COUVRE-CHEF
Pour les liâmes nobles, à dater de la llu du xive siècle, elles portaient des couronnes d'orfèvrerie plus ou moins riches et dont la forme épousait les mouvemenls de lacoitîure. (Voy. Coiffure.)
COUVRE-CHEF, s. m. {cueuvrc-chief, queuvre-chief , couvrechief). S'entend, habituellement, comme coilfare de nuit ou de chambre. Cependant il est question, dans les comptes de l'argenterie des rois de France au xiv'' siècle, de couvre-chef qui étaient des coitlures d'apparat. Pour le sacre de Philippe V, il est fait men-
tion d'un « cueuvre-chief de veluiau vermeil, ouquel il a 192 ven- « très (de menu vair) » '. Pour que 492 ventres de menu vair fussent nécessaires à la doublure de cette coiffure, il fallait qu'elle fût très-ample. C'était probablement un capuchon avec camail, un chaperon fourré (voy. Ciiapero>!). Les couvre-chef de nuit étaient fails de toile, au xv^ siècle : « Pour la façon de douze queuvre-chiefz <' à mectre de nuit, faiz de 10 aunes demie d'autre Une toile de « Rolande 2. » Ils étaient en forme de béguins en pointe au sommet de la tête, et les hommes en portaient aussi bien que les femmes. On donnait aussi, pendant le xiv^ siècle, le nom de couvre-chef
' Compte de Geofftoij de Fleuri, l.'jKi. ' C.omple (le l'/uS.
— 323 — [ COLVRE-CIIEF ]
à certaines coilïures de femme composées de réseaux d'or et de pierreries posés sur des tissus de soie et d'or, que les dames mettaient lorsqu'elles se rendaient dans les assemblées :
u Et pour aler outre la gent.
« Fins cuevreeliicrs a or batus.
« A [ierres et perles dessus ;
« Tissus (le soyo et de tin or i. »
Ces couvre-chef précédèrent les hennins et les cornes, et peuvent être confondus avec les escofiions ^. Des miniatures d'un manuscrit de la Bibliothèque impériale qui date de 1385 à 1390 nous donnent plusieurs exemples de couvre-chef de dames. Le premier (fig. 1) est un véritable escoffion avec voile léger, empesé, couvrant la nuque.
mi\^--v\>:*^
Ce couvre-chef est brun, avec résille d'or et perles. Le second (fig. 2) est porté par une dame noble assistant à la cérémonie d'armement d'un chevalier. Il se compose d'une calotte d'un tissu très-léger et transparent comme un tulle brodé, entouré d'un lin cercle d'or au(iucl des perles sont appendties. Les cheveux sont enfermés dans une résille rouge avec fils d'or. Une écharpe de gaze enveloppe le cou de celte jeune femme. Un troisième couvre-chef de chambre est porté par une dame couchée, vêtue d'une simple chemise-
• Euslachc Desohamps, le Miroir de tiuninge.
i Voy. CoiFiTiiE, fig. :n.
[ CCCULE ]
robe (fig. 8). Ces couvre-chef sont blancs, unis ou piqués, et enveloppiiient entièrement les cheveux -. On sait que pendant le moyen âge les dames restaient au lit des semaines entières en certaines circonstances, et notamment après leurs couches, ce qui ne les empêchait pas de voir du monde. Alors elles tenaient fort à être
convenablement coiffées, et le couvre-chef de nuit atïectait plus ou moins d'élégance. Taillé en manière de cornes, on lui donna plus tard le nom de cornettes, qu'il conserva jusqu'au dernier siècle, quoique la forme de ces dernières coilïures de nuit ne rappelât en rien les bonnets cornus de la fin du xiv" siècle. On donnait encore, pendant le xv" siècle , le nom de couvre-chef à de longs voiles brodés. (Voyez l'article Tournoi, à la partie des Jeux.)
CUCULE. s. f. Vêtement de dessus de la plupart des ordres religieux : c'est la dalmatique sans manches, le colobe, et plus tard la
' M.-iiniscr. liihlioUi. iiii;i:'-i'., Lnn':elot du Uir, t'r;ui:;:iis ^l.J'.iU cnvirdu).
[ CCCULE ]
cagoule '. Le mol de cucide ne s'applique à ce vêtement que lorsqu'il est porté par des moines ; les laïques lui donnaient le nom de cape ou de goulo. La cucule ecclésiastique est une sorte de chasuble,
casiila, que les moines, prêtres et diacres endossaient pendant les cérémonies liturgi(iues. Pendant le \f siècle et le commencement du \\f, cette cucule diflère cependant de la chasuble adoptée par les prêtres qui n'étaient pas dans les ordres. Un carlulaire latin de la Bibliothèque impériale-, qui date de 1100 environ, donne quel-
' Voyez à l'urliclt; CAcjoiii.t:. C.lciiiciiL V, au iroiicilo de Viouuii en Daiipliiii;'' (1311), (li^cliire que la cucule est l'habit inonasliquu long et large sans manches, qui ne peut être coiitonilu avec le fror;. (Voy. Du (îauge, Gloss., Cucullus, Cucci.la).
- Cdi'tularium, laliii, n" '.)-!ti."i, iiiuiiu^rr. de la lin du xi" siècdi;.
[ II.M.MATIQUE ] — OÛC) —
ques figures d'abbés, au trait, revêtus de la cucule ecclésiastique (tig. i). C'est une dalmali(|ue sans manches, avec capuclion. Rien n'est plus simple que ce vêtement. Il se compose d'un morceau d'élolTe de laine de 90 centimètres de large environ (2 coudées), replié sur lui-même de a en b, descendant aux chevilles, percé d'une ouver-
ture en c, garnie d'un capuchon (tig. 2). Porté, ce vêtement présente la ligure i, qui reproduit une des vignettes du manuscrit précité. Cette cucule diiïère de la chasuble en ce qu'elle se termine carrément devant et derrière. Des attaches réunissent les deux pans antérieur et postérieur, et en passant les bras par les intervalles a, b, c, on pouvait retenir plus ou moins ces pans sur la saignée. La cucule ordinaire des moines est représentée dans la ligure 1 de l'article Cagoule. Les religieux bénédictins et cisterciens qui portaient ce vêtement ne devaient s'en séparer que la nuit, et le placer sous leur tête pendant l'été, sur leur corps en guise de couverture, pendant l'hiver.
DALMATIQUE, s. f. Originairement, vêtement sans manches, consistant en un large lez d'étolTe fendu par le milieu pour passer la tête, et tombant jusqu'aux pieds devant et derrière. Guillaume Durand ' dit que le pontife revêt immédiatement la dalmalique pardessus la tunique, d'après l'institution du pape Sylvestre, et qu'on
' Iifiti07inlt', (Mil. XI.
— •■^-'7 — 1 DAI.MATIUIJE ]
croit ce vêtemenl cmprunlé de la luniiiue sans coiilui-e du Sei.ancnr, comme la ciicule monacale. Le pape Sylvestre, toujours d'après Guillaume Durand, aurait ajouté de larges manches à la dalmalique primitive, et aurait élabli (ju'on la porterait aux sacrifices de Taulel. La largeur des manches de la dalmatique du moyen âge aurait été proportionnée à la dignité des personnages. Ainsi les manches de la dalmntiijue du pontife sont plus amples que celles de la dalmatique du diacre, et celles-ci plus larges que les manches de la tunicelle du sous-diacre. « L'évêque, ajoute notre auteur, se sert en même temps de la dalmatique et de la tunicelle, et des ornements de tous les ordres , pour montrer qu'il a parfaitement tous les ordres ,
jliL
/I. CU/HAIWa 7
comme celui qui doit les conférer aux autres. Les prêtres d'un ordre inférieur ne les confèrent pas, et voilà pourquoi ils ne les portent pas De plus, le pontife revêtu de ces ornements et remplissant sa charge, représente d'une manière plus expressive l'image du Sauveur que le simple prêtre ; et les symboles attachés aux ornements lui conviennent davantage La dalmatique doit avoir deux
bandes d'écarlate des deux côtés, devant et derrière, depuis le haut
jusqu'au bas Parfois les bandes sont de pourpre Au côté
gauche de la dalmatique aussi, il y a d'ordinaire des franges Il
y a encore des dalmatiques qui ont quinze glands devant et derrière et (juelques-unes ont vingt-huit franges devant et autant
derrière..,. Il y a aussi sur la dalmatique une broderie continue,
et elle est ouverte des deux côtés Lorsque ce vêtement est
étendu, il représente la forme de la croix (lig. i) : voilà pourquoi on
[ KALMATIULI-: ] ~ ^^8 —
le porte à rofliro de la messe, où Ion rcprésenle la passion du Christ. »
La daimaliqiie l'om place le colobe, qui élail une lunique ne descendant qu'à mi-jambes, et garnie de manches ne dépassant pas le coude. On prétend que le colobc était le vêtement des apôtres. Quant à la dalmatique ou tunique talaire, elle était considérée dans la Rome antique, même sous les derniers Césars, comme un vêlement eiïéminé. C'est en elTel le pape saint Sylvestre qui prescrivit aux clercs, dans l'église, l'usage de la dalmatique à longues manches. Au \n^ siècle, Honorius écrit que le colobe était, comme la cucule, un vêtement sans manches, mais muni d'un capuchon ainsi que la chasuble.
Il n'est pas de vêtement dont la coupe soit plus simple que celle de la dalmatique, ainsi que le fait voir la ligure 1. La dalmatique devint le vêtement propre aux diacres pendant les offices des grandes fêtes ; elle était fendue des deux côtés, des aisselles au bas. La figure 2 ' montre un pi'être à l'autel, revêtu de l'aube et de la chasuble. Derrière lui est le diacre tenant la patène; sa main est couverte d'un linge; il est vêtu de la dalmatique sans collet et sans
< Miimiscr. I>ililii)th. iini^rr.. Missrl liiliii li.'id riivinni .
— 320 — [ nAI.MATlQlE J
rapnclion, sur raiibo. Un cleiT. on aube, le suit en porlanl un fhihellnm. La (ialmali(|ue du diacre est couleur pourpre avec broderie au bas. La forme de ce vêtement religieux se modilia quebiue peu. Il fut souvent, pendant les xn*" et ws" siècles, dépourvu de capuclion. les diacres n'en portaient pas ; le col, plus ouvert, laissait voir la bordure de l'amict (voyez ce mot), (|u"on aperçoit à peine dans la vignette
précédente. Au commencement du xiv siècle, les mancbcs de la dalmatique sacerdotale sont plus étroites et plus longues (dg. 3)'.Le col très-écliancré de celte dalmatique laisse voir le bord de l'amict brodé d'or ; la dalmatique est lilas, et le bas de l'aube est garni par devant d'un carré de broderie d'or. Mais la dalmatique n'était pas portée seulement par les clercs ; c'était aussi un vêtement laïque, (jui n'est autre que le bliaut, dont la forme a été très-variable du xn'= au xiv° siècle-. On ne lui conservait le nom de dalmatique que dans
' .MamisiT. IJililiulli. iiii|><'i'., le Miroir hislorial, IVanrais (1;J20 oiiviroii).
- Vl)\ . r)LIArT
io
[ DAI.MATIULE ] — o30 —
les solcnnilés, lorstju'il était considéré comme un vêtement ayant un caractère sacré.
Ainsi, les rois de France portaient parfois la dalmatique, notamment à un certain moment de leur sacre, lorsque le cérémonial de cette solennité fut réglé.
Un manuscrit de la Bibliothèque impériale', dédié à Philippe le Bel, nous montre ce prince sur un trône, revêtu de la dalmatique à manches courtes et à capuchon. Elle est bleue, semée de lleurs de lis d"or (tig. 4). Sous ce vêtement, le roi porte une cotte rouge, dont on n'aperçoit que les manches justes. Dans sa main droite, il tient des gants blancs.
On peut donner le nom de dalmatique à un vêtement très-singulier qu il était d'habitude de porter, parmi la noblesse, à la lin du xiV siècle. Cette époque est peut-être celle qui, pendant le moyen âge, déploya, dans la coupe des vêtements d'hommes et de femmes, la plus grande variété et le plus grand luxe. Après les vêtements serrés au corps que les hommes portaient sous Charles V, on se prit
1 Apologues, liilin (prciiiin'cs aiiiu'os du xiv'' siùclo).
ItAI.MATlQLE
d'un goùL prononcé pour les habits d'une ampleur prodigieuse, et telle qu'on ne comprend pas comment on pouvait se mouvoir sous ces amas d'étolïe. Surcols, peliçons, houppelandes, capes, robes fourrées, dalmatiques, furent de mode de 1390 à 1400, et il semblait
que les gentilshommes cherchassent alors à donner à ces habits le plus d'ampleur possible. Cependant, la forme de la dalmati(pie était le plus rarement admise. Voici (lig. 5) un exemple remaniuable de ce vêlement, tiré du manuscrit de la Cibliothèijue in)périale, intitulé : De l'informacion des roys et princes \ Celte dalmaticiue n'a pas de
' Ce manuscrit porte, à lu iirciiiif're ot k la (IcriiiiTc \v.\\ii\ la sij;nalure di' .Icaii. duc (le lîerri, onde du roi Cliarlcs Vl.
I DKIII. J — oo!i —
manches, mais est taillée sur les bords en barbes d'écrevisses. Le devant du vêtement est seul attaché au corps par une ceinture noire et blanche, tandis que la partie postérieure reste tombante. Sous cet habit est la cotte à manciies justes et à collet serré, suivant la mode d'alors. Le gentilhomme est coitïé d'un chapeau de feutre noir, bas de forme, à larges bords, sur lesquels sont posées des plumes blanches. Ce vêtement devait être très-élégant et pouvait être porté à cheval.
L'inventaire du trésor de Charles V ' mentionne parmi divers vêtements : « Ung dalmalique de satin azuré semé de (leurs de lys « orfroisie (bordé) à perles tout autour et doublé comme dessus « (d'un satin vermeil) fermant sur les deux espaulles à quatre gros « boutons de grossettes perles, et en chascun diceulx a ung chaston « dung ballay dorient ou mylieu. »
Le surcot est une dernière tradition de la dalmatique appliquée aux vêtements laïques. (Voy. Suhcot.)
DEUIL, s. m. Lorsque le christianisme fut triomphant, les premiers docteurs de l'Église prétendirent modifier les usages de l'antiquité romaine en fait de deuil. Ils pensaient que, suivant l'idée chrétienne, les survivants, loin de manifester extérieurement de la tristesse par des vêtements sombres, devaient, au contraire, marquer leur foi en une vie meilleure, en la délivrance des misères terrestres, et ne pas porter des vêtements qui, par leur forme ou leur couleur sombre, pussent faire supposer qu'ils fussent affligés. Les pleureuses et tout l'attirail funéraire de l'antiquité païenne furent supprimés, mais les réformateurs ne purent jamais obtenir que les parents et amis d'un mort ne manifestassent leur douleur par des signes visibles. Quelle que soit la foi en l'immortalité de l'àme, le cœur humain ne pourra jamais considérer la mort d'une personne chère autrement que comme une séparation fort douloureuse, au moins pour ceux qui restent ; ei l'idée de conformer l'habit à l'état de l'esprit persistera probablement tant que durera Thumanité. Les Romains, pour pleurer leurs morts, revêtaient la togn pulla -. Les peuples d'Orient se couvraient la tête et le visage.
Le noir fut donc admis, chez les peuples occidentaux, dès les premiers temps du moyen âge, comme la nuance qui convenait aux habits des parents d'un mort ; et, sauf de rares exceptions, cet usage
1 Bibliolli. iiiipôr.; uuimjro d'urdro di; l'iiivcntaire, .'}444. - Toiffi pidlu, vôteincnl de couleur brup.c.
— 33o — [ DEUIL ]
persista jusqirà nos jours. La forme des liahils de deuil ne fui pas toujours la même que celle des habits ordinaires ; un les tint longs et amples, ne laissant voir tout au plus ([ue le visage. On supprima les bijoux, les broderies, la soie. Toutefois, il ne parait pas que celle coutume fût admise d'une manière régulière avant la lin du xiv° siècle ; et les usages des peuples conquérants des Gaules persistèrent assez lard.
Les Germains ne pensaient pas qu'il convînt aux hommes de pleurer sur les morts, et ils laissaient aux femmes ces marques de faiblesse'. On retrouve les traces de ces mœurs viriles jusque dans nos romans des xn*" et xni° siècles. Et chez les femmes mêmes, en dehors des marques immédiates de la plus violente douleur, il ne semble pas qu'il y ait la pensée de manifester les signes de cette douleur dans les habits. Quand Raoul de Cambrai, mort, est rapporté sur son écu par ses compagnons d'armes dans le palais de .sa mère, le bruit de cet événement se répand partout :
" À CCS paroles viat Hclvis sa iiiic
M Abevilc ot eu droite anceserie -.
« Ccle pucèlo fu riclicmeut veslic
'< El afiiblée tfun pailc de Pavic.
'I Blanche char ot comme flors cspanic ;
i< Face vermclle comme rose couloric,
•■ Qui bien l'esgarde vis est quêtez jors rie.
n Plus bêle faine ne lu onqnes en vie.
" El mostier entre comme femme csniarie '
•• Isiièlement a haute vois escric :
'< — Sire Raous, comme dure départie * ! >>
Ainsi, la maîtresse du jeune comte est richement vêtue lorsqu'elle vient au mouslier où le corps est déposé. Mais les lamentations ne font défaut ni à la mère ni à la (iancée; l'une et l'autre se pâment plusieurs fois devant ce cadavre ensanglanté, dont elles veulent voir et compter les plaies comme faisaient bnirs aïeules les Germaines •.
' '< Scimlcrum cespcs crigil : ni Jiiunii'uloriiMi arduum et opcrosum lionorcm, ut '< gravem defunctis, adspcrnaulur : lamenta ai: lacrymas cito, doloruMu et Irisliliam « tarde ponuut ; feminis lugcre honestum csl, viris mominiss?.. » (Tacite, Germania, c:\\i. XXVII.)
2 <i Pur droit île succssion ».
•' u Aflligôe ».
* Li Romans de Raoul de Camhrai [Wn du xii« siècl'!)-
> « Ad uiatres, ad coajuges vuluera ferunt : ni'c ill c iiumi'i'arc, anl exsngerc plagas '< pavi'ut.. . '■ (raciti', Genirinia, i ap. mi )
[ DEUIL ] — 33 i —
Elles s'ari-aclient les cheveux, se (léchircnt le visage. Les choses ne se passent plus ainsi au xiv« siècle :
(I Et (ie Tobscquc aussi qu'il fault, « Couscillics-lcs et bas et liault; « Car on doit faire k graut seigueur << Son obseqiie par graiit honneur.
« Vcstez le noir comme il/, lerout « Et quant le deuil pa.ssé auront...
Et plus loin :
« Mais les gens du chevalier franc
u Furent adonc vestus de hlanc,
« Qu'eu France ou seuil- veslir le noii' :
« Ce n'est pas hourde, il est tout vnir ;
« C'est une chose si commune,
« Qu'aussi. C. [lersounes comme une
« Cela clerement apparceurent,
« Le à l'enterrement de lui furent :
« De quoy moult de gens s'esbaliirenl,
(1 Pour ce (]u'on(]ues mais ce ne virent.
<i l'ourquoy le list, je ne le s(;ay ■'. »
Sous le règne île Charles V, Eustache Deschamps écrivait ces vers :
(c Et s'elle veull alcr au corps '.
u De Caullier, Hersan ou JelKinuetle,
« Il li fault robe de brunelte
Il Et mantel pour fan'e le dueil-î. »
A la mort de Louis le Hutin, Philippe le Long prit le deuil en noir, non-seulement sur ses habits, mais dans ses appartements : « Premièrement. Pour 4 cendaus noirs, pour faire 2 petites couste- « pointes, que il ot quant nostre sire le roy Loys fu trespassez ''. » Cependant, cet usage ne paraît pas persister au commencement du xv" siècle. Alors, si Ton en croit Aliéner de Poictiers', le roi de
' Mellusine, le Livie de Lusignan, ijocme composé dans le xiv<^ siè('le, vers lO'i.
* beult, a coutume.
3 Vers 6123.
* « Au convoi ».
5 Le Miroir de inai iaye.
8 Compte de Geo/jfroy de Fleuri, l."M(i.
■ Les Honneias de ut courll't'.VJ environ).
— HSo — [ DECII. J
France ne portait plus en noir le (leuil, fût-ce de son père, mais en ronge', « et manteau et rohbe et cliapperon ; mais la royne porte « deuil (en noir) ». Madame de Charolais, fille du duc de Bourbon-, demeura après la mort de son père six semaines en sa chambre, couchée sur un lit couvert de draps blancs de toile, et appuyée sur des oreillers : « Elle avoit mis sa barbette et son manteau de cliap- « peron, lesquels estoient fourrez de menu vair, et avoit ledit man- « teau une longue queue aux bords devant le chapperon, une paulme « de large, le menu vair (c'est à sçavoir le gris) estoit crespô <' dehors -*. » L'auteur ajoute qu'en grand deuil, « comme le marit (' ou de père, on ne souloit porter ny verge* ny gantz es mains. « Et si faut savoir que la robbe est aussi à queue fourrée de noir, « et le poil qui passe en hault et en bas, le gris est osté et ne « voit oncque le blancq : et, durant qu'on porte barbette et mantelet, « il ne faut porter nulles ceintures ne ruban de soye, ne autre que « ce soit
« Les dames ne doibvent point aller au service de leurs marits, « s'il ne se fait après les six sepmaines ; aussi ne font les princesses, « mais pour père ou mère, ouy.
« Item, pour le frère aisné l'on porte tel deuil que pour père ou " mère, et tient-on chambre six sepmaines; mais l'on ne couche « point.
« Item, pour autres frères et sœurs, on ne porte que la barbette « et le couvre-chef dessus. Générallement pour oncles et cousins « germains, le mantelet ; pour issus de germains, le touret et le « noir.
« Et est à sçavoir que pour marit on porterai demy an le man- " teau et chapperon. trois mois la barbette et le couvre-chef dessus, « trois mois le mantelet, trois mois le touret, et trois mois le noir, « et tousjours robbes fourrées de menu vair ; au lems passé, on ne '< les portoit qu'un an ; mais il me semble que pour marit on le doit " porter deux, si l'on ne se remarie. Item, pour père et mère un « an; pour aisné frère l'on dit un an; mais peu le portent si lon- « guement pour aultres frères, sieurs et aullres amis", dcuiy an, '< trois mois, si lorsque le cas le requiert
' Il faut entendre ici le rouge couunc pourpre.
2 Mort en 14;i(!.
' Les Ho}ineu'-s de in cour.
'* .< Bagne, anneau ».
■' i< PiiriMils ».
[ ItEL'IL ] — 336 —
(( J'ay veii du lems passé que Princes et Grands Nobles gens, « ([uand on faisoil le service de leurs parens, ils avoient queue »> d'une aulne ou de ti-ois quartiers, et les cornettes de leurs chap- « perons aussy longues, mais maintenant l'on porte toutes courtes « cornettes, et aussy bien les princesses que les aullres'. »
La barbette, ainsi que nous l'avons e\pli(|uê à l'article Coiffure, était une bande de linge qui, passant sous le menton, s'attacliait sur la tête en couvrant entièrement les oreilles, et sur laquelle on posait le voile formant guimpe. Le manlcau de chapperon était un manteau avec large cbaperon (lu'on pouvait ramener sur la tête de manièi'e à caclier entièrement le visage. Les queues au bord
' Les Ho7Vir.'urs de la cour.