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blhuit. Les cheveux, très-longs, réunis en deux grandes mèches avec des rubans ou des galons, descendaient devant les épaules (voy. Coiffure). Cet habillement de femme avait été adopté, comme nous l'avons dit, peu après les premières croisades, et paraissait alors, aux yeux des conservateurs des anciens usages, de funestes innovalions. Ces critiques n'empêchèrent point cependant la mode des bliauts à longues manches et à corsages ajustés de se perpétuer jusqu'aux dernières années du xn*" siècle, en exagérant encore, et la longueur des manches, et la richesse des ceintures, et les formes étroites des
corsages.
Dans ses mémoires écrits vers llïiO, l'abbé Guibert de Nogent s'exprime ainsi à l'égard de ces modes encore nouvelles alors i : « Leurs vêtements (des femmes) sont bien loin de l'ancienne simplicité ; des manches larges, des tuniques étroites, des souliers dont la pointe se recourbe à la mode de Cordoue ; tout enlin nous montre avec évidence l'oubli de toute décence. Une femme se croit parvenue au comble du malheur quand elle passe pour n'avoir point d'amant, et c'est pour chacune un litre de noblesse et de gloire, dont elle est fière, de compter un plus grand nombre de tels courtisans. »
Les étoffes dont on faisait les bliauts n'étaient pas toujours unies, mais brochées d'or ou tissées de soie de couleurs dilférentes ; toutefois, ces étoffes conservaient la souplesse et devaient être fines et légères de tissu (voy. Étoffe).
La coupe de cet habillement et la manière de le porter ne subirent que de légères modifications pendant la durée du xii'' siècle :
« D'un bliaiit yude crusilliée * « A merveilles bien eutaillié, « A son roi ont mise une afice '•>
<i Eiiriiint
" Très par deseure le hliaut
« A (,'aint .j. centuriel de soie,
« En quoi onqucs lieu que je soie.
■< Oseroie dire pour voir
" Que n'esligats de son avoir.
' Vie f/e Guibert de Nogent, liv. 1, trad. de M. Guizot.
2 Semé de croisettes [Roman de la violette, vers 814 et suiv.\
3 Une agrafe. En effet, la statue de reine du portail de Notre-Dame de Corboil porte une grande agrafe circulaire enrichie de pierreries à la fente supérieure de son corsage .
[ ni.lALT ]
Lo lissu li qiK'us (le Toulouse.
Eu la chainture et loi jagouse ' Tel riibiu ^ et tele csmeraude.
l!u niantiel heruiiu ot au col
Plus vers que n'est fuelle de roi (feuille de rhou),
A flouretes d'or eslevées,
Qui molt bien estoient ouvrées ;
K'il ot en chasfune flourete
Atachie une campenete
Dedens, si que rien n"i paroit.
Et très douehement sonnoit
Quant el mantel feroit li veus.
Si vous di bien par tel convens
Harpe, ne viele, ne rote,
Ne rendent pas si douche note
Con les escaletes ' d'argent. »
On voit que le poëte, qui écrivait ceci en 1200 environ, décrit et complète le vêlement de femme que nous venons de donner et dont la forme ne se modifia guère jusqu'à cette époque. La ceinture de soie garnie de pierreries est posée sur le bliaut, et le manteau termine la toilette.
Ces longues manches portées par toutes les femmes de condition aisée du xn^ siècle, et même par les bourgeoises, étaient gênantes, si l'on avail à se livrer à quelque occupation de ménage ; aussi les relevait-on jusqu'aux épaules et les maintenait-on au moyen d'une cordelette croisée derrière le dos (fig. 3) \ Il est aisé de reconnaître, dans la forme et la façon de ces vêtements d'hommes et de femmes, une influence byzantine. Ces petits plis, ces ceintures basses , ces corps d'étoffes élastiques , ces galons , ces longues manches, se retrouvent dans les monuments byzantins des xi' et xir siècles. Les étoffes employées par la classe élevée venaient la plupart de l'Orient, et leur importation en Occident faisait la richesse de Venise, qui avait alors des comptoirs dans les villes du midi et de l'ouest de la France, notamment à Limoges. Dans le nord, ces négociants étaient connus sous le nom de Lombards, et vendaient nonseulement des étoffes d'Asie, mais des épices, des ivoires travaillés, des bijoux, de la verrerie, et de petits meubles tels que des coffrets,
' Gagales. agates.
ï Rubis.
3 Petites écailles.
^ Figure de la façade de Notre-Dame la Grande à Poiliers (naissance du Christ).
écrins, etc. La plupart des étoffes de soie qu'on retrouve dans les tombeaux des xr et xn« siècles, ou qui, datant de cette époque, sont conservées dans quelques trésors et collections en France, en Allemagne et en Angleterre, sont de fabrication orientale, et sont dési-
gnées dans les romans, et môme dans les inventaires, sous le nom d'ouvrages de Damas, d-Ynde, sarrasinois. Il est évident, d"après l'examen des monuments, qu'on a fait beaucuup usage au xn« siècle, en France, de ces mousselines crêpées et lamées, qu'on fabriquait en Asie de temps immémorial, puisqu'on en trouve la trace dans les sculptures assyriennes et dans les bas-reliefs de l'époque des Sassanides. Les jupes et corps des bliauts que nous venons de décrire étaient certainement taillés dans ces mousselines, et ce fait ne peut laisser de doute, si l'on examine avec soin la remarquable statue de reine provenant de l'église Notre-Dame de Corbeil ', ainsi cpie la plupart de celles du portail occidental de la cathédrale de (Ihartres
' Aiijiiiiril'liiii iIi'imiSi't (hiiis i'i''i,'lisi' ilc S:iiiil-I)('nis.
et de la porte méridionale de Notre-Dame de Chàlons-sur-Marne. Ces figures dalenl toutes de 1140 environ, et elles sont la dernière et la plus complète expression de la mode byzantine. Alors les manclies des bliauts de femmes sont tellement longues, qu'elles traînaient à terre, et qu'on nouait parfois leur extrémité inférieure, ainsi que le montre une des statues du porlail Royal de lacatliédi'alede Chartres. Leur ampleur permettait de cacher des objets volumineux. Quand, dans la Chanson de Floorant, la belle Maugalie voit venir l'armée des Sarrasins, elle veut se déguiser en homme pour combattre à côté de son ami, car elle sait bien que si son père, qui commande l'armée des infidèles, la peut prendre, il lui fera un mauvais parti. Or, dit-elle :
(. Je ne sorai foïr. lase ! que porai fare ? (. Or nie sui por|)aus6e d'une avanture beUc ; K Ja ai ici un dras en ma mange senestre. Il Trestoz taliez à laz, à Richier durent estre, Il Je les vêtirai jai, frans clievaliers ouestes, <i Et puis si monterai à droit en ceste sale i. »
Comme elle le dit, Maugalie le fait, elle sort de sa manche gauche une robe d'homme :
(I Si oomnic clicvalier s'atoruc la puccle. »
Par-dessus le dras qu'elle a tiré de sa manche gauche :
(I Blainche eliemise et braies a vcstu nietenant,
(I Qui furent a Richier, lou anli combatant,
<i Et par desures vet une colc avenant,
<i Et puis après .1. porprc qui moult esloit saanz.
Il Puis montai en la sale dou destrier aufcran,
'1 Et ai pris une lance et .1. cscu pesant ^. »
Si, à la fin du xii« siècle, en France, on constate un changement notable dans l'architecture, dans les meubles et la forme des ustensiles, ce changement n'est pas moins sensible dans les modes. De même qu'on abandonne dans la pratique des arts, à cette époque, les traditions byzantines, de même laisse-t-on entièrement de côté l'innuence des vêtements byzantins. Si, pour les personnes nobles des deux sexes, les vêtements restent longs, ceux des hommes se
' Chanson de Floovant, vers 17ti0 et suiv. [Anden<< poètes de la France, publ. sous la dii'ection de M. Guessard^ i Vers 1181 et suiv.
[ BLIALT ]
dislingueiU mieux de ceux des femmes, sont plus simples et plus commodes à porter évidemment. Voici, par exemple, riiabillement du roi Clovis I", que donne une statue des dernières années du
xii" siècle , provenant de Tabbaye Sainte - Geneviève do l'ai'is (lig. 4) '. Notre dessin suppose le bras gauche étendu pour faire voir la forme de la manche de la robe; sur celte robe est posé le bliaut, (jui, au lieu de présenter une façon compliquée conim»' ceux
' Celle sliiliic csL aiijiiiiid'liiii placi'c dans ['('f^lisi' de Saiiit-Deuis, à la droilc du imiilrc iiiilcl. Bien eulcudii, e()ut'ijnii(''iiicul aux lialiitudes des slaluaircs du uioyeu âge, celle ligure osl Iiabilléc k la uiodc du leiiips où elle a éli'- faile. Ou itcut doue regarder ce vrlciiicul eoninie celui que ixniail l'Iiiliiiiic-Auijuslc ; le iiiaiiUrau l'accompagne.