‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque Carlovingienne à la Renaissance (volume 5)Chapitre 5 sur 80 · SB [| BAHUT · texte numérisé non relu

SB [| BAHUT

BAHUT. s.m. (bahu, bahur). On donna ce nom primitivement i des enveloppes dosier recouvertes de peau de vache, renfermant un coffre de bois, qui servait, comme nos malles, a transporter des effets Vhabillement et tous les objets nécessaires en voyage. Plus tard, le coflre lui-méme, avec ses divisions et tiroirs, prit le nom de bahut. De coflre transportable, le bahut devint un meuble fixe. T] n’était pas de chambre, au moyen age, qui n’etit son bahut. On y renfermait des habits, de argent, du linge, des objets précieux; il servait, au besoin, de table ou de bane, et formait, avec larmoire ct le lit, les piéces principales du mobilier privé des gens riches, comme des plus humbles particuliers. Dans les dépendances des églises, telles que sacristies, salles capitulaires, vestiaires, on plagait aussi des hahuts. On y serrait des tentures, les tapisseries, les voiles destinés & la décoration des choeurs les jours solennels, des parchemins, des chartes, des actes, etc. Gependant le nom de bahut fut également conservé aux coflres de voyage jusqu’a la fin du xv’ siécle !.

Le bahut fixe est ordinairement un coffre long posé sur quatre pieds courts, ou sur le sol, fermé par un couvercle qui-se reléve au moyen de pentures ou charniéres. Le bahut est muni d’une ou plusieurs serrures, selon qu’il contient des objets plus ou moins précieux.

Les plus anciens bahuts sont fortement ferrés de bandes de fer forgées quelquefois avec luxe, le bois étant recouvert de peau ou de toile peinte maroufiée. Il en est du bahut comme des armoires: sa forme premiére est trés-simple; les ferrures, la peinture, ou les cuirs gaufrés et dorés le décorent ; plus tard, la sculpture orne ses parois et méme quelquefois son dessus. Le marchand qui paye ou recoit est assis devant son bahut ouvert; l’avare couche sur son bahut; on devise en s’asseyant sur le bahut orné de coussins mobiles. Le bahut est coffre, huche, banc, lit méme parfois, armoire, trésor ; c'est le meuble domestique le plus usuel du moyen age. Du temps de BrantOme encore, 4 la cour, chez les riches seigneurs, on s’asseyait sur des coflres ou bahuts pendant les nombreuses réu-

1 Pendant son voyage en Portugal, J. de Lalain porte avec lui des coflres bahuts, brodés a ses armes. (Choix de chron., édit. Buchon, p. 664.)

[ BAHUT | — 2h — * nions, comme de nos jours on s’assied sur des banquettes *. L’aspect tant soit peu sévére du bahut primitif (fig. 1)? correspondait 4 celui des armoires, c’est-i-dire que ces meubles étaient composés dais de hois, décorés seulement d’une simple gravure, de filets par exemple, comme celui-ci, et de ferrures plus ou moins riches, destinées & maintenir solidement les planches entre elles. Le bahut s’éleve bientot sur quatre pieds, formant des montants dans lesquels les

iS

18 lg ae

planches viennent s’embrever (fig. 2)*. Des ferrures posées aux angles relient ces montants avec les parois. La miniature dont nous donnons ci-contre un fac-simile montre le bahut ouvert, rempli @Vargent. Le personnage déguenillé assis devant le meuble en tire un sac d’écus offert en échange d’un vase d’or quwil semble peser de la main gauche, et qu'un second personnage parait donner en gage.

Du temps d’Etienne Boileau, cest-d-dire au xu’ siécle, les huchers ou huchiers faisaient partie delacorporation des charpentiers ;

1 Voyez Brantéme, Vies des hommes et femmes illustres.

2 Ce bahut provient de l’église de Brampton (Northamptonshire), et parait dater des derniéres années du x1° siécle. Nous le choisissons entre beaucoup d’autres, parce qu'il conserve encore la forme primitive du coffre de voyage. A cette époque, d’ailleurs, la différence entre les meubles anglo-normands et les meubles frangais n’est pas sensible.

3 Miniature du manuscr. de la Bibl. impér., anc. fonds Saint-Germain, n° 37. Psalm., xi? siécle.

So [ BAHUT |

c'est assez he ce qu’étaient ces meubles d'un usage si général a cette époque*, L’industrie de l’ébéniste (alors désigné sous le nom de tabletier) s’appliquait & des ouvrages moins ordinaires ; ces derniers employaient des bois précieux, livoire, la corne, et ne s’occupaient pas de fabriquer des meubles vulgaires. Cependant, bien que les bahuts, coffres, huches, fussent des meubles destinés a toutes les classes, et fort communs, on avait cru devoir faire un supplément de réglement pour les huchers, afin d’éviter que la marchandise livrée par eux ne fat défectueuse :

« Les ouvriers huchers ne pouvaient aller « trayailler chez les clients du maitre « hucher que par son ordre; défense était « faite aux maitres de procurer des outils « aux ouvriers qui ne travaillaient qu’a la tache ou a la journée ; « défense était faite de louer des coffres & gens morts*. » Cette derniére clause fait supposer que les huchers louaient quelquefois aux familles pauvres, qui voulaient s’épargner les frais @'un cercueil pour leurs parents morts, des coffres ou bahuts pour porter le corps jusqu’au cimetiére.

Mais les bahuts ne conservérent pas longtemps ce caractére de coffre ferré, verrouillé ; lorsque les intérieurs des appartements recurent de riches boiseries, des tentures précieuses de tapisserie, de toiles peintes ou de cuir gaufré et doré, ces sortes de meubles de bois uni, recouverts seulement de peau ou de toile, ne pouvaient conyenir ; la sculpture s’empara des bahuts, et les huchers devinrent des artisans habiles. On renonca aux ais épais et seulement aplanis, pour former les bahuts de panneaux assemblés dans des montants et traverses, et couverts d’ornements, @’emblémes, de devises, d’armoiries, d’inscriptions; les pentures et ferrures furent remplacées par des ouvrages de serrureric moins apparents, mais délicatement travaillés.

Nous donnons ici (fig. 3) un beau bahut du commencement du xiv’ siécle, qui sert de transition entre le babut 4 bois plans recou-

verts de ferrures et le bahut 4 panneaux, la huche. Ce bahut, qui

1 Registre des métiers et marchandises; le Livre des métiers d’Etienne Boileaw

“publié par G, B. Depping, 1837.

2 Ibid., Ordonn. relat. aux métiers de Paris, titre XII, 1250. 1.—A4

[ BAHUT | = 20s

appartient 4 la collection de M. A. Gérente*, est encore composé d’ais sculptés en plein bois, et non de panneaux embrevés dans des montants. Nous regardons ce meuble comme le plus beau qui nous soit resté de ce siécle; sa longueur est de 1",38, sur 65 centimétres de haut et 34 centimétres de largeur. C’est probablement un de ces coffres de mariage que l’époux envoyait, rempli de bijoux

iol ee

UAHA tn Mi EAE I , Fez li tiilt ETE ETE TET iG ne (nit j AM =A

et d’objets de parure, 4 lépousée, la veille des noces. Sa face antérieure représente les douze pairs couverts de leurs armes; les costumes de ces personnages ne peuvent laisser de doute sur l’époque précise 4 laquelle appartient ce meuble (de 1290 4 1310). Tous ces guerriers sont encore vétus de mailles avec le haubert par dessus; leurs épaules sont garnies de spallieres carrées; les heaumes sont de fer battu et affectent la forme conique ou sphérique (fig. 4). Leurs écus armoyés sont pendus a leur coté ou tenus du bras gauche. Ces douze personnages sont placés dans une jolie arcature d'un faible relief 4 simples biseaux. Dans les écoingons, des tétes bizarres, des animaux fantastiques sont sculptés en bas-relief. Le cété droit du bahut représente les quatre fils Aymon 4 cheval; le coté gauche, un

! Ce meuble fait partie du cabinet de M. A. Gérente, qui a bien voulu nous le laisser — dessiner.

ee [ Baur ]

chéne au pied duquel on voit un phallus sur pattes, becqueté par un oiseau. Le dessus du couvercle montre, dans douze quatre-feuilles en bas-relief, des scénes de la vie conjugale et une sorte de harpie touchant de Porgue 4 main, A coté @un homme jouant de la corne-

55 =< it gta"

y hg A :

Page 1