‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la RenaissanceChapitre 51 sur 76 · FRAGMENTS · texte numérisé non relu

FRAGMENTS

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culièrement cette apparence crêpelée que les statuaires du xii" siècle ont si fidèlement rendue. « Une chose remarquable »>, comme le fait observer M. Hedde, « c'est qu'en 1817, M. Bancel, de Saint-Chac< niond;cn 18:20, M. Beauvais, de Lyon; en 1835, MM. Grangier u frères, de Saint-Chamond, prenaient des brevets d'invention pour <i la fabrication des diverses étolTes qui se trouvaient dans les » feuillets du manuscrit de Théodulfe'. »

On sait le goût que les Gaulois manifestaient pour les étoffes rayées et à carreaux , qui devaient ressembler beaucoup aux étoffes écossaises de nos jours. Ces étoffes rayées de soie ou de laine se retrouvent désignées dans les textes anciens du moyen âge, et représentées fréquemment sur les miniatures des xn'' et xm^ siècles. Souvent les couleurs de ces rayures (suivant la trame) sont fondues Tune dans l'autre, blanc rosé rayé de gris bleu passant dans le blanc, jaune-paille et rouge -.

Ces étoffes roées sont encore mentionnées dans les comptes et inventaires du xive siècle. A cette époque aussi, la mode des étolVes échiquelées était assez répandue, particulièrement pour les cottes d'armes. Mais il est évident que les tissus préférés, considérés comme les plus beaux, étaient ces pailes ou draps d'or, c'est-à-dire lissés de soie d'une couleur et d'or. L'or formait des dessins, des fleurs et feuillages, des rosettes et croiseltes, des roues, des animaux, des llammes, des rayures en travers, des semis. Les miniatures des manuscrits des xni% xiv" et xv^ siècles fournissent un grand nombre d'exemples de ces tissus, dont le fond uni est plus habituellement couleur pourpre clair ou foncé, ou bleu, plus rarement vert, plus rarement encore blanc ou noir. La planche IX donne en A un fragment d'une de ces étoffes de soie avec animaux d'or dans la trame '\ Ces draps d'or, ou à or battu '', paraissent avoir été en France trèsrarement composés de plusieurs couleurs et d'or, mais d'or sur un ton uni, ou d'un ton uni sur or. En Italie, au contraire, où l'on

' Notice du M. Ilodde d6jà ciléo. Voyez aussi, a ce sujet, Recherches sur le cornmerce, 1(1 fabrication et l'usage des étoffes de soie, d'or et d'argent, par M. Francisque Miclud.

- Voyez le nianuscr. de la liibliolli. nation. , grand Psautier lalin (premières auuécs du xiuc siècle).

•* Fragniout, trésor de la catliédr. de Troycs (xiii" siècle). Voyez aussi le rctahlc do saint Germer, déposé au musée de Cluny.

^ On sait (|u'auiourd'hui l'or lialiiliicUeini'nl employé dans les élolli'S est composa d'une lame d'or ini d'argeut doré enroulant en spirale un fU de soie ou de coton. Alors, comme dans la pluiiart des étoffes orientales, l'or employé dans les tissus était une lame d'or pur très-déliée, passant dans la trame.

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fabriquait beaucoup de tissus de soie vers la fin du \\\° siècle, la mode des tissus de plusieurs couleurs et or paraît avoir dominé. Le beau manuscrit de Lancelot du Lac, de la Bibliolbèque nationale, dont les miniatures sont dues à une main italienne, nous montre plusieurs de ces tissus de couleui's variées, généralement sur fond blanc. On fabriquait en France des tissus de diverses couleurs à dater du xni" siècle, mais ces tissus n'étaient pas adaptés à des vêlements de luxe ; c'étaient des étotïes de lin ou de laine (pi. X '). Le goût pour les étoffes de soie multicolores ne parait pas s'être répandu en France, même à l'époque où la noblesse aflkhait un luxe scandaleux dans ses babits, c'est-à-dire de 1380 à 4410. Ce n'est que plus tard, vers le milieu du xv° siècle, que l'on voit, et cela trèsrarement, employer pour les vêtements des étoffes dans lesquelles avec l'or il y avait plusieurs tons. Bien avant celte épog»e, les étoffes de soie de couleurs diverses mêlées à l'or, et même aux perles, semblent avoir été spécialement réservées aux vêtements sacerdotaux. L'étole de saint Thomas Becket nous fournit un exemple de ces sortes de tissus (pi. XI).

A dater de la fin du xni" siècle, les brochages d'or sur fond nui sont très-fréquents. Mais c'est vers 1450 que l'on voit apparaître, pour les vêtements des deux sexes, les draps d'or en plein ou d'or faisant fond avec ornements rouges ou bleu foncé, plus souvent rouge sang de bœuf.

Il serait difficile de dire si certaines étoffes et certaines couleurs étaient atîectées aux vêtements de certaines classes en France, et tout ce que l'on a écrit à ce sujet ne repose pas sur des données certaines.

La couleur verte était, prétend-on, affectée, par exemple, aux chevaliers ; mais les documents écrits ou figurés ne paraissent pas probants, tant s'en faut. La pourpre (étoffe) était réservée aux personnes souveraines, ce qui n'empêchait pas les suzerains de porter des étoffes d'une autre qualité. Il faut observer, d'ailleurs, que les édils somptuaires n'ont jamais eu en France une action efficace et durable. La mode a toujours été, chez nous, plus forte que les édils, et la fréquence même de ces édils prouve leur inefficacité. Aussi, à dater du milieu du xiv^ siècle, la haute noblesse avait-elle pris le parti, pour se distinguer, de porter des vêlements armoyés. Cela était non-seulement un grand luxe, mais donnait au vêtement une valeur indépendante de sa richesse comme matière ou façon. Ces étoffes

1 (À; tissu L'st (lr|i()iii'vii ddr. Il provient du Irrsor de lu i-iillicMlraic de Troyes.

DICTIONNAIRE DU MOBILIER FRANÇAIS Tome 3 Etoffe PL X

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