‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque Carlovingienne à la Renaissance (volume 5)Chapitre 25 sur 80 · SOS · texte numérisé non relu

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appartient aux derniéres années du xv° siécle (fig. 1). Dans cet exemple, on se rend parfaitement compte du mécanisme au moyen duquel le marteau frappait sur le timbre supérieur fait en forme de toit conique.

Il était dusage, dans les tournois, de limiter parfois la durée des joutes entre deux champions a la durée d’un sablier qu’on appelait horloge. Celui qui, des deux advyersaires, pendant cet espace de temps, avait obtenu un plus grand nombre d’avantages, était déclaré

= 127, [ wucHE ] vainqueur. On empéchait ainsi que des joutes 4 armes courtoises ne pussent, par suite de Vacharnement des jouteurs, dégénérer en luttes sanglantes.

« Aussi tost qu’ils eurent d’un costé et d’autre les lances sur la « euisse, le nain (qui estoit sur le perron) drécea son horloge (qui « estoit de verre plein de sablon, par tout le cours d’une grande « demye heure), et puis sonna sa trompe tellement que les deux « chevaliers le purent ouyr. Si mirent les lances es arrest, el com- « mencerent leur jouste, laquelle fut bien courue et joustée..... et « durant celle demye heure rompit le chevalier 4 ’Arbre dor plus « de lances que le chevalier venant de dehors, parquoy il gaigna la « verge dor comme il estoit contenu es articles du pas. Ainsi se « passa la demye heure que tout le sablon fut coulé..... *»

Nous voyons ces horloges de sable employées plus tard encore, mais dans des circonstances bien différentes. A la Sorbonne, 4 propos des discussions que suscitérent les questions sur la grdce efficace et la grdce suffisante, Pascal, dans sa seconde lettre 4 un Provincial, rapporte ce propos d’un sien ami:..... « Et je Pai bien dit ce matin « en Sorbonne. J’y ai parlé toute ma demi-heure ; et, sans le sadle, « jeusse bien fait changer ce malheureux proverbe qui court déja « dans Paris : «Il opine du bonnet comme un moine en Sorbonne. » « — Et que voulez-vous dire par votre demi-heure et par votre « sable? lui répondis-je; taille-t-on vos avis 4 une certaine mesure? « — Oui, me dit-il, depuis quelques jours..... »

On employait, iln’y a pas encore longtemps, les horloges de sable dans les ventes aux enchéres et les adjudications.

HUCHE, s. f. Meuble en forme de coffre monté sur quatre pieds, avec dessus formant couvercle.

« Il faut escrins, huches et coffres *. »

(voy. Banu). Nos paysans ont encore conservé la huche ; ce meuble sert A renfermer la farine pour faire le pain et & fagonner la pate.

‘ Mém. d’Olivier de la Marche, liv. II.

2 Eust. Deschamps, /e Mirouer de Mariage, xiv° siecle.

IMAGE, s. f. (ymage). On donnait ce nom, pendant lemoyenage,

4 toute représentation sculptée ou peinte qui décorait Pextérieur ou Vintérieur des monuments et des habitations privées. Une suite de ees images sur un portail, autour dun cheeur, s’appelait ymagerve, et Pon désignait sous la dénomination d’ymagiers les artistes peintres ou sculptewrs chargés d’exécuter ces représentations fréquentes. Mais nous n’avons & nous occuper ici que des images meubles, de celles qui, comme nos tableaux ou nos ceuvres de sculptures transportables, sont disposées dans nos intérieurs d’églises ou dappartements, sur des meubles, ou appendues aux murailles. Ges images ineublantes étaient, le plus souvent, dans les appartements, enfermées dans des sortes de petites armoires dont les vantaux étaient décorés de pemtures ou méme de sculpture. Dans les chambres a eoucher, par exemple, il y avait toujours une image de la Vierge ou de Notre-Seigneur, ou du patron de Vhabitant. Les vantaux qui la cachaient ne souyraient qwau moment de la priére du matin oudu soir, ou lors de quelque solennité de famille. Les mus¢es et les collections particuliéres renferment un grand nombre de ces images, mais appartenant presque toutes aux xv* et xvi’ siécles, alors que Pintérieur des appartements était, méme chez les petits bourgeois, décoré avec un certain luxe, Le musée de Cluny, & Paris, posséde, entre autres, deux images 4 volets, que nous donnons ici (fig. 1 et 2). La premiére représente une Vierge avec l’enfant Jésus, surmontée (un dais ; sadisposition générale est assez adroitement com- Iinée. La seconde représente la sainte Trinité dans le panneau du milieu; deux anges, sculptes dans les panneaux des volets, jouent des instruments a musique. On lit, dans le livre ouvert sur les genoux du Pere et du Fils : « Ego sum via, veritas et vita. » Dieu le Pere, ainsi quil était @usage parmi les imagiers du xv° siécle, est represente en pape, la tiare a triple couronne sur la téte. Le Fils mest vétu que un manteau. Derriére cette image, on lit Vi imscription suivante :

A seur Perrette Dobray et luy feut dotiec L’an MVXLI au moy de decembre par ses fréres et seur

Et a couste xv! x 5 74,

Ae prie a tous ceulx et celles qu’y prendront devon ce gardent de

La gaster et prie po" moy et pot Ceulx qi me l’ont donnee

Set Perrette Dobray.

Le désir de Perrette Dobray a été respects, Pimage est demeu-

~ -rée a peu prés intacte. Ces images faisaient done partie du mobi-

lier des chambres & coucher ; on se les donnait en cadeaux, comme aujourd’ hui ces petits meubles qui abondent dans les appartements des femmes. i seas defied :

Les tablettes sculptées en bois ou en ivoire a deux ou trois pan neaux, et qu’on désigne ordinairement sous les noms de diptyques | : 1,—17

[ IMAGE | — 130 — ou de triptyques, ne sont autres que des images ghee: ke ie 4 ra jg * ‘ 4 » " . vi (s ] i Stransportées dans les voyages, ou a décorer la ruelle d un lit, le sus Wun prie-Dieu, ou ces petits oratoires qui avoisinaient souvent les chambres 4 coucher. Il existe encore un grand nombre de ces précieux objets qui datent des xu’ et xtv° siecles, ce qui fait supposer qu’alors on en trouvait dans les appartements des bourgeois

comme des seigneurs. Toutefois il est rare d’en rencontrer dont lexécution soit parfaite : on voit que ces images se fabriquaient en grand nombre et pour toutes les bourses. Lorsque les images Vivoire 4 deux ou trois volets, des x1° et xrv° siécles, sont belles et exécutées avec soin, ce sont des ceuvres d’art fort remarquables.

Une des plus belles que nous connaissions appartenait 4 M. le prince Soltykoff, et date du milieu du xu siécle. Elle se compose Vune tablette centrale accompagnée de deux autres tablettes formant volets, le tout divoire. Les sujets sculptés sont divisés en trois zones décorées de colonnettes trés-délicates et dune riche arcature.

Dans la zone inférieure, la sainte Vierge est assise tenant lenfant Jésus bénissant; a la gauche du trone de la Vierge, un évéque est a

c= fied -— [ IMAGE | genoux ; deux anges encensent. Le volet de droite représente les trois mages, celui ,de gauche la circoncision.

La zone centrale contient le crucifiement de Notre - Seigneur entre les deux larrons, la Vierge et saint Jean, l'Kglise et la Synagogue.

Dans la zone supérieure, le Christ est ressuscité ; il est assis deminu, et montre ses plaies. A droite et 4 gauche, la Vierge et saint Jean, 4 genoux, intercédent pour les humains ; deux anges tiennent les instruments de la passion, deux autres réveillent les morts au son de Polifant. A droite, un évéque est conduit par un ange en paradis; A gauche, les damnés sont précipités dans la gueule béante de Penfer par deux démons. Le sommet de cette imagerie est décoré de fins pinacles et de gables ornés de crochets, de rosaces et de fleurons. Cet ensemble n’a pas plus de 0",25 de large sur 0" ,22 de haut environ, et les figurines sont traitées de main de maitre.

Les images portatives de bois ou d'ivoire n’avaient pas toujours un caractere religieux ; il en existe qui étaient évidemment destinées seulement a récréer les yeux, et quireprésentent des jeux, des chasses, des passe-temps de nobles et de damoiselles: mais ces sculptures sont comparativement en petit nombre. (Voyez, a la fin du Dictionnaire du mobilier, le RESUME HISTORIQUE.)

Au xvr° siécle, les images d'ivoire a volets, si fort prisées jusqualors, furent remplacées par des images peintes sur émail par les artistes de Limoges. Il existe, au musée de Cluny, une image fort précieuse exécutée d’aprés ce procédé, ayant appartenu a Catherine de Médicis, et sur laquelle est représentée cette princesse a genoux devant un prie-Dieu: c’est un des meubles les plus remarquables que posséde cette riche collection.

Nous ne devons pas omettre ici les images ouvrantes si fort en vogue pendant les xi° et xm siécles. On donnait cenom a des sta- (ues ou statuettes qui s’ouvraient par le milieu, et laissatent ainsi voir. dans leur intérieur, soit des reliques, soit des scénes sculptces. Le musée du Louvre possede une image de ce genre extrémement précieuse & cause de la heauté du travail. C’est une statuette de la sainte Vierge, d’ivoire, dont nous donnons une copie (fig. 3), au tiers de Pexécution. La statue est représentée de face en perspective, de profil en géométral. Ces deux aspects A et B font voir ee souvre image en trois parties : les deux composant la face se , veloppent des deux cdtés de celle qui forme le fond; a See est ouverte, le socle, qui est fixe, laisse une saillie representan

[ iwaGE | - — 132 — assez bien la figure 4’un petit autel devant un grand retable 4 volets.

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