LIT
Evangiles et les livres de chant nécessaires au service religieux (voy. ARMOIRE).
Charles V réunit, dans l'une des tours du chateau du Louvre, une belle bibliothéque pour son temps, qui forma le premier noyau de la riche collection de livres conservés aujourd’hui rue de Richelieu. Comment étaient faits les meubles de cette librairie, c’est ce que nous ne pouvons savoir aujourd'hui. C’était, autant qu’on peut en juger par les peintures des manuscrits, des tablettes sur lesquelles étaient rangés les livres, soit sur leur plat, soit le dos contre la muraille et la tranche vers le dehors ; car les manuscrits, fermés par deux bandes de cuir et des agrafes (pipes), avaient le plus souvent leur titre gravé sur la tranche et non sur le dos. Ou bien e’étaient des armoires basses, sortes de buffets fermés avec tablette sur laquelle on ouvrait les livres lorsqu’on voulait les consulter. Sauval *, qui pouvait puiser des renseignements 4 des sources perdues aujourd’hui, dit que Charles V « n’oublia rien pour rendre la bibliothéque du Louvre la « plus nombreuse et la mieux conditionnée de son temps..... Si bien « que, outre les banes, les roues, les lettrins et les tablettes de la « bibliothéque du Palais qu’on y avoit transportés, il fallut que le «roi en fit faire encore quantité d’autres. Il ne se contenta pas de « cela; car, pour garantir ses livres de injure du temps, il ferma de « barreaux de fer, de fil d’archal et de vitres peintes, toutes les croi- « sées; et afin qu’é toute heure on y put travailler, trente petits « chandeliers et une lampe d’argent furent pendus 4 la votite, qu’on « allumoit le soir et la nuit. On ne sait point de quel bois étoient les « banes, les roues, les tablettes, ni les lectrins; il falloit néanmoins « qwils fussent dun bois extraordinaire, et peut-étre méme rehaussé « de quantité de moulures ; car enfin les lambris étoient de bois « d'Irlande, la votite enduite de cyprés, et le tout chargé de basses « tailles (bas-reliefs)..... >
LIT, s. m. Meuble de bois ou de métal garni de matelas, couvertures, oreillers, courtes-pointes et draps, destiné au repos. De toute antiquité, les lits ont été en usage ; les peintures et bas-reliefs assyriens, égyptiens, grecs et romains, nous en donnent de nombreux exemples. Les anciens, jusqu’aux Iv’ et v° siécles, prenaient méme leurs repas couchés sur des lits disposés en fer 4 cheval autour dune table sur laquelle étaient placés les mets. Cet usage parait avoir été abandonné vers le vr’ siécle. A dater de cette époque ou environ, en
1 Livre VII, p, 45.
—= 457 — fo] Occident, les lits furent uniquement destinés au repos. Le moyen dge mit un grand luxe dans la facon et la décoration des lits, qui prirent en méme temps des formes trés-variées. Le métal, le bronze, Vargent, les bois précieux, Vivoire, la corne, étaient employés dans la construction de ces meubles, qui formaient Vornement principal des chambres 4 coucher.
Dans lantiquité, les lits de repos étaient souvent fabriqués en métal, et il semble que cet usage ait persislé assez longtemps. Les
manuscrits de l’époque carlovingienne fournissent un grand nombre d’exemples de ces meubles, qui, par leur forme et leur Sree indiquent ’emploi du bronze. Ces lits étaient beaucoup plus élevés 4 : i ier nne du cété du chevet que vers les pieds, de maniére que la ee couchée se trouvait presque sur son séant. Nous voyons cette orme de lits persister jusqu’au xim° siécle. C’est par des amas de coussins plus nombreux et plus épais vers la téte que l'on donnait une grande
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déclivité a la couchette, Ces lits étaient souvent garnis, sur l'un des orands cotés, comme nos sofas modernes, et la sangle n’était qu’un réseau de cordes lacées sur les deux traverses basses.
Nous donnons (fig. 1) un de ces lits °.
A cette époque, et plus tard encore, les personnages couches sont presque toujours représentés nus *. Il semblerait qu’on se drapait dans ample linceul qui était jeté sur les amas de matelas et de coussins. (était encore li un reste des usages antiques. Le personnage représenté couché, figure 1, quoique nu, est coiffé @un bonnet bizarre et que nous avons rendu tel que la vignette nous le donne. Ce bonnet est décoré de palmettes qui paraissent étre d’étoffe découpée.
Mais c’est surtout partir du xi’ siécle que l'on déploya un grand luxe dans la confection deslits de repos. Les manuscrits du x1° siécle nous donnent des lits d’une grande richesse: les bois semblent couverts d’ornements incrustés, sculptés ou peints ; les matelas, orneés de galons et de broderies, ainsi que les couvertures. Alors ces lits sont généralement accompagnés de courtines suspendues a des traverses ou d des ciels portés sur des: colonnes.
Les lits ne semblent pas étre, en largeur, une dimension extraordinaire, quoique souvent deux personnes soient couchées ensemble.
Voici (fig. 2) une copie dune vignette du manuscrit d’Herrade de Landsberg, de la bibliothéque de Strasbourg, représentant Salomon couché sur un lit magnifique *. Le roi est habillé, la couronne sur la téte. Il ne faut pas prendre, bien entendu, cette représentation a la lettre : c’était 1a, dans les peintures antérieures au xIv° siécle, une maniére de désigner le personnage. Parmi les fragments des beaux bas-reliefs duxir’ siécle provenant du jubé de la cathédrale de Chartres, on voit encore les trois rois mages couchés, réveillés par Pange annong¢ant la naissance du Sauveur, couronnés et habillés. Ce
! Tiré du manuscrit de la Biblioth. impér., Bible, n° 6-3, x® siécle. Les vignettes au trait de ce manuscrit sont fort grossieres, et la perspective en est, comme toujours, trésirréguliére, Nous avons, tout en conservant ]’exactitude du dessin, redressé ces imperfections pour mieux faire comprendre la construction de ce meuble,
Z « La pucele ki fut moult cointe,
« Et li vallés ki moult biax fut, « Se coucherent tot nut a nut. »
(Le Roman des sept Sages, xii® siécle.)
3 Cette copie est réduite de moitié, Le manuscrit date du x1® siécle et appartient a Vécole rhénane.
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| 159 [ tor] n ans lorsque le réalisme commence & dominer dans les basreliefs et peintures du moyen age, c’est-d-dire ver ite ae p peo sii age, c’est-a-dire vers le milieu du xv" siecle, que les artistes abandonnent ces traditions; jusqw alors un rol, un eveque, un pape, quelles que soient leur position ou l’ac-
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tion dans laquelle ils figurent, sont toujours revétus de leurs insiones. Dans la vignette reproduite fig. 2, on voit indiquées les cordes ou tringles de fer qui sont attachées aux deux montants du chevet et maintiennent le matelas trés-incliné du cdté de la téte; un tapis
[ tar — 160 —
couvert d’ornements est placé sous le matelas, qui lui-méme est couvert d’une étoffe trés-riche ; sous la téte de Salomon est place un petit oreiller, et le roi est enveloppé dans une couverture doublée de fourrure (v vair). Des courtines sont suspendues au-dessus du lit, ainsi qu’une petite lampe. L’usage des veilleuses suspendues au-dessus des lits parait avoir ¢té habituel pendant les xu°, xm’ et xiv’ siécles. On semblait craindre Pobscurité compléte pendant le repos de la nuit. A une époque oti Pon croyait aux apparitions, ’ influence des mauvais esprits, il nest pas surprenant qu’on voultit avoir une lampe allumée prés de soi pendant le sommeil; la clarté dune lampe rassure les personnes qui éprouvent cette vague inquiétude que cause Pobscurité complete. On supposait d’ailleurs que les lumiéres éloignaient les esprits malfaisants ou des apparitions funestes.
Il s’agit d'une veuve qui se retire dans un monastere, voulant abandonner les pompes du siécle :
« Or avoit done en usage
« Que pres du lit ou elle jesoit
« Touz tems por nuit mettre fesoit « Deux chandelles qui y ardoient, « Quar tenebres mal li faisoient.
« Une nuit gesoit moult grevee «. . . ° . ° . .
« Si vit entre les .ii. lumieres
« Devant son lit saint Pierre ester « Quel connut bien sans arreter.
Ca eI le fs!) (a
Les courtines sont, au xu° siécle, comme nous lavons dit plus haut, attachées a des traverses, avec ou sans ciel.
Voici encore un exemple (fig. 3) tiré du méme manuscrit’, représentant le songe de la femme de Pilate. Le lit parait étre de bois tourné décoré @incrustations. Un seul matelas, trés-relevé vers le chevet, pose sur un drap jelé sur la sangle. Un linceul enveloppe le personnage, qui, du reste, parait vétu dune tunique et dont la téte est couverte dun voile. Un petit oreiller couvert d'une riche étoffe
! Poesies diverses dun prieur du Mont-Saint-Michel. Extraits publ. en 1837, p- 14, Gaen, chez Mancel.
2 D’Herrade de Landsberg, biblioth. de Strasbourg, x1° siécle. Nous avons ici, comme dans la figure 1, rectifié la perspective et le dessin.
— 161 — [ bit | est placé au chevet et un marchepied au has du lit. Les courtines sont attachées a des poutres sans ciel, de maniére A former soulement deux paravents. I faut remarquer qu’ cette époque les lits étaient placés le chevet vers la muraille; on pouvait y monter & droite ou A gauche. Cet usage se conserva jusque pendant le dernier siécle, et 8
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nest que depuis que les appartements ont été tracés sur des plans exigus que, pour gagner de lespace, on a placé les lits dans les angles des chambres 4 coucher, ou l’un des grands codtés contre la muraille. Autrefois, on laissait d’un coté un espace assez ¢troit entre le mur et l'un des grands cotés du lit, ou derriére le chevet, qui était
la ruelle, et était dans cet espace que Von recevait les intimes I,— 21
[ uit | — 162 —
lorsqu’on gardait le lit '. Les aledves ne paraissent pas avoir été d@usage avant le xvi’ siécle.
Le xu’ siecle déploya, dans la construction et la garniture des lits, un luxe qui ne le céde en rien au siécle précédent. Les exemples peints ou sculptés et les descriptions abondent :
« En .i. vergier moult riche et bel
« Fist la pucele apareiller
«.1. bel lit souef d’oreillier ;
« Molz de coutes et de blans dras
« Qui ne miere petis, n’eschars,
« Fu toute an mi la chambre pointe % »
Et dans le roman de Guillaume d’Orange :
« Aprés mengier font les napes oster ; « Au gentil conte font son lit atorner, « De riches coutes et de dras d’outremer (d’Orient) 3. »
Quand on recevait un héte, on lui faisait dresser un lit dans la salle, ¢est-’-dire dans la piéce principale de la maison; on se servait done de lits facilement transportables. On parait avoir, 4 cette époque, abandonné presque complétement le métal dans la confection des lits. Les vignettes des manuscrits, les bas-reliefs, les représententen bois avec des peintures ou des sculptures et disposés d’une facon particuliére. En cela, comme en tout, le xi’ siecle était innovateur. Les lits de cette époque se composent habituellement d'une sorte de balustrade posée sur quatre pieds, avec un intervalle libre dans le milieu de l'un des grands cotés, pour permettre a la personne qui veut se coucher de se placer sans efforts entre ses draps. Ces lits sont bas, de la hauteur d’un sofa. La téte de la personne couchée est relevée par plusieurs oreillers posés les uns sur les autres.
Voici (fig. 4) un de ces lits *, dont la forme et les ornements se reproduisent souvent dans les manuscrits du xim® siécle. Alors on ne montait pas sur son lit comme on le fait généralement aujourd’ hui
1 Voyez le mot CHampre, Dict. raisonné d’archit.
2 Le Roman des sept Sages.
3 Vers 2773 et suiy.
4 Voyez le manuser. de la fin du xiu® siécle, Bibl. impér., n° 6767. Ce manuscrit contient Hist. du Saint-Graal, la Branche de Merlin, le Roman des sept Sages, Chron. fab. depuis Adam jusqu’t Neéron, transl. du latin en francais. Le lit représenté sur notre gravure est copié scrupuleusement sur une des vignettes; nous n’avons fait que rectifier la perspective de l’ancienne miniature.
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pe se coucher ; on s’asseyait entre les deux montants du milieu et; € ; . ; issai » en souleyant la-couverture, on se glissait entre les draps. Des sourtines pendues au plafond, A des tringles de fer ou de bois, pro
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ormeur. Le peu d’élévation de ces lits au-dessus du sol, alle et pouvant au besoin servir de siéges, explique e nos meilleurs romans du xut siécle. Une eur, veul éprouver sa patience.
tégeaient le d placés dans la s ‘ce passage curieux und jeune femme, mariée a vm vieux seign
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« La dame-s’en vint en sa meson. Il fu tart ; li feus fut biaus et ardoit « cler, et li lit furent bien paré de belles coutes pointes, de biauz « tapis; et la dame fu vestue Wune pelice d’escureus toute fresche. « Maintenant vint li sires de chacier ; ele se leva contre lui, si li oste « sa chape, si li volt oster ses esperons, si s obeist moult a li, et « aporte .i, mantel d’escarlate forré, et li met.4 ses espaules et apa- « reille une chaiére (approche un siége), et li sire s’i asiet; d’autre « part s’asiet la dame sor une sele. Et li chien vindrent de toutes « parz, si s’en montérent sus les liz; et la levriére vient, si s’asiet « sor le peligon 4 la dame. La dame esgarde .i. des boviers qui fu « venuz de la charrue. Si ot .i. costel A sa ceinture. La dame saut, si « prant ce costel et fiert (frappe) cele levriére, si Yocit, si que li « pelicon fu ensanglantez, et li foiers. Li sires regarde celle mer- « veille : Qu’est-ce, dame, fait-il, commant fustes vos si hardie que « vos osastes ocirre ma levriére? — Commant, sire, done ne véez « vos, chacun jor, commant ils atornent vos liz ; il ne passera ja 111. « jorz qui ne nos conviengne fere buée (lessive) por vos chiens; par « la mort Dieu! si les occiroies avant, loz, de mes meins, que il « alassent ainsint par ceanz..... ee
Au xiv’ siécle, les bois de lit prennent moins d’importance et sont complétement recouverts de larges draperies flottantes. Mais le chevet s’éléve souvent beaucoup au-dessus de la téte de la personne couchée et est composé de panneaux pleins moulurés et sculptés. La décoration principale de ces meubles consiste dans la richesse des couvertures ou courtes-pointes; celles-ci sont de soie, de velours, de drap dor méme, doublé de fourrures. « Item un couvertouer «et any . escarlatte vermeille fourré de menuver, pour son lit a « parer ?
Le luxe agile a cette époque dans les.chambres 4 coucher des princes ou princesses est fait pour nous surprendre. Les lits sont entourés d’étoffes précieuses tissées de riches couleurs brodées d’argent et dor; on les surmonte de ciels avec lambrequins (gouttiéres) , courtines, dossiers, pendants (queues).
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1 Le Roman des sept Sages. Le lit, dans les manoirs, était dans la salle ol se rassemblait la famille, dans la piéce principale, ot entraient méme les bouviers revenant de la charrue pour rendre compte de l’emploi de leur journée. Ce passage donne l'idée des moeurs intérieures des pelits seigneurs de cette époque, chez lesquels on trouvait encore les habitudes patriarcales de la féodalité primitive avec un certain amour du luxe, des étoffes précieuses, des meubles et habillements somptueux.
2 Comptes de Geoffroi de Fleuri, 1326 ; Comptes de Vargenterie des rois de France, publ, par L. Douét d’Arcq, 1854.
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« Pour sept mille de treffles, fais Pargent, dont la coustepointe, «le ciel, le Gheveciel (le chevet garni depuis les oreillers jusqu’au « ciel), les gouttiéres et huit quarriaus, furent semez entre les pap- « pegaus (perroquets) et pappeillons, pour argent, pour soye, de « quoy ils furent faiz, 4 d. pour piéce, valent 1161. 13s. 4d. — « Pour pourtraire les pappegaus, pappeillons et treffles, par deux « fois, Pune fois sus taille, et autre fois pour faire larmoierie, « 361....— Pour assambler les veluiaus (velours) de la coustepointe, « du ciel, du cheveciel, des gouttiéres et des huit quarriaus, et la « saierie d’entour le lit.... — Pour douze aunes de frenges dont les « gouttiéres furent frengées, 6 s. pour l’aune, valent 72 s. — Pour « la facon du materas, 16 s. *. »
Nous donnerons une idée de ces lits du xtv° siécle sur lesquels étaient jetées des courtes-pointes larges, et qui se terminaient au
chevet par un haut dossier, en reproduisant une vignette d’un manuscrit de cette époque (fig. 5) °.
Quant aux draps de lits, ils étaient déja, pendant le xiv’ siécle, au nombre de deux, comme de nos jours, lun posé sur les matelas, Yautre sous la couverture.
1 Jbid., p. 59 et 60, Chambre brodée, a Reims, de la reine, femme de Philippe le Long, 1347. j
2 Les Miracles de Notre-Dame, biblioth. du séminaire de Soissons: « Du prestre que « Notre-Dame deffendi de l’injure que son evesque li vouloit faire parce qu'il ne savoit « chanter que une messe de Notre-Dame. »
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Robert le Diable simule la folie 4 la cour de ’empereur de Rome, couche auprés du chien, et ne se fait pas connaitre :
« Se tu me veulz servir a gré,
dit Pempereur 4 son écuyer en parlant de Robert, P y
« Oste de ci premierement (prends ici d’abord) « Et puis t’en vas isnellement
« Et li portez coste et cossin,
« Couverture et deuz dras de lin,
« Pour li couchier 4. 4. s & »
Le xv° siécle renchérit encore sur le xiv° quant au luxe des matelas, coussins, couvertures, courtes-pointes, courtines ou ciels. Au x’ siécle, le lit ordinaire ne se composait que « d’une couste, d'un « coussin et un faissel de feurre * ». Au xrv° siécle, au lieu dun seul matelas, on en mettait déja deux, des couvertures et deux draps. Au xv’, le nombre des matelas et des coussins grands et petits était plus considérable, et les lits étaient en outre garnis d’un traversin. Les matelas des grands seigneurs étaient recouverts de satin vermeil ou d’autre étoffe de soie *; ceux des riches particuliers, de coutil de Caen ; ceux des bourgeois, de toile. Les linceuls (draps) étaient amples; on les enroulait autour de soi avant le xm" siécle, mais depuis ils furent posés de facon que la personne couchée les laissat tomber autour du lit ‘.
Ce fut pendant le xv° siécle que les lits commencérent 4 prendre des dimensions exagérées ; ils portaient déja, 4 cette époque, sept pieds de long sur six pieds de large, et méme quelquefois plus. Ces dimensions expliquent les fonctions singuliéres des fourriers du palais, qui devaient, chaque soir, avant le coucher des princes, battre le lit, afin de s’assurer que personne n’y était caché; e’était comme marque de cette charge que le fourrier portait un baton de bois vert. Ges dimensions extraordinaires données aux lits n’empéchaient pas les princes den mettre deux dans une méme chambre,
! Miracle de Notre-Dame de Rebert le Dyable, manuscr, du x1Vv° siécle, Bibl. impér. 2 Ordonn. de Uhédtel, 1290 (J. reg., 57, fol. 16). 3 Comptes de Charles VI.
4 « Et si leur fault encore avoir « Beaux lis, beaux draps, chambres tendues.
Ge ee ts vale eee aioe Eee) (Eust. Deschamps, Ze Miroir du mariage, xiv et xv® Se)
— 167 — [, ur: | « La chambre de Madame » (Isabelle de Bourbon, femme de
Charles le Téméraire, alors comte de Charolais), dit Aliénor de ae s .
Poitiers dans ‘ses Honneurs de la cour, « estoit grande et y avoit
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deux grands licts ?un emprez Pautre dun rang, et au milieu des deux licts y avoit une allée (ruelle) bien de quatre ou cing pieds de large i... Item il y ayoit un grand ciel de drap de damas verd, lequel ciel comprenoit tous les deux grands licts, et y avoit courtines de demi-satin verd tout autour ceste entrée des deux licts, et lesdictes courtines estoient cousues au ciel, et ne couvroient point celles des pieds, et n’approchoient point lune Vautre d’aussi large que lallée (ruelle) estoit entre les deux licts ; les franges qui estoient autour des gouttieres (lambrequins) du ciel estoient de soie verde.
« Aux pieds des deux grands licts estoient lesdites courtines 4 annelets (anneaux) pour courre toutes deux, joindans (joignants) ensembles, quant on vouloit ; et estoient lesdictes courtines tendues aussi hault que le ciel; et 4 deux ou trois pieds loing des autres courtines, et quand on youloit on les clooit tout prez, que l'on ne voyoit point Vallée entre lesdicts licts, mais de jour elles estoient
-ouvertes, autant que l’allée entre les deux licts portoit.
« Au milieu des deux grands licts, il y avoit une pareille courtine (de séparation), laquelle estoit troussée tout hault, comme lon trousse courtines, et estoit toute serrée au bout (de Vallée) dessus la chaire (placce entre les deux lits 4 la téte), et cette courtine nestoit jamais tendue. Ces trois courtines dont j’ay icy parlé (une entre les deux lits et les deux autres des deux cétés extérieurs) on les appelle traversaines; et ay ouy dire que quand la royne de France gist, elle en a une plus, et est au travers de la chambre (comme parayent) : mais M"* la duchesse de Bourgongne ne M@e de Charrolois sa belle-fille n’en ayoient que trois, comme cy-dessus est escript.
« La couchette * estoit tendue d’un pavillon quarré aussy grand que la couche estoit, aigu amont et avoit audit pavillon tout autour courtine de satin verd, lesquelles estoient cousues audict pavillon, mais aux deux costez les courtines estoient fendues pour les lever de quelque costé que Von vouloit, et estoit le dessus dudict pavillon de damas verd, comme le ciel des licts..... Les deux grands
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«licts et la couchette estoient couverts d@ermines arminees (mou
1 Cette couchette était disposée dans la chambre quelques jours avant Vaccouchement
de la princesse ; ¢’était ce qu’on appelle aujourd’hui le dit de misere.
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« chetées, avec les queues), et le dedans desdicts couvertoirs estoit « de fin drap violet ; et passoit le drap violet bien trois quartiers de « la panne (fourrure) ; et quand ils estoient sur les licts, la panne
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« et le drap pendoient bien terre aulne et demie, et est a scavoir « que l’on met toujours la panne dehors. Dessus ces couvertoirs il y « avoit deux beaux draps de fin couvrechief de crespe empesé « (toile fine comme de la batiste), qui trainoient plus long que les
— 169 — [ LIT | ( couvertoirs, et la couchette estoit couverte comme les grands licts, ( et estoient touts les licts rebrassés (relevés), comme pour s’y cou- « cher ; mais les couvertoirs Vermine estoient si hault que l'on ne « yoyoit point les draps; sinon au chevet, et estoit ledit chevet cou- « vert de drap de crespe (batiste) ; sur chaque grand lict avoit sur le « chevet un carreau ; et estoient lesdicts quarreaux de trois quar- « tiers de long et de deux de large ou environ..... » La couchette était 4 roulettes, et placée devant le feu.
Ilne parait pas que l’on fit, avantle xvi’ siécle, des lits 4 colonnes ; les ciels et courtines étaient, avant cette époque, suspendus aux murs ou au plafond. Voici (fig. 6) un grand lit disposé comme ceux que décrit Aliénor de Poitiers, avec couverture de riche étoffe violette rehaussée d’or et courtines de drap dor; les draps sont blancs‘ et tombent, ainsi quela couverture, jusqu’a terre.
Aw xv° siécle, on employait déja la plume dans la confection des sommiers *; pour les matelas, ils étaient rembourrés de cosses de pois *, de paille *. Il n’est pas fait mention de laine ou de crin.
Chez les paysans et les petits bourgeois, le lit servait souvent toute la famille. Pére, femme et enfants reposaient ensemble.
Outre les lits de repos, il y avait des lits de parade, et des lits sur lesquels on s’asseyait ou l’on s’étendait comme sur nos sofas, mais qui n’ étaient pas faits pour se reposer la nuit entre des draps.
« Li nobles duc d’Anjou n’i fist arrestement ; « En sa chambre mena roi Henri vistement :
« Sur .i. lit sont assis qui fu de parement, « La li compta li rois tout son demainement.
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On était dans Pusage aussi, pendant le moyen age, de dresser des lits de parade dans une piéce précédant la chambre a coucher dun prince ou d’une princesse. Au Louvre, tl y avait la chambre de parade du roi, dans laquelle il ne couchait point, mais ou se trouvail cependant un grand lit richement garni. C’était dans ces chambres que l’on recevait certaines personnes de la cour qui n’entraient pas
1 Le Romuléon, manuscr. du xyv° siécle, n° 6984, Biblioth. impér.
2 « A deux sols la livre. » (Décor. et ameubl. du palais abbat, de Saint-Bertin aux Xve, xvie et xvii’ siecles, Docum. hist., Bull. monum. des comit. hist., janvier 1851. }
3 « Pezats de pois a quatre sols la botte. » (Thid.)
4 « Gluis A deux sols six deniers par matelas. » (Idid.)
5 Chron. de Bertr. du Guesclin, poéme du xiv° siécle, vers 13088 et suiv. (Coll. des docum. inéd. sur l’hist. de France.)
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dans lachambre .coucher, mais qui jouissaient cependant du privilége etre recues d’une facon plus intime que Ja foule des courtisans et des officiers du palais; c’était souvent dans la chambre de parade ou de parement que l’on recevait les ambassadeurs en audience particuliére ou des grands seigneurs auxquels on youlait faire honneur. Ce sont ces chambres de parade qui établirent la distinction, conservée jusque dans le siécle dernier, entre le petit et le grand lever des souverains. Le petit lever se faisait primitivement dans la chambre 4 coucher, et le grand dans la chambre de parade.
La chambre 4 coucher de la femme du comte de Charolais dont nous avons parlé ci-dessus était précédée d'une « grande chambre, « de laquelle on entroit dans la chambre de Madame, et estoit ceste « chambre appellée la chambre de parement, laquelle estoit parée, « comme s’ensuit :
« En ladite chambre avoit seulement un grand lict, lequel estoit « tendu de satin cramoisy tout autour, et le couvertoir de mesme, « et avoit au ciel un autre couvertoir, en chacune piéce un grand « soleil aussy grand que le tapis brodé de fin or moult riche, ét « estoit appellée cette tapisserie la chambre d’Utrecht, et crois que «ceux @Utrecht la donnérent au duc Philippe. Les tapis (tapisse- « ries) @autour la chambre estoient de soie rouge, 4 ce que j’ai « retenu, les courtines de samyt cramoisy, et estoient troussées, et « le lict fait et couvert du couvertoir, comme un lict ou nully ne « couche : 4 un bout du chevet il y avoit un grand ecarreau de drap « dor cramoisy, item autour du lict, tant aux pieds qu’au chevet, « un fort grand tapis velus '. »
A Voccasion de certaines cérémonies, on dressait des lils de parade; lors du baptéme des princes, par exemple : « En la chapelle « auprés du choeur de léglise estoit fait un lict de carreaux de drap « @or, et est & scavoir que cestoit une table quarrée sur deux tret- « taux haults comme un lict. Dessus cette table avoit un beau fin drap « de toillette de Hollande, et dessus ce drap avoit un couvertoir de «drap violet fourré @ermines arminées (mouchetées de leurs “ queues), et passoit le drap violet une demie aulne la panne, et « estoit ledit couvertoir mis sur ladicte table tout estendu, et trainoit « tout autour bien une aulne, et estoit mise la panne dehors, comme « aux licts, et pardessus un beau fin drap de crespe empesé, et des- « sus tout avoit deux carreaux de drap @or cramoisy, l'un au che- « vet et Pautre plus bas, comme on fait au lict,
1 Alienor de Poicliers, es Honneurs de la cour.
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