‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque Carlovingienne à la Renaissance (volume 5)Chapitre 45 sur 80 · TAPIS · texte numérisé non relu

TAPIS

Fargis, prés de Trappes, qui date du commencement du xvii siécle;

il est peint sur toile et représente wie allégorie de la réformation traitée de la facon la plus singuliére *

TAPIS, S. m. (¢apiz). TAPISSERIE, s. f. L’usage des tapis et tapis- series remonte & l’antiquité. Pendant les premiers siécles du moyen dige, on en plagait 4 profusion dans les églises, soit sur le pavé, soit comme tentures. Dans les cathédrales, 6d cotés du cheeur étaient tendus en tapisserie de diverses sortes que on changeait suivant les temps de l’année, et, dés le x° siécle, les évéques affectaient des sommes importantes 4 lacquisition de ces tissus, qui venaient presque tous de lOrient. L’abbé Lebeuf, dans ses Mémoires concernant Uhistoire civile et ecclésiastique d’ Auxerre *, rapporte que l’évéque Gaudry, vers 925, possédant « une trés-belle tenture parsemée de « lions, au milieu de laquelle étoit une inscription brodée en lettres « grecques, n’eut point de repos qu'il n’edt trouvé une autre tenture « de méme dessin. L’ayant trouvée, il Vacheta et la donna a l’église, « afin qu’elles ornassent les deux cétés..... » usage de décorer les églises de tapisseries se perpétua jusque vers le commencement du dernier siécle, et les trésors des cathédrales et des églises abbatiales renfermaient une grande quantité de ces tissus que l’on étendait dans les sanctuaires et méme dans les nefs pendant les jours fériés ou a Poccasion de certaines cérémonies. Dans les chateaux, les appartements d’habitation, les salles de parement ou de parade étaient tendues le plus souvent de tapisseries, ou tout au moins de toiles peintes (voy. Tome). Il est difficile de donner la date de P introduction des fabrications de tapis en France. Dés le 1x° siécle, saint Angelme, trente-quatriéme évéque d’Auxerre, faisait présent la cathédrale de trés-belles tapisseries pour orner le lieu ou se tenait le clergé *. Il n’est pas certain que ces tapisseries fussent de fabrication occidentale; mais, vers 985, les religieux de labbaye de Saint-Florent de Saumur fabriquaient eux-mémes, dans leur monastére, des tapisseries ‘. En 1025, la ville de Poitiers possédait des fabriques de tapis; il en était de méme a Troyes, 4 Beauvais, 4 Reims, 4 Arras, 4 Saint-

1 Voyez la description de ce curieux tableau dans la Notice swr Notre-Dame de la Roche, par M. P. Huot (Bullet. monum. de M. de Gaumont, t. XII, p. 34). L’explication. de ce tableau donnée par M. Huot nous parait excellente, mais elle indiquerait que ce tableau est une satire des deux partis catholique et de la réforme.

2 Publ. par MM. Challe et Quantin, 1848, t. J, p. 234.

3 L’abbé Lebeuf, t. I, p. 186.

4D. D. Martenne et Durand, Hist, monast. S, Florenti Salm.

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Quentin. Ces tapisseries étaient 4 haute lisse, cest-d-dire que la chaine servant a faire le tissu était placée verticalement sur le métier. Ce genre de fabrication, qui remonte a la plus haute antiquité, puisqwil était connu des Kgyptiens, fut probablement pratiqué en Occident dés lépoque de la domination romaine. Quant aux tapis veloutés, ils furent introduits en France, pendant le moyen age, par les Orientaux. Au x1 siécle, sous le régne de Philippe-Auguste, les fabricants de ces sortes de tapis portaient le nom de Sarrasznois, et lon entendait par tapis sa7rasinois les tapis veloutés ; ces fabricants formaient alors une corporation réglementée par des statuts. Au commencement du xiv’ siécle, les tapissiers sarrasinozs et les tapissiers hauts lissters furent soumis & une méme maitrise, dont les réglements datent de 1302 *. Ce ne fut que sous le régne de Frangois I que la fabrication des tapis, qui jusqu’alors était du domaine de Vindustrie privée, fut confiée par ce prince a quelques maitres venus de Flandre et d’Italie, et prit un nouvel essor. Cette premiére manufacture royale fut @abord établie 4 Fontainebleau, et était destinée 4 fournir 4 la décoration de cette belle résidence.

Lvusage d’étendre des tapis sur le sol des appartements parait avoir élé fort anciennement adopté chez les peuples orientaux ou ceux qui subissaient leur influence, et introduit en France 4 Vépoque des croisades. Nous voyons qu’en Angleterre les tapis de plancher furent importés, au xit° siécle, par Eléonore de Castille etles ambassadeurs espagnols qui précédérent son arrivée *. Mathieu Paris raconte que les habitants de Londres s’indignaient du luxe déployé par les seigneurs étrangers, qui couvraient leurs planchers de précieux tapis, tandis que leur suite était misérable, désordonnée, et n’ était montée que sur des mules. Il ajoute que quand Eléonore arriva 4 Westminster, elle trouva les appartements qui Ini étaient destinés, décorés, par le soin des envoyés de son pays, de riches tentures, comme l’étaient les églises, et les planchers couverts de tapis, conformément ila mode espagnole. Il ne parait pas quavant le xiv° siécle les intérieurs des appartements en France fussent tendus de tapisseries de haute lisse, du moins nous ne trouvons 4 cet égard aucun renseienement certain, mais plutot de toiles peintes et d’étoffes.

' Par le prévét Pierre le Jumeau. (Voy. la Notice sur les manufactures de tapisseries et de tapis réunies aux Gobelins, par M. Lacordaire, 1852.)

2 Voy. Archit. domest. pendant le moyen dge. — Parker, Some Account of domest. Archit. in England, t. 1, p. 98. — Mathieu Paris, p. 782.

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« En haut font tendre les cortines, « Ou il ya estoires devines ' « De la loy anciiennes pointes, « De maintes bonnes coulors taintes!. »

«.-. . +» Encourtiné ont « De dras d’or la maison trestoute 2. »

Ces tapisseries, soit de haute lisse, soit brodées sur un fond (Vétoffe, paraissent avoir été réservées pour séparer des piéces, comme portiéres, ou encore comme courtines de lits. Gependant Necham *, lorsqwil censure ‘ le luxe étalé dans les constructions de son temps, parle avec dédain des vestibules couverts de sculptures comme étant le réceptacle de toiles @araignée. Il dit encore que les murailles de la chambre privée deyraient ¢tre couvertes de tentures pour éviter les mouches et les araignées; il fait observer que la tapisseric serait convenablement suspendue devant l’épistyle, et cela dans le cas ott la chambre se trouvait divisée par des colonnes.

Les vignettes des manuscrits du xu’ siécle nous donnent de nombreux exemples de ces tapisseries suspendues en guise de erandes portiéres pour séparer les piéces d'un appartement ou méme pour diviser une chambre. Flodoard rapporte que saint Remi laissa par testament, a l’évéque son successeur, « trois tapis qui « servent les jours de féte 4 fermer les portes de la salle du festin, « du cellier et de la cuisine *. »

La figure 1 * nous donne une de ces tentures suspendue a l’entrée

1 Roman de Mahomet, en vers, du x11° siécle, publ, par MM, Reinaud et Francisque Michel, 1834.

Le Roman du Renart, vers 1170.

De naturis rerum, manuscr. Harl., 3737, f. 90, 6. Voy. Parker, Domest. Archit., t.1, p. 43, auquel nous empruntons ce passage. Flodoard, p. 67 (M. Guizot, Collection des mémotres). Manuscr. d’Herrade de Landsberg, biblioth. de Strasbourg.

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