FROC
FROC, s. m. Vêtement de dessus des religieux. On a donné au
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[ Fitnc ]
mot froc une sisniUcalion générale, désignant ainsi l'habit des religieux réguliers. Mais le froc est une longue et large robe avec amples manches , que les bénédictins portaient , notamment au chœur, pendant Thiver, et sur laquelle on pouvait encore endosser la cagoule ou scapulaire (voy. Cagoule). La figure 1 nous montre deux clunisiens velus d'un froc noir ', et la figure 2 un de ces religieux dont les manches tombantes couvrent entièrement les mains
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et peuvent même servir de manchons ^. Cette excessive longueur des manches ne persiste pas pendant le xni^ siècle ; celles-ci conservent cependant beaucoup d'ampleur. Le froc est alors mieux fait à la taille, mais tombe jusqu'à terre. Voici (fig. 3) des bénédictins vêtus de frocs tels qu'on les portait à la fin du xni^ siècle '. Le froc devait être fait d'une étolTe de laine \ A l'origine des établissements bénédictins, le froc n'était autre chose qu'une ample aumusse qui
' Mauuscr. Bililiolli. ii:it., LiUo g . et Chron.chmiac., f. Saint-Martin, latin {\W si(^clc;. - Mcnic manuscrit.
■^ Manuscr. de la liibliotli. du sominairc de Soissnns, les Miracles de In Vierge (environ lliOO),
* Frot, en vieux noruiaml, est une étoile grossière.
couvrait la tête et les épaules par-dessus la robe. Peu à peu ce vêlement s'allongea, et l'on y dut alors adjoindre les longues raanclies que représentent les figures 1 et 2. Pour travailler dehors, les moines ôtaient le froc et endossaient la cagoule ; pour les exercices religieux, ils remplaçaient le froc par la cucule (voy. ce mol), qui n'était qu'une sorte de dalmatique avec capuchon. Bien que l'étolTe dont était faite le froc fût grossière, elle n'était pas lourde ; nonseulement les monuments tigurés indiquent que cette étoffe était souple, mais il est souvent question d'étamine pour faire des frocs de moines : or l'étamine était et est encore une étoffe de laine légère et souple. Le camelin était également employé à cet usage (voy. Étoffe).
GANACHE, s. f. {garnache, cannche). Robe d'homme d'une forme
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particulière, qui se mettait par-dessus le surcol, et qui ne corn-
- 389 — [ f.ANACIlE 1
mence à être de mode que vers le commencement du xive siècle : '< .... Pour fourrer une canache d'escarlatte pour le Roy, une four- « rure de menu vair de 386 ventres '..... » La ganache faisait partie, au milieu du xiv" siècle, de ce qu'on appelait une robe.
c'est-à-dire un vêtement complet. « Pour fourrer une robe de
« 6 garnemens 2, qu'il ot (le roi) le jour de la fesle de Granz Pasques; « pour les 2 seurcos et la ganache, 3 fourrures de menu vair, tenant « chacune 386 ventres ; pour manches et poingnez. 60 ; pour le corps « de la houce, 440 ventres ; pour elle, 96 ventres ; pour languetes,
' Compte d' Etienne de la Fontaine (1352). ■^ C'est-k-dire do six pièces de vùlcinenl.
« G ventres; pour le chaperon, MO, et pour le mantel à parer,
« 442 ventres ' »
Ce vêtement possède des manches formant pèlerine, avec large ouverture sous les aisselles ; il est sans collet, mais le passage du cou est accompagné de deux pattes retroussées eu haut de la poitrine. II est généralement fendu des deux côtés, du haut de la cuisse au has de la jupe, qui ne descend guère qu'à mi-jambe et souvent à la hauteur des genoux. Le camail du chaperon est pris sous l'encolure
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de la ganache. Ce vêtement est certainement un des plus commodes et des plus gracieux parmi ceux que le xive siècle a su perfectionner. On le voit apparaître dès les dernières années du xin* siècle, et il était porté par la noblesse aussi bien que par la bourgeoisie ; mais avant cette époque, c'est-à-dire dès 1270, les hommes portaient un surcot qui avait dû servir de point de départ à la ganache. Alors, comme aujourd'hui, il était peu de vêtements très-francs dans leur coupe, qui ne fussent la conséquence d'une suite de tâtonnements. Ainsi, l'origine de la ganache se trouve dans cette robe si fréquemment portée vers la fin du xm" siècle (fig. 1) 2. Ce jeune clerc — car c'est un clerc — porte une robe violet clair doublée de vert. Cette robe n'est pas fendue sur les côtés, mais seulement par devant, du bas à la hauteur des genoux ; les manches forment deux larges
' Compte d'Etienne de la Fontniiie (1352).
^ iVIanuscr. liiblioth. nation., J triage du monde, fran(.'ais (1270 environ).
entonnoirs renversés, mais sont séparées du corps de robe et n'y tiennent que par les entournures. Le capuchon, de même couleur et fourré, tient à la robe, (|ue l'on enfourmait par le bas comme une chemise, l'encolure étant assez hirge pour laisser passer la tête (voy. Surcot).
La ganache est bien caractérisée dans les monuments du commencement du xiv-e siècle. La figure 2 nous la montre complète i, avec ses manches ne couvrant que les arrière-bras, manches cousues latéralement au corps de jupe, avec longues ouvertures pour passer facilement les bras, ainsi ipie l'indiipie la ligure 2 bis. Le cluipcron
' Des has-roliufs do la cloliir/ du ilinMir de la cuthôdralc de l'aris (l;f2l) eiivin)ii).
est séparé , reloua sous l'ouverlure , laquelle esl garuie de deux pâlies retroussées qui permellenl de la fermer hermétiquement. Mais ce n'est là qu'une tradition, prétexte d'un ornement, car on voyait sur ces deux retroussis la doublure de fourrure : c'était la seule partie oii elle fût apparente. Ces pâlies prennent plus de développement quand le vêlement appartient à un grand seigneur. Ainsi, dans le Livre de IHn formation des princes ' , on avait représenté le roi
AL . CUiLL A ijMO T.
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Charles V vêtu d'une ganache bleue fleurdelisée d'or , doublée d'hermine, avec longs revers sous le camail du capuchon également doublé d'hermine, lequel camail pose sur l'encolure de la ganache (tig. 3). Mais alors (vers 1370) les manches de la ganache sont plus amples et sont cousues le long du corps de robe, ainsi que le montre la figure 3 ; les bras passent par une ouverture ménagée en haut de celle couture.
Les ganaches poilées par les grands seigneurs à celte époque sont longues, tombent jusque sur les pieds, et ne laissent plus voir la cotte de dessous, comme dans l'exemple (tig. 2).
' MiiQiiscr. l>il)li()lli. uiiliuu., tViiuriiis (1370 environ).
- Maniisc,;'. r)itiliolli . niilioii . . A- Miroir kistoiial , tV;iiic;iis, vigucllus .';ris!lillcs.
— 893 — 'l ganache J
La figure 4 présente la coupe de ce vêtemenl étendu, en A par devant et en B par derrière. On voit en C comme sont taillées les manches qui sont jointes au corps de robe de a en b, habituellement plus échancrées par devant que par derrière, pour ne pas gêner la ployure du bras. L'encolure s'ouvre de d en e, afin de faciliter le passage de la tète, et cette ouverture est fermée par des agrafes. Les revers f ne sont là qu'un ornement destiné à faire paraître la fourrure, dont le vêtement est entièrement doublé. Ces ganaches mêmes, très-longues et amples, sont généralement fendues latéralement de ^ en /i.
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Vers la fin du \i\^ siècle (1390 à 1395), les manches de la ganache descendent jusqu'à moitié des avant-bras, sont amples à l'avenant. D'ailleurs, la coupe du vêtement est toujours la même (lig. 5 ').
Une très-bonne statue, petite nature, déposée dans le musée d'Avignon (fig. 6), indique de la manière la plus claire la coupe des manches de la ganache de la seconde moitié du xiv" siècle. En A, on voit que ces manches pèlerines, souples, recouvrent entièrement le bras lorsqu'il est ployé. En B, la jonction de ces manches pèlerines avec le corps de jupe est parfaitement indiquée. Le détail C montre le capuchon avec le camail par derrière. C'était la doublure fourrée du camail (jui était apparente autour du cou, comme dans la ligure 4.
' .M;uiusci'. Uihl. uaLiiHi.. Miroir hislvridl, tViiiiruis (l.T,).') (îiivirmi).
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Ce vêtement disparaît ù la lin du xiV^ siècle et est remplacé par les peliçoiis, manleh, garde-corps, cloches, goiielles, robes fourrées, etc., habits de dessus, moins commodes et surtout moins gracieux.
La ganache était une de ces traditions des beaux et simples vêtements du xni° siècle, qui ne dépassent pas l'année 1400. C'est à dater de 1410 environ que les vêtements de dessus des hommes sont, ou ridiculement étriqués, ou d'une ampleur exagérée et d'une coupe compliquée, s'accordant mal avec les formes du corps.