‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque Carlovingienne à la Renaissance (volume 5)Chapitre 4 sur 80 · AUTEL · texte numérisé non relu

AUTEL

Il ne parait pas que les armoires affectées aux habitations privées aient eu des formes particuliéres, et elles ne se distinguaient des meubles destinés 4 un usage religieux que par les sujets profanes peints ou sculptés sur leurs surfaces, par des écussons armoyés, des devises ou sentences.

Les provisions d’armes de main et les armures méme, chez les seieneurs chatelains, étaient soigneusement rangées dans de grandes armoires disposées a cet effet dans de vastes salles.

Pour le bourgeois et le paysan, l’armoire était le meuble principal de la famille’, et il est resté tel dans beaucoup de campagnes, ou la fille qui se marie apporte toujours son armoire dans la maison de son époux.

Il n’y a guére de maison de paysan, en France, qui n’ait son armoire de chéne ou de noyer, et ce meuble se distingue des autres par son luxe relatif. L’armoire est le trésor de la famille du paysan; il y renferme son linge, ’argenterie qu’il posséde, ses papiers de famille, ses épargnes. Ce meuble, qui représente son avoir, est entrelenu avec soin, luisant, les ferrures en sont brillantes. Pour que cette tradition se soit aussi bien conservée, il faut que ’armoire. ait été, pendant toute la durée du moyen age, la partie la plus importante du mobilier privé ; aussi les ‘armoires des xvi° et xvi siécles ne sont-elles pas rares, et nous ne croyons pas nécessaire d’en donner ici un exemple.

AUTEL, s. m. (audézer, Cee Outre les autels fixes, dont nous avons pas 2 nous occuper ici”, on se servait, pendant le moyen ige, d’autels portatifs. Ges autels étaient transportés pendant les voyages, et, une fois consacrés, permettaient de célébrer la messe

! « A Roem fist mainte malice (l’archevéque Maugier) , « N’i lessa teile ne galice, « Ne croix, ne boen drap en almaire, « Ke Maugier ne fist forz traire ; ty ds ls il ae: Sse tad de leh (Le Roman de Rou, xu° siécle, vers 9685 et suiv., 2° partie.)

2 Voyez le Dict. raisonné de Varchit, frang., au mot AUTEL. °

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DICTIONNAIRE DU MOBILIER FRANCAIS

Meubles, N° 2.

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Caresse, del. Viollet-le-Duc, direx.

TABLE DAUTEL PORTATIF.

A. Moret, éditeur. Impr. E. Martner.

—= 19 — [ AuTEL | en tous lieux. Béde', qui vivait au vim’ siécle, rapporte que les deux Ewalde offraient, chaque jour, le saint sacrifice de la messe sur une table consacrée quwils portaient avec eux. L’ordre romain appelle ces autels des tables de voyage, tabulas itinerarias. Il ne parait pas toutefois que les autels portatifs aient été fort en usage avant les x1° et x1I° siécles, tandis qu’é cette époque ils étaient tréscommuns. Saint Anselme croit devoir s’élever contre Vabus: des autels portatifs * : « Je nen condamne pas l’usage, dit-il, mais je « préfere qu’on ne consacre pas des tables d’autels non fixes. »

Les voyages en terre sainte furent cause cependant que l’on fit beaucoup d’autels portatifs pendant le xm et le xm1° siécle. Ces autels se composaient dune table de pierre, de marbre, ou de pierre dure, telle que le jaspe, l’agate, le porphyre, par exemple, enchassée dans une bordure de cuivre ciselé, doré, niellé, émaillé, de vermeil ou de bois précieux. On voyait encore, dans certains trésors d’églises cathédrales, avant la révolution, de ces autels portatifs conservés comme objets précieux. Nous avons vu 4 lexposition de la Société des arts 4 Londres, en 1850, un bel-autel por-. tatif du xin’ siécle, faisant partie du cabinet du révérend -docteur Rock *. Ce meuble se compose d’une table de jaspe oriental de 11 centimétres de largeur sur 22 centimétres de longueur environ, enchdssée dans une riche bordure (argent niellé, et supportée par un socle dorfévrerie délicatement travaillé. Les nielles représentent, parmi de beaux rinceaux, un agneau au milieu de deux anges. Aux angles, on voit des demi-figures de rois (pl. II). Il n’est pas besoin de dire que les autels portalifs contenaient toujours des reliques. Ces autels, de forme carrée ou barlongue, étaient ordinairement renfermés dans des coffres de bois ou des étuis de cuir estampé, armoyés aux armes du personnage auquel ils appartenaient, garnis de courroies et de fermoirs *.

M. le prince Soltykoff possédait, dans sa belle collection d’objets

1 Historia Anglor., t. V.

2 Lib III, epist. 159.

3 Cet autel est gravé dans le Glossaire d'architecture de M. Parker (Oxford, vol. I, p. 19) et décrit dans le Journal archéologique, vol. IV, p. 24%. M. le docteur Rock a eu Vobligeance de nous laisser dessiner cet autel, que présente notre planche Il,

4 « Un autel beneoit, garny d’argent, dont les bors sont dorez a plusieurs souages, « et la piéce dessouz est toute blanche, et la pierre ee de diverses couleurs , onaux «Ill. parties a III]. escugons des armes Pierres d’Avoir, et poise Vargent environ « III. mares, et poise en tout IX. mares I. once. » (Invent. du duc d’ Anjou.) Voyez dans le Gloss. et Répertoire par M. le comte de Laborde (Paris, 4853), au mot AUTEL PORTATIF,.un curieux catalogue d’autels portatifs extrait de divers inventaires,

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du moyen Age, un autel portatif provenant du cabinet Debruge- Duménil, décrit par M. J. Labarte*. Cet autel se compose d’une plaque de marbre lumachelle de 4165 millimetres de longueur sur 135 millimétres de largeur, incrustée dans une piéce de bois

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de 3 centimétres d’épaisseur. La table est entourée d’une plaque de cuivre doré, avec clous 4 tétes plates niellées, percée en haut et en bas pour laisser voir deux petits bas-reliefs (ivoire, Pun

1 Descript. des objets d’art qui composent la collect. Debruge-Duménil, précédée dune Introd. hist. par Jules Labarte (Paris, 4847, p.737). M. le prince Soltykoff a bien voulu nous permettre de copier ce précieux meuble.

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représentant un crucifiement avec la Vierge et saint Jean, autre la sainte Vierge assise avee deux évéques 4 droite et & gauche (fig. 1).

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Deux plaques de cristal de roche , maintenues par une bordure saillante, ornent les deux cétés du cadre de cuiyre; sous ces plaques - ont été posées, 4 la fin du xm siecle, deux petites mmuatures

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représentant des évéques. Sous la table de marbre sont renfermées un grand nombre de reliques dans un morceau de toile de coton. Cet autel portatif date de la premiére moitié du xi siécle. Les angles du cadre, entre les bas-reliefs et les plaques de cristal, sont décorés de gravures représentant les signes des évangélistes, saint André, saint Pierre, saint Etienne, premier martyr, et saint Laurent. Nous donnons (fig. 2) ’'un de ces angles grandeur d’exécution. Les bords du meuble sont également décorés de gravures dont la figure 83 donne un fragment. Le dessous de l’autel est entierement revétu d’une plaque de cuivre couverte par une longue

inscription gravée entre des bandes de ce vernis brun foncé que Pon trouve fréquemment appliqué sur les bronzes dorés des xu° et xii’ siécles de fabrication rhénane. Cette inscription, transerite par M. Labarte *, donne le catalogue des reliques renfermées sous la plaque de marbre. Sous le petit bas-relief de la Vierge, on lit : « THIDERICUS. ABBAS. III. DEDIT. » Cet autel provient de lancienne abbaye de Sayna, prés de Coblentz.

Quelquefois, mais plus rarement, les autels portatifS étaient en forme de disque. On voit encore, au fond du chceur de la cathédrale de Besancon, enchassée dans la muraille, un disque de marbre blane sur lequel divers symboles sont seulptés, et que lon prétend avoir servi d’autel.

' Descript. des objets d'art qui composent la collect. Debruge-Duménil, précédée Wune Introd. hist., par Jules Labarte. Paris, 1837, p. 737.

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