‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque Carlovingienne à la Renaissance (volume 5)Chapitre 51 sur 80 · VOILE · texte numérisé non relu

VOILE

coins sont brodés les signes des évangélistes. Nous donnons (PI. X) le sujet principal du voile et l'un des signes des évangélistes. Cette broderie parait appartenir aux derniéres années du xv’ siécle; elle est exécutée avec soin. Une ganse de soie, cousue de distance en distance au chef, tenait lieu d’anneaux en passant dans la tringle posée dune colonne 4 lautre. Il est vraisemblable que deux autres voiles accompagnaient celui-ci et représentaient, au centre, I’Espérance et la Foi. (Voyez, pour la position de ces voiles, le mot AUTEL du Dictionnaire raisonné darchitecture.)

Les meubles antérieurs au xvi° siécle sont devenus fort rares en Occident, et particuliérement en France. La mode a, de tout temps, chez nous, rejeté de la vie habituelle ce qui n’est pas du jour, et, depuis l’époque de la renaissance, il semble que ce cdté de notre caractére national ait pris chaque jour plus de force et d’activité. Or, un meuble remplacé, abandonné dans un grenier, ou laissé a la merci du premier venu, est bientot détruit.

Les établissements religieux, les églises, conservaient cependant des meubles anciens, soit parce qu’ils étaient vénérés, soit parce qu’ils étaient dune trop grande valeur pour étre remplacés facilement. Les guerres de religion de la fin du xvi° siécle et du commencement du xvi° en détruisirent un grand nombre. Pendant le xvii’ siécle, le clergé régulier ou séculier s’était laissé aller au gout pour les décorations lourdes et les meubles contournés de cette époque ; les évéques, les abbés et les chapitres firent disparaitre alors les mobiliers d’églises dont la forme paraissait vieillie et lusage incommode. La révolution du dernier siécle acheva la destruction mobiliére poursuivie sans relache par le clergé et les familles nobles. Cependant des amateurs tentérent de réunir les quelques debris épars dans les chateaux et les églises. Alexandre Lenoir forma le Musée des monuments francais. Cette recherche toutefois ne s’adressait guére qu’d des meubles de Pépoque de la renaissance, et lon ne songeait pas encore qu il ptit y avoir de Pintérét 4 rassem-

29h RESUME HISTORIQUE.

bler des débris pourris antéricurs 4 cette époque, a les classer dans un ordre méthodique, et 4 étudier les moyens de fabrication abandonnés depuis si longtemps. Le musée des Petits-Augustins contenait cependant encore une quantité considérable de ces preécieux restes deposes dans des caves ou des galetas. Sa dispersion, 4 un moment ou les amateurs de ces sortes a’ “objets étaient en trés-petit nombre, fut une nouvelle occasion de pertes regrettables. Dans lempressement que l’on mit 4 commencer les travaux de la nouvelle Kcole des Beaux-Arts, on laissa perdre la majeure partie des objets qui n’avaient point été restitués aux églises *. Cette triste fin d’un musée trés-précieux, ce pillage officiel, enrichit quelques collections particuliéres. Aujourd’hui, le musée de Cluny, fondé par feu du Sommerard, 4 une époque ot lon n’attachait qu'une faible valeur aux meubles anciens, est devenu le noyau d’une collection qui, chaque jour, s’enrichit, sous la direction du ministere @’ Etat et d’un conservateur intelligent et infatigable, M. du Sommerard, le fils du fondateur. Mais, quel que soit le zéle de Vadministration du musée de Cluny, cette collection présente des lacunes fort difficiles et peut-étre impossibles acombler. On n’y voit aucun meuble de bois antérieur ala fin du xv° siécle : ceux de métal, d’une époque plus ancienne, plus faciles 4 conserver, y sont méme fort rares; et ces objets ont acquis aujourd’hui une telle valeur, que le musée de Cluny ne peut entrer en concurrence avec les riches particuliers qui font des collections. Il faut done, lorsqu’on veut connaitre les meubles du moyen age, fouiller de tous cotés : dans les églises, dans les musées de province, dans les collections particuliéres, et surtout dans les manuscrits. Nos lecteurs ont pu voir, en parcourant ce Dictionnaire, a combien de sources il nous a fallu aller puiser pour donner des exemples de meubles antérieurs 4 lépoque de la renaissance, et comment nous avons dt souvent, 4 défaut des objets ou de leurs représentations, nous aider de textes, presque toujours laconiques ou trés-vagues. De ce travail il nous est resté une masse considérable de documents qui, par leur caractére général, ne pouvaient entrer dans nos articles spéciaux, mais qui ont cependant, nous osons le croire, un véritable intérét, en ce quils mettent en lumiére les

' Cette restitution ne pouvait atre réelle, Beaucoup d’églises auxquelles on avait enlevé des fragments précieux pour composer le Musée des monuments francais n’existaient plus; les premiers venus s’emparérent des objets a leur convenance, et l’église de Saint-

Denis hérita de tout ce qui ne fut pas enlevé par les plus avisés, qui revendiquérent une possession a laquelle ils n’avaient nul droit.

habitudes et les moeurs d’une société dont nous cherchions a réunir le mobilier.

Pour prendre une idée exacte de la destination des meubles anciens, il est nécessaire, dailleurs, de connaitre les usages de ceux qui s’en servaient : or, ces usages different des nétres sur bien des points, s’en rapprochent sur @autres; certaines habitudes de notre société, dont nous ne nous rendons pas compte, ne sont que des traditions d’habitudes antérieures, conservées A travers les siécles et les révolutions, parce qu’elles tiennent 4 la nature méme de notre caractére national. Ces dissemblances et ces rapprochements, qui nous avaient frappé tout d’abord, nous ont mis sur la voie de recherches nouvelles qui peuvent avoir une certaine ulilité pour ceux qui étudient notre histoire et croient que la véritable civilisation dun peuple consiste, non pas 4 mépriser son passé, si elle a le bonheur ou le malheur d’en avoir un, mais a le connaitre et s’en servir.

Monteil avait déja, au commencement de ce siécle, entrevu le parti que l’on pouvait tirer de l'étude des meeurs des temps passés, et son ouvrage *, présenté sous forme d’épitres, est un des plus attrayants que l’on puisse lire. Toutefois les sources auxquelles il va puiser ne sont pas toujours des plus pures. De son temps, les savantes recherches historiques des Guizot, des A. Thierry, n’étaient point faites, et il avait pu compulser avec soin les nombreux documents manuserits, les chroniques, les poémes, les romans, les contes, qui depuis ont été livrés 4 la publicité. Il régne dans tout le cours de son livre une intention satirique assez piquante, mais qui s’éloigne souvent de la vérité. Enfin, il ne cite jamais les textes, et ses piéces justificatives, trés-légérement notées, viennent parfois, sil’on veut y recourir, contredire son discours. Il faut lui savoir gré @avoir donné une forme attrayante 4 une matiére aride, de s’étre fait lire ; car, si parfait que soit un livre plein de recherches, faut-il encore, pour qu il puisse étre de quelque utilité, qu’on le lise. Nous avons donc cherché 4 classer méthodiquement nos piéces justificatives, de manicre 4 en faire une sorte de récit, 4 coudre ces notes éparses, afin de présenter une suite de faits propres 4 jeter quelque clarté sur la vie publique et privée de la société du moyen age et sur l'industrie appliquée aux objets mobiliers; au besoin, des figures viendront appuyer le texte, ce qui nous épargnera souvent de fastidieuses descriptions. Il est une observation qui nous a engagé a terminer par

1 Hist, des Frangais des divers états aux cing der'niers siécles, par Am. A. Monteil,

un résumé historique notre travail sur les meubles. Depuis le commencement du siécle, les gens de lettres et les artistes ont cherché 4 douner a leurs travaux historiques un cachet de vérité, ce qu’on appelait, il y a vingt ans, la couleur locale. Jusqu’alors, sur le théatre, dans les peintures, on attachait peu d'importancea la reproduction fidéle des habitudes, des vétements, des objets que lon représentait ; c’était peut-étre, au point de vue de lart, un avantage, et personne ne songe a blimer le Titien d’avoir entouré la Vierge présentée au temple de personnages en costume vénitien du xvi° siécle. Le Cid vétu comme un seigneur du temps de Louis XIV, et les Horaces coiffés d’une grande perruque, n’dtaient rien a la qualité des chefs-d’ceuvre de Corneille. Mais le jour ot les acteurs, aussi bien que les peintres, se sont mis a vouloir exprimer les passions et les sentiments des hommes, en méme temps qu ils les représentaient sous leur forme réelle, qwils se sont attachés 4 reproduire fidélement leur entourage, leurs habitudes du moment, le public est devenu bient6t exigeant : il a discuté le costume, il a relevé les erreurs; il s’est mis a siffler sans miséricorde les anachronismes. C’est un malheur : art, 4 proprement parler, n’a rien a faire de cette friperie ; ce n’en est pas moins un fait auquel il faut se soumettre de bonne grace. Si l’on représentait aujourd’hui sur la scéne du Guesclin en uniforme de général, avec le tricorne, les épaulettes et la culotte blanche, le drame, fit-il un chef-d’ceuvre, serait hue impitoyablement dés le lever du rideau. Ce que nous tolérons dans les ceuvres des artistes passés, nous ne l’admettons plus chez les notres ; si nous ne trouvons pas mauvais que Lebrun ait donné a Alexandre le vétement dun romain de carnaval, nous ne permettrions pas cette licence 4 nos peintres. Grace aux études classiques, ceux-Cl connaissent assez bien les vétements, les meubles, les ustensiles de Pantiquité; depuis quelques années particuliérement, plusieurs d’entre eux affectent méme une sévérité d’ observation, une fidélité dans la reproduction de la forme extérieure, qui passent, a tort ou a raison, pour une qualité aux yeux du public. Quant a ce qui est du moyen Age, nous ne sommes pas aussi avancés, et nous voyons, tous les ans, quantité de tableaux 4 sujets historiques ot on pourrait signaler de singuliéres bévues. Telles, par exemple, que si l’on représentait sur une méme toile une scéne dans laquelle les personnages seraient vétus, qui en marquise du temps de Louis XV, qui en officier de dragons de Pempire, quien maire de notre temps, qui en conseiller au parlement du dernier siécle ; ¢’esta-dire une mascarade grotesque. Cela est peu de chose encore auprés

des erreurs qui touchent aux habitudes, aux mceurs, aux cérémonies, aux meubles, aux ustensiles, Ala facon d’étre etc. La bonne peiture n’a pas affaire de tout ceci, soit ; mais alors mettons de cété toute prétention a la vérité, que les peintres ne suivent que leur fantaisie ou leur inspiration ; s’ils semblent rechercher Ja vérité sur un point, le public a le droit de Vexiger partout. Lorsque le peintre entre dans le domaine de l’archéologie, nous lui demandons d’étre archéologue, de ne point nous représenter saint Louis dans une ' Salle du xv’ siécle, de ne pas ’armer comme un chevalier du temps de Charles VII, de ne pas lentourer de nobles du temps de Francois I", de ne pas surtout le représenter agissant comme aucun grand seigneur de son temps n’ett agi: tout saint qu’il fit, Louis IX était fort grand seigneur. Les artistes ont rarement le temps d’étudier les meeurs et les habitudes des personnages historiques qu’ ils veulent représenter : ils se fient ’des compilations erronées souvent, a des recueils de gravures faits sans critique et sans méthode; il en résulte les rapprochements les plus étranges, ils perpétuent ainsi les erreurs dont ils sont les victimes. Depuis Voltaire, qui, le premier, attacha une grande importance & la vérité du costume sur le théatre et fut ’inventeur de la couleur locale, nous avons fait des progrés ; nous avons beaucoup a faire encore. La vérité est un besoin de notre temps; nous n’admettons guére les 4 peu prés; le public en sait trop pour ne pas lui donner beaucoup: il veut qu’on lui montre le passé tel qu’il était. Blamons-le, disons-lui que l’art n’est pas la ; mais, tant que son gott n’aura pas pris un autre cours, nos protestations seront inutiles : il courra voir une mise en scéne qui passe pour étre lareproduction fidéle d’un fait historique, il lira avec passion un roman qui rappellera les mceurs et les usages d’un monde éloigné de nous, et il ne s’inqui¢tera pas de savoir si ces ceuvres sont conformes ou non aux régles immuables de Vart. Or, le devoir des artistes, 4 notre sens, dans ce cas, Cest d’aller au-devant du public. Pourquoi l’art ne trouverait-il pas sa place 4 cété de la vérité? Les anachronismes, ou ignorance des mceurs appartenant aux personnages que lon fait parler ou que l’on représente, ne sont pas absolument nécessaires dans une ceuvre dart; celle-ci peut subsister malgré l'étude de ces meeurs, elle peut aussi s’en servir; quelquesuns de nos auteurs modernes nous !’ont prouvé. Pourquoi done les peintres et le théatre resteraient-ils en arricre? Il nous semble que, pour une époque comme la notre, ob tout tend a se niveler, ow les grands caractéres disparaissent, il y aurait au contraire, pour les

artistes, un avantage réel 4 se retremper dans étude scrupuleuse 1. — 38

du passé. Les époques héroiques sont loin de nous, les caracteres individuels s’effacent, chacun sent instinctivement que le vieux monde craque de toutes parts, et, dans ce naufrage que la masse pressent, les esprits éclairés cherchent avec une ardeur fébrile a rassembler tout ce qui pourra venir en aide & la civilisation future. Nous sommes dans le temps des innovations en toutes choses, mais nous inventorions le passé, parce quenous sentons qu’il nous échappe. Le public, qui ne peut heureusement se livrer a de grands exces au milieu d’une civilisation policée, veut au moins repaitre son imagination de la grandeur en bien ou en mal des siécles précédents ; c'est un besoin qu’il faut satisfaire : ne pouvant plus étre acteur, il veut étre spectateur, et c'est un spectateur difficile, déjé instruit, blasé méme et passablement sceptique. Il n’admet pas que Philippe- Auguste doive parler comme Louis XIV, et qu'il se proméne dans le Louvre de Charles V; la vérité, ou ce qu’il croit étre la vérité, agit sur lui plus que toutes les fictions poctiques.

Il y a vingt-cing ans déja, les novateurs que !’on désignait sous le nom de romantiques ont dit ce que nous disons ici ; mais leur arsenal, assez médiocrement garni, ne leur a pas permis de remporter une victoire décisive. Lorsqwils ont voulu se mettre a lceuvre, il s’est trouvé que leurs principes ne pouvaient s’appuyer que sur des études trés-superficielles ; le public s’est moqué d’eux. Et cependant qui ne se rappelle certains succés de leurs chefs? Est-il un livre qui ait été plus lu que la Notre-Dame de Paris? Est-il un succés plus justement mérité et plus durable que celui des Chronagues du temps de Charles IX, de M. Mérimée, de da Ligue, de M. Vitet? Ces ouvrages resteront, parce que leurs auteurs sont des écrivains du premier ordre. Mais sont-ce seulement les qualités de style qui ont fait leur succés populaire? Non, certes. C’est l'étude suivie, minutieuse des moeurs d’une époque, la vérité historique sans pédanterie, sans affectation; cest la réalité des contours et des couleurs, ce caractére un que donne toujours la connaissance parfaite des hommes et des choses d'une époque. Qu’y a-t-il de plus poétique que la vérité? L’imagination des poétes ou des romanciers a-t-elle jamais pu offrir un spectacle plus émouvant que celui de histoire, que celui des événements qui sans cesse passent devant nos yeux? Pourquoi donc les peintres dans leurs tableaux, les auteurs dramatiques dans leur mise en scéne, ne tenteraient-ils pas de substituer la reproduction de la réalité 4 ces défroques de convention, si complétement usées aujourd'hui? Pourquoi? Parce que les idées banales, les préjugés, en fait dart, ont chez nous force de loi, et que les meilleurs esprits

aiment encore mieux sy soumettre que les combattre. On aura. yu au thédtre, pu sur des toiles peintes de nos jours, des copies, souvent ‘mal comprises ou incomplétes, de meubles de la fin du xv° siécle ; on en conclut que les meubles du moyen dge étaient incommodes, rares, peu variés, lourds, qu’ils sont en désaccord avec nos habitudes. Le gros luxe de lépoque de Louis XIV ne s’accorde guére avec le confort moderne; on fait une régle de propor- tion, et lon raisonne de cette maniére : « Si les meubles du temps de Louis XIV nous semblent incommodes et barbares, 4 plus forte raison ceux de Charles VI et de Charles VII le sont-ils. » Autant vaudrait dire : « Si les perruques de Louis XIV étaient lourdes, combien devaient étre pesantes et incommodes celles de Louis XI. » Le fait est que lexcessive recherche des habitudes des xiv’ et xv° siécles, le luxe intérieur des appartements du commencement du xvi’, s’étaient perdus et avaient été laissés de cété pendant les longues guerres religieuses de la fin duxvi° siécle, et que le mobilier dun grand seigneur sous Louis XIII aurait paru barbare et grossier 4 un grand vassal de Charles VII. Il faisait meilleur, peut-étre, de vivre sous le régne de Louis XIV que sous celui de Charles V; mais certainement Charles V, les nobles et les bourgeois de son temps, étaient logés et meublés d’une facon plus confortable que ne l’étaient les seigneurs et les roturiers sous le régne du grand roi.

Pour conclure, nous ne prétendons pas que la connaissance exacte des choses et des habitudes du moyen Age donne du talent aux artistes de notre temps qui n’ont pu en acquérir ; mais nous sommes convaincu qu’elle doit aider ’homme habile et familier avec les ressources de son art,

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Eginhard rapporte que le jour de Noél de l’année 804, Charlemagne entra dans la basilique de Saint-Pierre 4 Rome, pour assister a la célébration de la messe, et qu’au moment ou il s’inclinait, pour prier, devant l’autel, le pape Léon lui mit une couronne sur la téte. Alors tout le peuple romain s’écria : « A Charles Auguste, couronné par Dieu, grand et pacifique « empereur des‘Romains, vie et victoire! » Aprés cette proclamation, le pontife se prosterna devant lui, et ’adora suivant la coutume établie du temps des anciens empereurs, et dés lors Charles, quittant le nom de Patrice, porta celui d’empereur et d’Auguste *.

Guillaume le Conquérant se fit couronner roi d’Angleterre dans Véglise abbatiale de Westminster, le jour de la Nativité de Notre- Seigneur. .

« E tant que li Noél avint « Que li Engleis e li Normant « Communaument petit e grant « Voudrent qu’il fust reis coronez.

« Eissi le jor que Deus fu nez, .

« Sens terme plus e senz devise, « Ont la corone el chef assise

«A Saint-Pere de Westmostier 2. »

1 Eginhard, Hist, de Charles.

2 Chron. de Benoit de Sainte-More.

Wace décrit les pompes du couronnement d’Arthur *. La cour s’assemble,

« Quant la cort al roi fu jostée (réunie) « Mult véissiés forte asamblée,

« Et tote la cité frémir ;

« Sergans aler, sergans venir,

« Et ostex saisir et porprandre 2;

« Maisons veair, cortines tandre.

« Les marescax ostex livrer 3,

« Soliers (salles) et cambres délivrer.

« Et cil qui nul ostel n’avoient

« Lor loges et lor trés tendoient 4.

« Mult véissiés as escuiers

« Palefrois mener et deffers

« Seles metre, seles oster,

« Lorains (harnais) terdre (essuyer), lorains laver, « Faire estables, paissons fichier °,

« Cevax mener et estrillier,

« Ceval tondre, ceval férer,

« Et seles des cevaus oster,

« Cevaux torchier et abrever,

« Avaine et fuerre (paille), erbe porter.

« Mult véissiés en pluisors sens

« Vallés aler et camberlens (chambellans), « Garnimens et mantiax ploier,

« Et enverser et atacier,

« Pélicons porter vairs et gris ;

« Foire samblast, ce vous fust vis.

« Al matin, al jor de la feste,

« Ce dist Vestoire de la geste,

« Li vinrent tot li arcevesque

« Et li abé et li evesque.

« Fl palais le roi coronerent ©,

« Et a Péglise le menerent :

« Dui archevesque le menoient ;

1 [i Romans de Brut, xe siécle, vers 10609 et suiv. On ne peut mieux faire que de donner ce passage, qui peint vivement l’animation de la foule, le jour de la féte, et qui, @ailleurs, est plein de curieux détails.

2 S’emparer des hitels.

3 Les maréchaux font les logis.

4 Ceux qui ne peuvent trouver de logements se mettent sous des tentes.

5 Paissons, littéralement liewx de pature, mais ici doit s’entendre comme fourrage ; paissons fichier, fourrage fiché, mis dans les rateliers, ou peut-étre posé sur des fourches, ainsi que cela se pratiquait en campagne.

6 La cérémonie du couronnement se fait dans le palais du roi, Artur est ensuite conduit a l’église.

« Chascuns un bras li sostenoit

« De si qu’a son siege venoit,

« Qatre espées i of a or

« Que pont, que helt, que entretor.

« Qatre rois ces quatre portoient

« Qui par devant Artur aloient; «. ° . . ° . . ° .

« La roine par grant esgart

« Fu servie de V’autre part.

« Deyant la feste avoit mandées

« Et a cele cort assamblées

“« Les grant dames del pais,

« Et les fames a ses amis;

« Ses amies et ses parantes

« Et meschines beles et gantes

« Fist a la feste a soi venir.

« Por cele feste maintenir

« En sa chambre fu coronée!,

« Et al temple as nonains menée, « Por la grant presse départir,

« Que nus masters ne peust sofrir, « Quatre dames qui devant vinrent « Quatre cornelles blances tinrent; « As quatre estoient mariées

« Qui portoient les quatre espées.

Le poéte décrit les riches costumes des personnages composant le cortége, la presse du peuple, la splendeur de la cérémonie dans église :

« Mult oissiez orgres soner, « Et clers chanter et orguener. »

Et les chevaliers qui vont et viennent, regardent les dames, courent aux églises. La messe finie, le roi etla reine dtent leurs couronnes, changent leurs vétements de cérémonie pour d’autres plus légers, et vont s’asseoir au festin, le roi chez lui, la reine chez elle, Aprés, commencent les jeux : les uns montent a cheval, d’autres combattent, sautent, jettent la pierre ou le dard; les vainqueurs sont conduits devant le roi, qui leur donne des présents.

« Les dames sor le mur montoient, « Qui les jus agarder voloient,

« Qui ami avoit en la place,

« Tost li monstre l’oil et la face. »

y ee 1 Comme le roi, la reine est couronnée dans ses appartements, avant daller a l’église.

Puis viennent les jongleurs, les chanteurs et joueurs d’instruments, les poétes et les conteurs. On joue aux dés, aux dames, aux jeux de hasard. La fete se prolonge ainsi trois jours, et finit par de erandes largesses 4 toute lassemblée.

Le cérémonial des couronnements des rois ne fut formulé a peu prés réguliérement qu’au xu° siécle, 4 loccasion du sacre du roi Louis le Jeune, en 1179, et enregistré, la méme année, en la chambre des comptes '. Voici en quoi consistait cette cérémonie : Devant le choeur de léglise cathédrale de Reims était dressé un tréne sur un échafaud élevé, auquel on montait par des gradins en assez grand nombre pour que les pairs du royaume et d’autres seigneuwrs s’y ‘pussent tenir. Le sacre devait avoir lieu le dimanche, et, dés la veille, l’église était gardée par les gens du roi et ceux de l’église. La nuit, le roi venait prier dans l’église, avant les matines, chantées a lordinaire.

Primes sonnées, le roi est accompagné a la cathédrale par les archevéques, évéques et barons, avant que Veau bénite soit faite. Des siéges sont disposés autour de lautel a droite et 4 gauche, celui du roi au milieu. Dés Paube, le roi a du envoyer ses plus notables et puissants barons 4 l’abbaye de Saint-Remi chercher la sainte ampoule ; ceux-ci jurent de la reconduire aprés la cérémonie et de la rendre 4 léglise abbatiale. La sainte ampoule est accompagnée, entre prime et tierce, par les religieux de Saint-Remi, et portée par Pabbé sous un dais de soie, dont les batons sont soutenus par quatre moines en aube. L’archevéque de Reims recoit la sainte ampoule a la grande porte de la cathédrale, étant accompagné des autres archevéques, évéques et barons; il promet de la rendre a Véglise de Saint-Remi, et la porte sur l’autel. Les religieux attendent la fin de la cérémonie que la sainte ampoule soit rapportée. .

L’archevéque se prépare a dire la messe, et le roi se léve. Aprés quoi, le prélat fait au roi cette demande : « Nous te requérons nous « octroyer, que 4 nous et aux églises 4 nous commises, conserves le « privilége canonique, loi et justice dues; nous gardes et défendes « comme roi est tenu en son royaume, 4 chaque évéque et église « & lui commise. » Le roi octroie et promet.

Le Te Deum est entonné, et deux archevéques ou évéques conduisent le roi par les mains 4 Vautel, devant lequel il se prosterne, ne se relevant qu’aprés le chant. Sur Vautel ont été placés la cou-

1 Voyez le Formulaire des sacres et couronnemens des roys (Godefroy, Cérémonial frangois, 1649).

ronne royale, l’épée dans son fourrean, les éperons dor, le sceptre,

la verge sur montée @une main (ivoire, les chausses ou hottines de soie bleue semées de fleurs de lis a’ or, la tunique ou dalmatique de méme étoffe et couleur, le manteau royal également bleu, semé de fleurs de lis, fait en maniére de chape sans chaperon ; toutes choses apportées par Pabbé de Saint-Denis en France et gardées par lui. Alors le roi, étant devant l’autel, Ote ses vétements, sauf la camisole ou veste de soie et sa chemise, lesquels derniers vétements sont ouverts fort bas devant et derriére et maintenus par des agrafer d’argent.

Le grand chambellan de France chausse au roi les bottines ; le duc de Bourgogne lui attache les éperons et incontinent les lui dte. L’archevéque lui ceint son épée, puis, replacant le fourreau sur Pautel, remet le fer nu entre les mains du roi en Jui disant : « Prends « ce glaive donné avec la bénédiction de Dieu, etc. '. » Le choeur chante une antienne pendant laquelle le roi offre l’épée a Vautel, la reprend des mains de l’archevéque, et sans délai la remet au connétable ou a celui des barons qui en tient lieu, lequel la porte devant le roi tant en Péglise qu’aprés la cérémonie et Jusqu’au palais. Cela fait, Parchevéque ouvre la sainte ampoule, en tire un peu Vhuile qu ‘il méle au saint chréme dans une patene sur lautel. Les agrafes des vétements du roi sont ouvertes, et celui-ci s’étant mis a genoux devant Varchevéque, assis comme quand il consacre, les évéques disent sur lui trois oraisons. L’archevéque dit celle de la consécration et oint la personne du roi en cing endroits, savoir : le dessus de la téte, la poitrine, entre les épaules, sur les deux épaules et aux saignées des deux bras. A chaque onction, le prélat dit : « Je toins « de Vhuile sanctifiée, au nom du Pere, etc., etc. », et l’on chante une antienne.

Le vétement du roi est refermé, et le grand chambellan de France revét le roi de la dalmatique, du manteau royal, de fagon que son bras droit soit libre; l’archevéque lui met lanneau au doigt du milieu de la main droite, en disant : « Prends Panneau, signal de la sainte Foi, etc. » Puis il récite une oraison. Il remet le sceptre en la main droite du roi, en disant: « Prends ce sceptre, insigne de la

1! A Poccasion du sacre de Louis le Gros, Suger, dans la Vie de ce prince, s’exprime ainsi: « ... L’archevéque oignit de VPhuile sainte le seigneur Louis, célébra la messe « dactions de graces, 6ta au jeune roi le glaive de la milice séculiére, lui ceignit celui « de ’Eglise pour la punition des malfaiteurs..., elc. » (Suger, Vie de Lowis le Gros, chap. XUI.) .

« puissance royale, etc. » Hl récite une seconde oraison. Il remet la verge de justice en la main gauche du roi, en disant : « Prends la « verge de vertu et @équité, ete. » Le chancelier de France, ou,a son défaut, Varchevéque, appelle par leurs noms et selon leur ordre les pairs de France, les laics les premiers, lesquels étant réunis autour du roi, le prélat prend Ja couronne sur lautel et la pose sur le chet du roi, et aussitot tous les personnages assemblés y mettent lesmajns etla soutiennent pendant que larchevéque dit : « Dieu te couronne de la couronne de gloire et de justice..., etc. » Puis il récite une araison. S’adressant ensuite la personne du roi, il lui dit : « Sois stable, et retiens dorénavant l’Etat, lequel tu as tenu jusqu’aujour- @hui par la succession de ton pére de droit héréditaire..., etc. » Il termine en appelant les bénédictions de Dieu sur le roi. Cette céerémonie achevée, l’archevéque, accompagneé des pairs, ménele roi sur le trone posé sur Vestrade, afin qu’il soit vu de tous, et la messe commence. Au moment de la lecture de ’Evangile, le roi se léve, et la couronne est enlevée de dessus sa téte. Le livre est porté ensuite au roi a baiser par le plus grand parmi les archevéques, puis a V’archevéque officiant. A Poffrande, on porte un pain, un baril d’argent rempli de vin et treize piéces d’or; le roi y est conduit et ramené par les pairs soutenant la couronne, son épée nue portée devant lui. La secréte ¢tant dite et les bénédictions appelées sur le roi et le peuple, aprés le Pax Domini, celui qui aura porté le livre des Eyangiles & baiser au roi prend la paix de Varchevéque, le baisant sur la joue, et la présente 4 baiser au roi. Aprés lui, tous les autres archevéques et évéques en leur ordre vont baiser le roi séant sur son tréne. La messe achevée, les pairs conduisent le roi derechef a Pautel, ott i recoit la communion. Cela fait, ?archevéque lui éte la grande couronne et met sur sa téte une autre couronne plus petite et légére; ainsi le roi s’en va au palais, Pépée nue portée devant lui. Sa chemise est brilée, 4 cause de lonction qu’elle a touchée. La sainte ampoule est accompagnée 4 Saint-Remi comme elle a été amenée,

Quand la reine est sacrée et couronnée avec le roi 4 Reims, un trone est préparé pour elle, de moindre apparence que celui du roi, lequel séant déja couronné, la reine est amence dans l’église, et se prosterne devant VPautel pour prier. Aprés son oraison dite, les éevéques la relévent sur les genoux. La reine est ointe sur le chef et la poitrine ; le sceptre, la main de justice et Panneau lui sont remis comme au roi. Puis Parchevéque seul place la couronne sur sa téte, laquelle couronne est soutenue de tous cdtés par les barons. La reine

est conduite ainsi jusqu’’ son trone, et le méme ordre est suivi comme pour le roi pendant le reste de la cérémonie.

Un grand festin était donné aprés le sacre et le couronnement. Philippe-Auguste fut servi par le roi @ Angleterre pendant ce banquet du sacre, le vassal 4 genoux *. Pendant ces fétes, on tendait des 6toffes dans les rues de la ville. Au sacre et couronnement de la reine Marie de Brabant, en 1275, a Paris, « les bourgeois firent aussi « féte grande et solennelle ; ils encourtinérent la ville de riches draps « de diverses couleurs. Les dames et pucelles s’éjouissoient, en « chantant diverses chansons ?. » On se ferait difficilement une idée aujourd hui du luxe déployé dans les cérémonies des couronnements, et de Phospitalité donnée 4 tous venants pendant plusieurs jours par les princes a cette occasion, s'il ne nous était pas resté des descriptions assez détaillées de ces solennités. Un ¢écrivain de Londres, clere probablement *, vers la fin du x1m° siécle, raconte ce qui fut fait au palais de Westminster pour le couronnement d’Edward I, en 1273: « Tout Pespace de terrain vacant dans lenclos du palais de West- « minster fut entiérement couvert de maisons ef dépendances. Plu- « sieurs salles furent construites au sud du vieux palais, autant qwil en « put tenir, dans lesquelles des tables, solidement fixées sur le sol, « furent dressées pour régaler les grands et tous les nobles le jour « du couronnement et pendant deux semaines aprés. Tous ceux qui « vinrent 4 la solennité, riches ou pauvres, furent recus et nourris « gratuitement. Des cuisines en grand nombre furent baties dans le « méme enclos, et, dans la crainte qu’elles ne pussent suffire, des « chaudiéres de plomb en nombre incalculable furent disposées au « dehors, en plein air, pour la cuisson des viandes. » L’auteur fait remarquer que « la cuisine principale dans laquelle les volailles et « autres mets devaient étre cuits était enticrement découverte, afin « de permettre 4 la fumée de s’échapper librement ». Les comptes des dépenses faites 4 cette occasion mentionnent « l’acquisition de « 300 tonneaux de vin qui cotitérent, compris le transport, 643 livres «15 s. hd. Ten fut bu 116 le seul jour du couronnement. Ces vins « provenaient en grande partie de Bordeaux. » Ges mémes comptes relatent Vachat des chaudiéres de plomb, létablissement de

1 La Chronique de Rains, chap. 1, manuscr. de la Biblioth. impér., publ. par L, Paris, Techener, 1837. .

2 Rubriq. et chapitres du bon roy Philippe, fils de Mgr saint Louis (Coll. des mém, relatifs & Vhist. de France, de MM. Michaud et Poujoulat, t. I, p. 158).

3 Voy. Domestic Architect. by T. Hudson Turner, t. I, p. 64. Oxford, Parker, 1854.

fours, etc. Une écurie provisoire, d’une étendue considérable, fut slaves dans le cimetiére de Saint-Margaret. Pour que le roi et la reine pussent passer 4 couvert de leurs appartements a l’église, on dressa une galerie de bois. Le choeur de labbaye était garni a un plancher ee e '. Les travaux et le vin seulement sélévent a 2865 liv. 1s. 4d. Cette somme doit étre multipliée par 15, si lon veut edntialire la valeur qu’elle représente aujourd’hui, c’est-a-dire 1 07h 375 francs environ. A cette occasion, la grande et la petite salle de Westminster furent « blanchies et repeintes 4 neuf, et le « palais fut réparé ».

Le trouvére Cuvelier, au xtv° siécle, donne quelques détails sur le couronnement de Henri de Transtamare 4 Burgos :

« Le jour de saintes Pasques que Dieu fu surrexis, « Fu couronnez a joie li nobles roys Henris

« Ou moustier Nostre-Dame, la mére Jhesu-Cris. « La fu li nobles rois sacrez et bénéis

« Et receut la couronne par devant les martirs ;

« De l’evesque de Burs (Burgos) fu li services dis ; « Li rois fu couronnez, et la dame gentilz

« Ramenée au palais, qui estoit moult jolis.

« A joie et 4 honnour fu li rois recueillis.

« Nobles fu li diners de tous bien raemplis,

« De gelines, de grues et de chappons rostis

« Et de tous riches vins des meilleurs du pais.

« Maint son de menestrez y fu ce jour oys,

« Menestrez et héraut y furent bien partis :

« Chascun receut beaux dons et fu bel revestis. »

Les comptes de Geoffroi de Fleury, argentier du roi Philippe le Long (fin de année 1316), donnent le détail des dépenses faites A occasion du sacre du roi, le 9 janvier 1317, en vétements, étoffes, tentures et tapis. Ces dépenses s s’élevent, pour le roi, a 2378 liv. 8s 6d., pour la reine et ses enfants d 5007 liv. 43 s.40d. Ils mentionnent, pour le roi, trois chambres, et pour la reine deux chambres, tendues deneuf avec un grand luxe d’étoffes, de broderies, de tapis, coussins, courtines 2

Froissart s’étend assez longuement sur le sacre et couronnement du jeune roi Charles VI, le dimanche 4 novembre 1380 : « Et entra

1 Comptes de maitre Robert, Voy. Domestic Archit. » thirteenth century, General remarks, p. 65.

2 Voy. les Comptes de largenterie des rois de France au xiv® siécle, publ. par L. Douét d’Arcq. Renouard, 1854.

« le jeune roi en la cité de Reimsle samedi & heures de vespres, bien « accompagné de noblesses, de hauts seigneurs et de menestrandies : « et par especial il avoit plus de trente trompettes devant lui qui « sonnoient si clair que merveilles. » Le roi veilla en l’église, suivant Pusage, une bonne partie de la nuit. « Quant ce vint le di- « manche, jour de la Toussaint, l’église fe Notre-Dame fut parée «tres richement, et si que on ne sauroit mieux ordonner ni deviser ; cet la fut & haute solennité de la haute messe, de l’archevesque de « Reims, sacré et béni..... Avant la consécration, le roi fit 14 devant « Vautel tous les jeunes chevaliers nouveaux..... Et la seoit le jeune «roi, en habit royal, en une chaire élevée moult haut, parée et « vestue de draps dor, si trés riches que on ne pouvoit avoir plus ; el tous les jeunes et nouveaux chevaliers dessous, sur bas écha- « fauds couverts de draps dor, 4 ses pieds..... et seoit le roi en « majesté royale, la couronne trés riche et. outre mesure précieuse een Cel... : Apres la messe on vint au palais; et pour ce que la « salle étoit trop petite pour recevoir tel peuple, on avoil, en-my «la cour du palais ot il a grand’place, tendu un haut et grand « tref (tente) sur hautes estaches, et la fut le diner fait et ordonné. « Et s’assist le jeune roi Charles et ses quatre oncles, Anjou, Berry, Bourgogne et Bourbon, et avec eux son grand oncle Brabant 4 sa « table et bien en sus de lui. L’archevesque de Reims et autres pré- « lats seoient 4 dextre; et servoient hauts barons; le sire de Coucy, « le sire de Clicon, messire Guy de la Trémoille, !amiral de mer « (Jean de Vienne), et ainsi des autres, sur hauts destriers couverts « de drap d’or..... )

Le journal dun bourgeois de Paris sous le régne de Charles VII donne, sur le couronnement 4 Paris du jeune roi Henri d’ Angleterre, petit-fils d’Isabeau de Baviére, de curieux renseignements. « Le « 16 decembre 4 ung dimenche, vint ledit roy Henry du Palais royal « (palais de la Cité) i Nostr e-Dame de Paris, c’est assavoir a pié « bien matin, accompaigné des processions de la bonne ville de Paris, « qui tous moult chantoient mélodieusement ; et en ladite église « avoit ung eschaffaut qui avoit bien de long et de large..... et mon- « toit sus 4 bien granz degrez larges que dix hommes et plus y pou- « voient de front; et quant on estoit dessus, on pouvoit aller par- « dessous le crucifi autant dedans le chceeur, comme on avoit fait par « dehors ', et estoit tout paint et couvert @azur, et 1a fut sacré de « la main du cardinal de Vincestre. »

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1 [| existait alors, devant l’entrée du choeur de Notre-Dame de Paris, un jubé haut

Mais voici qui peint les moeurs de cette malheureuse époque :

« Item, aprés son sacre vint au Palays (en Pile) disner lui et sa compagnie, et disna en la grant salle, 4 la grant table de marbre, et tout le remanant (le reste) parmy la salle ca et 1a; car il y avoit nulle ordonnance, car le commun de Paris y estoit entré des le matin, les ungs pour veoir, les autres pour gourmander, les autres « pour piller ou pour desrober viandes ou autre chose; car icellui « jour 4 icelle assemblée furent emblez en la presse plus de quarante chapperons et coppes et mordans (boucles) de saintures grant nombre ; car si grant presse y ot pour le sacre du roy, que l'université, ne le parlement, ne le prevost des marchans, ne eschevins n’osoient entreprendre 4 monter 4 mont pour le peuple, dont il y avoit trés grand nombre ; et vray est qu’ils cuidéerent monter devant deux ou trois foys 4 mont ; mais le commun les reboutoit arrieres si fierement, que par plusieurs foys leur convenoit tresbucher Pung sur l'autre ; voire quatre-vingt ou cent a une foys, et la besoingnoient les larrons. Quant tout fut escoullé le commun, ils monterent (le roi et seigneurs) ; et quant ils furent en la salle, tout estoit si plain, que 4 peine trouverent-ils ot: ils peussent s’as- « seoir ; neantmoins s’assirent-ils aux tables qui pour eulx ordonnées « estoient; mais ce fut aux savetiers, moustardiers, lieurs ou ven- « deurs de vin de buffet, aides & macons, qu’on cuida faire lever ; « mais quant on en faisoit lever ung ou deux, il s’en asseoit six ou ‘ huit d’autre costé. »

On peut admettre que l’auteur du journal a forcé un peu le tableau ; mais ce mélange de splendeurs et de misére, cette anarchie pendant la domination du parti des Anglais, cette police étrangére- “ala cité ayant nul pouvoir, ce peuple qui n’est plus retenu par le respect qu inspirait alors la présence de hauts personnages, tout cela peint cette triste époque.

Le cérémonial des sacres des rois et reines ne fut guére modifié jusqu’au xvir° siécle. Il est 4 remarquer cependant que le sacre de Francois I" & Reims eut lieu la nuit du 25 janvier 1515, contrairement 4 Pusage, si lon en croit le témoignage de Champier, qui assista 4 cette cérémonie.

On prendrait une idée inexacte des meeurs et habitudes du moyen

aera

aR

de 5 métres environ, dont la porte principale était surmontée d’un grand crucifix de pierre ; l’échafaud était done placé devant ce crucifix, son sol au niveau du pied de la croix, c’est-a-dire 4 6 métres environ au-dessus du pavé de Péglise. Un emmarchement descendait de l’échafaud jusque dans le choeur par-dessus le jubé. R

ge si on admettait que le cérémonial des sacres et. couronnements fut rigoureusgment observé, ainsi que les auteurs ecclésiastiques particuliérement le donnent 4 entendre. Tous les actes auxquels, pendant cette periode, les pouvoirs religieux et civil participent a la fois sont soumis a des variations. La grande querelle des investilures, qui occupa pres de trois siécles, dut réagir nécessairement sur des ceremonies qui tendaient, aprés tout, & remettre aux mains. de 'Eglise la conséeration des pouvoirs civils. Il ne faudrait done pas foujours prendre a la lettre les procés-verbaux plus ou moins authentiques que des chroniqueurs, clercs pour la plupart, nous ont laissés sur les détails de ces cérémonies.

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