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embouchoirs. Je tate mon étui, je vois sil ne s’y trouve aucun défaut en dedans et en dehors; il est encore souple. M’étant bien assuré quil n’y manque rien, je saupoudre de nouveau le moule de sable et je remets le cuir sur la forme. Il faut laisser sécher doucement pendant plusiewrs jours. On fait alors cuire de Phuile de lin avec de la gomme arabique dans un pot de terre vernie neuf, et prenant une peau dane trés-belle et unie, on la trempe dans cette huile trés-chaude jusqu’ace qu’elle soit devenue souple comme une toile de lin. On met une couche de cette méme huile chaude sur le cuir de veau, toujours sur forme, et, retirant la peau d’dne de son pot, on l’étend sur ce cuir; on la coupe, on amincit les bords sur une pierre chaude, et on la colle en frottant avec une agate, de facon a polir l’ceuvre et 4lui donner exactement la forme du moule. On laisse sécher quatre ou six jours, suivant le temps ; et ensuile, avec un petit fer chaud, on fait tous les dessins que vous voyez sur la surface, les lignes, les filets, les figures, les animaux, tout ce que lon veut, en appuyant fortement sur la peau. Il ne s’agit plus alors que d’étre bon imagier et davoir la main ferme, égale et stire, car tout faux trait ne se peut réparer. Il faut aussi que les fers soient toujours & la méme température, assez chaude pour qu’on ne puisse y tenir la main, mais pas assez pour brtler la peau. Ces dessins ont encore l’avantage de donner beaucoup de solidité 4 tout ?ouvrage, en reliant-ensemble par une quantité de linéaments et en faisant adhérer dayantage les deux peaux l'une a l’autre. J’ai quelquefois employé de la peau de chien préparée avec du vert-de-gris ; cet ouvrage se polit bien, est brillant et plaisant 4 Vceil, mais on n’y peut tracer des dessins. Il faut dessécher complétement Pouvrage dans un four, & une chaleur trés-douce et égale, aprés quoi on retire le moule ; mais faut-il s’assurer auparavant que tout est bien sec, autrement I’écrin se gauchirait. Quand tout est fini, si ?on veut, on peut, avec un pinceau, de la couleur et de Phuile de lin chaude, peindre les figures, les animaux, les feuillages, et méme étendre des feuilles Wor par parties ou sur le tout. On vernit par-dessus avec de Vhuile de lin et de la gomme cuites ensemble. Un écrin ainsi disposé est. dur comme le bois le plus dur; ilne saurait cependant se briser et est tres-léger. On fait les trous pour poser les anneaux, les poignées, la serrure, fixés avee des rivets. On dispose des compartiments faits de la méme maniére et quisont roides comme des planchettes ; om les colle avec de la bonne colle de peau. On fait des charniéres avec du cuir souple de chevreau, collées de méme avec de la»
«colle de peau; on colle, si lon veut, en dedans, du drap, de la «peau douce, du velours ou des feuilles dor et d’argent, comme « je Pai fait pour les cases aux épices. Pour que la tirette glisse par- « faitement dans l’étui, j'ai frotté ses parois avec une agate. Vous « pouvez vous asseoir sur cet étui sans qu’il subisse la moindre « déformation. »
Maitre Aubri nous fit voir encore quantité de coffrets, d’étuis et de mallettes exécutés avec beaucoup dart et de soin. Aprés quoi, il nous offrit de nous conduire chez un de ses amis, peintre imagier, qui travaille en méme temps et pour les églises et pour les palais *.
L’Imagier.
Nous entrames bientét dans un atelier assez vaste, bien éclairé, au milieu duquel travaillaient un assez grand nombre d’ouvriers, car Guillaume Bériot est limagier le plus occupé de Paris, et il peut avoir avec lui autant d’apprentis et de valets qu’il en veut prendre ; les priviléges de sa corporation lui permettent méme de travailler de nuit quand besoin est. Guillaume Bériot fagonnait alors un beau retable de bois recouvert de reliefs, de peintures et de dorures. Laissant de cOté ses pinceaux et sa petite palette de bois divisée en plusieurs cases dans lesquelles se trouvaient des couleurs humides, et aprés quelques compliments, car les bourgeois de Paris sont polis et affables, il nous montra son atelier. De tous cétés nous vimes des planchettes de bois bien dressées et préparées pour la peinture et la gaufrure, de petites figures de bois et d’os, des baquets dans lesquels trempaient des peaux d’ane ou de cheval, des pots bien nets remplis de colle, et quantité d’outils trés-délicats pour sculpter et graver. Revenant au grand retable, il se mit 4 nous en détailler Ja fabrication : « C’est une piéce considérable, nous dit-il, et qui m’occupe, « moi et mes hommes, depuis plus de six mois, encore n’est-elle « point achevée. Le huchier, mon compére, qui vous accompagne, « m’a fait la grande table de bois assemblée par petites piéces, em- « brevées et collées ensemble de maniére a ne point jouer; de
1 Au xm siécle, du temps d’Etienne Boileau, il existait, 4 Paris, deux corporations @imagiers : les « ymagiers-tailleurs qui taillent cruchefis » ; ceux-ci sculptaient l’os, Vivoire, le bois, faconnaient des crucifix, des figures de saints, des manches de couteau et autres menus objets ; puis les « paintres et tailliéres ymagiers », qui pouvaient sculpter et peindre des meubles, ustensiles et tableaux ; ceux-ci subsistérent seuls et fabriquérent les objets sacrés et profanes, (Voy. les Registres des métiers et marchandises d’Etienne
Boileau, titres LXIf et LXIII.) 1.— 49
« grandes barres & queue maintiennent le tout bien uni et toutes les « pieces jointives. Vous voyez ces petits cadres en étoiles qui sen- « trelacent, ces colonnettes en relief avec leurs arcatures et leurs « gables, tout cela est pris non dans la masse, mais rapporté sur le « champ et collé avec soin. Sur ce premier travail de bois, J al
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« étendu plusieurs couches de colle de peau, puis des feuilles de peau « Vane, puis enfin d’autres couches de colle de peau mélangées avec « du platre fin; aprés quoi j’ai tracé tous les dessins que vous voyez « en relief. Au moyen d'outils de fer, j'ai gravé les compartiments « principaux ; dans chacun (eux, j’ai posé une couche trés-épaisse « de ce mélange de colle de peau et de platre, et pendant que la ma-
« uére était molle, j’ai estampillé les ornements saillants au moyen « de petites ynatrices de plomb préparées exprés, comme on im- « prime un sceau sur de la cire (fig. 4)'. Tous ces reliefs tras-lé- « gers qui garnissent les fits des colonnettes et les champs seront «dorés, comme vous le voyez de ce coté; la dorure appliquée, je « redessine le relief par des lignes brunes, presque noires, tras fies « qui donnent 4 lor du brillant et aux reliefs la netteté meeeeehira
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« 4 un meuble de cette nature destiné 4 étre vu de loin. La peau « collée sur le bois ne pouvant suivre la sculpture des chapiteaux, « ceux-ci sont laissés unis, et les feuilles sont simplement redessi- «nées en noir (fig. 5). Afin de donner au retable une grande
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1 Nous avons indiqué dans notre figure 4, non les matrices, mais les empreintes, pour rendre le dessin plus intelligible. Ces matrices étaient quelquefois faites de bois, de pierre fine ou d’ardoise. On comprend comment, avec une seule matrice ayant la forme donnée par la figure A, on pouvait estamper un fond étendu, ou méme des parties cylindriques. L’ornement A provient du retable de Westminster ; celui B, d’un fragment de boiserie en notre possession, et celui C, du tabernacle de la sainte Chapelle de Paris, avant sa restau-
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richesse a laquelle l’application seule de lor ne saurait atteindre, de place en place j’ai collé des pates de verre de diverses couleurs faisant l’effet de cabochons, puis quelques pierres dures, intailles et camées, qui m’ont été données pour cet objet. Ces pierres et gwouttes de verre sont enchdssées dans un orle de pate faite avec de la gomme laque et de Vhuile de lin cuites ensemble; cette méme matiére sert 4 les coller ; les sertissures sont dorées comme le reste, et sous chaque pierre est une petite feuille dargent qui leur donne de l’éclat. Dans les fonds et les bordures, j’ai collé des plaques de verre, qui, vous le voyez, ont tout l’éclat des plus brillants émaux et une apparence plus délicate et plus transparente. Voyez celles-ci (A et B, pl. XXII) : ce sont des verres bleus et pourpres. Voici comment on obtient Peffet qu’ils produisent : On commence par coller sous le verre une feuille d'argent battu avec dela gomme arabique pure mélangée d’un peu de miel. Puis, sur le verre, on peint des ornements délicats avec de Vhuile de lin mélée a de la cire, de l’essence de térébenthine et de la sanguine, que l’on a fait cuire ensemble a un feu trés-doux. Sur cette assiette encore molle, on applique de l’or en feuilles ; quand l’assiette est durcie, on brosse lor, et il ne reste que l’ornement; puis on colle la plaque comme les pates de verre. L’ornement doré extérieur projette une ombre sur la feuille d’argent du dessous ; cela donne une grande ¢légance et du relief 4 ornement. Ces autres fonds (C) sont peints de diverses couleurs rehaussées de dorures sous un verre blanc verdatre; on applique sous la peinture, qui est transparente, une feuille-d’or, et l’on colle la plaque comme les autres : cela prend un vif éclat et ne peut s’altérer. Mais il faut apporter dans ces menus travaux beaucoup de soin et de délicatesse, car de pareils ouvrages paraissent communs s’ils ne sont exécutés par des mains habiles, et ressemblent 4 ces boites que l’on vend dans les foires aux petites gens pour enfermer leurs bijoux. Les sujets colorés sur les fonds gaufrés et dorés sont peints 4 lceuf et vernis trés-légeérement au moyen d’une couche Whuile de lin cuite avec de la gomme arabique. Ce vernis s’étend avec la paume de la main, afin de ne faire aucune épaisseur et de ne donner qu’un brillant trés-doux. Quelques parties de la dorure sont également vernies, pour leur donner de la chaleur et leur enlever l’apparence trop métallique, notamment dans les fonds gaufrés; car si lon ne prenait cette précaution, la peinture paraitrait terne et terreuse '. »
1 Cest ainsi qu’est fabriqué le beau retable déposé dans le collatéral sud du cheur de
DICTIONNAIRE DU MOBILIER FRANCAIS
Menblas, XAT.
Moitie d execution
Vialetle Duc del Chromo Lemercier, Paris . Daumont , sith. DETAILS DU RETABLE DE WESTMINSTER.
Paris Bance, edit. ree Bonaparte 13
Aprés avoir admiré V’ceuvre de Guillaume Beériot, nous lui demandames s'il fajsait pour les appartements des riches seigneurs des ouvrages de cette nature : « Oui, nous dit-il, jai fait des lam- «bris et des plafonds ainsi décorés, recouverts de toile fine « collée sur le bois, dorés et couverts de pates gaufrées et de plaques «de verre, de feuilles d’argent, de peintures représentant des « feuillages et des oiseaux, et de petites figures en relief peintes au «naturel. J’ai fait ainsi des bois de lit, de petits tableaux pour « oratoires, des armoires et des dressoirs ; mais ces ouvrages sont « chers, et aujourd’hui on préfére les meubles de bois sculpté et « recouverts de belles étoffes ou de tapisseries. »
Le Serrurier.
En sortant de chez limagier, Jacques le huchier nous engagea 4 entrer avec lui dans l’atelier du serrurier qui fabrique des pentures, charniéres et serrures pour les coffres et armoires aussi bien que pour les écrins. « Hugues, nous dit Jacques, est un serrurier déja « vieux, mais qui fabrique suivant la mode du jour; le fer semble « doux comme le plomb entre ses mains : il le tourne, amincit, le « burine, le fagonne aussi facilement que la pate, et 11 n’est pas de « forgeron 4 Paris qui travaille plus rapidement. Vous lui voyez faire « des grilles, des landiers, de grandes pentures de portes et les « ouvrages les plus fins, de petits coffrets de fer, des étuis, de petites « serrures, des cadenas, que vous prendriez pour de l’orfévrerie, « tant la matiére est délicatement travaillée. Hugues emploie aussi « parfois argent pour certains objets, tels que les écrins que vous « avez vus tout 4 Vheure. On est surpris de voir ses larges mains « noires et calleuses fagonner adroitement les objets de métal les « plus délicats ; cependant il a le poignet solide, et il n’est pas un « forgeron qui étampe aussi nettement que lui un morceau de fer « rouge. »
L’atelier de Hugues est grand; on y voit une forge fixe, de petites forges mobiles avec leurs soufflets, des enclumes et bigornes de toutes dimensions, de gros marteaux, d’autres trés-menus, des ciseaux, des pinces de toutes tailles et quantité d’étampes ou matrices d’acier soigneusement rangées sur des tablettes. Hugues n’a qu’un apprenti, mais lui-méme est un homme vigoureux malgre son . age, et travaille tant que dure le jour.
l’église abbatiale de Westminster, et dont nous avons donné l’ensemble au mot. RETABLE, fig, 2. (Voyez, pour ces derniers procédés, 1’Essaj sur divers arts, du moine Théophile.)
En nous voyant entrer, Hugues salua de la téte le huchier et Vécrinier et leur demanda la permission de terminer son travail. Il forgeait 4 petits coups une plaque de fer trés-mince, qu il remettait 4 chaque instant dans un tas de braise incandescente sans trop la laisser rougir. « Que faites-vous la, maitre Hugues ? dit le huchier. « — Une boite de serrure 4 bosse, répondit le serrurier. Vous savez « que je les fais toujours @une seule piéce; c’est pour rendre le fer « ferme et malléable que je le chauffe ainsi doucement et le bats a « petits coups, afin de ne point briler et de ne point crever la boite, « qui doit étre trés-relevée pour contenir le mécanisme. » Laissant alors son marteau, il nous fit voir une serrure 4 bosse en forme d’écu, fort délicatement travaillée : « Voici, ajouta-t-il, une piéce « pareille, ou peus’en faudra, a celle dont je fais la boite. Tout cela ‘nest que de la forge avec quelques burinages (pl. XXIII). Les
feuilles et tigettes qui ornent la boite sont soudées 4 chaud, relevées au marteau, puis attachées au fond par de petits rivets que vous voyez apparents. Il faut de bon fer pour un travail aussi délicat et qu’un coup de feu trop vif brilerait sans ressource : c’est dans les vieilles ferrailles des anciennes portes, dans les rebuts et les vieux clous, que je trouve le fer convenable pour faire ces travaux trés-fins; les fers qu’on nous vend aujourd’hui sont cassants et mal corroyés. Vous ne voyez dans tout ceci ni cuivre, ni étain. Le mécanisme C est d’acier; cest un péne qui entre dans le moraillon au moyen d’un tour de clef. L’entrée de la serrure est masquée par une garde retenue par un ressort; en poussant le bouton A, la garde saute d’elle-méme par leffet d'une paillette entaillée 4 coté de lentrée, et on introduit la clef. — Pourquoi, dit l’écrinier, ne me faites-vous jamais d’aussi belles piéces, maitre Hugues? — C’est que vous ne me les payez pas assez cher. Un riche marchand, mon voisin, m’a commandé cette serrure pour un vieux coffre trés-beau qu'il a acheté en Touraine; c’est un amateur. Les seigneurs qui vous commandent des écrins ne veulent pas mettre le prix 4 ce qui ne brille point, et tous les jours art du forgeron se perd; les serruriers d’aujourd’hui n’ont pas Poccasion de se donner tant de peine, et vous n’en trouveriez plus un seul en état de forger les pentures de Notre-Dame de Paris. — Je le crois bien, répliqua le huchier, ces pentures ont été forgées par le diable! — Voire! dit Hugues; mon grand-pére les aurait bien forgées, sans avoir besoin d’appeler le diable. Voila « une de ces ceuvres que mon pére a toujours gardée chez lui et « que je conserve de méme, sans la vouloir vendre. Qui achéterait
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DICTIONNAIRE DU MOBILIER PRANGAIS . Meubles, P. xxii.
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