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d’elle-méme en lair sur Vautel oti on célébrait les saints mystéres. Ces textes, et bien d’autres qu’il serait superflu de citer, nous font assez voir que si, dans les premiers siécles.du moyen 4ge, il n’y avait pas de tabernacles fixes sur les autels, les églises en possédaient de portatifs qui conservaient ainsi le caractére de meubles, et qui,
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4 ce titre, doivent trouver ici leur place. Nous nous occuperons Wabord des tabernacles en forme de tours suspendues ou posées sur les autels ou prés deux. Le nom de tabernacle nous indique assez que, dans Vorigine, les meubles destinés 4 renfermer la sainte eucharistie devaient ¢tre revétus d’une sorte de tente.
L’Eglise erecque, laquelle il faut revenir toutes les fois que l’on veut retrouver les traditions primitives, conservait et conserve encore Yeucharistie dans une boite entourée d’un morceau d’étoffe, ou méme dans un sac suspendu a la muraille, prés de l’autel. En Italie, il est encore d’usage de porter le saint sacrement dans une boite placée sous une sorte d’enveloppe d’étoffe précieuse qui, tombant tout autour, forme au-dessus d’elle une sorte de petite tente. Enfin, l'un des chapiteaux du cloitre de Moissac (xu° siécle) nous donne la représentation sculptée d’un dais encourtiné qui, suivant toute apparence, reproduit la forme des tabernacles les plus anciennement adoptés par ’Eglise. Nous donnons (fig. 1) une copie de ce curieux fragment.
Les tours de métal servant de tabernacles ont disparu depuis longtemps de nos églises; mais, heureusement, ces meubles n’étaient pas toujours fabriqués en matiéres précieuses; beaucoup étaient simplement de bois peint et doré. On voit encore, dans V’église de Pancienne abbaye de Sénanque (Vaucluse), une de ces tours qui date du xi’ siécle ; elle est de bois dur, 4 deux étages séparés par un petit plancher, percés de fenétres vitrées en verre d’un ton verdatre. Quoique repeinte grossiérement & une époque récente, on retrouye l’ancienne peinture sous la nouvelle, et le plafond du premier ¢tage a conservé ses tons primitifs.
Voici (fig. 2) une copie de ce meuble, destiné a étre porté sur un pied dont on apercoitlattache sous la planchette inférieure. Chaque étage est muni d’une petite porte simplement fermée par un tourniquet de bois. La croix qui devait terminer la pyramide principale n’existe plus. Sur les bandeaux qui portent les pignons, entre les tailloirs des chapiteaux, on lit inscription suivante, repeinte probablement @aprés lancienne : QUI : MANDUCAT : HUNG : PANEM : VIVET: IN: ATERNUM. Chaque mot occupant une des faces de l’octogone, Pune d’elles, par conséquent, est vide '.
La figure 3 présente le plan du tabernacle au niveau AB, et la figure fh, le plan au-dessus des pyramides.
' M, Joffroy, architecte 4 Avignon, a bien voulu dessiner ce précieux meuble pour nous,
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L’abbé Lebeuf * dit avoir vu, sur le grand autel de Péglise de Choiseul, du doyenné de Chateaufort, un retable de pierre « devant « lequel est posé un tabernacle 4l’antique qui est en forme de pyra-
«mide ou tourelle a jour. L’abbé Chastelain et autres célébres « liturgistes estimoient fort ces sortes de tabernacles, dont quel- « ques-uns qui restent peuvent avoir trois ou quatre cents ans d’an-
« tiquité ; mais ils ajoutent que leur place étoit 4 cdté de lautel, « comme on les voit communément dans les Pays-Bas. »
Piganiol, dans la Nouvelle Description de la France ?, rapporte que Louis IX, avant de mourir, donna a la cathédrale d’ Arras, entre autres legs pieux, un tabernacle et une statue de la Vierge d’argent pesant deux cent cinquante mares. On voit encore, dans l’église de Moltot (Calvados, canton d’Evrecy), un tabernacle replacé par les soins du curé de cette église en 1842. « Ce tabernacle, dit M. de « Caumont*, offre image @une tour pentagone terminée par une
' Hist, du diocese de Paris, t. 1X, p. 155.
2 Tome Il, p. 420. ‘ 3 Bulletin monum., t. IX, p. 324.
— 249 — [ TABERNACLE ] « gracieuse pyramide garnie de crochets. Deux étages superposés « dans la hauteur d’un joli tourillon sont percés sur chaque face de « fenétres dune délicatesse extréme dans le genre flamboyant. Ces « étages sont séparés Pun de lautre par une rampe simulée, dans le «méme style que les fenétres..... Tout porte a croire que ce taber- « nacle est 4 peu pres du temps de Louis XII. L’étage inférieur était « destiné a contenir les hosties, et Pétage supérieur pouvait servir « exposition. » Ces descriptions et Pexemple que nous donnons (fig. 2) indiquent assez quelle était la forme habituelle de ces sortes de meubles, posés, comme le disent Thiers et Pabbé Lebeuf, plutot a coté des autels que sur les retables. Pour les tabernacles suspendus, et qu’on désignait sous le nom de suspensions, ils étaient fréquents, ainsi que nous l’avons dit, dans les églises cathédrales et monastiques. Mabillon, Thiers, le sieur de
Moléon, V'abbé Lebeuf, citent un grand nombre de ces sortes de tabernacles, dont la forme la plus ordinaire était celle @'une colombe posée sur un plateau suspendu par trois chainettes et une chaine principale 4 une crosse de bronze ou méme d’argent doré. Nos
musées conservent encore un assez grand nombre de ces taber- I, — 32
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nacles, ce qui indique suffisamment qu’ils étaient fort communs. On
en voit plusieurs au musée de Cluny. M. le prince Soltykof en possédait un fort beau de cuivre doré et émaillé.
La figure 5 reproduit Pune de ces colombes. Le couvercle est placé sur le dos de Voiseau. Les ailes, au lieu de simuler des plumes, sont couvertes d@arabesques dun beau style et qui donnent la date précise de cet objet (xir° siécle).
Nous ne saurions faire comprendre les dispositions d’ensemble de ces tabernacles suspendus, sans une figure (6), qui nous épargnera de longues descriptions. On voit en A la colombe disposée sur son plateau, accrochée au dais B par trois chaines pouvant étre facilement décrochées, de maniére 4 enlever le plateau avec le ciboire, si Pon ne veut le-laisser exposé. Au dais B est fixée une tringlette circulaire par deux attaches, l'une derriére, Vautre devant. Un petit rideau, garni au chef de ganses de soie, muni de deux annelets, peut entourer complétement le plateau inférieur, si lon tire les deux bouts C de la ganse passant par les annelets. Cette manceuvre est facile 4 comprendre. Voulant fermer le tabernacle (la petite tente), le prétre tient de la main droite le bord antérieur du plateau, afin de l’empécher de basculer ; de la gauche, il prend les deux glands C, tire sur les annelets qui tendent 4 se réunir au point D, ies ganses du chef du rideau glissent ainsi sur la tringlette circulaire. On voit que la chaine principale roule sur une poulie EK, puis vient entrer dans une petite lucarne percée en F dans les combles d’un groupe de tourelles. Une autre poulie, logée dans lintérieur de la tige de la suspension, renyoie la chaine jusqu’au pied de la colonne, ot elle est accrochée 4 un goujon caché par une petite porte fermant 4 clef. C’est le méme mécanisme que celui servant 4 faire descendre et a hisser les anciens réverbéres suspendus 4 des crosses de fer.
Dans notre Dictionnaire d’ architecture, au mot AUTEL, on trouve plusieurs de ces suspensions au-dessus des retables. Quelquefois le tabernacle suspendu se composail dune boite (custode) accrochee sous le dais par un anneau sans plateau. Le plus ordinairement une petite tente d’étoffe entourait cette boite, comme dans lexemple que nous venons de donner. « ....... Pour cing piéces de custodes « de cendal de grainne ' pour Y’oratoire cu roy pour la feste de PEs- « toile....?. » Le nom de tabernacle, conservé a travers les siécles,
1 Cendal, étoffe de soie unie, employée fréquemment pour tentures. Le cendal de grainne était rouge. 7 :
2 Invent. de Vargenterie trowvée en garnison en Postel de Estienne de la Fontaine, argentier du roy, fait le 15 mai 1353 (Comptes de Vargenterie des rois de France au xive siécle, publ. par L. Douét D’Arcq, 4854).
pour indiquer la réserve de la sainte Eucharistie, indique assez que
la forme d'une tente fut longtemps adoptée. L’enveloppe d’étoffe , qui était destinée 4 entourer la boite (custode) suspendue sans pla-
teau, etait fixée au dais; mais sa partie inférieure était garnie d’une
ganse cousue seulement de distance en distance. Un.cordonnet passant entre la ganse comme dans des anneaux permettait de fermer la petite tente par le bas, qui avait ainsi apparence d’un sac retourne. La fig. 7 indique ce genre de tabernacle ouvert, et la fig. 7 bis le tabernacle fermé. Jusqu’a la fin du dernier siécle, usage de suspendre la sainte eucharistie au-dessus du maitre autel s’est conservé dans la plupart de nos grandes églises cathédrales et abbatiales ; mais depuis le rétablissement du culte, il n’en est plus tenu compte, bien qu’il y ait encore quelques cathédrales, comme Reims et Amiens, qui ont conservé la suspension. I] arrivait aussi que l'on suspendait au bec dune colombe la boite contenant l’ecucharistie ; nous avons encore vu, il y a quelques années, dans l’église de Saint- Thibaut (Cote-d’ Or), une crosse et une colombe de bois doré posées au-dessus du retable de l’autel et servant 4 suspendre la boite aux hosties; mais ces objets étaient @une fabrication assez récente et grossiérement exécuteés. 7
TABLE, s. m. Meuble composé d’un plateau circulaire ou de figure rectiligne portant sur des pieds. Les tables ont de tout temps été destinées 4 des usages divers : les unes, couvertes de nappes, servaient 4 placer les mets pendant les repas; d’autres étaient disposées dans les appartements des palais, pour jouer ’ divers jeux ; quelques-unes n’étaient guére que des objets de luxe. Nous commencerons par parler des tables 4 manger. Il est difficile de préciser P époque ou l’on cessa de prendre les repas couchés sur des lits inclinés, autour d’une table étroite disposée ordinairement en fer 4 cheval. Il ne parait pas que les barbares qui envahirent les Gaules aient conservé cet usage antique ; leurs mceurs sauvages ne se prétaient pas a de pareils raffinements, et les monuments écrits les plus anciens que nous possédions font supposer que les Germains et les Francs s’asseyaient, pour manger, autour de tables assez basses. Grégoire de Tours parle souvent de tables sur lesquelles sont posés les mets, mais il n’indique pas que ces tables fussent entourées de lits. Il est certain que, dés les premiers temps de la période carlovingienne, on s’asseyait autour de tables rondes ou rectangulaires pour prendre les repas. Une Bible manuscrite du 1x° ou x° siécle, de la Bibliothéque impériale, et contenant un grand nombre de vignettes au trait *, nous donne la forme des tables a manger de cette époque.
1 Manuscr., n° 6-3.
Nous donnons (fig. 1) le fac-simile del une de ces vignettes représentant le festin de Balthazar. La table est de forme semi-circulaire, posée sur des tréteaux pliants. Un rebord ou galerie, qui semble avoir une hauteur de quelques centimetres, cerne les bords de la table dans tout son pourtour. De cette galerie pendent des draperies qui masquent en partie les tréteaux. Au milieu, un seul plat, pose
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sur /un pied élevé, contient un chevreau ; 4 cdté du plat est un vase, peut-étre une saliére. Dailleurs on n’y voit ni assiettes ni fourchettes, mais des couteaux, des pains, et des os dépouillés de chair. Les convives se détournent pour boire dans des cratéres énormes ou a’ méme des houteilles, ce qui parait indiquer que les vases 4 boire étaient placés en dehors de la table, autour des convives. C’ était 1a un usage des Germains, qui se levaient de table pour aller boire A méme des vases disposés le long des murs de la salle. On prenait
les viandes avec les mains, aprés les avoir coupées par quartiers, et les os restaient sur la table, alors dépourvue de nappes.
Au xit’ siécle, il semblerait qu’on ayait encore conservé ces galeries ou rebords saillants autour des tables et les pentes drapées tombant de ce rebord a terre. Le manuscrit d’Herrade de Landsberg, de la bibliothéque de Strasbourg, nous fait voir une table a manger ainsi disposée (lig. 2). Les pentes sont attachées par des anneaux
dune tringle qui pourtourne le rebord de Ja table.
« Les tables furent mises et li tabliers, et li saliers, et li coustel; « et ils’assistrent *. » Bien que ce texte appartienne 4 un roman du xi’ siécle, le mot tab/ier indiquerait ces pentes drapées. Ici il n’est question ni de nappes, ni d’assiettes. Notre figure 2 ne montre, en effet, que des plats sur pieds, des couteaux, des saliéres et des fourchettes 4 deux branches qui paraissent destinées & pincer les mor- -ceaux que les convives prenatent dans les plats, plutot qu’a les piquer. Le roman du chatelain de Coucy, qui fut écrit vers le commencement du xm° siécle, parle de tables 4 manger autour desquelles les convives s’asseyaient, ayant une seule assiette pour deux personnes. Ces tables sont couvertes de nappes. Du reste, le manuscrit déja cité de la bibliothéque de Strasbourg ? nous fait voir une table servie qui parait étre entiérement couverte d’une nappe;.mais il faut dire que cette table oblongue est accompagnée d’un dossier sur l'un de ses deux grands cotés, ce qui lui donne l’apparence de ces meubles que nous désignons sous le nom de buffets.
1 Le Roman des sept Sages.
2 Herrade de Landsberg.
: r : oe ay Nous donnons (fig. 3) une copie réduite de la vignette °. Il est certain qu’au x1’ siécle, les tables & manger étaient habituellement couvertes de nappes :
« Einsi s’esbatent sans dangier
« Tant qu’il fu ore de mangier
« Et pue les napes furent mises, « Et dessus les tables assises
« Et les salieres et li pains 2. »
Aprés le repas, les convives se levaient ; des serviteurs enlevaient
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les nappes, el, sur les mémes tables qui avaient servi 4 manger, on jouait aux échecs, aux tables (trictrac), aux dés :
« Rais Arragons les fist moult bien servir, « A mangier orent assez et pain et vin,
« Grues et gentes et bons poons rostiz ;
« Des autres més ne sais que vos devis ;
« Tant eni ot com lor vint a plésir.
« Quant ont mengié et béu 4 loisir,
« Cil eschangons vont les napes tolir,
« As eschés jeuent paien et Sarrazin3. »
__ Ce texte, antérieur au précédent, parle déja de nappes enlevées de dessus les tables 4 manger pour permettre aux convives de jouer.
1 Page 119.
2 Le Roman du Renart, vers 22769 et suiv.
3 La Prise d’Orenge, vers 554: Guill. @ Orange, chansons de geste des xi° et xil® siécles, publ. par J. A. Jonckbloet, La Haye, 1854.
Les tables & manger du xur° siécle sont ordinairement carrées,
lorsque le nombre des convives est petit; oblongues ou en fer i
cheval, lorsque ce nombre est grand. A Voccasion de certaines
fetes, lorsqu’on donnait de grands repas auxquels prenaient part de
nombreux invités, il était d’usage aussi de dresser quantité de petites tables :
« Fromons commande qu’on les tables méist, « Et Von si fait, léans en un jardin ; « Onze vint tables i poissiez choisir!. »
La rapidité avec laquelle, dans les grandes salles des chateaux, on dressait et lon enlevait les tables 4 manger ou a jouer, indique assez que ces meubles n’étaient composés que de grands panneaux posés sur des tréteaux pliants, qu’ils n’étaient pas 4 demeure. Suivant que le nombre des convives était plus ou moins grand, on dressait et on assemblait un nombre plus ou moins considérable de ces tables. Cependant il existait, dans certaines grandes salles, des tables fixes de pierre ou de marbre destinées 4 divers usages. Dans la grand’salle du palais de la Cité 4 Paris, il y avait, 4 l'un des bouts, dit Sauval*, « une table qui en occupoit presque toute la largeur, et « qui de plus portoit tant de longueur, de largeur et d’épaisseur, « qu’on tient que jamais il n’y a eu de tranches de marbre-plus « épaisses, plus larges, ni plus longues. Elle servoit 4 deux usages « bien contraires : ‘pendant deux ou trois cents ans, les Clercs de la « Basoche n’ont point eu d’autre thédtre pour leurs farces et leurs « momeries ; et cependant c’étoit le lieu ot se faisoient les festins « Royaux, et ott Yon n’admettoit que les Empereurs, les Rois, les « Princes du sang, les Pairs de France, et leurs femmes, tandis que «les autres Grands Seignewrs mangeoient 4 @autres tables. Tout « cela fut consumé en 1618..... »
Toutes les représentations de repas laissent toujours un des orands cotés des tables libre pour le service; Cest-d-dire que, sur une table longue, par exemple, les convives n’élaient assis que d'un coté ; Vautre coté était, comme dans lantiquité, laissé libre pour faciliter le service.
Dans les chateaux des princes et grands seigneurs, les tables 4 manger étaient si larges, que souvent, pendant les entremets, des personnages y montaient pour réciter des couplets, pour distribuer
1 Li Romans de Garin le Loherain, édit. Techener, 1833, tf. II, p. 443.
2 Antigq. de la ville de Paris, t. Il, p. 3 I. — 33
[ TABLE ] a2 20
des fleurs aux convives ou représenter quelque scéne allégorique. Il n’est pas besoin de dire que ces tables devaient étre solidement établies. Habituellement, cependant, ces entremets, cest-a-dire ces représentations entre deux services, se donnaient sur le pavé de la salle, au milieu des tables disposées en fer 4 cheval. (Voy. le REsuME HISTORIQUE. )
Les personnages qui possédaient de grandes richesses faisaient fabriquer des tables de métal, de bronze, d’or ou d’argent, qui semblent n’avoir eu d’autre usage que de décorer les intérieurs des appartements. Eginhard, en rapportant le testament de Charlemagne, mentionne * existence de trois tables d’argent et d’une table d’or (une dimension et d’un poids considérables. « L’une d’elles, dit-il, « de forme carrée, sur laquelle est représentée la ville de Constantinople, devoit étre jointe aux autres dons destinés a la basilique « de Saint-Pierre de Rome et y étre transportée; l'autre, de forme « ronde, ornée dune vue de la ville de Rome, devoit étre donnée a « Péglise de Ravenne; la troisiéme, qui surpasse de beaucoup les « deux autres par la beauté du travail comme par le poids, et qui, « formée de trois cercles, contient une description de univers « entier, tracée avec autant dart que de délicatesse, étoit destinée, « ainsi que la table dor, que lon a déja dit étre la quatriéme, a « augmenter le lot qui devoit étre réparti entre ses héritiers et dis- « tribué en aumdnes *. » Ces tables étaient-elles montées sur pieds, ou étaient-ce des tableaux destinés A ¢tre adossés aux murs des appartements, ou des plateaux sur lesquels on apportait des fruits, des épices, des parfums, ainsi qu’on le fait encore en Orient? C’est ce que nous ne saurions décider. Toutefois il nous est resté une description @une table d’or, enrichie de pierreries et @un admirable travail, Pune époque plus rapprochée de nous, qui était éyidemment destinée 4 servir de plateau, qui se développait au moyen de charniéres, et sur laquelle on apportait du vin, des épices, comme on le fait encore aujourd’hui avec nos tables de déjeuners, qu’un
co
! Vita Karoli imperatoris, xxx,
2 M. Teulet, dans les notes qwil a jointes & sa traduction de la Vie de Vempereur Charles, dit (t. 1, p. 3), d’aprés Thégan, chap. vin: « Que de tous les trésors de Charlemagne, Louis le Débonnaire ne se réserva, en mémoire de son pére, que celte table, « formée de trois cercles , ce qui la faisait paraitre Vassemblage de trois boucliers « réunis » ; et d’aprés les Annales de Saint-Bertin, qui la décrivent « comme un disque « @argent d’une grandeur et d’une beauté remarquables, sur laquelle brillaient, sculptés «en relief et occupant des espaces distincts, la description du globe terrestre, les con- « stellations et les mouvements des diverses planétes, »
serviteur apporte toutes montées et pose sur un trépied ouun pliant. Cette table célébre est-celle apportée, par don Pédre de Castille, a Angouléme, et dont il fit présent au prince de Galles, afin d’obtenir
des secours contre Henri de Transtamare. Voici ce que Cuvelier, trouvére du xiv° siécle, dit de cette table! :
« La table du roy Pietre dont je vous voi comptant « Ne saroient nombrer nul clerc qui soit lisant ;
« Car trestoute estoit d’or, en croix aloit ploiant (fig, 4) « A charniéres d’or fin qui bien furent séant
« Et qui moult justement vont gentement fermant ; « De pierres précieuses, de pieres (perles) d’Oriant « Estoit environnez et de maint diamant (aymant) ; « D’asur et de sinople y ot euvre plaisant,
« Ou ymages taillées y avoit de Rolant,
« De tous les .xi1. pers, d’Olivier le poissant ;
« Comment furent vendu a Marsille la grant (le grant) « Et dedens Roncevaux occis en combatant;
« Et en micelle table dont je vous voi comptaat
« Estoit .1, escharboucle si clére et si poissant
« Qu’elle rendoit clarté par jour a nuit faillant?
« Ainsi con li solaus va a midi luisant ;
« Et delez l’escharboucle, qui valoit maint besant, « IT avoit une table (une pierre) qui de vertu ot tant « Que nulz homs ne pooit ne roy ne amirant
« Aporter nul venin qui tant fu mal faisant,
« Que s’on li apportoit la table en servant
« Que pierre n’alast tout en l’eure changent :
« Noire comme charbon se changoit en samblant. »
Ces derniers vers indiquent bien clairement que cette table était destinée au service, qu’on y placait des mets ou des épices, puisque
1 Chron. de Bertrand du Guesclin (Collect. des docum. tnédits sur (hist. de France, t. 1, vers 9093 et suiv.).
2 C’était une croyance généralement répandue alors, que l’escarboucle brillait la nuit et donnait une lumiére assez vive pour éclairer l’intérieur d’une piéce comme un flambeau.
3 C’est-a-dire : « Que si on Jui apportait la table sur laquelle des mets auraient été empoisonnés. » Done les mets étaient posés sur cette table comme un plateau, pour étre présentés a la personne qui voulait étre servie.
Pauteur prétend que si ces mets ¢taient empoisonnés, fut-ce par un roi ou un amiral, les pierres précieuses devenaient noires comme charbon. Plus loin, en donnant la table merveilleuse au prince de Galles, don Pédre indique l’origine de ce riche joyau :
« Sire, cestui joiiel je vous le donne en don
« Qui me vint par eschange de mon pére Alfon ;
« Et sachiez que jadis la conquist mon tayon (aieul)
« Au roy qui de Grenade maintenoit le royon;
« Car il le tint jadis et mist en sa prison
« Et se riche joiel il en ot a rencon !. »
Sans croire aux vertus meryeilleuses du joyau de don Pédre, ce curieux passage nous fait voir qu’alors ces tables portatives étaient en usage, et que parfois elles étaient d’une excessive richesse.
Le manuscrit @Herrade de Landsberg ?, dans la miniature qui représente les meubles et ustensiles réunis par Salomon dans le
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temple de Jérusalem, donne une table carrée ornée de tétes de rois
gravées sur le dessus *. Voici (fig. 5) la réduction de cette table, telle que la vignette la donne. P
1 Vers 10650 et suiv.
2 xu° siécle, biblioth, de Strasbourg, 3 . x 5 . :
« Il donna (David) de méme de Vor pour faire les tables qui devoient servir 4 exposer
« ies hae, goles les mesures qu’elles devoient avoir; et donna aussi l’argent pour en « faire aussi d’autres tables d’argent, » (I Paralip., xxvut, v. 16.)
Chez les particuliers et dans lintérieur des chateaux, on avait des
tables de petite dimension pour manger, lorsque l’on n’avait point de convives. Les princes et les grands seigneurs avaient. ’habitude, méme lorsqu’ils recevaient des étrangers, de manger sur une table séparée; ces tables étaient longues et étroites, accompagnées d'un banc avec marchepied et garni quelquefois d’un dais. L’inventaire du mobilier du Louvre, sous Charles V, mentionne des tables a dais, et un grand nombre de vignettes de manuscrits des xtv° et xv’ siécles représentent de grands personnages, rois ou princes, mangeant seuls ou avec leur femme sur des tables dont les bancs sont garnis de dossiers et’ de dais tendus de tapisseries (fig. 6). Parfois aussi ces bancs sont simples; mais les tables 4 manger affectent toujours la forme barlongue (fig. 7) *. Les mets, les vins étant déposés sur
les buffets et les crédences, les serviteurs n’apportaient sur la table que lassiette dans laquelle Pécuyer tranchant avait déposé la piéce de viande découpée et le hanap contenant le vin versé apres avoir fait Vessai. Ce n’était que dans les repas composés dun grand nombre de conyives que l’on déposait sur les tables des viandes et pieces montées, que on découpait sur le buffet aprés qu’elles avaient été vues par les invilés, comme cela se fait encore de nos jours. Dans le privé ou sur les tables séparées des princes, il n’y avait que de petits pains, les assiettes servies, la coupe de chaque convive, des
' Vignette de Hist. de Girart, comte de Nevers, manuscr, de la Biblioth, impér. fonds la Valliére, n° 92,
— 263 — [ TABLE | fourchettes * et cuillers, suivant la nature du mets. placé sur les assiettes. Les sprviteurs présentaient souvent en face des personnes assises des plats dans lesquels, grace & Vétroitesse des tables, on pouvait choisir le morceau qui convenait. Les banes sur lesquels on était assis étant munis d'un marchepied, les tables étaient plus hautes que les notres; cette disposition faisait ressortir davantage les personnages assis 4 des tables spécialement réservées pour eux.
Nous terminerons ce passage sur les tables barlongues par des figures indiquant les divers assemblages des pieds de ces meubles pendant le xyv° siécle et le commencement du xvi’ (fig. 8) ?. De petits
! L’usage des fourchettes ne fut guére introduit qu’au xi® siécle. 2 Des bas-reliefs des stalles de la cathédrale d’Amiens,
[ TABLEAU | = Ti
goussels A, assemblés dans les montants et les traverses, étaient destinés & empécher le roulement des pieds et 4 leur donner une parfaite rigidité. oes
Il ne faudrait pas croire que les tables 4 un pied n’etaient pas en usage pendant le moyen age. Dans les appartements des femmes, il
y avait ga et la des guéridons sur lesquels on déposait les ouvrages (aiguille, des vases de fleurs, des livres, etc. Dans le manuscrit des chroniques du roi Louis XI, nous trouvons une vignette représentant une table carrée a un pied (fig. 9) *.
TABLEAU, s. m. Panneau composé d’ais assemblés présentant une surface plane que l’on recouvrait de cire, de toile ou de peinture, suivant la destination particuliére du meuble. Nous parlerons abord des tableaux de tour, Cest-a-dire des panneaux appendus aux piliers des églises, et sur lesquels on écrivait avec un poincon les noms de ceux qui devaient faire l’office de la semaine.
Au commencement du dernier siécle, il existait encore, prés du maitre autel de la cathédrale de Rouen, contre un pilier, un tableau — enduit de cire destiné 4 cet usage ?, c’est-d-dire A recevoir les noms de ceux qui devaient faire Voffice de célébrant pendant la semaine, de diacre, de sous-diacre ou porte-chape. Une fois inscrits au tableau de semaine, les manquants étaient punis d’une grosse amende
' Mélanges pour servir & Vhistoire. Biblioth. impér. , vol. 748, manuser. du commencement du xvi° siécle.
2 Voyages liturg. en France, par le sieur de Moléon, 1718, p. 275.
PLD EET
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pécuniaire. Le méme usage était observé dans léglise de Saint-Lé I, ec 34
de Rouen. Ges sortes de tableaux sont encore usités de nos jours dans les cathédrales ou grosses paroisses ; seulement le panneau, au lieu d’étre enduit de cire, est couvert d’un drap sur lequel on pique la liste des semainiers écrite sur un papier.
Il existe encore, dans l’ancienne cathédrale de Choire, en Suisse, un tableau de ce genre, qui date du xu° siecle. Il est fait de bois de chataignier, 4 deux faces et monté sur gonds, de maniére a pouvoir présenter A la vue l'une ou l'autre de ses deux faces. Il est entouré d’un double cadre richement sculpté et percé de petits trous. M. le docteur Keller, de Zurich, 4 qui nous devons des détails sur ce meuble précieux, dit « qwil est destiné 4 contenir, sur Pune de ses « faces, la liste des membres de la congrégation, et 4 indiquer les «noms de ceux dont le tour arrive le lendemain, soit pour dire « la messe, soit pour remplir d’autres fonctions. Le tour de service « est pointé au moyen d’une cheville de bois fixée dans le trou qui « correspond au nom de la personne désignée. »
La fig. 1 représente la face de devant de ce tableau. La face opposée offre la méme disposition ; les ornements seuls qui décorent le cadre et le tympan sont différents. Nous donnons (fig. 2) le sommet de
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cette autre face “. La sculpture est plate, franchement coupée dans le bois, et indiquerait chez nous une époque antérieure au xi siécle. Mais les parties les plus anciennes de la cathédrale de Coire ne remontant pas au dela de cette époque, il n’est pas probable que ce tableau soit plus ancien ; les arts de ces contrées sont d’ailleurs fort en retard sur ceux de la France. Ce tableau présente encore des
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Nous devons ces dessins 4 l’obligeance de M. Didron , directeur des Annales archéologiques.
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traces de peinture ; le fond dela face qui contient l Agneau est peint en brun rouge, les feuillages se détachent en vert et les figures du tympan en bleu d’outremer.
Ce n’est que fort tard, vers la fin duxv’ siécle, que V'usage de suspendre des tableaux peints aux murailles fut introduit dans les églises. Jusqu’alors on réservait ce genre de décoration, assez peu commun, pour les intérieurs des sacristies, des salles des palais et chateaux. Les peintures deg églises étaient faites sur les murs ou remplissaient les verricres (voy. le Dictionnaire @architecture, au mot Pernrure). Il faut reconnaitre quel effet des tableaux appendus aux murailles ou piliers des églises n’est pas heureux, et indique, de la part de ceux qui tolérent ce genre de décoration, un singulier mépris des formes de larchitecture et aussi de la peinture, souvent méme l’oubli.des plus simples convenances. Mais ce n’est pas ici le lieu de discuter cette question.
Dés le xu° siécle, on peignait des tableaux sur panneaux de bois. Le moine Théophile * indique les moyens de préparer ces panneaux. Ils étaient formés d’ais de bois séchés au four, collés avec de la colle de fromage, mis sous presse, enduits d’une préparation de platre et de colle de peau. Ces tableaux n’étaient guére destines qu’a la décoration des retables d’autel, des oratoires; ils étaient de petite dimension, presque toujours a volets et peints avec un soin et une recherche infinis sur fond d’or gaufré, enrichis quelquefois méme de verroteries et de pierres. Peu 4 peu on donna des dimensions plus erandes aces tableaux; on les entoura de cadres décorés de sculptures dorées. Tout le monde connait les tableaux précieux des anciennes écoles italienne et flamande déposés dans nos musées, et provenant presque tous d’établissements religieux. La sacristie de la cathédrale d’Amiens possédail, avant 1820, une suite de tableaux entourés de cadres d’une excessive richesse, donnés par la confrérie de Notre-Dame du Puy. Vers cette époque, un eveque d’ Amiens donna les cadres & madame la duchesse de Berry, et ces meubles, respectés par la Révolution, furent ainsi disperses Ea |
Pendant le moyen age, il était @usage de suspendre dans les rues, les jours de féte, des tableaux couverts (’armoiries et @emblémes. « Devant ledict hostel * avoit un riche tableau tout peint
1 Essai sur divers arts.
2 Ces tableaux sont aujourd’hui déposés dans l’escalier de l’évéché d’Amiens; deux cadres sont placés dans le musée de la méme ville, deux autres dans le chateau de Rosny.
3 Du duc de Bourgogne. — Entrée de la duchesse 4 Bruges (Mémoires d’Olivier de la
Marche).
« Vor et @asur, au milieu duquel ayoit deux lions élevés, tenant un « écu armoyé des armes de Monsieur de Bourgongne; et a Pentour « dudict tableau avoit douze blasons des armes des pais de mondict « seigneur..... Et au-dessus du tabernacle estoit 4 un des costés saint « Adrien, et au-dessous dudict tableau estoyent des fusils pour devise, « et le mot de mondict seigneur, qui dit : « Je Pay emprins..... »
Dans l'une des salles des chateaux, il existait presque toujours un erand tableau peint sur bois représentant la généalogie du seigneur. Dans les hotels de ville, quelques tableaux étaient aussi appendus aux murailles des chambres principales. En 1535, on voyait encore, dans une salle de ’hételde ville de Béthune, un certain « grandrolle « ou estoil empraint et figuré, par privilége, toute la noble généa- « logie et descente de Pempereur. » Puis « une painture sur par- « chemin, ou estoient pourtraictz les eschevins, le greffier et le clerc, « selon l’anchienne loy, avecq dictiez et escriptz comment juges « doibyent maintenir justice *. » Dans la salle des plaids, on voyait aussi un tableau représentant le jugement dernier, et un nommé Micquiel le Thieulier, peintre, fournissait, en 1540, moyennant vingt livres, un nouveau tableau représentant « une histoire en forme « @arbre, ou s’observoient les sept pechies mortelz et les branches « et deppendances d’iceulx; ainsi que pluisseurs personnaiges, auc- « torités, et escriptions de la saincte escripture *. » On voyait, dans la salle du parlement de Paris, 4 la fin du dernier siécle, un magnifique tableau (triptyque) représentant un Crucifiement, de Jean de Bruges, entouré dun cadre sculpté, et au fond duquel était représentée la cour du May °.
Les tableaux allégoriques furent en vogue a la fin du xv° siécle et pendant le cours du xvi". Les seigneurs ou les bourgeois tenant pour tel ou tel parti aimaient a placer sous leurs yeux des allégories plus ou moins transparentes qui représentaient le triomphe de leur opinion, tout en élant une énigme pour les étrangers. Au moment de la réformation, cette mode fut suivie dans les chateaux comme dans les plus humbles maisons. Il nous reste encore quelques-uns de ces tableaux, médiocres pour la plupart au point de vue de l'art, mais assez curieux au point de vue de Vhistoire des mceurs. On en voit un dans le chateau du Mesnil, autrefois Mesnil-Habert ou Mesnil-
‘ Les Artistes du nord de la France, etc., aux x1v®, xv° et xvi° siécles, par Al. De la Fons, baron de Mélicocq, Béthune, 1848.
2 Ibid.
3 Ce tableau existe encore et est déposé dans la salle des séances de la Cour impériale,