‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la RenaissanceChapitre 50 sur 76 · III. — i(i · texte numérisé non relu

III. — i(i

« que il oL à Lions, an sacre notre père le pape » — <( Pour

« 3 kamokaus uzurez, IjroJcz dessus des armes de France, délivrez « à Jehan le Bourguignon, le nii^ jour de décembre, pour faire une « cote et i mantel à la royne, 8 1. pour pièce, vallent 24 1. '. »

L'étolTe brochée que donne la planche VIII ne paraît pas appartenir, par le style de son dessin, à la fabrication orientale. Quant aux pniles de Damas, bien que divers auteurs aient prétendu que les étoffes provenant de3s fabriques de cette ville aient été importées en Occident dès Tépoque mérovingienne, il n'en est fait mention chez nous qu'au xiv« siècle. 11 est vrai qu'on donnait alors le nom de paik's de Damas h des étoffes qui ne paraissaient pas avoir de rapport avec ce qu'on appelle auj(mrd'hui damas, mais à des tissus de suie de diverses couleurs ou brochés, à des brocarts d'or et d'argent :

« Or chevauche le roy île Chip[ii'e,

'c Qui n'est ]ias vestuz de drap d'Ippre,

(1 Mais d'un ihvip d'or t'ait à Damas 2. n

Du reste, les textes offrent les plus étranges confusions, s'il s'agit de désigner les provenances des étoffes orientales. Il est parfois question de pailes d'Inde, et même d'étoffes, qui proviennent d'une île habitée seulement par des femmes dirigées par des fées. Les étolîes de soie changeantes sont souvent celles qui passent pour être fabriquées par ces ouvrières privilégiées ou par des nains. Dès le xn"" siècle, les étoffes à reliefs changeants étaient connues ^ ainsi que le marque un passage d'Alain de Lille. Elles étaient très-communément employées, pendant les xiv" et xV siècles, dans les habillements des femmes, et alors on en fabriquait à Venise, dans quelques villes d'Italie, en Espagne et même en France.

Parmi ces étoffes de soie, il faut citer le siglaton, qui semble avoir les mêmes qualités que le samit et servir aux mêmes usages :

■c Varochcr fait despoillicr environ .

'< Puis rovestir d'un riehe svslaton '•. »

' lliiil., 2*^ section, art. :i.

- Guillaume de Machau, la Prise d'Alixandre.

'■' On sait que ces niiroileuieuts variés de tous sont obtenus ]iar uue ti-anie d'une couleur et une chaîne d'une autre.

^ Macaire, vers 2517 (xiir' siècle) [les Anciens l'uijtes de la France, puhl. sous la dirccl. de M. CiUi'ssard).

— 363 — r ÉTOFFES

<' Viut à sa mère, qui clcre ol lu asoii,

i< Les liiens cope entor ol cuviioii,

u Vestir li fait .1. vciiiR'il syylalou'. >>

On en faisait des pennons :

" lirandit la haiislc clou vermeil syglnlon ^.. >•

des manteaux :

" Et le saisi au pan dou syglaton^. »

(. El lions mantiaus forrez de syglatons '•. »

Celte étolîe était d'autant plus estimée, qu'elle passait, comme le samit, pour avoir été importée d'Orient. On en faisait aussi venir d'Espagne :

" Et loi- donuoit grans dons, car de biens est garnie, «. Les biaiis cevaus d'arabes, et les muls de Surii'. « Les siglatons d'Espagne, les pales d'Auniarie-'. »

Le siglaton, comme le cendal et le samit, paraît avoir été une étoffe unie ; les étoffes de plusieurs couleurs ou brochées sont désignées généralement par le mot paile, pesle.

Les noms de paile roé (paile ou drap de soie rayé) reviennent frétjuemment dans les textes.

Les pailes (étotïes très-riches de soie) paraissent provenir de l'Afrique ou plutôt de l'Egypte '' :

H Si fu vestuc d'un paille ;iutlViqiiant '. ■■

« Son elia|iel n'ierl ])as de t'estus,

« Ainz esloit d'un noir sebclin,

» Couvei-t d'un jiaillc alcxamlrin *■'. '>

' Gnijflon, vers VolS, (xiii^' sicele) {/es anciens Poi-les).

« Ibid., vers rj331.

» Ibid., vers 100!);;.

'* Ibid., vers lOloj.

•'• Li Romans d'Alixandre : Enfance d'Alixandtc, p. 'i, vers 22 (.xm'" siècle).

^ Alexandrie exportait beaueoup de ces tissus de soir.

"^ ikmtaii iT Anhri le liouignifiniin.

** fUitiiini de Veiceral ,

M Alixaiidi'os li rois fu levés par uiiitiii

'< Vestus d'une ccniise dcliic de lin,

« Kl {■aiici's unes cauccs de pale alixandria '. »

M. Francisqnc Michel - fait observer, avec raison, que la ville d'Alexandrie n'était que l'entrepôt de ces étoffes, qui étaient fabriquées en Grèce, en Syrie, en Perse, dans l'Inde. On tissait aussi des pailes de soie, d'or et d'argent, en Espagne, à Âlmeria (Aumarie), ainsi que le prouve la citation tirée du Romans cVAlixandrc.

Les draps d'or de Frise étaient aussi considérés comme très-précieux. Est-il question de la Frise, province des" Pays-Bas, ou ce mot Frise est-il une corruption du nom de la Phrygie? Celte dernière interprétation paraît la plus probable ; car, dès le xii^ siècle, il est fait mention, dans les romans, de draps d'or de Frise, et certainement, à cette époque, on ne fabriquait pas d'étoffes de soie et d'or dans la Frise, province des Pays-Bas. On lit dans le Roman de Garin ces vers :

« Mes belles filles, pensez de vous garnir

Il Des plus biaus dras que vous pourrez ehoisir :

« Venez, ça fors, deus chevaliers vcir.

« Quant celles vient ce qui lor abolit, » Eus en la chambre montèrent por vestir, « Vestent bliaus et pelissons bermins « Et afublercut les mautiaus sehelius-'. »

Il y avait plusieurs qualités de ces pailes ou draps d'or, et elles étaient désignées par des noms différents. Outre les draps de Frise, il est question de draps d'or d'Otrante : « Noblement fut vestue « d'un riche drap d'Octrente * » ; de Chipre, de drap d'or mathebaa et arramas : — « Pour 12 aunes de drap d'or matbebas et « arramas, en plusieurs pièces •• » ; de baudequins, de naques ou nacs : « Pour 5 naques vermeus, délivrez audict Jehan, pour faire « cote, surcot et mantel à la roine, 11 1. 10 s. pour pièce *^ » ;

• Romans (ï A hxandre : Message de l'amiml, p. 'i23, vers 30 etsuiv. (xiii" siècle). ^ - Des étoffes de soie, d'or et d'argent, t. I, j). 279.

^ Li Romans de Garin le Loheiain (xiii" siècle), t. II, p. 66 et 67, édition Techener,

• Li Romans de Berthe aus grans pies (xiiio siècle), p. 16, édition Techener.

*> Invent, de l'argenterie dressé en 1353 {Comptes de l'argenterie des rois de France nu xiV siècle, par Douët d'Arcq).

'■• Compte de Geoffroy de Fleury, 1316.

de drap d'or d(3 Paris : « Pour 3 draps d'or de Paris, ouvrez, deli- « vrez à Jehan le Bourguignon, le vi^ jour de décembre, pour faire « une chappe à la Royne, qu'elle ot à l'entrée de Rains, il 1, « pour pièce, vallent 33 1. •. » La plus chère de ces étoffes était le drap d'or et de soie de Damas, qui coûtait 55 écus la pièce.

Parmi ces étoffes de luxe, et très-probablement de soie, il faut citer la pourpre et Yécarlatc. Il y en avait de toutes couleurs, et ces désignations indiquaient une qualité, non point une nuance. Il y avait la pourpre inde, vermeille, sanguine, roée (rayée), dorée, bise, noire, noire estellée d'or, et même blanche :

(( Cist ne semble l'autre,

(< Ne f[u"esearlate semble fautre 2. ■•

C'était donc une étoffe de prix. On fabriquait de la pourpre à Tyr, à Venise, en 1248. Il en venait d'Alexandrie, de Gènes, d'Espagne. Vécarlate paraît avoir été moins estimée que la pourpre. La première était appropriée aux chevaliers, tandis que la pourpre semble n'avoir été permise qu'aux souverains. Il est aussi question, dès le xiv° siècle, d'une étoffe de soie appelée zatoni, et plus tard satin : « Pour 7 pièces de veluyaux blans et yndes, des fors, 7 pièces de « camocas blanc et de zatony ynde, etc. ^ » Le demi-satin était une étoffe de même tissu, mais plus légère'*.

A quelle époque le velours de soie fut-il employé pour les vêtements d'homme et de femme? Le veluiau dont il est question dans les romans du xni^ siècle était-il une étoffe de soie ? Il serait difficile de répondre d'une manière catégorique à ces questions, bien qu'il reste un morceau de velours servant de garde dans le manuscrit de Théodulfe (vni^ siècle). Nous ne signalons, soit dans les comptes et inventaires, soit dans les peintures, la présence du velours de soie

qu'à dater du xiv° siècle : « Pour 5 veluiaus adsurez pour faire

« une robe à nostre sire le Roy, de 4 garnemenz, que il ot le jour « de son sacre, 15 1. pour pièce, valent 75 1. ■'. » — « Item pour « la veille du couronnement une robe de 4 garnemenz, d'un veluiau '« vioUct, en laquelle il y a 2 fourreurcs de menuvair pour les « 2 surcots, tcnanz 226 ventres chascune, et unes manches de

1 Compte fie Geoffroij de Fleury, 1316.

- Méraugis de Portiesguez.

'■'• Compte d'Etienne de In Fontaine, 13.'J2.

• Voyez a l'article Joote.

■» Cojnpte de Geoffroy de Fleuri/, 1316.

« seurcol clos tenanz 48 vontrës, et 12 ventres pour poiirniler\ » Dans ces comptes el inventaires du xiv" siècle, on voit paraître des velours iiides, c'est-à-dire bleus tirant sur le violet, des velours paonnaz, c'est-à-dire couleur de plumes de paon, des velours quoquets (?). Les miniatures de cette époque représentent très-fréquemment des personnages des deux sexes, habillés de velours, et, au xvc siècle, cette étoffe ne fait que se répandre. Il y avait aussi des velours brochés d"or : « Pour deux pièces de veluyau vert à or, « prisiées à présent 40 escuz - ; des velours bigarrés : pour « 53 pièces de veluyau moien de plusieurs couleurs, dont aucuns '( sont royés et les autres plains ^ »

Il faut dire un mot des étoffes de soie légères, brochées d'or, fabriquées dans le royaume de Mossoul, et si fort en usage pendant le cours du xn^ siècle. On en faisait alors des robes de dessous, des chemises et même des bliauts de femme ^ De ces étoffes délicates, crêpelées, se rapprochant même parfois du crêpe de Chine, il nous reste quelques échantillons servant de gardes, dans le manuscrit de Théodulfe" : « On y voit, en soie pure, un tissu canevas, couleur tourterelle clair; du foulard couleur amarante; de la gaze marabout, couleur paille rosé ; du crêpe de Chine trèssouple, couleur bois ; du crêpe de Chine avec bordure, broché espouliné, travail indien à quatre couleurs ; un tissu façonné soie, fond foulard, couleur pourpre, avec bordure lancée grande tire; enfin, du velours coupe-soie, couleur pourpre, reposant sur fond sergé. » Les belles sculptures du xn^ siècle représentent, en effet, avec une pureté d'imitation remarquable, dans les vêtements des femmes, des étoffes qui ont beaucoup de rapports avec ces mousselines et crêpes de soie. Mais, entre les feuillets de ce même manuscrit carlovingien, on remarque encore d'autres échantillons décrits par M. Hedde, et qui présentent des mélanges de soie et de poil de chèvre ou de chameau, et un morceau d'une étoffe de coton légère. Ces tissus mélange soie et poil de chèvre, semblables à ceux que l'on fabrique encore de nos jours dans l'Inde et en Syrie, ont parti-

' Compte de Geoffroy de Fleury.

- Invent, de l'argenterie dressé en 13.j:J {Comptes do l'argent, des rois de France, par Doui't-d'Arfq).

^ Jbid.

'' Voy. lÎLIAUT.

^ Conservé au nnisée du l*uy ou Velay. Ces morceaux (IVHoft'es ont éié décrits par M. Ph. Hedde, Annales de la Socirté d'agric., sciences, aiis, etc., du Pity, jimir 1837, 1838,

DICTIONNAIRE DU MOBILIER ERAINÇAIS

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