‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la RenaissanceChapitre 8 sur 76 · JO · texte numérisé non relu

JO

L'aumusse civile des hommes, au xiii^ siècle, élail cependant alors

[ ni.iAUT ] — 38 —

assez profonde pour pouvoir cacher un objet dans la pointe. Elle était garnie de fourrures :

u De burol avoit uue auniuflie c< Por la froidure bien furrée. »

Cl Et le provost s'est abessié

0 Ausi eom por son nez mouebier

» Par derrière le chevalier

" La teste baisse, puis si nuiee,

» La pièce de lart soz s'aumuche,

H Qui moult estoit parfonde et léo,

(' Puis l'a sor son chief r'affublée

BACHE, s. f. [bâcle). Caleçon à l'usage des femmes. Cependant, au xiV siècle, le mol bâche était aussi appliqué à des caleçons d'hommes : « Pro 50 ulnis telse pro bachis faciendis, emptis diversis pretiisi... Dans l'antiquité, les femmes, sur la scène, portaient des caleçons. Cet usage se perpétua pendant le moyen âge. Toutefois, aucun monument ne nous donne la forme de ce vêtement.

BATONNET, s. m. Sorte de pelisse doublée de fourrures : « Pour « 1 bâtonnet tenant 1 10 ventres (de menu vair) ^ »

BILLE, s. f. Bouton sphérique pour attacher le manteau ou la pelisse sous le capuchon.

BISETTE, s. f. Galon, passementerie mêlée de fils d'or.

BLIAUT, s. m. [blialt, blial''). Robe de dessus, longue, tenant à un justaucorps ou corset. Ce nom s'applique aux robes de dessus

' Fabliaux et contes des poêles français des xii". xiii", xiv'' el xv siècles ; Du provost à /'mamiche (cdit. d'Anistordaai, tlGt, t. llj.

■^ I36i. Vov. Du (^ange, G.'ossriire, Mâche.

^ Compte de Geoff'roi de Fleuri, 1316.

♦ Blaouds eu patois périgourdin. Ijlaude dans le centre de la France, d'où le mot modçrue de Lknise,

des hommes et des femmes pendant, les xi", xn" et xni" siècles. On trouve l'origine de ce vêtement en Asie. Quelques personnages des bas-reliefs de Persépolis sont vêtus de robes qui ont une ressemblance frappanle avec les bliauts portés par les gens nobles de la fin du xi^ siècle. Le bliaut était, en efïet, un vêtement des classes supérieures.

<< (iraul joie ot l'eiiqioreri' ([liant sou ucveu cuiuaiue ;

« A s in rors dosarniyr fu la première pain?,

K Puis vesti dias de lin et bliaiit taint eu grain? l. «

'< Vestu ot .i. tiliaut a ausei,'ne d'ort'rais -. »

' Garda a-val lès la rivière.

1 Si vit venir deus dameiseles.

i< Uuques n'eut veues si bcles.

» Vcstucs furent richement,

<i E laciées estreitement,

« De dex bliaus de purpre bis,

<i Jlout par aveinl Inaus les vis 3. n

" Ses mantiax fu et ses hliaus « D'une porprc noire, esteléc <i D'or, et n'éfoit mie pelée *. »

Dans le Roman de Raoul de Cambrai, la fille de Géri :

<' Lors a veslu .1. pelieon d'ermine,

• Et par deseur .1. ver bliaut de siie (soie)

« Vairs (bleus) ot les c\, ee samble tez jors rie,

« l'ar ces espaules ot jetée sa crinie

<c Que èle avoit bêle et blonde et tréeie.

« De sa chambre ist (sort) tôt ensi la meschinc.

<i La est venue où fu la baronie,

'< Et vit Bernier en .1. bliaul de sie^. »

Il n'est pas besoin de citer un plus grand nombre d'exemples pour prouver (pie le bliaut était commun aux hommes et aux

I La Chanson des Saxo)is, LXXVi (xiu" siècle).

-' Ibid., XXXllI.

3 Le Lai de Lonval [Poésies de Marie de France, xiii" siècle).

■' Roman de Perceval, manuscr. de l'Arsenal. Le mot pourpre n'indiquait pas, comme aujoui'd'JHii. une couleur se ra[)[)ioclianl du rouge, nuiis une sorte de teinture ayant un celai ]iin'li('uiiei-. Il y avait de la pour|irc noire. Iiise, verte, bleue, gi'ise, etc. Voyez ce que dit, à eu sujet. Legraml d'Aussy, Fabliaux, I 1. p. 100; aussi l'ouvrage du M. Fr. Michel sur les étoffer.

" Li li'imans de liaaul de Camhrdi. ciiaii. c.cxi.v .

f BI.IALT ] — 40 —

femmes ; quant à la forme de ce vctemenl, elle différait pour Tun et l'autre sexe.

Le bliaut des femmes était lacé, ainsi que l'indique le fragment précédent du Lai de Lanval. Mais voici un autre passage qui le démontre encore plus clairement :

<< Quaut cl l'oi si snspira.

.1 Sur uu petit ne se iiasiiia :

• Il la retiuL entre ses bras, ■ « De son bliaut trençci les laz.

<i La ceinture voleit ovrir \ . »

Parfois, le bliaut était de même étoffe et de même nuance que le manteau :

c< De cel drap dont li nianlials tu.

" Fu li blials qu'ele ot vestu ;

" Moult estoit ciers et bien ovrés,

n D'une crniiric fu tos t'orrcs -. »

Le bliaut était donc une robe parée de dessus et non ime sorte de robe de chambre, comme l'ont cru quelques auteurs. On en trouve la preuve la plus complète dans un passage du Roman de la charrette... La reine est retirée dans sa chambre, elle va se mettre au lit, mais auparavant elle veut respirer l'air du soir. Lancelot, qui épie toute occasion de la voir, passe par une brèche faite dans le mur du jardin :

■1 Par celé traite isneleniaut

(( S'au passe et vet tant (juc il vient

« A la feuestrc (de la reine) et là se tient

« Si coiz qu'il u'i tost n'esternue.

" Tant que la reine est venue

" Kn une niolt tiianchc chemise :

• N'ot sus bliaut né cote mise.

<c Mes un cort niantel ot desus

'< D'escarlate et de cisenuis ^. »

Les monuments qui peuvent nous donner la forme du bliaut des hommes et du bliaut des femmes, pendant les xn° et xni' siècles, abondent et nous fournissent les renseignements les plus précis.

' l.c f.ni (le Gugemer [Poésies de Marie de France). - Li liiiins (lescù7i?ieus. vers 3263 et suiv.

^ Li Romans r/e la chaînette par C.hrcst. de Tro es et Godcfroy de Leigni. vers 4.'i74 (voy. la puliliraliciu de r^' l'oniai: pai' M. le ductcur Jonckbloct, la Haye. IS.'iO).

Nous ne trouvons pas, d'ailleurs, de traces de ce vêlement avant le commencement du xn" siècle, et tout porte à croire qu'il ne fut adopté qu'après les premières croisades. A cette époque, en effet, on observe un changement notable dans la forme des vêtements. Pendant la période carlovingienne, les hommes ne portent que des robes ou plutôt des tuniques qui ne descendent que jusqu'au genou; les robes longues étaient réservées pour les habillements de cérémonie des grands personnages. Mais, à dater des premières années du xn'' siècle, les hommes nobles portent des robes longues descendant jusqu'aux chevilles, et par dessus une seconde robe plus courte, qui est le bliaul. Sur le bliaut on posait le manteau, qui était commun aux hommes et aux femmes nobles.

Nous prenons le bliaut au moment où sa forme paraît fixée, vers 1130, et ce vêtement mérite un examen attentif. Disons tout d'abord qu'on ne portait pas plus le bliaut sans le manteau, lorsqu'on était paré, qu'on ne porte aujourd'hui un gilet sans un habit ou un vêtement de dessus. Sous le bliaut était la robe, l'aube, la tunique, qui était posée immédiatement sur la chemise, et qui même en tenait lieu parfois. Cette robe, ou plutôt ces robes, car on en mettait plusieurs l'une sur l'autre, étaient faites de lin habituellement, et descendaient jusqu'aux chevilles (voy. Robe); celle de dessus était à manches serrées jusqu'au poignet. C'est donc sur ce vêtement qu'on mettait le bliaut {tig. 1) fait d'étolïes souples, et composé, pour les hommes, d'une sorte de corselet juste au corps, à manches longues. A ce corselet étaient cousues, soit une jupe plus courte que la robe, fendue des deux côtés, soit deux pentes en manière de tablier, l'un par devant, l'autre par derrière, ainsi que le fait voir notre figure '. Le corselet à manches était à peine fendu au col sur le devant, mais était lacé ou boutonné par derrière ou sur les côtés, de manière à serrer un peu l'estomac et l'abdomen.

A la fin du xn" siècle, le bliaut des hommes était lacé sous les bras, des deux côtés :

(( Li rois iiVDil .1. hliaiil ciuiossj, <c Qui tous ostoit (if sjii- nalur.-l, M El il ficx d'or soiil lacii'l H (•(isl(' -. ><

Sur le col, pour cacher le haut du corselet, on posait un galon ou plutôt un collier d'orfévreiie, monté sur étolîe (voy. en A); puis une

' Voyez les slafucs du porinii I'xivmI de iii ciilliôdralc de C.liarlrcs. 2 La Chn7iso7i de Huon da liurticaux. vers 'M'tl\ (voy. les Andcns portes de la Fiante, publ. sous la directiou de M, Ouessard;.

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