‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque Carlovingienne à la Renaissance (volume 5)Chapitre 20 sur 80 · FAUTEUIL · texte numérisé non relu

FAUTEUIL

Contrairement au dernier exemple (fig. 2), les branches du faudesteuil sont habituellement terminées, & leur partie supérieure, par des tétes animaux. M. C. Lenormant regarde ladjonction des tétes et pattes de lion aux branches de la chaise curule antique comme une modification qui eut lieu sous Pinfluence des idées chretiennes. « Le lion, dit-il, est, dans le langage allégorique de notre religion, « lembléme de la justice, 4 cause des deux lions qui formaient les « bras du trone de Salomon, le roi juste par excellence, et les douze « lionceaux qui en ornaient les marches. » Gependant les tétes

d'animaux qui terminent les quatre montants du trone de Dagobert sont des tétes de panthére, ainsi que celles figurées sur le dessin (fig. 2 d¢s) *. Ce dernier exemple nous fournit encore un renseignement précieux : c’est la draperie ou tapis jeté sur le faudesteuil et qui tombe jusque sur le marchepied. Nous yoyons ce morceau d’étoffe figuré sur presque tous les trénes pliants du xu’ siécle, et plus tard il prend une grande amp leur.

Les sceaux royaux francais, 4 partir du xn¢ siécle jusqu’au xv’, présentent des exemples assez nombreux de trones pliants, rarement avec des tétes de lion; ce sont des panthéres, des dragons,

! Manuscr. d’Herrade de Landsberg, xi1° siécle, biblioth. de Strasbourg. §

des levriers, des chiens. Le roi Jean est figuré sur un trone termine I, oad 45

| FAUTEULL | — Ah — par des tetes Waigle, peut-ctre, ainsi que Pobserve M. Ch. Lenormant, en ’honneur du patron du roi, saint Jean.

Au xiv’ siécle, les faudesteuils royaux sont accompagnés de dossiers avec dais et estrade; des lionceaux servent de marchepied. (est ainsi qu’est figuré le fauteuil de Charles V sur le sceaul de ce prince. La figure 8 nous montre ce meuble, que la belle execution du creux permet de rétablir Pune facon complete.

Mais, vers le xv° siécle, les formes du faudesteuil s’altérent ; ne conservant du pliant que l'apparence, il est accompagné de dossiers, de barres, qui le rendent fixe et lourd. Nous donnons comme un des derniers vestiges de ce meuble un fauteuil copié sur les bas-reliefs de

bois des stalles de la-cathédrale d’Amiens (fig. 4). ll est décoré de

— 415 — | Forme | franges attachées aux barres horizontales, suivant un usage assez répandu a la fin du xv® siécle, au moyen de bandes de fer battu étamé clouées sur le bois; plus tard encore, les bandes de fer sont remplacées par des galons de passementerie. Ces petites franges se retrouvent sur les bois des fauteuils jusque vers le milieu du xvii’ siécle.

FORME, s. {. (/ow'me). Mot qui s’emploie quelquefois comme chaire (siége), mais plus généralement comme banc divisé en stal es, avec appul, dossier et dais. On donnait aussi le nom de fouwrmes aux stalles des églises. Nous n’avons pas & nous occuper ici des stalles fixes, qui sont immeubles ; nous ne parlerons que des banes divisés par des appuis, qui conservent le caractére Wun meuble pouvant etre déplacé. Nous avons dit ailleurs déja que les siéges étaient, pendant le moyen age, de formes et de dimensions trés-variées. Les erandes salles-des chateaux étaient destinées & divers usages : ¢’étail la qu’on receyait, qu’on assemblait les vassaux, que la famille se réunissait, qu’on donnait les grands repas, que le seigneur rendait la justice. La grand’salle était ordinairement terminée 4 lune de ses extrémités par une estrade sur laquelle étaient disposées des formes de bois plus ou moins richement décorées et tapissées, servant de siége au chef de la juridiction seigneuriale et 4 ses assesseurs. Ces siéges avaient la forme d’un bane continu, mais o.chaque place était marquée par une séparation ; habituellement la forme centrale était plus élevée que les autres.

La forme est un siége dhonneur; elle n’est pas toujours accompagnée du dais, mais elle posséde un dossier.

Les peintures murales, les vignettes des manuscrits et les basreliefs des x1° et x1 siécles, nous présentent des formes généralement dépourvues de dais, mais divisées par stalles avec dossier. Pendant l’époque romane, et jusqu’a Ventier développement du style adopté au x1 siécle, ces siéges 4 plusieurs places sont massifs et ne pouvaient se transporter facilement. S’ils sont de bois, ils paraissent taillés et sculptés & méme d’énormes piéces de charpente. Ce west pas par l’élégante combinaison des différents membres de lamenuiserie que ces meubles se font remarquer, mais bien plutot par Péclat des peintures ou des étoffes dont ils sont couverts. Sils se composent de riches matiéres, telles que ivoire, des bois prévieux, de Vor, de V'argent, ou méme de l’étain, leur caractére général conserve une certaine lourdeur en harmonie avec le style adopté dans Varchitecture ; mais ils se couvrent de dessins trés-fins obtenus par des incrustations ou de la marqueteric.

Il n’existe plus nulle part, que nous sachions, de ces meubles entiers d'une époque aussi reculée ; on n’en trouve que des fragments épars dans des musées, fragments qui ont changé bien des fois de destination, et qui n’ont élé conservés qu’a cause de la richesse des incrustations. Mais nous en trouvons un grand nombre dans les manuscrits carlovingiens et méme dans ceux du xm siécle. Le beau

manuscrit d’Herrade de Landsberg, de la bibliothéque de Strasbourg

. . = s A a 4 contient plusieurs formes qui paraissent é¢tre entiérement décorées de fines incrustations. Nous en choisissons une entre autres a trois places, servant de siége d trois apdtres. Plutot que de copier en fac-simile cette vignette, qui explique grossiérement la combinaison et les détails de cette forme, nous croyons plus utile pour

: ie nos lecteurs Pen donner ici (fig. 1) comme une sorte de traduction, afin de faire mieux comprendre la disposition et le mode de ecorati ubler ivol "os étai

décoration de ce meuble roman. L’ivoire et l’os étaient, pendant toute

=e — [ ForME ] la période romane, souvent employés dans la composition des siéges, des tables, et sles meubles 4 ala portée de la main; ces matiéres étaient lournées, eravées de dessins délicats que l’on remplissait dune matiére noire, rouge ou verte, ou bien posées en placages également eravés, et collés ou cloués sur une careasse de bois. Vest d’ aprés ces données que nous supposons que la forme (fig. 1) est fabriquée. Les montants de face, les appuis et les pieds sont en partie composés de morceaux (ivoire et de plaques gravés et niellés. L’appui est une marqueterie Vivoire, de bois et demorceaux de métal ; un tapis sans coussins couvre la tablette servant de siége. Une marche de bois, plaquée douvrages de marqueterie, est, suivant usage, placée en avant du siége. Toutes les salles mtérieures des palais, des monasteres et des habitations privées, a cette époque, étant toujours carrelées ou dallées, il était nécessaire de disposer sous les pieds des personnes assises un parquet tenant au siége,

Les formes romanes ou dela période ogivale conservent un aspect sévére, une sorte de rigidité que nous ne trouvons pas dans les autres siéges : c’est que les formes étaient destinées, dans l’ordre religieux ou civil, 4 des personnes remplissant de graves devoirs, pendant laccomplissement desquels il était convenable de garder une posture décente. Nous voyons ces meubles garnis de tapis le plus souvent sans coussins. Les dossiers sont droits, les appuis disposés plutét pour servir de séparation que d’accoudoirs. Vers la fin du xir° siécle, les dossiers prirent plus de hauteur, et plus tard encore ils furent souvent surmontés de dais. Nous trouvons dans quelques manuscrits des formes qui semblent avoir été disposées pour que les assesseurs du personnage principal ne puissent converser entre eux pendant la séance.

Nous donnons (fig. 2) un de ces siéges *. La forme centrale est élevée de deux marches et placée en avant des formes secondaires ; ces derniéres sont comme autant de niches de bois carrées, complétement séparées les unes des autres par des cloisons pleines, On comprend qu'une pareille disposition ne permettait aux assesseurs ou auditeurs aucune distraction ; mais aussi devaient-ils s’endormir volontiers dans leurcompartiment, pour peu que la cause ou la discussion se prolongeat.

S’il nous reste en France un assez grand nombre de formes fixes ou stalles, nous n’en possédons pas de mobiles, composées d'un erand nombre de siéges. Celles que Pon voit dans quelques musées

1 Le Romuléon, manuscr. n° 6984, Biblioth. impér., xv° siécle.

ou collections particuliéres ne comprennent euére que trois places, et datent des xv° el xvi siécles; ce sont des formes provenant de pieces @appartements privés pour la plupart. Ce qui distingue parliculigrement les formes en usage dans Vordre civil des formes usitées dans Vordre religieux, c'est que les premieres ne sont que des banes divisés, tandis que les autres sont faites comme de véri-

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