III
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du milieu du xii'' siècle, est d'une cxlrème simplicilé de coupe (voy. en A). Ce bliaut se compose d'un morceau d'étoffe sans coutures, si le lez était assez large. On passait la tête par le trou B, élargi par une fente F: les deux pans du bliaut tombaient devant et derrière. Une agrafe fermait la fente, et une ceinture serrée autour de la taille réunissait ces deux pans : c'était une façon de dalmatique sans manches. Ainsi, sur les deux côtés, une fente montant jusqu'à la ceinture ne gênait point les mouvements des jambes, et cette fente, prolongée jusqu'à l'épaule, laissait passer la manche de la robe, large à sa base, serrée aux poignets. Les deux pans du bliaut étaient fendus en C et D ; de sorte que si l'on montait à cheval avec ce vêtement, ce qui arrivait, ainsi que nous le verrons ailleurs, la robe de dessous, fendue elle-même latéralement, mais faite de lin, était ramenée sur les cuisses et sous la selle, et le bliaut se séparait en quatre parties, laissant libre l'arçon, les jambes du cavalier et la cuiller de la selle '. Ces bliauts étaient, au commencement du xm" siècle, ornés de bandes d'ornements, d'orfrais, de broderies, le long des fentes latérales :
« L'eufes Gais de Bourgoigae errant sj dcsanua, « Desceiat le branc et l'iaume et son escu osta, « Si est remès tous scnglcs el bliaut de ccndal. « Très parmi les costès grans beudes d'ortVoi a -. »
Le bliaut des femmes ne se modifie pas à cette époque d'une manière aussi radicale; le corselet est encore lacé, descend seulement au milieu du ventre, et la jupe, à plis moins menus et moins nombreux, d'étoffe plus épaisse, est fendue latéralement. Les manches sont encore très-longues et amples, mais déjà elles sont fendues aux entournures pour qu'on puisse , si bon semble , n'y point couler les bras. Alors ces manches tombaient derrière les épaules. On appelait ces vêtements ainsi fendus sur les côtés et aux manches, biiaux entaillés :
(< Bieu sont vestuz d'erniiacs, de bliaus aulailicz ■*. »
La forme du bliaut des hommes ne changea guère jusqu'à la fin du règne de Philippe-Auguste; cependant, vers 12:20, on voit des
' Les mesures que nous donnons à ci's pali'ons snnl suiii'.osécs applirahles aux vètenienls d'un honnne ayant 1 >","!:!.
- La (')ifinson de Gui de Bourgogne, ver* 2201 et suiv. {ie>< Ancieiis poètes de la France, \i\ih\. sous la direetiou de M. Guessard). ■^ La Oianson de Floovant. veis !)1S.
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bliauls sans la ceinture et dont les pans sont simplement l'éunis latéralement au-dessous des manches.
Entre les années 1230 et 1240, saint Louis fit refaire toutes les images des rois ses prédécesseurs ensevelis ta Saint-Denis. Ces
£. Cû/i/.,1UA/OI ,
statues, d'un beau travail, montrent ces princes habillés à la mode du temps où elles furent refaites, conformément aux habitudes des artistes du moyen âge. La plupart sont revêtus du biiaut alors sans ceinture.
La figure 5 présente la statue du roi Robert P' '. En A, est tracé le
1 Placée dans le Iranssopt ili> l'rfilise de Sainl-Denis. ('.oiiinie pour le i)ré('édeiit exemple, le bras de eelte slatiic esl supposé étendu, atiii de inontrei' la forme de la manche du hliauL. l'u manlcau le ri'couvre.
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patron de ce vêtemenl, fendu latéralement de a en b, et sur l'épaule, d'un seul côté, de c en d, afin de permettre de passer la tête dans l'encolure. Un ou deux boutons ferment cette dernière fente quand on a revêtu le bliaut. l.a forme de ce vêtement est fort belle, mais ne pouvait plus permettre de monter à cheval ; aussi avait-on alors, pour chevaucher non armé, des vêtements particuliers. Plus de petits plis, rétoffe est de drap de laine ou de soie * ; seule, la robe de dessous est encore de lin, et est maintenue à la taille par une ceinture. D'ailleurs le bliaut n'est pas toujours porté ; quelquefois — et plusieurs des statues de Saint-Denis en fournissent des exemples — il est remplacé par une seconde robe à manches serrées, avec ceinture, toujours couverte du manteau (voy. Robe). Généralement les étoffes dont sont faits ces bliauts sont unies et de tons assez clairs, bleus, verts, rouges, pourpres ; mais on ne voit plus tant de ces galons rapportés, de ces ceintures ou colliers d'orfèvrerie. Si des ornements décorent ces étoffes, ils ne consistent qu'en des semis brodés et quelques bordures étroites. Le bliaut des hommes ne tarde pas à se modifier, car c'est une erreur de croire que les modes ne changeaient point aussi rapidement pendant le moyen âge que de nos jours. Pour nous, l'habit qu'on portait, il y a dix ans, est complètement ridicule, et nous nous apercevons du premier coup d'œil si le vêtement que porte une personne entrant dans un salon date de deux ans ; mais il n'est pas certain que dans six cents ans nos neveux fassent ces distinctions ; et l'on peut admettre que les archéologues de ce temps auront quelque peine à distinguer l'habit de 1830 de l'habit de 1860. Un peu plus d'ampleur dans les manches, un peu plus ou moins de longueur des basques, de hauteur dans le collet , sont des différences subtiles qu'à une distance de quelques siècles il sera permis de négliger. Or, les changements de forme des vêtements pendant le moyen âge sont plus caractérisés. On peut comparer le changement radical qui se fit à la fin du xiv° siècle avec celui qui s'opéra dans nos modes françaises après la révolution du dernier siècle; mais depuis la chute du premier empire jusqu'à aujourd'hui, les modifications que les vêtements des hommes ont subies se réduisent à certains détails assez difficiles à saisir à distance. Pendant le xni" siècle , ces modifications sont autrement sensibles. Ceci n'est dit qu'à cette fin de relever un de ces préjugés accumulés à plaisir sur tout ce qui touche au moyen âge. Qu'il
' « Si vesti uu hliiuil île ilra[) tic soie que oie avoit molt bon... » (Conte; C'est d'Aucasi7i et Nïcolette, xiii^ s., nis. n" "9^9, Bibliotli. impér.)
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changeât ses modes fréquemment ou ne les changeât que lentement, cela ne le rend ni pire ni meilleur; nous constatons quMi les changeait fréquemment, c'est un fait, voilà tout; et il est plus ridicule, si Ton se pique d'exactitude, d'habiller un seigneur de 4240 comme un noble de 1200, qu'il ne le serait de donner à un gentleman de 1868 les habits d'un beau de 1828.
E.Ci'.'J-tr.JMOl .
Le dernier bliaut de personnage noble que nous venons de donner date de 1233 environ, comme nous l'avons dit ; en voici un autre de la même époque : c'est celui que porte Philippe, fi-ère de saint Louis, né en 1221 et mort jeune ', c'est-à-dire vers 1235. Le bliaut du prince (fig. 6) est pourvu de manches courtes — ne descendant
< Ce personnage, trôs-délicatcinent sculptô et donl l;i tôle iiiiburhe est évideimnenl uu
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que jusqu'au-dessous du coude — avec entournures ouvertes pour laisser les bras libres lorsqu'on ne veut pas passer les manches. Ce bliaut est fendu au milieu par devant et par derrière ; il est presque aussi long que la robe de dessous. La couleur était bleue semée de
raacles et de croisettes d"or. La figure 7 en donne le patron, en A par devant, en B par derrière. L'encolure s'ouvre pour passer la tête, non sur le devant, mais sur l'épaule gauche ; et cette fente est fermée par un bouton (voy. le détail C). Pour que la boutonnière n'arrache pas l'étotTe, une bande de peau était cousue par dessous et maintenue par deux brides de soie. Les manches n'étaient cousues après le bliaut par derrière que depuis l'épaule jusqu'au point a. Nous allons voir le bliaut moditier sa forme d'une manière sensible
portrait, iiarait avoir iiuo quiii/aiiK? d'années. Son tonilifiau, (|'ji était autrefois flans l'abbaye de Royanniont, est aiijourd'luii déiiosé a Saint-Denis ; c'est un monument des plus remarquabL'S, et la statue du jeuue prince est un clief-d'ctuvre.
en quelques années. En mars 1247 mourait un des tils de saint Louis, Jean, encore enfant. Sa tombe de cuivre émaillé fut dressée dans le chœur de l'église abbatiale de Royaumont, devant une arcature au fond de laquelle était peinte l'image du jeune prince, non
pas sous les traits d'un enfant, mais d'un adolescent '. Cette pointure a été conservée par Gaignères, et est reproduite avec fidélité. Le jeune homme (fig. 8) tient un gant de la main droite , et sur son poing gauche un faucon. Son vêtement se compose d'une robe de
' l.'i't'ligic (h; t)r(ni/.c dovr du lx ]ii'iuce, sur toud riuailU'', uxislu et est placée jin^s du iiuiilic aulel de l'église de Saiut-Dejis.
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dessous dont on n'aperçoit que les manches de drap d'or. Sur cette robe est posée une seconde robe de velours cramoisi à longues manches, fendues à la hauteur du coude pour passer Tavant-bras. Cette deuxième robe monte jusqu'au cou et est fermée par des boutons. Sur cette robe est posé le bliaut .sans manches, le col assez dégagé. Ce bliaut est fendu par devant, par derrière, sur les côtés et doublé d'hermine. Juste aux épaules et sur la poitrine, il s'élargit vers le bas et recouvre entièrement les robes de dessous, qui sont dès lors très-courtes, puisque le bliaut ne descend que jusqu'à mi-jambe. Des ouvertures latérales, pratiquées dans le bliaut, laissent voir la robe de dessous, cramoisie, et permettent aux mains d'aller chercher les pochettes. Le haut du bliaut est boutonné jusqu'au milieu de la poitrine. En A, est tracé le patron de ce bliaut ; sa couleur est lilas, avec fleurs de lis d'or. Ce costume est d'une grande élégance et devait être fort commode. L'exemple précédent nous montre déjà un jeune homme revêtu du bliaut sans manteau. Il en est de même ici. Ce jeune prince n'a pas le manteau qui semble être réservé aux hommes faits et aux dames ; car voici (fig. 9) l'image de la sœur du prince Jean, morte également très-jeune et enterrée dans le chœur de l'abbaye de Royaumont, à côté de son frère, sous une plaque de cuivre émaillé *. Le peintre a aussi représenté cette jeune princesse au fond de la niche qui surmontait le tombeau, non sous la figure d'un enfant, mais d'une tille nubile. Elle est revêtue du bliaut, sans manches, sans manteau, avec corsage lacé, juste. La jupe, trèsample, se termine en queue retroussée sur le devant par le bras droit -. En A, est tracé le corsage lacé par derrière avec la jupe étendue, et en B le vêtement de la même princesse, non plus d'après la peinture, mais d'après la statuette de bronze doré qui la représente enfant. Les entournures du bliaut sont, pour l'enfant, plus aisées, et le corsage ne prend point la taille.
Le bhaut sans manches, avec corsage ajusté, paraît avoir été fort à la mode au milieu du xni^ siècle, non-seulement chez les femmes nobles, mais aussi chez les bourgeoises et même les courtisanes, ce qui fut pai-fois l'objet de fâcheuses méprises, et ce qui devint le prétexte d'édils royaux touchant la toilette des femmes de mauvaise vie. Toutefois cet élégant habit ne dura guère. Il advint du bliaut ajusté et sans manches pour les femmes ce qu'il advient des vêtements qui font ressortir les avantages d'une belle taille et ne sau-
' Conservée aujourd'hui ilans Tcglisc de Saiut-Dpuis. - Vovez Gaiç;nèi'cs.
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raient dissimuler certains défauts plivsiques assez ordinaires : on l'abandonna pour la robe large ou le bliaut flottant.
Le nom de bliaut ne fut même plus guère appliqué aux vêtements de dessus, lesquels, pour les liommes et les femmes, à dater de la
seconde moitié du xiii" siècle, prirent les noms de garde-corps , dliérigauts ou d'hergauts, de siircots (voy. ces mots) :
« Qui tost nfa douoe sa cote,
« Son garde-cors, son hérigaul ' . »
Pour les hommes seulement, le nom de roquet - :
« Et Aguissans li rois gucucist « Et (jiglain par le roquet prist, » Se li a dit, qii'aveuc lui soit « Et qu'aveuc lui hcrbergeroit s. »
Louis IX, en revenant de Saint-Jean d'Acre, en 1254, était moins disposé que jamais à souffrir à sa cour le luxe, l'élégance qui y régnaient avant son expédition d'Egypte ; lui-même donnait l'exemple de la simplicité : « Après ce que le roi fu revenu d'outre mer », dit Joinville, « il se maintint si dévotement que onques puis ne porta « ne vair, ne gris ^, ne escarlatte, ne estriers, ne espérons dorez. « Ses robes estoient de camelin ou de pers ; les pennes " de ses cou- « vertouers et de ses robes estoient de gamites, ou de jambes de « lièvre ". » Autour de lui, le roi inspirait trop de respect pour que son exemple ne fût pas imité. Il y eut donc alors à la cour, dans le goût pour le luxe des vêtements, comme un temps d'arrêt provoqué par la vénération que chacun portait au souverain, sans qu'il fût nécessaire de recourir à des ordonnances ou édits somptuaires, ainsi que durent le faire ses successeurs. Nous avons donné les vêtements des deux enfants de saint Louis, morts avant Texpédilion de Damiette ; voici maintenant celui de son fils aîné Louis, mort en 1259, après l'expédition. Or, il est facile de voir que ce vêtement de dessus est relativement sévère (fig. 10}. La statue du jeune prince, autrefois placée dans le chœur de l'église abbatiale de Royaumont, est aujourd'hui déposée dans l'église de Saint-Denis, sur un trèsriche sarcophage. Le bliaut est à manches, avec entournures fendues pour ne point gêner les mouvements. Ces manches sont courtes et peu amples ; la jupe est fendue devant, derrière et sur les côtés, afin de pouvoir monter à cheval. Sous l'encolure du bliaut est prise une
' Le Dit de la mauille (deuii-denier : m ni sol ni iiiaillo "].
2 D"où le mot roc lut.
■* l Biaus desconneus , vers o03i et suiv.
* Fourrures.
» Bordures, galons.
6 Fourrure couiuiune, peau d'agucau.
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aumusse, ou gonelle à capuchon (voy. le patron A de celte aumusse). En B, est donné le capuchon par derrière étant rabatiu. Ce bhaut était peint d'azur avec semis de fleurs de lis d'or. Louis, étant mort à l'âge de seize ans. n'a point le manteau que nous ne voyons attaché
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qu'aux épaules des personnages d'un âge plus avancé. Les cheveux sont courts, contrairement à l'usage admis pendant la première moitié du xni'" siècle.
C'est aussi à celle épocjue que le bliaul des femmes cesse d'être ajusté au corsage; collant sur les épaules seulement, il tombe droit, sans ceinture ni lacets. Ce genre de bliaut de femmes se perpétue, sans modilicalions sensibles, jusqu'au comnienceinejil du xiv'^ siècle,
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c'est-à-dire jusqu'au moment de l'adoption franche du surcot. L'église de Saint-Denis possède une très-précieuse statue de marbre noir, qui nous dorme la forme de ces derniers bliauts : c'est l'effigie de Catherine de Courtftnay\ qui fut la seconde femme de Charles,
comte de Valois, et qui mourut en 1307, à Saint-Ouen-sur-Seine. Voici (fig. il) la copie de cette statue. La robe de dessous est trèslongue, très-large, et le bliaut ne descend qu'cà 10 centimètres audessus des pieds. Il n'est pas très-ample, est fendu de chaque côté jusqu'aux coudes; les manches n'atteignent pas les poignets et sont médiocrement larges ; l'encolure du bliaut recouvre entièrement la
1 Provenant de l'abbaye de Maubuisson.