I AC.RAI'E
peut réunir au moyen d'une broche libre. Ces sortes d'agrafes figurent alors exactement une charnière ou un couplet avec sa fiche.
Les lombes des chefs venus de Germanie, qui envahirent les Gaules au v" siècle, renferment parfois de ces agrafes soit d'argent, soit d'or, avec pûtes de verre serties. A Odratzheim, près de Strasbourg, sur la rive gauche du Rhin, on découvrit, il y a quelques
./iiÂZ yD7 .
années, une belle agrafe d'argent dans une tombe. Cette agrafe, dont nous donnons (fig. 1) la face grandeur d'exécution, et en A le profil, se compose de deux plaques rivées ensemble, à la distance de 15 millimètres ; un bord, formant épaisseur, masque les rivets. Des mordants sous-jacents maintenaient les lisières du manteau. Des pcàtes de verre coloré sont assez adroitement serties sur la face externe, et au milieu ressort une sorte à\imho d'argent. Des filigranes sont soudés sur le tour, entre les bâtes des verres K
< Voyez la J^otice sur les cimet. gnnl . et germ. décotiverts dims les enviroyis de Strasbourg, par iM. le colouel Morlet. Slrasbourg, ISOi.
— s — [ AGIIAFE ]
Cette forme circulaire des agrafes du manteau germain se retrouve sur les has-reliefs de la colonne Trajane. Il est une autre forme d'agrafe, ou plulôt de fibule, qu'on retrouve dans les tombes mérovingiennes, et qui présente une disposition toute particulière. Ces bijoux consistent en deux portions de disques réunies par une sorte d'arc très-relevé [i\g. 2) '. Une broche était soudée sous les deux
peS/KRCCTp.iS
disques, pour saisir les bords de Tétoffe qui trouvent à se loger sous cet arc relevé, ainsi que l'indique notre gravure, en B. On pouvait dès lors mordre l'étoffe à une certaine distance de ses lisières, afin de ne les point arracher. L'exemple que nous donnons ici, déposé au musée de Cluny, a été trouvé par nous dans un cercueil mérovingien, de pierre, au-dessous du sol de la basilique de Dagobert à Saint-Denis. Cette agrafe est de bronze , composée de plaques repoussées, gravées et soudées, et conservant ainsi beaucoup de légèreté. Dans ses curieuses fouilles, M. l'abbé Cochet a trouvé plu-
.iiiuiilciir (l"e\('ciilii)ii.
[ Af.nAi'r. ] — 6 —
sieurs fibules semblables à celle-ci, et M. Huclier en donne une autre conçue suivant le même principe,- possédant encore sa broche, et provenant d'un des cimetières mérovingiens du Maine * (fig. 3j. Par exception , sur cette dernière fdjule, on lit gravé le nom du Christ : XPSTO. L'agrafe mérovingienne se portait sur l'épaule
droite habituellement, pour laisser le bras droit libre entre les bords du manteau. Elle bridait même quelque peu le haut du bras, et c'est ce qui explique pourquoi il était nécessaire de lui donner autant de prise sur l'étoffe. Les agrafes circulaires, en forme de médaillons, étaient plutôt des attaches de chapes, et se posaient sur la poitrine. Ces sortes de bijoux étaient en usage pour les vêtements sacerdotaux : le cabinet des médailles à Paris conserve une de ces plaques, qui est fort intéressante à tous les points de vue, et qui provient du trésor de l'abbaye de Saint-Denis. Elle consiste en un beau camée antique -, serti en or avec monture, qui parait dater du xr siècle. Trois gros rubis et trois saphirs entourent le camée. Entre les pierres sont des groupes de perles assemblées par trois (fig. 4). En A, nous donnons un fragment de la monture qui reçoit les tiges B, auxquelles sont attachées les perles et les bâtes C, avec griffes qui maintiennent les saphirs et rubis. Ce beau bijou était certainement un de ces fermaux de chape posés sur la poitrine. Des statues des xii'' et xiii" siècles nous montrent ces sortes d'agrafes pectorales, qui n'étaient parfois qu'un ornement et étaient fixées sur le haut de la robe. La belle figure du xir siècle, provenant du portail de l'église Notre-Dame de Corbeil, désignée faussement sous le nom
' Voyez, dans le Bulletin monumenUd de M. de Cauniont, t. XX. p. 3G9, la notice insérée par M. Huclier sur cet objet.
2 Tête d'Auguste, sardonix, grandeur d"e\écutiou. u" 190 du Catalogue géuéral et raisonné des camées, etc., exposés dans le ratiiuel des médailles, rédigé par M. Cliabouillet, conservateur.
de Clotilde, et qui se trouve aujourd'hui dans l'église de Saint-Denis, est ornée d'un de ces fermaux attachés simplement au haut du corsage et ne retenant point le manteau. Cette plaque est circulaire, décorée de gros chatons tout autour avec partie renfoncée, unie au centre, probablement remplie autrefois d"un morceau de pâte de verre.
Sur la chasuble des évêques du \ui'' siècle, au-dessus du pallium, est presque toujours posée une de ces larges plaques ornées de pierreries, qui ne sont qu'un ornement et rappellent le pectoral du grand prêtre du temple de Jérusalem (lig. S)'. Mais revenons aux fermaux ayant une destination utile, et d'abord aux fermaux de manteaux. La fibule mérovingienne s'attachait difficilement. Il fallait ramener devant soi les deux bords du manteau, puis les rejeter sur l'épaule lorsqu'ils étaient l'éunis, ou bien les fah'e athu'her par un servilcui'; on abandonna donc, au xu'' siècle, cette libule, et on la remplaça pai- des agrafes, dont les deux parties étaient cousues aux
' On pDi'lail laniiliniKil iIl' l;i callirilialc ili' f'.liariri's.
[ AGHAKE ]
bords du vêlement; rniie portait un mordant, cl l'autre était faite en façon de gourmette pour pouvoir rapprocher plus ou moins ces deux
(j •yc'.v
bords. Voici une de ces agrafes (lig. 6) ^ La piirlie A est cousue sur le manteau; elle porte un mordant B, qui passe à travers l'étolfe
(voy. la coupe C). La tige centrale seule sert à retenir la soie ou le fil, afin de laisser les ailes libres et faciles à saisir. La gourmette D
1 Attaehaut le mauleau du liiii îles viugt-qiiatrc vicillanb de TApocalypse, portail occidental de la calhcdralo de Cliarlres (xii^ sièele). Autri; analogue, portail de l'église de Moissac (xii'' sièile).
— 9 — [ AGUAKE ]
est cousue sous la bordure du maïUeau au moyen de la patte P. et est posée sur un morceau de peau V, afin que le mordant B ne puisse user l'étoffe de la robe par le frottement et se faire sentir sur l'épaule. Le mordant pouvait ainsi entrer dans les crans successifs et brider plus ou moins le manteau sur la poitrine. L'autre agrafe
de manteau, (lu'on trouve souvent liguvée sur des statues du xnr siècle, se compose de deux plaques formant un couplet (fig. 7), avec une broche qui les réunit. Les deux parties du couplet étaient cousues aux bords opposés du manteau, ainsi que l'indique notre gravure. Pour que la broche ne s'égarât pas, un cordonnet la reliait à l'une des parties du couplet. La charnière était décorée de gravures ou de pierreries, ainsi (jue la lèle de la broche '. Plus tard, c'est-à-dire vois la lin du xni" siècle, les manteaux ne se portèrent plus ouverts sur l'épaule droite, mais ouverts par devant, et leurs
' Slalucs d'apùtiTs île lu siiiiilr rli;i|'i'lli' de l»;iris; slaliu's des mis do Saiiil-Dcnis.
lu. -- -1
[ AGIÎM'E j
bords farent réunis par une ganse passant à travers un œillet de métal, pour pouvoir, au besoin, serrer les deux bords l'un contre l'autre (voy. Manteau).
Les petites broches furent en usage, à dater de celte époque, pour