles étaient recouvertes de Be
ainsi qu’un autel, et comment l'image des saints dont elles envelop paient la dépouille était représentée. La figure 2 nous dispensera de plus longues explications. sain
Derriére le grand autel de Notre-Dame de Paris, on voyait, dit Dubreuil, « sur une large table de cuivre, soutenue de quatre gros « et fort haults piliers de mesme estoffe, la chasse de saint Marcel, « neufiéme évesque de Paris.... A droite, sur Pautel de la Trinité, « diet des Ardents, est la chasse de Notre-Dame, @argent doré; en « laquelle il y a du laict de la sainte Vierge, et dle ses vetemens ; « plus des pierres desquelles fust lapidée saint Ktienne.... A cdté «senestre dudict autel est une chasse de bois, ayant seulement le « devant couvert d@argent doré, en laquelle est le corps de sainct « Lucain, martyr.... Ceste chasse, couverte de quelque drap de soye « précieux, se porte en procession par deux hommes (église.... »
1 Voyez le Dict. d’urchitect. du xi° au xvi siécle, art, AUTEL, fig. 15 et 16.
[ CHASSE | — 70 — Voici qui rappelle parfaitement la disposition de la chasse de saint Honoré, représentée figure 2. i
Nous remarquons encore, sur l'un des bas-relief du tympan de la porte méridionale de la cathédrale d’ Amiens, la chasse du meme saint transportée par deux cleres; elle est 4 peu prés de la dimension dun cercueil, et parait exécutée en bois recouvert de lames de métal (fig. 3). Des infirmes se placent sous la chasse et la touchent
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en invoquant le saint, afin @’étre guéris de leurs maux. C’était en effet ainsi qu’on yenait implorer intercession d’un saint, en se placant directement sous la chasse qui contenait son corps. Get usage, établi probablement par les fidéles, fit que lon plaga presque toujours les chasses, a partir du xi siécle, soit sur des édicules élevés, comme la chasse de saint Marcel, soit sur des crédences, sous lesquelles on pouvait passer 4 genoux et méme en rampant.
Il n’existe aujourd’hui qu’un bien petit nombre de ces chasses de bois d'une époque ancienne destinées 4 contenir des corps-saints. Nous en connaissons une 4 Cunault (Maine-et-Loire), sur laquelle on voit encore des traces de peintures et sculptures représentant les douze apdtres, le Christ accompagné d’anges thuriféraires; sa forme est d’ailleurs d'une extréme simplicité; une arcature ogivale sépare les apdtres. Cette chasse date du xim° siécle. On en voit une, également de bois, dans léglise de Saint-Thibaut (Cote-d’Or), qui date du commencement du xtv° siécle; cette chasse n’est ornée
ae | CHASSE | que par les fortes ferrures qui servent 4 maintenir les panneaux de bois et par les extrémités des six montants se terminant en fleurons sculptés. Elle est exactement reproduite, avec tous les détails de sa construction, dans les Annales archéologiques*. Déja cependant, dés les premiers siécles, ces grandes chasses de bois étaient revétues de lames de métal, d’émaux ou de morceaux de verre?. Les feuilles de métal clouées sur le bois étaient fort minces, rehaussées
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de gravures et quelquefois accompagnées de figures faites au repoussé ou divoire. Ce mode de fabrication persista longtemps, car nous voyons encore des chasses des xu° et xin’ siccles, de dimensions médiocres, dont le fond est de bois recouvert de plaques de métal émaillé, gravé, doré, avec statuettes faites 4 ?étampe, au repoussé, ou embouties, avec des feuilles de cuiyre ou d'argent @une faible épaisseur. Outre l'économie, ce procédé de fabrication avait Vavantage de laisser 4 ces chasses, que l’on transportait fréquem- ~ ment, la légéreté dun coflre de bois. C’est ainsi qu’est exécutée la chasse de saint Calmine (fig. 4), duc d’Aquitaine, fondateur des mo-
t Annales archéol. par M. Didron, t. V, p. 189. 2 « La premiére chasse de sainte Aure, abbesse, n’était que de bois et de verre... »
(Dubreuil, Antig. de Paris, liv. 1.) :
nastéeres de Saint-Théophréde en Velay et de Masac en Auvergne, patron de Péglise de Saguenne, prés Tulle. Cette chasse est de cuivre émaillé, doré, avec des figures bas-reliefs faites au repoussé. Sur Vune des faces latérales (qui est la face principale), on voit le Christ couronné, nimbé, bénissant, et tenant un livre; a sa gauche est un personnage drapé tenant un livre, et a sa droite un saint abbé probablement. Deux anges thuriféraires sont posés sur les rampants du petit combles Sur le cété droit de la chasse est gravé un saint Paul (fig. 5). Sur le e6té gauche, qui sert entrée, un saint Pierre.
Outre les émaux, qui sont fort beaux et
5 des fabriques de Limoges, cette chasse . est décorée de pierres et le faitage de WK ku
houles de cristal de roche. Tout louvrage appartient 4 la premiére moitié du xmm° siécle*. Vers la fin de ce siécle, la fonte vint, dans les chasses d’orfévrerie, se marier au métal repoussé, embouti ou estampé, aux émaux et filleranes. Nous renvoyons nos lecteurs, pour lexplication de ces procédés, a la partie du Dictionnaire qui traite de Porfévrerie, ne nous occupant ici que de la composition générale des chasses.
Mais ces meubles conservent jusqu’au xiv’ siécle un caractére particulier ; ils n’affectent pas encore la forme de modéles de chapelles ou @églises; il suffit de voir les chasses des grandes reliques de Notre-Dame d’Aix-la-Chapelle, des Trois-Rois & Cologne, de Saint-Taurin 4 Evreux?, et surtout la belle chasse de Tournay, pour reconnaitre que ces meubles, de la fin du xm° siécle et du xm, ont des formes, des proportions et une ornementation qui leur appartiennent. Plus tard, et particuliérement pendant le xv° siécle, les orfévres cherchent, dans la composition des chasses, 4 reproduire en petit de grands édifices : c’est ainsi que fut refaite, en 1408, la grande chasse de saint Germain, qui dépendait du trésor de Saint-
1 Cette chasse faisait partie de la collection de M. le prince Soltykoff. 2 Mélung. archéol. des RR. PP. Martin et Cahier.
= $75 —— [ CHASSE ] Germain des Prés. Nous la donnons ici (fig. 6)'. Quel que fat le merite d’exécution de ces objets, ils avaient alors perdu leur caractere propre, si remarquable deux siécles auparavant. La chasse de saint Germain présentait cependant un grand intérct au point
de vue iconographique; c’est ce qui nous engage 4 la donner ici. Les deux basses nefs étaient divisées en six arcades de chaque cdté, dans lesquelles étaient placées les statuettes de cuivre doré des douze apdtres. A lune des extrémités, on voyait, sous un arc, la
1 Ce dessin est exécuté alaide de la gravure de cette chasse, donnée par D. Bouillard
dans son Hist. de ’abbaye roy. de Saint-Germain des Prés. i,— 10
[ CHASSE | — 7h —
Trinité, représentée par le Pére éternel assis, véltu en pape, tenant devant lui Jésus-Christ en croix. Le Saint-Esprit, sous forme dune colombe, sort de la bouche du Pére et descend vers le crucifix. L’abbé Guillaume, qui fit exécuter cette chasse, était 4 la droite du Pére, en habit de religieux, la crosse en main et la mitre en tete; le roi Eudes était A sa gauche, révétu des insignes de la dignité royale. A l'autre extrémité se voyait également, sous une archivolte, saint Germain en habits pontificaux, ayant 4 ses cotés saint Vincent et saint Etienne, patrons de Yabbaye, en habits de diacres. Cette chasse, surmontée d’une fléche 4 jour, n’avait qu’un metre environ de longueur; elle était supportée par six figures hommes, de cuivre doré, tenant des phylactéres sur lesquels étaient graves des vers 4 la louange de ceux qui avaient contribué 4 faire exécuter ou A décorer tant lancienne que la nouvelle chasse. Des pierres précieuses qui avaient été posées sur Vancienne chasse donnée par Eudes, comte de Paris, entrérent dans la décoration de celle-ci; ces pierres précieuses étaient au nombre de deux cent soixante, les perles au nombre de quatre-vingt-dix-sept*. Un grand nombre de chasses furent ainsi refaites pendant les xii’ et xtv° siécles et au commencement du xv’. Beaucoup furent vendues ou détruites pendant les guerres désastreuses de Vinvasion anglaise. Louis XI répara ces pertes, si toutefois elles étaient réparables. On fit refondre encore beaucoup de chasses neuves au commencement du xvr° siecle, les formes des anciennes chasses n’étant plus dans le gout de ce temps; les guerres religieuses de la fin de ce siécle en détruisirent une quantité innombrable. Aussi, en France, les chasses anciennes de quelque importance, et surtout exécutées en matieres précieuses, sont-elles fort rares.
Les chasses ne contenaient pas seulement des corps-saints, elles étaient destinées aussi 4 renfermer certaines reliques précieuses. On désignait armoire de vermeil contenant les pieuses reliques de la sainte Chapelle & Paris, sous le nom de la grande chdsse. Dans Péglise cathédrale de Chartres, la chemise de la sainte Vierge était conservée dans une magnifique chasse donnée en $96 par le roi Charles le Chauve. Cette chasse, qui avait 0",677 de longueur, sur 0" ,271 de largeur et 0",569 de hauteur, était posée sur un brancard de vermeil semé de fleurs de lis en relief; elle était de bois
! Le marché passé par l’abbé Guillaume avec Jean de Clichy, Gautier Dufour et Guillaume Boey, orfévres 4 Paris, est donné tout au long dans les piéces justificatives
de l’Hist. de Pabbaye roy. de Saint-Germain des Prés de dom Bouillard. Cette piéce est fort curicuse.
— 75 — | COFFRET | de cedre, couverte de plaques d’or et enrichie dune infinité de perles, diamants, rubis, emeraudes, saphirs, agates, turquoises
re . fie bs oF, = ee z Ei camées ou intailles, el accompagnée de nombreux bijoux donnés par divers princes et des évéques’. (Voyez, pour la position des chasses suspendues derriére et au-dessus des autels, le Dictionnaire d’architecture, au mot AUTEL.)
CHASUBLIER, s. m. Armoire renfermant une suite de tiroirs peu profonds, 4 coulisses, dans lesquels on pose les chasubles. Il est 4 croire que les chasubliers anciens n’étaient autrefois que des armoires vestiaires, les chasubles étant faites d’étofles souples et non surchargées, comme elles le sont aujourd’hui, de lourdes broderies, doublées de bougran, ce qui leur donne la roideur (une planche.
COFFRE, s. m. — Voy. Banut, Cisse.
COFFRET, s. m. (co/fre, escrint). Petit coffre.
« Pour les dames, cofres ou escrint « Pour leurs besongnes herbergier 2, »
Dés les premiers siécles du moyen age, les coffrets étaient fort en usage; on les fabriquait en matiéres précieuses, en ivoire, en marqueterie, en cuivre émaillé, en or, en argent; ils étaient repoussés, ciselés, émaillés. Pendant leurs voyages, les dames les transportaient avec elles, et y renfermaient des bijoux de prix. En
campagne, dans les expéditions lointaines, les nobles, les cheva-
liers, outre les bahuts qui contenaient leurs effets, portaient de ces coffrets qui étaient confiés 4 la garde des écuyers, et qui contenaient Yargent, les bijoux, parfois méme des titres. Car il était assez dusage, jusqu’au xin’ siécle, d’emporter avec soi les archives de famille, les titres précieux : tel était Pesprit de défiance qui dominait alors toutes les classes, que les plus puissants seigneurs n’osaient se séparer des objets dont ils n’eussent pu réparer la perte. Les coffres et coffrets tiennent donc une place importante dans le mobilier du moyen age. C’est dans un coffret que sont déposts le
1 Voyez l’inventaire de cette chasse et de ces bijoux dans le Bullet. des comités histor. , janvier 1854. Les camées et intailles qui garnissaient cette chasse ont été, en 1793, envoyés a la Bibliothéque nationale ; ils y sont encore déposés,
2 Eust. Deschamps.
coeur et la lettre de Raoul de Coucy destinés 4 la dame de Fayel, et rapportés par son écuyer Gobert, de Brindes en France. Le chatelain de Coucy, sentant sa mort prochaine,
Gino) oe as a lstaponer
« Un des coffrets de ces sonmiers
« Ouquel estoit li tresors chiers
« Des tresches (tresses) qu'il véoit souvent. « Un coffre petitet d'argent
« En a trait et puis l’a baizié,
« Ouvert l’a, si a fors sachié
« Les tresches qui sambloient d’or !.
Les trésors des cathédrales, des églises, les musées, conservent encore un grand nombre de ces petits meubles, exécutés en général avec beaucoup de soin et de recherche. Un des plus beaux et des plus anciens coffrets que nous connaissions faisait partie de la collection de M. le prince Soltykoff*. Ce coffret est ivoire bordé de lames de cuivre doré finement gravées; ila 32 centimetres de long sur 19 de large et 10 de hauteur. En voici (fig. 1) ’ensemble: il nous
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parait appartenir au x° siécle; il est intact, sauf la serrure, la clefet lanse, qui ont été refaites au xv° siécle. Les dessins dont il est orné sur ses quatre faces et le couvercle représentent des animaux dans des entrelacs, biches becquetées par des aigles, daims,
1 [’Hist. du chdtelain de Coucy et de la dame de Fayel, vers 7607 et suiv., édit. de Crapelet, 1829. j
Nous devons encore 4 l’obligeance de M. le prince Soltykoff d’avoir pu dessiner ce précieux meuble.
; : r os et) 5 et la figure 3 une des bordures de cuivre grave, orandeur d’exeécution. Il est facile, avec ces renseignements, de se faire une idée compléte de cet, objet, remarquable par sa date, sa belle composition ef sa parfaite conservation.
Beaucoup de ces coflrets étaient renfermés, comme nos nécessaires de voyage, dans des enveloppes de cuir ornées elles-mémes de gaufrures et dorures, de légendes armoriées ou d’emblémes. Ces coffrets se rangeaient parfois 4 cété les uns des autres dans les bahuts de voyage, et contenaient chacun des armes, des objets nécessaires 4 la toilette, des parfums, des bijoux, des coiffures, aumoniéres, manches brodées, ceintures, etc. D’autres séries contenaient couteaux, petite vaisselle de table, coupes, hanaps, tasses de vermeil, épices, cordiaux dans de petits flacons.
« Or est monte a cheual le gentil Palanus lequel sen va accoustre « tout ainsi que le vous conteray sans grant nombre de gens ne « bagaige, car il nauoit que deux baheux, dont lung portoit ung lit « de camp bien petit entre deux coffres ou estoit une partie de son « accoustrement, et l'autre bahu portoit ses coffres d’armes avec « ses hardes sans aultre chose *. »
Les mceurs du moyen age étaient nomades: nobles et marchands étaient souvent sur les grands chemins, et force était alors, lorsqu’on voulait vivre passablement, d’emporter tout avec soi; puis, comme nous l’avons dit plus haut, on ne s’en rapportait qu’a soiméme pour garder son bien. Arrivait-on dans une ville, dans une hétellerie, s’établissait-on temporairement quelque part, on se faisait un mobilier de tous ces coffres de yoyage : les plus grands de-
1 DHist. de Palanus, comte de Lyon, manuscr. de la Bibl, de Arsenal.
—o = [ COFFRET |
venaient lits, tables ou armoires; les moyens servaient de bancs, et les petits de nécessaires propres 4 renfermer tous les menus objets. Ces habitudes prirent un tel empire, que, dans des temps plus rapprochés de nous, ot: l’état du pays m’exigeait plus le charroi de tous les objets utiles 4 la vie journaliére, on voit encore des princes, et méme de riches particuliers, se faire suivre en voyage de leur vaisselle et d'une quantité de meubles, tapisseries, linge et vétements assez considérable pour meubler un palais *.
Mais revenons aux coffrets. Geux-ci n’affectent pas toujours la forme dun parallélipipéde; quelquefois ils sont 4 pans. Il existe encore aujourd’hui, dans le trésor de la cathédrale de Sens, un colfret (ivoire sculpté et peint, qui fut, dit-on, rapporté de Constantinople au xi° siecle, et contenait des reliques précieuses. Il est en forme de prisme 4 douze pans, terminé par un couvercle en pyramide tronquée également 4 douze faces; la hauteur du prisme est de 0,22, le diamétre du coflret de 0,34. Il est divisé en trois zones : celle inférieure représente l’histoire de David, celle au-dessus Vhistoire de Joseph; la troisiéme, des lions, des griffons affrontés, un griffon terrassant un boeuf, un griffon dépegant une béte a cornes, un lion se jetant sur un cerf, un eriffon tuant ur serpent, et un lion poursuivant un bouc. Sur le couvercle, on retrouve la suite de Phistoire de Joseph, ou plutot son triomphe, Varrivée de sa famille en Egypte, et son apothéose. La gorge qui sépare le couvercle du corps du coffret est revétue de plaques d’émail de fabrique byzantine. Ce petit meuble fut certainement exécuté a Byzance. et parait appartenir au xu° siécle; les bas-reliefs sont accompagnés Winscriptions grecques, et le style des figures rappelle Pantiquité eréco-romaine.
Voici (fig. 4) un ensemble de ce précieux coffret, et (fig. 5) un fragment d’un des petits bas-reliefs représentant Joseph allant audevant de Jacob et le recevant 4 son arrivée dans la terre de Gessen. Le style des bas-reliefs qui décorent lextérieur du coflret de Sens est plein de grandeur, et certainement lintroduction Pobjets de fabrique byzantine, si fréquente en France pendant le x1° siecle, dut exercer une grande influence sur la sculpture de nos artistes occidentaux. Le trésor de la cathédrale de Sensn’a pas cessé de posséder ce coffret depuis cette Epoque. Son origine west pas dou-
1 Nous avons vu encore un auguste personnage qui ne voyageait qu’avec son lit, et qui eat mieux aimé passer la nuit dans un fauteuil que de se coucher dans un lit qui “peut pas été le sien.
| COFFRET | pes SU a teuse: quand on examine les bas-reliefs des édifices de cette epoque,
frappé de Vanalogie qwil y a entre les ‘sculptures de ce coffret, par
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ao f4 — [ corrrer | exemple, et celles des chapiteaux du porche de l’église de Vézelay, qui datent de 1130 environ. Nous avons dit que les ivoires du coffret de Sens étaient peints: le vert, le pourpre y dominent; malheureusement, une maladroite réparation a fait disparaitre en grande partie cette intéressante coloration et les inscr iptions que Millin a encore pu copier lorsqu’il visita Sens* en 1805. Sur le sommet tronqué de la pyramide s’élevait probablement un bouton de cuivre émaillé, pour permettre de soulever le couvercle; il a été remplacé par une de ces pommes de cuivre que l’on pose sur les premiers balustres des escaliers.
L’abbaye du Lys possédait un coffret de bois recouvert de plaques Vargent vernies en now verdatre, de cuivre doré et émaillé; ce petit meuble est aussi précieux par sa composition que par son exécution. Il est aujourd’huiconservé dans V’église de Dammarie (Seineet-Marne), et connu sous le nom de cassette de saint Louis *. Il est certain que ce coffret date du xim° siécle. Sur le couvercle, outre huit médaillons représentant en relief des animaux, quatre améthystes sont enchassées sur les encoignures ; sur la face et les cotés sont également disposés des médaillons. Un grand nombre d’écussons, semés entre les médaillons, sont émaillés aux armes de France ancien, de Castille, de Bourgogne ancien, de Guillaume de Courtenay, de Montfort, de Dreux, de Bretagne, de Flandre, de Navarre et Champagne, de Graville, de Dammartin, de Toulouse, de France a trois fleurs de lis, de Coucy, de Beaumont, de Roye, de Champagne, de Jérusalem, de Bar, de Montmorency, de Normandie, d’Harcourt. L’anse, les équerres, les charnieres, la serrure et son moraillon sont dorés et émaillés. De petits clous dor 4 téte ronde fixent, entre les médaillons et les écus, la plaque d’argent trés-mince qui recouvre exactement le bois. Rien n’indique que cette cassette ait eu une destination religieuse, et nous la regardons plutot comme un de ces précieux écrins qui devaient renfermer des bijoux de prix.
Souvent les coffrets n’étaient que de bois, et n’avaient de valeur que par la délicatesse et le gottt des sculptures dont leurs ais étaient couverts.
Voici un de ces coflrets, trés-simples comme matiére, trés-riches par le travail (fig. 6); il est de bois de chataignier, avec anse,
1 Voyages dans le Midi de la France, par Millin, 1807, Atlas.
2 Ce charmant coffret est reproduit avec beaucoup d’exactitude dans les Monuments dle Seine-et-Marne, par MM, A, Aufauvre et C. Fichot, in-f?. Melun, 1854.
[ corrRET | — §2 —
charniéres el serrure de fer *. Le dessus, que nous reproduisons (PI. Ill), est remarquable par sa composition. L’anse est munie Wun anneau maintenu par une goupille lache, de maniére qu’en le passant au,doigt, le coflret puisse clre cependant tourné en tous sens; procédé qui permettait, en tenant cette anse d'une main, de
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SS == ; eC AG CUR LAU OT, SEUWE Satara, SM, -
présenter entrée de la serrure en face de autre main tenant la clef, Ce coffret présente des figures et des animaux dans des cercles ornés de feuillages; sur le coté, dans un de ces cercles, est une rose au milieu de laquelle est sculptée en relief la lettre H; sur des banderoles portées par les figures, sont gravées des devises.
Souvent, sur les coffrets, étaient sculptées des chasses, des scénes tirées de romans en vogue, des inscriptions, etc. Il existe encore, dans le trésor de l’église de Saint-Bertrand de Gomminges, un colfret de bois recouvert de plaques de cuivre jaune estampé, sur lesquelles sont figurés en relief des chevaliers, des dames, des animaux. Les dessins se répétent comme ceux dune étoffe. Il était (usage aussi de porter en voyage des coffrets de fer solidement fermés, dans lesquels on gardait les bijoux. Voici (fig. 7) un de ces coffrets, qui date du xv° siécle. Ilse compose d’une boite de chéne recouverte de cuir rouge; sur le cuir est appliqué un premier réseau de fer étamé, & jour; puis une seconde enveloppe de fer non étamé, également & jour, laissant voir 4 travers ses mailles le cuir et le réseau étamé. Des nerfs de fer renforcent le couvercle, et une
! Ce coffret, qui date du xiv® siécle, fait partie de la collection de M. A. Gérente ; il est de fabrication rhénane, Il faut dire qu’a cette époque, les provinces de lest de la France et Allemagne fournissaient beaucoup de ces menus objets sculptés en bois.
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petite serrure trés-solide le maintient fermé, Sur |
es deux cotés,
; ‘ 4 Bey gah: a . a fn , Atre roies ou de chaines, @ Pintérieur dun bahut trop lourd pour étre
[. COURTE-POINTE | — 8h —
facilement soustrait, ou de le porter en croupe, de le réunir au baeage chargé sur des bétes de somme *.
La figure 8 explique la disposition des deux plaques de fer appliquées Pune sur autre; la charniére occupe toute la largeur du coffret et est formée par les plaques de fer battu qui lui servent d’enveloppe (fig. 9).
L’Italie fournit beaucoup de ces petits meubles: on en trouve encore dans les trésors de nos églises; ils sont généralement d’os ou Wivoire sculpté et de marqueterie. Le trésor de léglise de Saint-Trophime d’Arles en posséde un fort remarquable, qui parait remonter au xm’ siécle (PL. IV) ?. Celui de Ja cathédrale de Sens en conserve un autre du xiv’ siécle. On en voit un grand nombre dans nos musées et dans les collections particuliéres.
COURTE-POINTE, s. f. (cowstepointe, kheutespointe). Grande cou- ‘ verture doublée et piquée, que l'on posait sur les hanes et tous les meubles pouvant servir de siéges ou de lits de repos.
«.,.. L’empereriz fist traire les dames et les damoiseles en une « autre chambre, et entre li et le vallet s’asistrent sor une cheuche « (un coussin) (une coustepointe coverte et @un drap de soie *. »
On admet volontiers que les meubles du moyen age étaient de formes incommodes et dépourvus de garnitures d’étoffes, parce que, dans quelques musées, on voit des chaires de bois, de la fin du xv° siécle ou du commencement du xvi°, 4 dossiers droits, couverts de sculptures souvent, qui dtent toute idée de s’appuyer. Mais ces meubles d@’apparat ne servaient guére et n’étaient placés dans les appartements que pour la montre. Ce n’était qu’a Poccasion de cerlaines solennités que le chef de famille se placait entre les bras de ces chaires richement sculptées et recouvertes (ailleurs dun épais coussin. ;
Quant aux meubles @usage, ils étaient bien garnis, non a demeure, comme le sont les nétres, mais au moyen de ces coussins si nombreux dans les inventairesdu moyen age, et de ces courtes-pointes jetées sur le tout comme une housse, courtes-pointes faites d’étofles moelleuses, épaisses, doublées et piquées.
Cet usage permettait d’entretenir les étoffes des meubles, de les
1 Nous devons ce petit meuble a M, Alaux, architecte de Bordeaux. Les dimensions de ce coffret sont : longueur, 0™,417; largeur, 0™,133; hauteur, 0™,10.
2 Le dessin de ce coffret nous a été donné par M. Révoil, architecte 4 Nimes.
3 Le Roman des sept Sages, manuscr. Biblioth. impér., fonds Saint-Germain, n° 1672.
Meuble X/
DICTIONNAIRE DU MOBILIER FRANCAIS
Beau Eth
Viollet le -Duc-direx*