‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque Carlovingienne à la Renaissance (volume 5)Chapitre 70 sur 80 · A AR · texte numérisé non relu

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! Porteurs de pains.

2 Tranches de pain sur lesquelles on servait les viandes,

3 Le sel se mettait dans des morceaux de pain, creusés en forme de godets.

4 La viande était servie 4 chaque convive sur des tranchoirs, c’est-a-dire sur des morceaux de pain rassis, cuits exprés pour cet usage, Les écuyers tranchants découpant les viandes plagaient chaque morceau sur ces tranchoirs rangés sur un plat; on les présentait aux convives, qui désignaient le morceau A leur convenance, afin qu’on le placat devant eux avec son tranchoir sur la nappe, ou, chez les grands, sur une assiette d’argent. Chacun coupait ainsi sa viande sur ce lit de pain, sans endommager la nappe ou sans faire grincer le couteau sur la vaisselle plate. Chez les petites gens, on mangeait avec ses doigts. Quant aux polages, aux brouets, ils étaient servis dans des écuelles ou assiettes creuses communes a deux convives; d’ot la locution « a pot et a cuiller », c’est-d-dire dans la plus grande intimité avec quelqu’un. Dans l’Apologie pour Hérodote, on lit ce passage, liv. I", chap. xx1:; « Un boucher ayant perdu sa femme, et mesme « pensant qu’elle fust morte (au moins estoit-elle bien perdue pour luy, mais non pas « pour les cordeliers, avec lesquels elle estoit cum poto et cochleari, 4 pot et a cueiller, « ainsi que nous avons ouy parler Menot), et voyant un novice..... » Bien que l’usage de manger deux dans la méme écuelle et avec la méme cuiller se soit perpétué jusqu’au xviI° siécle, déja cependant, au x1ve siécle, on voit que, dans les repas somptueux, chaque convive posséde son écuelle a potage. Les coudoweres étaient des vases percés de trous, comme nos passoires; nous serions disposé 4 penser que les cowloweres se posaient sur les seaulx, et qu’en jetant les restes des mets solides et liquides dans ces couloueres, les premiers y restaient, tandis que les seconds tombaient dans les seaux.

5 Vases destinés & recevoir les reliefs que chaque convive voulait faire remettre aux pauvres. « Et apres luy (le panetier) va le somellier qui porte en ses bras la nef d’ar- « gent qui sert aux aumosnes, et dedans icelle nef d’argent sont les trenchoirs dargent

VIE PRIVEE DE LA HAUTE BOURGEOISIE. Wlbd

« Pautre escuier de cuisine ou son aide ira avecques le queux vers « le bouchier, ¥ers le poulaillier, ’espicier, etc., marchander, choisir « et faire apporter, et paier portages ; et auront une huche fermant « a clef ou seront les espices, etc., et tout distribueront par raison « et mesure. Et aprés ce, eulx ou leurs aides retrairont et mettront « en garde le surplus en corbeillons et corbeilles, en huche fermant « pour eschever le gast et excés des mesnies. 7° Deux autres escuiers « convient pour le dressouer de sale, qui livreront cuilliers et les « recouyreront; livreront hanaps, et verseront tel vin comme chas- « cun leur demandera pour ceulx qui seront 4 table, et recouvreront « la vaisselle ; 8° deux autres escuiers pour l’eschanconnerie, les- « quels livreront bon vin pour porter au dressouer, aux tables et « ailleurs; et auront un valet qui traiera le vin; 9° deux plus hon- « nestes et mieulx savans, qui compaigneront toujours le marié et « avec luy yront devant les mets; 10° deux maistres d’ostel pour « faire lever et ordener lassiette des personnes, un asséeur et deux « serviteurs pour chascune table, qui serviront et desserviront; get- « teront le relief és corbeilles, les sausses et brouets és seilles ou « cuviers, et retrairont et apporteront la desserte des mets aux escuiers de cuisine ou autres qui seront ordonnés a la sauver, et « ne porteront rien ailleurs. L’office du maistre d’ostel est de pour- « yeoir des salieres pour la grant table; hanaps, quatre douzaines ; « gobelets couvers dorés, quatre; aiguieres, six; cuilliers d’ar- « gent, quatre douzaines; quartes argent, quatre; pos a au- « mosne, deux; dragouers, deux. — Une chappeliere qui livrera « chappeaulx le jour du regard‘ et le jour des nopces. L’office « des femmes est de faire provision de tapisseries, de ordonner a «les tendre, et par espécial, la chambre parer et le lit qui sera « benoist (béni) (voy. Liv). Lavendiére pour tressier *. Et nota « que se le lit est couvert de drap, il convient penne de menu vair ; « mais s'il est couvert de sarge, de broderie, ou courte-pointe de « cendail, non. » Ce curieux passage, résumé par M. Jéréme Pichon, de la maniére la plus claire, dans la savante Introduction placée en

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« et la petite salliere, et une autre petite nef, ensemble le baston d’argent et licorne, « dont on faict l’espreuve en la viande du prince..... » (Olivier de la Marche, Estat de la maison de Charles le Hardy.) Chez les grands, au lieu de reliefs du festin, on déposait des piéces de monnaie pour les pauvres, dans la grande nef d'argent, a la fin du repas.

1 Repas de noce rendu par les parents des mariés.

2 Probablement des nattes d’herbes fraiches et aromatiques destinées a couvrir le sol,

au lieu des simples jonchées usitées pendant les x1° et x1ul° siécles.

h16 VIE PRIVEE DE LA HAUTE BOURGEOISIE.

tete du Ménagier *, nous donne une idée complete de ce qu’était le luxe de table, la fin du xtv° siécle, dans la classe moyenne, les jours de fétes de famille, lorsqu’on réunissait un nombre de convives assez considérable pour ¢tre obligé de louer une salle garnie de ses meubles, des gens, de la vaisselle, etc. Dans la vie habituelle, Pauteur du Ménagier nous fait assez voir que les riches bourgeois avaient, de son temps, des habitudes de bien-étre et de luxe méme fort avancées. Outre les détails infinis quwil donne sur lintérieur d@’une maison bien tenue (non noble), il raconte 4 sa femme quelques histoires morales pleines de renseignements précieux. Entre autres, cette histoire d'une femme qui, par caprice, fantaisie ou ennui, veut prendre un amant, mais qui, conseillée par sa mére, éprouve par trois fois la patience de son époux, avant d’en venir A le tromper: les deux premiéres épreuves lui réussissent, le mari se contient; 4 grand’peine la mére décide sa fille 4 tenter une derniére épreuve : « Essayer tant et tant, dit la fille, et encores et encores, « ainsi ne fineroie jamais! — Par mon chief! fait la mére, tu l’es- « saieras encore par mon los (conseil), car tu ne verras ja si male «vengence ne si cruelle comme de vieil homme.... — Ainsi auray « essaié monseigneur par trois fois de trois grans essais, et légiere- « ment rappaisié, et & ce savez-vous bien que ainsi légierement le « rappaiseray-je des cas plus obscurs et couvers et es quels ne « pourra déposer que par souspecon.... » Voici done cette troisiéme épreuve. La fille, rentrée chez elle, « servit cordieusement, « par semblant, et moult attraiement et bien son seigneur, et moult « bel, tant que le jour de Noél vint. Les vavasseurs de Romme (la « scéne se passe 4 Rome) et les damoiselles furent venues, les tables «furent drécées et les nappes mises, et tous s’assirent, et la dame « fist la gouverneresse et l'embesongnée, et s’assist au chef de la « table en une chaire’, et les serviteurs apporterent le premier més «et brouets sur table. Ainsi comme les varlés tranchans orent com- «mencié a tranchier, la dame entortille ses clefs es franges de la ¢ fin de la nappe, et quant elle sceut qu’elles y furent bien entor- « tillées, elle se lieve & un coup et fait un grant pas arriere, ainsi «comme se elle eust chancelé en se leyant; si tire la nappe, et « escuelles plaines de brouet, et hanaps pleins de vin, et sausses « versent et espandent tout quanque il y avoit sur la table. Quant le

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2 Ce n'est pas d’hier que la maitresse de la maison prend le haut bout de la table dans la bourgeoisie.

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