‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque Carlovingienne à la Renaissance (volume 5)Chapitre 36 sur 80 · ARE · texte numérisé non relu

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— 185 — [ LUTRIN | de forme que ceux réservés aux chceurs des églises. Il ne faut pas les confondre avec les scriptionalia, qui étaient des pupitres sur lesquels on posait le vélin pour écrire (voy. Puprrre). Dans les vignettes des manuscrits du moyen age, 4 partir du xm’ siécle, on voit souvent les personnages occupés 4 écrire ayant un seripteonale devant eux, quelquefois méme sur leurs genoux, et un lectrin 4 cété de leur siége. Le lutrin était done uniquement destiné & porter les livres a consulter. Alors les livres étaient fort chers, et par conséquent fort

rares; le lectrin & lui seul pouvait contenir la bibliothéque @un homme lettré. A cet effet, outre la tablette propre 4 recevoir plusieurs

livres ouverts, il était muni de petits casiers dans lesquels on rangeait les manuscrits. Un lectrin pouvait ainsirenfermer une vingtaine de volumes, et beaucoup de gens d’étude n’en possédaient pas autant.

Voici (fig. 7). un de ces lectrins réservés 4 Vusage particulier, qui date du xi siécle; il est tiré d’un manuscrit de la Bibliothéque impériale *

Afin de pouvoir consulter un certain nombre de volumes a la fois, on donnait souvent a la tablette du lectrin de bibliothéque la forme circulaire. Le lectrin s’appelait alors roé (roue). Nous donnons (fig. 8) un de ces meubles. La disposition en est ingénieuse et mérite que nous nous y arrétions quelques instants 2. Le personnage est assis dans une chaire 4 dais, munie par-devant d’un scriptionale mobile posé sur deux petites potences. Des lacets de soie avec poids au bout sont attachés 4 la partie inférieure du pupitre et servent 4 maintenir le vélin sur la planchette inclinée. Le lectrin (roé) est placé a la gauche de l’écrivain, qui peut faire tourner 4 volonté sur son axe la tablette circulaire garnie de plusieurs livres ouverts. Un plateau porté sur trois pieds surmonte la tablette aux livres, et recoit au centre une bougie qui, pendant le travail de nuit, éclaire 4 la fois les pages des livres 4 consulter et la tablette de la personne qui écrit. Nous savons, par expérience, combien il est fatigant d’avoir, sur la table ou on écrit, plusieurs livres ouverts pour faire des recherches, ‘le temps que l’on perd 3 4 placer ces volumes d’une fagon commode, le danger qu’ils courent d’étre maculés d’encre ou d’huile. On voit que les gens livrés 4 étude, autrefois, savaient prendre leurs aises pendant leurs occupations les plus graves, et qu’au moins ceux-ci ne méritent pas l’épithéte de barbares. Des lectrins placés sur les tables de nos bibliothéques publiques seraient, nous le croyons, fort

1 Ancien fonds Saint-Germain, n° 37. Psalm.

2 Cet ensemble est copié, sauf quelques rectifications de perspective, d’une vignette de la Bible franc. de la biblioth. du Corps législatif, ms. de 1294, n° 35, fin du xin? siécle.

appréciés par les personnes qui obtiennent la permission de consulter

4 la fois plusieurs ouvrages. Les lecteurs y trouveraient moins de fatigue et les livres seraient préservés des taches (’encre.

Voici (fig: 9) un lectrin analogue au précédent ', mais qui parait

destiné 4 poser les livres a plat: c’est une facon de guéridon, au

centre duquel on peut ficher un cierge sur une pointe de fer pour lire lanuit. Ces meubles, destinés 4 étude, abondent dans les manuscrits des xtv° et xy° siécles.

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Voici (fig. 10) encore un lectrin circulaire terminé en céne ; il est

1 Tiré du manuser. Je Miroir historial, Biblioth. impér., n° 6734, xv° siécle.

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mais ils ne remontent pas au dela du xvi’ siécle. Il serait difficile de dire pourquoi ils ont cessé d’étre en usage, chez nous, dans nos bibliothéques publiques ou privées, car ils présentent les plus grandes facilités aux personnes appelées a faire des recherches, aujourd’hui surtout que les études sur les livres anciens sont trés-répandues, et que nos bibliothéques, 4 Paris du moins, sont encombrées de lecteurs.

MALLE, s. f. Coffre de voyage. La malle, pendant le moyen age, accompagne presque toujours le bahut. « Pour A malles 4 la garde- « robe du commun, 40 s. pour piece, valent 8 1. Pour une grant « malle 4 chevaliers nouviaus, 30 s.* » Elles étaient faites habituellement de drap vert. « Item, 2 aunes de vert (drap) pour faire malles 7. »

Ces malles ressemblaient 4 des ballots fermés par des courroies.

MALLETTE, s. f. Petite malle.

MATELAS, s. m. Grand sac d’étotfe, rembourré de cosses de pois ou de laine, que lon posait sur les bois de lit ou sur des bancs, pour s’asseoir ou se coucher. Les matelas étaient souvent faits, pendant le moyen age, @étoffes précieuses et décorés de broderies. (Voy. Coussins, Coure, Liv.) i

MIROIR, s. m. Piéce de verre étamé ou de métal poli destinée a refléter les objets. On ne possédait, avant le xvr° siécle, dans les appartements, que de petits miroirs 4 main (voy. au Deetionnaire des ustensiles).

* Comptes de Geoffroi de Fleuri: Comptes de Vargenterie des ois de France au XIv® siéc/e, publ. par L. Douét d’Areq.

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NAPPE, s. f. Piéce de toile ou de lin que l’on posait sur les tables a manger, sur les dressoirs et les crédences (voy. CREDENCE, Dres- SOIR, TABLE).

« Et sur ce point on apporta la nappe, « OU il congneut que le diner s’advance !, »

Les nappes de tables 4 manger, et principalement celles que l’on étendait sur les tablettes des dressoirs, étaient souvent trés-riches, en linge damassé, avec bordures de velours et or, franges et sole, etc. Les nappes de table étaient doubles comme aujourd’hui, celle du dessous tombant jusqu’a terre, celle du dessus, le napperon, couvrant le milieu de la table et ne la débordant pas. Le plus beau linge de table damassé se tissait 4 Caen ; on l’appelait linge de haute lice. « Les artisans telliers, dit le sieur de Bourgueville, y repré- « sentent toutes sortes de fleurs, bestes, oyseaux, arbres, medalles, « et armoiries de roys, princes et seigneurs, voire aussi naifvement « et proprement que le plus estimé paintre pourroit rapporter « avecques son pinceau..... 7

« Or demande le bonhomme, des napes, des touailles (serviettes) ‘ ouvrées et blanches: mais on lui rapporte quil n’en peut point « avoir..7..* »

Aujourd’hui, on met sur les autels des églises trois nappes, et autrefois la nappe de dessus devait descendre des deux cdtés jusques 4 terre. Dans l’Eglise grecque, qui conservait religieusement les tra-

1 Les Lamentations Bourrien, H. Baude (xv° siécle).

2 Les Recherches et Antiquitez de la ville de Caen, par C. de Bourgueville, sieur de Bras, 1570.

3 Les Quinze joyes de mariage (xv siécle), édit, Janet, 1853, p. 77. Le mot de towarlle s’emploie encore, dans le midi de la France, pour serviette.

« Puis prens ton vaissel (graal) et le mets

«Sus latable, . . « «© «

We . . . . . . .

« Et la, en droit te serras tu

« Et le cuevre d’une touaille. »

(Roman du Saint-Graal.)

ditions de la liturgie primitive, on mettait aux quatre coins de la table de 'autel quatre morceaux de drap qu’on appelait évangélstes, parce que, dit Thiers dans ses Dissertations sur les principaux autels des églises, « le nom et Vimage de chacun des quatre évan- « gélistes y étoient..... Sur ces quatre morceaux de drap, on mettoil « une premiére nappe appelée ad carnem, parce qu elle est la figure « du linceul blanc dans lequel le corps de Notre-Seigneur fut ense- « vell..... Sur cette nappe, on en mettoit une autre de fil plus délié, parce qu’elle représente la gloire du Fils de Dieu assis sur Pautel comme dans son trone..... Enfin, on mettoit par-dessus ces « quatre morceaux de drap et ces deux nappes un corporal, qui « estoit tout ensemble la figure de la mort et de la résurrection de « Jésus-Christ. »

Chez les Latins, dans les siécles primitifs, les traditions sont moins précises; il est question souvent de nappes de soie.

Saint Sylvestre (iv° siécle) fut le premier qui ordonna que les nappes d’autel fussent de linge blanc et non de soie teinte; et cependant Grégoire de Tours, sur la fin du vi’ siécle, parle de nappes d’autel de soie*, 4 propos dun songe qu'il eut : « Putabam «me quasi in hae basilica sacro-sancta missarum solemnia cele- « brare; cumque jam altarium cum oblationibus padlio serico « coopertum esset..... » Enfin, Polydore Virgile dit ? que ce fut Boniface III (vu° siécle) qui, le premier, ordonna que l’on couvrirait a Vavenir les autels de nappes blanches; cependant Thiers * ne considére pas le texte de cet auteur comme faisant autorité, et il ajoute, (aprés Anastase le Bibliothécaire, que !empereur Constance étant venu a Rome, et ayant visité ’église de Saint-Pierre, il y fit présent dune piéce de drap d’or pour couyrir lautel..... Que le pape Zacharie fit faire une couverture de pareille étoffe pour le méme autel, sur laquelle il fit représenter la nativité de Notre-Seigneur, et qu’il lenrichit de pierreries. Mais ces nappes étaient plutot des parements d’autel que des nappes, comme celles adoptées depuis le xv° siécle ; car-ces couvertures tombaient sur le devant de la table, et il est probable que les broderies et les pierreries se trouvaient sur la face vue de cette couverture. Nous penchons @ croire qu'il en était de méme des nappes d’autel données par le pape Adrien I** a la basilique de Sainte-Marie-Majeure, nappes de toile Wor sur lesquelles

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' Hist. Franc., lib. VIL, cap. xxi.

2 De inventor. rer., lib. V, cap. vi.

3 Dissert. sur les principaux autels des églises, chap. XX1.

étaient représentées lassomption de la Vierge, des fleurs et figures avec bordure d’écarlate; de celles données par Léon III 4 la méme éelise, et qhi représentaient, lune la Nativité en broderie, Vautre des figures de griffons sur toile écarlate, des roues ornées de clous Wor, etc. ; la troisiéme, histoire de la passion, donnée a l’église de Saint-Laurent; et enfin des trois autres données a la basilique Saint- Paul: la premiére, de soie blanche, avec des clous dor et histoire de la résurrection; la seconde, de soie 4 clous dor, avec l’histoire de la nativité et des saints Innocents, et la troisieme, d’écarlate, avec Vhistoire de Paveugle-né et une résurrection. Thiers considére aussi ces nappes d’autel comme servant également de parements; et, a Yappui de son opinion, il cite une nappe d’autel existant de son temps dans l’église de Pabbaye de Chaise-Dieu en Auvergne, laquelle « couvre le dessus, le devant et les cdtés du grand autel ». Guillaume Durand, mort 4 la fin du xim° siécle, ne parle que de deux nappes sur les autels, pour marquer Vhabit du corps et celui de lesprit, et le corporal, de son temps, était une de ces deux nappes. Toutefois ordre de Citeaux mettait, dés le xm° siécle, trois nappes sur les autels de ses églises*.

Depuis le xv° siécle, les rubriques des missels et des cérémoniaux veulent trois nappes sur les autels, ou deux au moins, dont une pliée en deux. Le synode d’Angers, en 1507, et le concile provincial de Toulouse, en 1590, ordonnent absolument de mettre trois nappes sur les autels.

Quant 4 la forme donnée 4 ces nappes d’autel, nous ne pouvons en prendre une idée que d’aprés les bas-reliefs ou vignettes des manuscrits, les églises ayant depuis longtemps perdu ces couvertures sacrées. Or, les plus anciennes représentations @’autels que nous connaissions en France indiquent une nappe tombant des deux cotés de l’autel jusqu’a terre, et, par-dessus, le corporal plié.

Nous avons donné des copies de ces autels dans le Dictionnaire Wd architecture (voy. le mot AurEL, fig. 6, 7, 12, 19, 21 et 22), et ces exemples appartiennent 4 des monuments des x1", xi’, xm’ et xv’ siecles.

Mais voici (fig. 1) un autel tiré dun manuscrit de la fin du xin’ siécle? qui indique d’une maniére précise les trois nappes. Celle du dessous tombe sur le devant jusqu’a moitié de la hauteur de

1 Uz, ¢. 93.

pCa 2 Manuscr. de l’Apocalypse, appartenant 4 M. B. Delessert, Ouverture du cinquiéme sceau ; sous Vautel sont les Ames des martyrs, qui demandent vengeance an Seigneur. 1. — 25

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