PAREMENT
«bus dudit oste-vent, afin que nous pussions mieux entendre les « paroles que disoit Louis de Creyille..... Et en disant ces paroles, « pour cuyder complaire au roy, ledit Louis de Creville commenga «A contrefaire le duc de Bourgongne, et 4 frapper du pied contre « terre, et 4 jurer Saint-Georges, et qu'il appeloit le roi d’Angle- « terre Blanc-borgne, fils d’un archer qui portoit son nom; et toutes « les moqueries qu’en ce monde étoit possible de dire @homme. Le « roy rioit fort, et lui disoit qu’il parlat haut; et quil commengoit a « devenir un peu sourd; et qu il le dit encore une fois; l'autre ne « feignoit pas, et recommencoit encore une fois de trés bon coeur. « Monseigneur de Contay, qui estoit avec moy en cet oste-vent, estoit «le plus esbahy du monde..... )
Lorsque dans les manoirs on donnait Phospitalité, fortuitement, a des personnes de distinction, on établissait pour leur suite des lits dans la grand’salle, et ces lits étaient séparés par des clotets que l'on posait, 4 la demande, comme on pose des paravents.
Derriére les lits placés de bout, cest-a-dire le cheyet vers le mur, des clotets étaient souvent établis et formaient ainsi comme une petite garde-robe ou une ruelle contre laquelle s’appuyait le dossier du lit. On pouvait facilement cacher quelqwun dans ces sortes de cabinets, qui, habituellement, n’avaient pas de plafond et dou lon pouvait entendre ce qu’on disait dans la chambre. Ces clotets étaient de menuiserie, avec portes latéralement, ou de tapisseries montées sur chassis. Dans les grand’salles des palais et chateaux, les clotets qui servaient de tambours devant certaines portes donnant sur les appartements privés, afin d’éviter le bruit, étaient quelquefois surmontés @une tribune, ot les dames se réunissaient les jours de plaids.
PAREMENT (p’AuTEL), s. m. Table de métal, de bois, ou piéce Wétoffe que l’on posait et que l’on pose encore devant les autels des églises. Dans les premiers siécles du christianisme, les autels étaient creux, en forme de table ou de coffre, de marbre ou de pierre, de métal ou méme de bois (voy. le Dictionnaire d architecture, au mot AureEL). Il était @usage, dans Kglise latine, dés une époque fort reculée, de poser des parements devant les autels. Le pape Léon III (vit siécle) fit don de parements de vermeil aux églises de Saint- Grégoire, de Saint-André et de Sainte-Pétronille 4 Rome !. Le célébre Hinemar, archevéque de Reims, passait pour avoir donné a sa
' Anastase le Bibliothécaire, in Leone 1,
a [ PAREMENT | cathédrale un parement d’autel d’or. Il existait, devant le maitre autel de Pégljse abbatiale de Saint-Denis en France, une plaque Vor qui avait été donnée par Charles le Chauve. Suger Pavait fait réparer et y avait joint deux autres plaques de méme métal lorsqu’il rebatit son église. Nous ne possédons (ailleurs aucun dessin de ces parements. La table @or aujourd’hui déposée au musée de Cluny, et qui provient du trésor de la cathédrale de Bale, était un retable et non un parement, ainsi qu’on le suppose généralement. Il existe, dans le musée de Munster, une table de bois ornée de figures peintes sur fond Wor, dont le style appartient a la fin du xu siécle, qu’on prétend étre un parement d’autel; mais nous -pencherions a croire que cet objet est aussi un retable *
Jusqu’au xv° siécle, les autels se composaient, le plus souvent, d’un dossier, avec une, deux, trois ou quatre colonnettes recevant la table. Cette disposition, trés-simple, était destinée a étre masquée par un parement; et ces parements, dés une époque trés-reculée, furent habituellement faits d’étoffes brodées enrichies de perles et de pierres précieuses. Les plus anciens parements d’étoffe couvraient le dessus de lautel et tombaient par devant jusqu’au socle (voy. NAppE). Ils ne devaient étre autrefois, en France, que blancs, rouges, noirs ou verts. Du temps de Guillaume Durand, cependant, qui mourut en 1296, le violet était une des couleurs admises dans les ornements ecclésiastiques. Les retables des autels avaient aussi leurs parements d’étoffe; mais cet usage ne parait pas remonter au dela du xiv’ siécle. Labbé Lebeuf ? dit qu’il a vu dans léglise paroissiale de Toussus® un parement d’autel composé «d'une piéce de tapisserie parsemée « de flemrs de lis, sur laquelle est représenté un saint évéque et un. « saint diacre; on y voit, ajoute-t-il, brodé en lettres de petite go- « thique, que Tanneguy Aubery et Jeanne Formentin sa femme ont « donné a cette église ces deux parements.....Vu les fleurs de lis, il « y a apparence que ce fut 4 Saint-Germain |’Auxerrois de Paris que « Tanneguy Aubery fit présent de ce parement qui étoit double, « c’est-a-dire l'un pour la table de l’autel, Pautre pour le retable. »
Dans linventaire des meubles dressé en l’église de Sainte-Madelaine de Geneve, le 9 aotit 1535, on trouve cet article : « Le drapt « dort de vellour roge borde de vellours pert, appartenant au grant
1 Voyez la Notice sur ce devant d’autel, insérée dans le Bulletin monumental de M, de Caumont, t. XVIII, p. 276.
2 Hist. du dioc. de Paris, t. VIII, p. 492.
3 Doyenné de Chateau-Fort.
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qotel..ns. Item ung aultre drapt pert semé a figure de Madellene.... « Item ung drapt de vellours noir et la croys de damas roge figure « a frenges *. »
Si les parements d’autel étaient souvent trés-riches en broderie ou méme en peinture, ceux des retables ne l’étaient pas moins. On voit, dans le musée du Louvre, un parement de retable de soie peinte @une trés-grande dimension et provenant de la cathédrale de Narbonne (voy. ReTaste). Le musée du Grand-Jardin, a Dresde, conserve deux parements d’autel d’étoffe brodée : Pun deux, qui date de la fin du xui° siécle, représente un arbre de Jessé, dont les fioures et ornements sont délicatement tracés par la broderie sur une étoffe de lin blanche; Pautre appartient au commencement du xtv’ siécle; il est brodé de soie de couleur et d’or sur toile. Le centre de ce beau parement, qui appartient 4 lécole francaise, représente le couronnement de la Vierge ; 4 Ja gauche du Christ est saint Jean- Baptiste, et &la droite de la mére de Dieu saint Jean l’évangéliste *.
Piganiol* dit avoir vu, dans la sacristie de Péglise des Dominicains 4 Toulouse, un parement d’autel en broderie or et argent avec fleurs au naturel; il vante fort cet ouvrage, mais ne nous en donne pas la date.
Lusage des parements d’autel s’est conservé jusqu’a nos jours; on les change suivant les fétes de année.
On disait chambre de parement pour chambre de parade.
PLACET, s. m. Tabouret pour s’asseoir. Ce petit meuble ne prit ce nom qu’a la fin du xvi° siécle (voy. QUARREL).
POELE, s. m. [porsle, palle (de pallium, drap dor ou de soie)]. Voile que lon suspendait en signe d’honneur au-dessus de la téte des grands personnages, et que l'on posait sur des reliquaires lorsqu’on les transportait hors de Péglise. Quand Guillaume le Batard fait promettre & Harold de lui livrer Angleterre 4 la mort du roi Edouard, afin de donner plus de solennité a son serment :
« A Baieues, go solent dire, « Fist assembler un grant concire ;
1 Hist. de Carchit. sacrée du w° au x® siécle dans les anciens évéchés de Genéve, Lausanne et Sion, par J.-D, Blavignac, 1853, chap. 3.
2 Ce parement est fort bien gravé dans le Catalogue du musée du Grand-Jardin de Dresde (Dresde, 1852).
3 Nouv. descript. de la France, 1. Vi, p. 274.
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« Toz li corz sainz fist demander,
«Et en un liu (en un lieu) tuz assembler; « Tut une cuve en fist emplir,
« Pois d’un paele les fist covrir
Kare . . ° . . ° . . »
Quand, en 1440, Frédéric, roi des Romains, arriva 4 Besancon et fut recu par le duc de Bourgogne, « tant chemina celle noble « compagnie, quwils arrivérent & lentrée de la cité : et la les « citoyens apportérent un palle de drap Vor, porté par les plus « notables Vicelle cité, sous lequel palle entra le roy des Rommains, «et a la yérité il trayailla beaucoup, et mit grand’peine de faire « que le duc de Bourgongne entrast avecques luy sous ledict palle, « Mais le duc.ne le voulut point faire '..... > ;
« Et fut la place du duc de Bourgongne (lors de la solennité de la « Toison Vor) au face et principal si siége, couvert de son palle, « qui fut de drap dor ?..... )
On couvrait aussi les cercueils @un drap ou poéle lorsqu’on
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les transportait ou lorsqu’ils étaient déposés dans une chapelle (voy. Drap). Ces sortes de poéles, tissus dor et de soie, n’etaient pas toujours revétus de la croix, mais de broderies de diverses couleurs. La tapisserie de Bayeux nous montre le cercueil du roi Edouard transporté sur les épaules de huit hommes et recouvert d'un poéle brodé dornements de diverses couleurs ; de petites croix surmontent les deux extrémités de la biere.
Nous voyons un cereueil ainsi couvert d’un poéle dans le Roman @ Alezandre, de \a Bibliothéque impériale *. Nous en donnons une copie (fig. 1).
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1 Mém. d’Olivier de la Marche, liv. 1, chap. Vil.
2 [bid., liv. 1, chap. xv.
3 Rom. @’ Alexandre, fonds Lavalliére, n° 45, fin du xm° siécle. 1. — 26