‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque Carlovingienne à la Renaissance (volume 5)Chapitre 40 sur 80 · PRIE-DIEU · texte numérisé non relu

PRIE-DIEU

Il est question, dans V'inyentaire du trésor de Véglise de Sainte- Madelaine de Geneve, de pocles mortuaires brodés de dauphins d’or et darmoiries.

PRIE DIEU, s. m. Sorte de pupitre destiné a la priére. L’usage de ce meuble n’est pas ancien, et ne remonte pas au dela des dernieres années du xv° siécle. Jusqu’alors, lorsqu’on disait la priére du soir ou du matin, les seignewrs se rendaient avec leur famille et leur monde dans la chapelle du chateau, les bourgeois dans la salle principale de la maison; la on s’agenouillait a terre ou sur des tapis et des coussins. Les églises Wavaient ni chaises ni bancs; on se tenait debout pendant les offices ou 4 genoux sur les dalles. Mais,

a A ae

iw

a la fin du xv° siécle, lorsque les habitudes de luxe et de confort commencérent 4 se répandre dans toutes les classes de la société, on placa des bancs dans les églises, des prie-Dieu dans les oratoires et chapelles des chateaux pour les seigneurs. Des oratoires, ces meubles pénétrérent dans les chambres 4 coucher ou les retraits (cabinets) y attenants. La priére cessant d’étre commune, chacun voulut avoir un meuble particulier pour la dire & son aise. Les prie- Dieu de la fin du xv° siécle et du commencement du xvi° ne sont pas

= 20a — [ QUARREL |

rares; les vignettes des manuscrits et les bas-reliefs de cette époque en sont remplis, etils adoptent tous la méme forme.

Voici (fig. ‘N) un de ces meubles copié sur les bas-reliefs des stalles de la cathédrale d’Amiens. Les prie-Dieu de cette époque n'ont pas toujours, comme les ndtres, une marche inclinée en avant pour se mettre 4 genoux, mais un carreau garni d’étoffe; le panneau de devant, ou Pun de ceux des cétés, s’ouvre afin de permettre de déposer le livre @heures dans Vintérieur du meuble, comme dans une petite armoire. Dans les cérémonies, les prie-Dieu des princes étaient recouverts dune piéce d’étoffe, de soie, dor ou d’argent, tombant tout autour jusqu’’ terre. Les monuments funéraires qui représentent un personnage agenouillé sur un sarcophage, monuments fort communs pendant le xvi° siécle, montrent habituellement un prie-Dieu drapé devant la statue.

QUARREL, s. m. * Coussin carré, tabouret pour poser les pieds et aussi pour s’asseoir. La variété des petits meubles servant de siéges ou annexés aux grands siéges est innombrable, pendant le moyen age, comme forme et dimension. On s’asseyait fréquemment 4 terre sur des tapis, sur des coussins, des carreaux, pour se livrer au plaisir de la conversation, et méme pendant certaines séances solennelles.

Les fatidesteuils, les trénes, les chaires étaient toujours accompagnés d'un carreau de bois recouvert d’étoffe, ou simplement d’étoffe, sur lequel la personne assise posait les pieds. Ces carreaux étaient sur pieds (fig. 1)? ou pleins (fig. 2), de bois sculpté, de marqueterie, plats ou rembourrés de laine ou de plume. On en placait prés des lits ; ceux-ci étaient généralement. trés-larges et servaient de marchepied (voy. Cuarre, FaupESTEUIL, Forme, Lit, TROne).

Les inventaires des xtv’ et xv° siécles font souvent mention de carreaux. « Pour la fagon de 15 quarriaus de duvet pour 2 cham-

1 « Cil guerpissent murs et bretéches « Et quarriaus de plume ou de bourre, »

(Guill. Guiart, vers 4040.) 2 Tiré de Ja vignette de la Création de ’homme (Manuscr. d’Herrade de Landsberg,

Biblioth. de Strasbourg).

[ QUARREL | — 20h —

« bres*..... Pour piece et demie de samit vert baillé audit Thomas « pour couvrir les 6 petis quarreaux de ladite chambre (du rol), «les deux grans quarreaux de loratoire °..... Pour une piece et «demie de cendal de’ grainne, et une piece de toille vermeille, «haillées audit Thomas pour recouvrir 3 grans carreaux, appor-

« tés de par devers Monseigneur le Dauphin le vu’ jour de fe- « vrier CCCLI, pour recouvrir, c’est assavoir les deux de son ora- « toire, et un autre pour les nappes’*..... » Ces derniers carreaux ne sont, A proprement parler, que des coussins d’étoffe et n’étaient pas montés sur chassis de bois; car, a dater du xry° siécle, on parait

avoir abandonné les carreaux sur pieds ou sur cadre pour les sacs d’étoffe rembourrés de laine ou de plume. Ces derniers carreaux se posaient sur les meubles, bancs, formes, chaires, escabeaux, lits; par terre, sur les nattes et les tapis, dans les litiéres et les chariots de voyage.

! Compte de Geoffroy de Fleury (Comptes de l'argenterie des rois de France au xiv® siécle, publ. par L. Douét d’Arcq).

2 Compte d’Estienne de la Fontaine (ibid.).

3 Ibid,

— 205 — [ REcHAUD |

so

RECHAUD, s. m. Sorte de récipient de tole ou de fer forgé a jour, dans lequel on placait de la braise allumée pour chauffer Pintérieur des appartements. Ge meuble était le plus ordinairement monté sur roulettes ; on remplissait le récipient de braise en dehors de l’appartement, et lorsque celle-ci était incandescente, qu'elle avait ainsi perdu la plus grande partie des gaz incommodes, on roulait le réchaud dans la piéce que l’on voulait chauffer. On se sert encore, en Italie et en Espagne, de meubles analogues Anos réchauds du moyen dge: ce sont des cuves de téle ou de bronze, posées sur un trépied, et que l’on remplit de braise et de cendres chaudes. Dés le x1’ siécle, dans les abbayes, on avait d’immenses réchauds de fer forgé dont le fond et les cotés formaient une sorte de grillage ; sous cette caisse a jour était une plaque de tole avec rebords, pour recevoir les cendres, et montée sur quatre roues ; une fléche ou timon permettait de trainer ce brasier a travers les dortoirs, avant l’arrivée des moines, et répandait de la chaleur dans les vastes salles. On en avait dans les bibliothéques et dans les sacristies, pour permettre aux prétres de se chauffer les doigts avant d’aller 4 V’autel ou lorsqw ils en revenaient. Au x1° siécle, beaucoup d’églises abbatiales de la Bourgogne et du Midi étaient dépourvues de vitraux, les fenétres, assez étroites et dont les ébrasements étaient coupés en biseau a Vextérieur et 4 Vintérieur, ne permettaient pas au vent de s’engoulfrer dans Vintérieur ; mais lorsque les moines venaient, en hiver, chanter les matines et qu’ils restaient dans leurs stalles depuis une heure aprés minuit jusqu’au lever du soleil, ils devaient, malgré leurs épais vétements, souffrir cruellement du froid. En sortant du cheeur, ils se rendaient au chauffoir: c’était une piéce attenante au cloitre et autour de laquelle on placait plusieurs réchauds remplis de braise incandescente. Avant d’aller vaquer 4 leurs: travaux du jour, les religieux pouvaient chauffer devant ces brasiers leurs membres engourdis par le froid de la nuit. Dans les chateaux, dans les palais, avant le xm’ siécle, époque pendant laquelle on établit des cheminées dans toutes les piéces importantes, ces réchauds roulants étaient fort usités. Il y a quelques années, on voyait encore un de ces ré-

[ RECcHAUD | — 206 —

chauds dans une des salles de ancien archevéché de Narbonne, et, quoiqu’il fat en fort mauvais état, on pouyatt cependant se rendre

v ; Witt.

Ti),

compte de sa construction. Nous en donnons (fig. 1) le dessin. Ge meuble paraissait appartenir au commencement du xm° siecle.

Le manuscrit @Herrade de Landsberg, de la bibliothéque de Strasbourg, contient une vignette * dans laquelle est figuré un

1 Saint Pierre, interrogé par la servante, renie sou maitre.

— 207 — [ RECHAUD |

réechaud disposé pour se chauffer les mains; il est monté sur quatre pieds, mais ,sans roulettes. La figure 2 est une réduction de cette vignette.

an

wy

LING iggy \ Ei

L’art de la serrurerie forgée était poussé tres-loin pendant les xl’ et xi’ siécles, et cesmeubles de fer devaient étre, dans les cha-

teaux ou les riches abbayes, fort beaux comme ouvrage de forge. Quelquefois méme les panneaux 4 jour dont ils se composaient étaient de fonte de fer. Il existe encore, dans les magasins de l’église

[| RECHAUD |

EEA

Aa@— aX

EEA

yyy <A XS

CE

Page 1