BULLE
BULLE, s. f. Bijou qu'on suspendait au cou. et qui contenait des reliques ou un bref : le nom de Dieu, par exemple, ou de la Vierge, ou du saint patron, ou encore des inscriptions tirées des Ecritures. Ces bijoux étaient plus particulièrement attachés au coudes enfants, pour les préserver des accidents ou des maléfices. Bien que les docteurs de l'Eglise et les conciles se soient souvent élevés contre ces pratiques superstitieuses, elles n'en persistèrent pas moins, non-
E.cù'iLi-Mynr.
seulement chez les gens du peuple, mais chez les grands mêmes, pendant le moyen âge et jusqu'au xvni" siècle '. L'auteur de la Somme n'admet pas qu'on doive porter des reliques pendues nu cou '-. Les Pères de l'Église condamnent l'usage de porter l'Évangile de saint Jean pendu au cou, dans un cylindre, ainsi que cela s'est pratiqué jusqu'au dernier siècle.
La figure 1 donne (grandeur d'exécution, en A) une double bulle pendue à une chaîne fermée, ne pouvant être destinée quà un
' On pinit nv'mn assurer qiio cns praliques superstitieuses existent caeore aujourd'hui. - « Utruui reliquiio sanetorum ileticanl porlari ad collum ? Respondco quod non. »
[ CAGOri.E 1 — <S<) —
enfant. Ces deux liiilles sont de cuivre très- léger et doré, creuses et plates par-dessous, comme l'indique le détail A. En B, est une autre bulle dont la coupe est tracée en D '. Ces bulles sont percées de petites ouvertures sur leur face externe, parce qu'on snpposait que la relique, le talisman ou le bref, opéraient d'une manière plus efficace, s'ils étaient mis en relation directe avec les objets extérieurs-. L'usage des bulles, talismans, brefs, remonte à la plus haute antiquité, et le christianisme ne lit que conserver un genre de superstition qui a existé de tout temps et chez toutes les nations. Aussi les Pères de la primitive Église blâment-ils fortement ces habitudes, qu'ils considéraient comme entachées de paganisme. Malgré leurs exhortations et les décisions des conciles, le moyen âge renchérit encore, s'il est possible, sur ces pratiques, principalement pendant la période des croisades, car aux talismans ayant un caractère chrétien s'ajoutèrent souvent les talismans orientaux arabes.
es
CAGOULE, s. f. ^coules, cuculle). Sorte de surtout sans manches, assez ample, garni d'un capuchon et descendant jusqu'aux genoux le plus habituellement, et même au-dessous. La cuculle était le vêtement monastique ; courte, on lui donnait le nom de scapulaire. Clément V, au concile de Vienne, distingue clairement la cuculle dn froc ; souvent on a confondu ces deux vêtements. Il établit « que la cuculle est un habit ample et long, sans manches, tandis que le froc est un vêtement descendant jusqu'aux pieds et possédant de longues manches ». La cuculle est un habit à capuchon, large, couvrant la tête et les épaules. Lorsque Guillaume Longue-Épée, duc de INormandie, est tué par les Flamands, on rappoi-te son corps à Rouen ; dans la ceinture de ses braies on trouve une clef :
» Du chef de son braier une clef deferuiereut, " VA cole (coule) è estamine et un froc en osterenl, H Et tôt l'habit d'un nioigne ka un pauvre douèrent, « N"i ont allrc trésor, ne altre u'i trouvèrent'^. »
' Musée des fouilles du château de l'ierrefonds (xiv^ ou xv<^ siècle). 2 Voyez ce que dit à ce sujet J.-B. Thiers, dans sou Truite des superstitions, tome I, livre V.
i Rù7nan de Hou, vers 2735 et suiv
[ CAGOULE
Ainsi la coule el le froc étaient deux vêtements parfaitement distincts, et la coule était posée sur le froc. Les bénédictins des premiers siècles portaient la cagoule ou cuculle longue, et le scapulaire réservé pour les heures de travail *.
La ligure 1 donne la forjnc de la cuculle au milieu du \i° siècle - ; en A, est tracée la moitié de ce vêtement de face. La ilgure 2 donne
' Voyez Miiliillon, A7in. ord. S. Benedicti, l. I, lib. V. p. 122. — Sigelierlus Ocm- Wac, p. 120, ('•liit. Basil., 1.j6j : « Proplcr opcra lanhim cousliluil S. Buueilirtus " aUerain ciiciillaiii. quœ dicitur scapulnre, eo qiiod lnijusinodi vcstis ajita sit caput ■' hiidiiiii L't scapiilas tegnre. » — Régula S. lîcn.cdicli. i-ap. i.v : « Scapuliifi' iiroptcr " i)]iei'a. — Quie laboravcriul. cuin scapulari laborare possuuL »
^ .Miihillon, AuH. ord. S. Ucncd., I. I. lih. V. p. I2ll.
[ CAGOULE ] — 88
la forme du scapulaire à la même époque i. Ces deux vêlements appartenaient aux bénédictins. La tunique longue est blanche, et le
scapulaire, ou cucuUe, noir et d'étoffe de laine épaisse Ce vêtement n'était pas seulement porté par les religieux, les laïques s'en
1 Mîil.illou, A?in. ord. S. Bcned., t. I, lih. V. p. 121.
[ CAGOULE
servaient, et il prenait le nom de coule, cagoule ou cape. Mais alors, habituellement dépourvu d'ouvertures latérales pour passer les bras, ce n'était qu'une sorte d'aumusse ample, non ouverte sur le devant. Nous trouvons la forme bien caractérisée de ce vêtement dans une vignette de la Bible de Souvigny, déposée aujourd'hui dans la bibliothèque de Moulins. Il s'agit de la vignette représentant le
prophète Amos, « l'un des bergers de Thécué », dit lEcriture. Amos porte une tunique de peau, une gibecière et une cagoule doublée de poils (fig. 3) '. Celte coule n'a point de manches ; c'est une cape ronde, fermée, descendant jusqu'aux genoux, garnie d'un capuchon et taillée comme l'indique la ligure 4.
La cuculle monastique ne changea guère de forme jusqu'au xvr siècle, non plus que la cagoule des laïques, réservée seulement pour les paysans ou le bas peuple. Pendant le xiV siècle, la cagoule
' l.a Hililc (le latilKiYc de Suuviiiuv iImIi' ilc 1 1 I .'i
était frcquemmeul portée par les vilains, et ne différait de celle présentée ligure 4 que par rallongement exagéré de la pointe du capuchon et par le fcstonnage du pourtour inférieur. Ce vêtement était fait ordinairement de drap ou de grosse serge doublée ; il
n'était ouvert sur le devant que de a en b, pour laisser passer la tête. Vers les derniers temps, quelques boutons étaient attachés au-dessous du point a pour pouvoir brider l'ouverture ab autour du visage, et empêcher ainsi le capuchon de se rabattre sur le dos.
CAPE. s. f. {chape, pluvial, planète). Le pluvial, dit du Gange, est le vêtement qui sert à garantir l'homme contre la pluie, et c'est en effet à cet usage que le pluvial ou cape * fut d'abord employé. Le pluvial se retrouve dans les monuments figurés de la Grèce et de Rome ; c'est la pœniila, le manteau à capuchon, la cape de voyage. Mercure est parfois, en sa (lualité de messager, revêtu de la pénule. G'est une cape ronde, fermée presque totalement par devant, avec capuchon (fig. 1) -.
Quelques personnages peinis dans les catacombes de Rome sont vêtus de la cape ronde, sans autre ouverture que celle nécessaire
' ' Vcstis phivialis, qu;p cuppa vocitaliir. >> V/ta S. Odonis. abb. Chininc lih. II.J '- Voyez Octavii Fervnrii de re vestiaria Ubri septeiyi. 16.'i4. p. 79 : « Quid minus
i< proMipliiii: ;iil piit;ii:iin. i-uiii p(i>aiiln « essat... » (Cic. pro Alilone .)
iri'oliliis. iiii'il;i iinpeiiitus, uxore pivne roustrictus
pour passer la lèto, (t sans capuchon (fig. 2) '. Ce vctement, nsilé
£^ CL'.i-MUMJT .
chez les Grecs, adopti par les Romains, demeura dans les Gaules.
On considérait la pénule comme pouvant èlre portée indilïéremmenl, soit comme hahit religieux, soit comme hahit civil, sous l'empire,
1 liosio, Wonia sollerrnned. \\h. III, rap. xxxvn. ])oiiiture do la clianilirc liii ciiin'liôrc de Sauil-Manelliii.
[ CAPK J - 92 —
par les lioiiimes et par les femmes '. Guillaume Durand - parle ainsi du pluvial : « Il y a uu autre habit qu'on appelle pluvial ou chape {capa), et qu'on croit avoir remplacé la tunique de l'ancienne loi ; d'où vient que, de même que la première était garnie de petites clochettes, ainsi la seconde l'est de franges, qui sont les labeurs et les inquiétudes de ce monde. Elle a aussi un capuchon... Elle descend jusqu'aux pieds... ; elle est ouverte dans sa partie antérieure... La chape est large à l'intérieur, et l'on n'y coud qu'une agrafe, qui est nécessaire pour l'attacher... » Il y a la cape destinée à l'usage civil, et la chape destinée à l'usage religieux. Ce vêtement, qui, dans l'origine, n'avait qu'un usage d'utilité, devint, dès les premiers temps du moyen âge, un habit honorable. A l'occasion de certaines solennités, les empereurs d'Occident portaient la chape. Il en était de même pour les prélats. Guibert de Nogent rapporte ^ qu'il y avait dans la seconde armée des croisés, qui fut battue aux frontières de l'Arménie en 1099, « un certain archevêque de Milan, qui avait emporté avec lui une chape du bienheureux Ambroise, toute blanche et resplendissante, et tellement ornée de dorures et de pierreries d'une grande valeur, qu'en aucun lieu de la terre on n'eût pu en trouver de semblable. Les Turcs s'en emparèrent et l'emportèrent, et Dieu punit ainsi la folie de ce prélat étourdi, qui avait porté dans le pays des barbares un objet aussi sacré. » Ces chapes sacerdotales étaient donc parfois d'une grande richesse pendant les premiers siècles du moyen âge ; on en peut donner comme preuve la chape de saint Mesme, conservée dans l'église Saint-Etienne de Chinon, et qui peut dater du iv^ siècle ; celle de Charlemagne, dépendant du trésor de la cathédrale de Metz, qui date du vni^ ou ix* siècle. Ces deux chapes sont faites de tissus de soie qui paraissent d'origine orientale ; ils sont d'une parfaite beauté (voy. Étoffe). Il ne faut pas confondre la chape avec le manteau ; la chape est exactement ronde, avec un trou au milieu pour passer la tête, ouverte ou fermée et habituellement garnie d'un capuchon. La chape de cérémonie, la chape épiscopale, impériale ou royale, est ouverte sur le devant et prend la forme que donne la figure 3. C'est aussi le vêtement désigné parfois sous le nom de planète. Une ouverture A est pratiquée sur le devant ; la tête passe en B, et en C est une large bride ou agrafe qui maintient
' '( Coiniiiunia siint qiiibus promiscuc utitur millier cum viro : veluti pœmila pal- « liuiiivc est, et reliqua luijiisinotli ; quilnis sine rcpreliensioiie vel vir vel uxor utatiir. » (Ulpiamis.)
* Rationn/e, lib. IH, cap. i, § V,].
^ Hïst. dc'scroisrif/ps. liv. VU.
les deux bords fermés sur les épaules ;eii D est le capuchon. Un galon étroit borde Torle circulaire, et deux larges broderies les deux bords E. Les religieux et religieuses portaient en voyage la cape fermée, toujours sans manches. Quehjues chanoines ayant fait mettre des
manches à leurs chapes, les synodes provinciaux interdirent celte innovation. L'ouverture supérieure de la chape fermée s'appelait le gouleron ou la goule. Ce vêtement fut, pendant tout le cours du moyen âge. porté indifféremment par les hommes et par les femmes, soit dans les ordres, soit laïques. Il était très-commun, puisque Louis VII défendit aux courtisanes de porter des capes dans les rues, afin qu'on ne pût les confondre avec les honnêtes femmes. Les gens de guerre portaient des capes au \ni° siècle : « Hastens « fist armer ses gens sous leur chappes '.... » — « Cil saillirent, « qui armés estoient souz leur chappes -.... » — « Et ses genz, qui <« bien estoient armez desouz' leurs chappes ^...» Ces capes étaient portées contre le mauvais temps :
(( La nuit ad Reniait sôjurné,
a El demain quant il ont disnû,
» Ke il sont ke li Dus iiicnga,
H Une chape a pluie afiibla,
'( De suz la chape se fist reiudre,
K El 0(1 une coinctiu-e estreiiidre '* ».
' Chron. de No) ntfiîidie.
2 IbifL
3 lùid.
• Romrni de Rou. vers 7177.
[ CAPE ] — 9i —
Ce passage donne à penser que celle chape à pluie était froncée pai' le haut, car il ne serait guère possible de mettre une ceinture par-dessus la chape ronde. En effet, la cape civile est parfois froncée au col, ainsi que le vêtement fort ancien connu aujourd'hui sous le nom de limousine, et est garnie d'un capuchon. On avait aussi des chapes fourrées pour porter dans l'intérieur des habitations, comme nous portons des robes de chambre :
■< Assiz estoit eu sa chaiiTc :
<i Une riche chape forrée,
» Sans manclie, avoit afubléc 1. »
(1 D'une cape s'est afublés
<. D'escarlate, si est fourée
« D'ennines lins, et s'est oi'l''e
c. D'un bas sebelin noir canu ^. »
Nous parlerons d'abord des chapes adoptées par les religieux. Ces chapes, ainsi que nous l'avons dit, sont ouvertes sur le devant ou fermées. Celles ouvertes ont un caractère plus particulièrement sacré ; ce sont les chapes épiscopales, impériales, royales, avec ou sans capuchon, le plus souvent avec capuchon. La chape épiscopale se distingue de la chasuble, — bien que l'origine de ces deux vêtements soit la même, — en ce que la première est ouverte par devant, ronde, tandis que la seconde est fermée et triangulaire, puis trapézo'idale (voy. Chasuble). La figure 3 donne la chape des religieux réguliers développée. Lorsque cette chape est portée, elle se drape, ainsi que l'explique la figure 4. La figure 5 présente la chape épiscopale de l'évêque Pierre de Roquefort, mort au commencement du xive siècle, et enterré dans la cathédrale Saint-Nazaire de la cité de Carcassonne. Cette statue, grande comme nature, est du plus haut intérêt au point de vue du costume épiscopal. Par-dessus l'étole, dont on voit passer les franges au-dessus des pieds sur la soutane, l'évêque porte deux robes, dont l'aube, garnie par le bas d'une large broderie. Cette aube est à manches larges, avec galons au bas et petite frange. Le manipule ne passe pas sur la manche, mais est attaché sur l'un de ses côtés. La chape est sans capuchon, maintenue au moyen d'une large agrafe circulaire , sur laquelle est ciselé l'agneau. Une riche bordure aux armes du prélat ' et de France, et
1 Le Do/opa(/tos d'Hobers. Hist. de Virijile.
2 Li Romans d'Amadns et Ydoine. vers 37SS et suiv..
3 Psahu., ancien fonds Saiul-Gcnnaia. u" 37, liihliolh. iin|)('r. (xiii'" siècle).
une basse frange, garnissent les bords du vêtement et tournent autour du cou, qui ne parait pas être protégé par l'amict. Les mains sont gantées. A la crosse est attachée cette pièce d'étoiïe, le sudarium
(mouchoir), (]u"on ne trouve que dans queUpies diocèses de France (voy. MoucHoui). Cette belle statue est sculptée dans un grès trèsferme.
La forme de la chape épiscopale, ou sacerdotale, ne change pas depuis lors jusqu'au xv" siècle, si ce n"est que l'agrafe est souvent remplacée par une large bande de broderie, de manière à moins brider le vêtement sur les épaules (lig. 6) -. Alors (au xv'' siècle) on
' I>icrr(' (i • llo iiictorl iioilail : de ijneules à trois rocs d'échtr/uiers d'or, deux en chef, un en pointe.
» Frii;;inf!ii(s (l(''pos.''S dans les chiQUcrs di la caUicdralc de Moulins. La lij^iira osl vrliic d'au suriilis sous la, eliape.
■'. Ci'/iiMj,;'S'l
— 97 — [ CAl'E ]
commençait à fabriquer des chapes déloffes épaisses couvertes d'orfiois et de broderies lourdes ; il fallait ([ue ce vêtement ne pesât pas trop sur les épaules, et la large bride permettait à la chape de serrer le
haut des bras (ce qui est très-gênant) en fatiguant moins les épaules. Les chapes adoptées aujourd'hui pai- l'Église sont de véi'itables gué-
rites, tant elles sont roidcs, pesantes et couvertes de grosses broderies ; les patients contraints à porter ce vêlement, qui fait souvenir des damnés du Dante, ne sauraient renmer les bras, et ressemblent