C()L'RO>'NE
Clovis, au portail nord de la caLliédrale de Reims i. Celte couronne présente une disposition assez rare. Elle ne consiste qu'en an jonc ou mince listel immédiatement surmonté d'un riclie enroulement. Ordinairement le cercle est large et est enrichi de pierreries.
Cr ijVNiOi
Voici (lîg. 8) deux exemples de couronnes appartenant à la (in de la première moitié du xni'' siècle: la première. A, est posée sur la tête de Louis le Gros ; la seconde, B, sur la tète de Constance d'Arles -. La couronne de Louis le Gros est composée de iinit plaques à char-
' Tympan (1230 euvirou).
- On sait (|no ocs lii,'iiro> fiinsnl relhilcs sons saiul Louis poiir rlic roplacôcs sur les lonihus lies rois (■! des rcinrs (inscvolis dans Ti-i^'Usc alilialialc lic S.iinl-Dcnis.
nières porUinl cliuciine nu lleiiron, qiialrc un bouquet de feuilles d'érable, les quatre intermédiaires une (leur de lis. La couronne de Constance d'Arles, d'un seul morceau, est formée de quatre groupes de Heurs de lis jumelles et de quatre fleurs de lis simples. Cette composition est des plus originales. Nulle distinction d'ailleurs, à cette époque, non plus que précédemment et plus tard, entre les couronnes des feunnes et celles des hommes. Cependant ou ne voit
Gr MA
les couronnes fleuronnées que sur les têtes des rois et des reines, et habituellement, à dater de 1230, les fleurons sont au nombre de huit, quatre principaux et les quatre intermédiaires plus petits. Ces fleurons sont pris dans la flore : ce sont des feuilles d'érable, de chêne, de passiflore, d'ancolie, d'ache, de chélidoine, de trèfle, copiées scrupuleusement vers le milieu du xni° siècle, puis peu à peu interprétées en exagérant le modelé ou contournant les formes naturelles. Les monuments de Saint-Denis présentent un assez grand nombre d'exemples de ces couronnes de rois et reines de la lin du xni'' siècle et du commencement du xiv'.
Entre tous, nous donnons la couronne de la statue de Philippe V, dont les quatre grands fleurons présentent des groupes de feuilles d'aristolochecontournées,et les petits des feuilles de chélidoine (flg.9). Il semblerait que dès le xm^ siècle, la couronne à quatre grands fleurons et quatre plus petits fût spécialement alïectée aux rois et reines de France, et que les autres personnages de sang royal, ou
avcant le titre de rois, dussent être coitïés de la couronne à huit fleurons égaux.
Dans l'église de Saint-Denis, on voit aujourd'hui la statue de Léon
Vr
de Lusignan ', dernier roi de la petite Arménie, (|iii, i-erii par Chai'lcsV avec une grande distinction, étant mort à Paris, fui inhumé
sous Charles VI dans Téghse des Célestins. Ce prince est coui-oimc de la couronne à huit fleurons égaux (fig. 10). H en est de même de la figure de Béalrix de Bourhon -, fille de Louis I'"', duc de Bour-
' Des Célestins de l'aiis.
- Déposée a Sninl-Drnis, provi'ii.-uil ries ,l:iciihiiis de l'iiris.
bon et arrière pelite-lille de sainl Louis. Elle avait épousé en premières noces Jean de Luxembourg, roi de Bohême, mort à la journée de Crécy. Cette princesse mourut en 1383. Elle est coiffée d'uu voile épais sur lequel repose une couronne formée de huit noiirons égaux (lig. 11), tandis que la statue de Jeanne de Bourbon ', femme de Charles V, est coiffée d'une couronne à charnières surmontée de quatre groupes de feuilles et de quatre fleurs de lis. Mais ce qui démontrerait que les règles d'étiquette n'étaient pas fixées encore vers la Un du xiv^ siècle à l'égard des couronnes, c'est qu'en tète du
manuscrit de la Bibliothèque impériale, intitulé Des prophéties des choses, est peint un remarquable portrait du roi Charles V, jeune, coilTé d'une couronne très-haute, très-légère, formée de neuf grandes fleurs de lis et de neuf broches garnies chacune de deux perles (fig. 12) -, et qu'au frontispice du manuscrit des Visions de sainte Elisabeth \ est de même représenté ce prince plus âgé, coiffé d'une couronne à six pointes égales surmontées de petits trèfles (fig. 13). Cette miniature est intéressante à plus d'un titre. Le roi est vêtu d'un large surcot bleu doublé d'hermine, avec capuchon derrière.
' Provouant du portail des (^iMeslias, déposée a Saiat-Dcuis.
- Au-dossDUS do la iiniiiiitiire représentant le roi assis recevant la déilirace du livre, on lit : « ('.y cuniinaiice le livre des propriétés des cliosi'S translate de latin en tVaucois u par le conimaudcnicnt du roy Charles le (]uinl de son nom rejouant eu France nohle- II ment pnissainent en ec temps. .. »
•■* liihliotli. impér., manuscr. dédié an roi Charles \ .
Los robes de dessous sont également bleues, la seconde étant aussi doublée d'hermine. Un sergent d'armes, auteur du livre, le présente au roi. Il est vêtu d'un corset gris avec chausses et cotte dont on aperçoit seulement le col brun rouge, et ceinture d'argent. On sait combien le roi Charles V aimait ses fidèles sergents d'armes. Il n'est pas besoin de dire que la couronne n'est ici qu'un signe distinclif, et que les princes ne portaient ce joyau que dans les solennités.
PRUtJMRE
L'inventaire des joyaux de Charles V ', dressé en 1379, relate un nombre prodigieux de couronnes et cercles d'or enrichis de pierreries (cinquante-six). En têle du chapitre mentionnant seulement les couronnes est donnée la description de « la très grant, très belle et '< la meilleure couronne du Roy, laquelle il a fait faire; en hujuelle « a quatre grans dorons et (luatre petiz garniz de pierrerie. Et en '< chascun des grans llorons, c'est assavoir ou maislre Horon endroit « le chappel -, a un très grant ballay ^ carré accosté de deux grans « saphirs, et aux quatre coings dudit ballay carré a en chascun une
' Maiiusrr. Hililinlli. iiiipri'. ;ri-;iii(;iiis), ii" lild'i. l'cilin l. ^ Sur l;i face autôrieiire.
» H II bis
[ (:oiRO>'NE ] — 318 —
« 1res fïrosse perli>. Et au dessus du dii'l ballay a ung autre ballay « carré au dessus duquel a deux perles et ung dyamant ou mylieu « et au dessus ung autre ballay long sur le tout et au dessus a pa- « reniement deux perles et ung dyamant. Et au mylieu dudit floron « a ung grant sapliir à huit costés, au dessus duquel a un dyamant. « Et ou chef dudit ftoron a un gros ballay cabouchon et aux deux « costéz, deux bailaiz carrez, à l'environ desquels a quatre grosses « perles et aux costez dudit sapliir a en chascun coslé troys gros « balaiz cabouchons, ou mylieu desquels troys balaiz à ung dyamant « et troys perles entre deux. Et en chascune pointe de dessoubz la « dicte fleur de lys a une troche de trois perles et ung dyamant ou « mylieu. Et ou chef dudit floron a une troche de cinq très grosses « perles et un dyamant ou mylieu.
« Et ou petit floron de la dicte couronne a ou chappel ung très « grant saphir acosté de quatre balaiz, au dessus duquel saphir « a ung ballay carré et ou mylieu dudit floron ung gros balay « cabouchon à l'enlour duquel a troys saphirs et quatre perles ; et « ou chef dudit floron a une troche de troys perles et ung dyamant « ou mylieu. Et ainsi se poursuivent tous les dits florons en nombre « de pierrerie. Et outtre a ou chappel huit bastonnez dont en clias- « cun a quatre grosses perles. »
Ces couronnes royales étaient toujours accompagnées d'une coiffe ou aumusse ornée de pierreries :
« Etestraumuce deladicte couronne de veluiau azuré sur laquelle « a une croisiée d'or garnie de pierrerie ; c'est assavoir, de huit « bailaiz, huit saphirs et trente-six perles ; et ou dessus a ung très « grant et très gros saphir, ou dessus a une très grosse perle. Et sur « le veluiau de ladite aumuce a douze fleurs de lys d'or cousues.»
Le même inventaire mentionne un grand nombre de cercles d'or sans fleurons, ornés de pierreries, de perles et d'émaux, particulièrement destinés aux coifTuies des femmes : " Item le grant cecle « qui fut à ladicte Royne i Jehanne de Bourbon ouquel a sept « assiectes garny de dyamans, balaiz, sapbirs et 1 roches de perles. « C'est assavoir vingt et troiz balaiz, seize saphirs, soixante dyamans « et cent seize perles. Et es bastonnez dudit cecle a sept balaiz, sept '< sapirs et quatorze dyamans, pesant cinq marcs deux onces. »
Ces bastonnez étaient les petites séparations verticales couvrant les cliarnières du cercle.... « Item ung autre petit cecle estroit ap- « pelle le cecle rouge ou quel a vingt bailaiz que petit que granz et
1 Miiil(! raniiôi' ]ir('c(''(l(Mile.
— oi9 - [ COLROM>'E ]
« quarenlc perles pesant ung marc une once. » Ces cercles étaient parfois arraoyés : « Iteoi deux peliz cccles d"or d'une mesme façon « à lozanges de France et de Navarre dont en leur cecle a vingt et u deux lozanges. C'est assavoir : unze lozanges de perles es(iuelles « a en chascune huit perles, et unz d'or des armes de France, et X en l'autre cecle a vingt sept pareilles lozanges dont il en a treize « de perles et quatorze d'or comme dessus.... »
Le caractère de joyau composé d'au cercle sommé de lleurons en nombre plus ou moins grand et de formes plus ou moins variées ' fut conservé, même pendant le xv" siècle, aux couronnes royales de France. Ainsi voit-on le roi Salomon représenté sous les traits du roi Charles VIII sur une des belles tapisseries de la cathédrale de Sens, coiffé d'un bonnet de velours rouge garni d'une couronne d'or richement décorée de perles et de pierres Unes (fig. 14). Cette couronne est sommée de huit lleurons égaux qui n'alTectent aucune forme consacrée ; ce ne sont ni des Heurs de lis ni des bouquets de feuilles, mais des ornements. Il paraît inutile de multii)lier ces exemples très-variés et qui piouvent (pie la forme des couronnes royales n'était pas lixée par l'étiquette avant le xvi" siècle. Il était
' !/iii\uiil;iiii; (les joyMiix i\r Cliiiiics \' iiiciilinmu' tics cnuidiiiics à sept i,'raii(ls llciirous L't scpl [lolils ; à seize llciinius, liiiil j^iMiids el liiill pclils ; ii dk-liuil tleiiroiis ésaux, elc.
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d'usage, cliez les pi'inces, pendant le xv" siècle, cl parliciilièremenl pendant la seconde moitié de ce siècle, de poser des couronnes sur des chapeaux, des bonnets hauts; les femmes en portaient sur les hennins, sur les escofiions, sur les cornes (voyez ConTURE^ et Ton connaît la belle médaille de Louis XII qui représente encore ce prince portant , sur une sorte de loque , une couronne lleurdelisée. Les
rois, en armes, porlaient la couronne par-dessus le heaume ou le hacinet, à dater du xm*" siècle. Cet usage se perpétua jusqu'à la lin du XV». L'inventaire des joyaux de Charles V mentionne « une cou- « ronne à bassinet à dix gros saphirs, quinze balaiz esmeraudes et « perles d'Escosse pesant deux marcs ; de laquelle ont esté prinspour « meelre en la lleur de lyz du sot (du fou du roi) deiix ballaiz, ung « carré et ung beslong, et a ledit ballay beslong esté taillé à huit « coslez. » Cette couronne, sur les cinquanle-six inventoriées, est la seule qui soit propre à être adaptée à un bacinel, et encore en a-t-on retiré deux pierres hnes pour orner la lleur de lis du fou. Ceci démontrerait, s'il en était besoin, que le sage roi Charles V n'endossait pas souvent le liai'nais de guerre.
Quant aux cercles d"or ornant la coilTurc des nobles et des dames, on les voit figurés maintes fois sur les monuments à dater d'une époque très-ancienne et jusqu'au xv" siècle. Parfois ces cercles sont sommés de petits fleurons nombreux, de perles, ou sont garnis, sur le listel, de fleurettes d'or ou d'émail espacées '. Voici, figurelo, la couronne-cercle qui ceint la tête de Charles d'Artois, comte d'Eu, mort en 1471, et dont la statue est déposée dans la crypte de l'église d'Eu. Cette statue était, avant la fin du dernier siècle, placée sous un i-iche dais, dans une des travées du sanctuaire de celte église abbatiale.
Les couronnes des barons (lorlils) sont très-rai'ement indi(|uées dans les monuments du moyen âge. Cependant une vignette d'un manuscrit de la BibliollièV|U(' impériale, représentant le couronnement d'un roi -, montre un bai'oii coiliV' d'un toi'lil de verdure (lig. 'IG).
' Viiyc/. hi sliillic (lu cuiiitr il KliUllpOS dt'lKisi'i; diiiis l'rgliSL' Mlilii[li;ilr ilc S;iiiil-I)('iiis. ■ Mamisci-. liililiolli. iiiiprr., Chroniques d' Angleterre, fraïu.-iiis (l.'i'.)O ciiviiou).
m — VI