‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque Carlovingienne à la Renaissance (volume 5)Chapitre 32 sur 80 · AT · texte numérisé non relu

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« Item, dessus le lict estoit tendu un pavillon verd quarré aussy « grand que la table, et estoient les courtines roullées (relevées) « devant; et estoit le dessus du pavillon verd et les courtines de « samyt.

« Item, tout autour estoient tapis velus *..... )

L’usage des chambres et lits de parade se perpétua jusque vers la fin du xyi® siécle.

Ce qu’on appelait un /it de justice était, en effet, une estrade tapissée, surmontée d’un dais duquel pendaient des courtines. Sur cette estrade était posé un tréne large, garni de coussins, avec carreau deyant. Le souverain était plutot étendu qu’assis sur ce siége. Autour de lui, sur le parquet et les marches de l’estrade, se tenaient assis, sur des pliants et tabourets, debout, couchés ou 4 genoux sur les degrés, les princes de la famille, les grands du royaume et les officiers du palais ’.

Lors du sacre et couronnement des rois de France, un lit était dressé dans la grand’salle du palais archiépiscopal de Reims pour le roi, qui recevait, assis sur ce lit, les évéques et chanoines venant le prendre processionnellement pour le conduire a la cathédrale °.

Pendant le moyen age, on attachait une grande importance a la décoration des lits d’appartements; les exemples que nous avons donnés indiquent assez quelle était la richesse de ces meubles couverts des plus brillantes tentures. La renaissance mit plus de luxe encore dans la fagon de tapisser les lits: chez les grands, les lits - furent surmontés souvent de doubles ciels et de doubles courtines

1 Idem, Baplesme de mademoiselle Marie de Bourgongne.

2 « Le yingt-quatriéme jour de juillet 1527, le matin, le roy estoit en son siége et « tréne royal, au parquet du Parlement (a Paris), tenant son Lict de Justice : pour « monter auquel y avoit sept degrez, couverts d’un tapis de veloux bleu, semé de fleurs « de lys d’or en facon de broderie, et au-dessus un ciel de méme. Et a l’entour, derriére « ledit sieur (le roi), et sous les pieds, y avoit quatre grands carreaux de mesme, Au « costé dextre du roy, aux hauts siéges dudit parquet (estrade) , estcient le roy de « Navarre; etc... Au costé senestre, aux hauts siéges... estoient : le cardinal de Bour- « bon.... etc. Aux pieds du roy estoient le duc de Longueville, grand chambellan de « France, le plus prés de la personne du roy du costé dextre, couché en terre sur le plus « haut -degré..... Devant le roy estoient 4 genoux, Anne de Resne, dit Michelet, capi- « taine du Pont de Sée, et le sieur Nagu, huissiers de la chambre du roy, tenans chacun « une verge a la main....» (Godefroy, le Cérémonial francois, Lit de justice du roy Francois I*', t. Il, p. 463.)

3 «.,... Et in camera magna debent reperire principem in regem consecrandum seden- « tem, et quasi jacentem supra thalamum decenter ornatum.,... » (Formul, des sacres et couronn. des roys; corrig. et mis par escrit en lan 1365, du commandement du roy Charles V. — Godefroy, le Cérémon. francois, t. 1, p. 32.)

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sur lesquelles l'art du brodeur figurait des sujets, des emblémes qui choqueraient fort nos moeurs modernes. Les bois étaient de cédre, de rose, d’ébéne et Wivoire, posés sur des tapis de sole avec une multitude de carreaux. « Nous entendons, dit l’auteur de Isle des « Hermaphrodites'*, que chacun ait double ciel en son lict, et que « celui qui sera au dedans ne soit pas moins riche que celui du de- «hors; youlons que Vhistoire en soit prise des Métamorphoses « d’Ovide, déguisement des dieux, et autres choses pareilles... D’au- « tant aussi que la terre n’est pas digne de porter chose si précieuse, « nous ordonnons qu’on estendra sous lesdicts licts quelques riches « cairins ou autres tentures de soye. » Le méme auteur décrit le lit du roi en cette fagon ? : « Ce lit estoit bien ’un des plus richement « parez quon eust sceu voir : car le ciel estoit fait par carrez dont « le fond estoit de toille ?argent, rehaussez d’or et de soye, oti estoit creprésentée histoire de.... Les montans estoient d’or nuez de « relief, et le double ciel : car ils ne pouvoient pas dormir en ce pays ( la sous une simple couverture de carrez de point couppé. Sur le « lict estoit une grande housse 4 bastons de velours yert, chamarée « de clinquant, 4 bastons rompus qui estoit un secret hiéroglifique « du pays; elle estoit trainante 4 un pied prés de terre, et audessous « se voyoit le souzbassement de mesme estoffe..... » Deux oreillers de satin cramoisi soutenaient les bras du personnage 4 demi vétu et sur son séant; « sous le lict on voyoit un grand marchepied, et a la « ruelle force siéges de méme parure que le lict et houssez pour la « méme considération ». Le luxe des Jits des seigneurs persista; les lits des xv et xvi’ siécles sont d’une grande richesse : chez les souyerains, les lits, 4 dater du xvi’ siécle, sont entourés d’une balustrade au dedans de laquelle, au petit lever, se tenaient les grands seigneurs particuliérement favorisés. La premiére toilette du roi s’achevait dans espace compris entre la balustrade et le lit.

Pendant le moyen age et’ jusqu’ au dernier siécle, il était d’usage de bénir le lit des nouveaux époux avant la premiére nuit des noces. Les seigneurs féodaux avaient un droit sur cette premiére nuit, qui se payait non point au moyen d’une odieuse concession de Pépoux, comme on a voulu le faire croire, mais bien par une redevance en

argent, qui n’était pas plus immorale que beaucoup de nos lois fiscales.

* Page 60. L’Isle des Hermaphrodites, pour faire suite au Journal de Henri Ill, 2 Page 24,

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