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des figures excellent. Les sujets se détachent sur un fond de lils d'or passés sur une étotïe de soie rayée. Les personnages ont été brodés à part et cousus sur le fond avec une hausse de coton qui leur donne du relief. Il va sans dire qu'on a voulu trouver une relation entre les sujets brodés sur cette aumônière et les sentiments du comte Thibaut pour la reine Blanche. Cette aumônière est reproduite dans l'ouvrage de Villemain et dans celui de M. Arnaud i.
Plus lard, les aumônières furent garnies de fermoirs apparents, de fer, d'argent et d'or. Ces aumônières, qui prirent alors aussi le
1 Vuyoge archéol. et pittvresqwi d'ins le département de l'Aube. Troves, 18.31.
[ AUMÔMÉKE J
nom d'escarcelles ou de gibecières, ressemblaient fort aux ridicules que nos mères portaient il y a cinquante ans. Voici (fig. 4) une de ces escarcelles, qui date du xv" siècle '. Le fermoir s'ouvre en tirant sur l'anneau a. L'escarcelle était attachée à la ceinture au moyen des deux cordonnets b attachés aux extrémités des pivots du fermoir.
Dès le xn" siècle, les aumônières étaient souvent très-riches, soit par la matière, soit par le travail. On les donnait en cadeaux à des dames. Celles-ci en brodaient de leurs mains, et les offraient de même comme souvenir. Quand on voulait reconnaître quelque service d'un messager, d'un écuyer, on lai faisait un don en argent, renfermé dans une aumônière. Le contenant faisait ainsi accepter le contenu :
'I La (laiiic, ([i;i ii'cri aprcmln', (i A son coffre est aU''<! preudro
' Le l'eniioir provieiil de la collection i\>- M. Aroiidel ; le sac csl copie sur des vignettes de mannscrils du xv" siècle.
[ AUiMÔ>'lÈUE ] — 30 —
« Deniers, s'eniplist uue auinonniere
« Qui de soie estoit bonne et chiere,
<c A Gobert l'a en la main mis,
« Et si li a dit : Dous amis,
« Tenés, de ceclii vous fas don,
« Et avoec ce don abandon
« C'a nul jour mais ne vous fauldray,
« Ains vous aing et vous aideray '. »
Dans un autre passage, le poëte raconte comment la dame de Fayel fait don au sire de Coucy d'une mance brodée par elle- :
Dame, vo dous commandement
Voroie volontiers savoir,
Se je doy celle mance avoir.
La dame dist qu'elle est faite.
Hors d'une aloiere (aumônière) la traiïe
Que elle à sa cainture avoit,
Puis lui disl 3. „
Dans le Roman de la rose, il est dit qu'on peut aux dames olïrir :
, <i Ou cuevrccliief ou aumoui:Te
« Mes quel ne soit mie trop chlore, <c Aiguiller ou laz ou ceinture « Dont poi vaille la forroure, » Ou ung biau petit coutelet. »
En voyage, — et pendant le moyen âge on voyageait beaucoup, — on portait dans l'aumônière, non-seulement son argent, mais des bijoux, des remèdes, des tablettes, etc. :
<c Une herbe avoit en s'aumoniore
0 Qui moult est lu'ccieuso et chii'ro-'. >■
» De s'amoisniere a trait iiu ouguonKint.
'I Si s'en est oins et deriere et devant;
(i Lors fu plus sains que un poisson noant,
<< Et voit Ogier, ue l'prisa pas un gaut^. »
Ces aumônières étaient assez amples pour contenir des objets
' Li Bornons clou chastelain de Coud, vers 5360 et suiv.
2 Manche, sorte de brassard de couleur qu'on portait dans les joutes en l'honneur de sa dame.
3 Li Uonians don chastelain de Couci, vers 10:26 et suiv. '• Pomon du renard, t. III, ji. 48.
» O'jier l'Ardmois. vers llilo et suiv.
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volumineux. Dans la Chanson de Iliion de Bordeaux, on lit ces deux vers :
(( Il prenl lu cur du lilmn' \ voire clér, (( Qu'eu s'auiiiosuiero avoit euvelopé'. "
Les inventaires font mention d'aumônières précieuses : « Pour le petit Daulln, une aloiere et 1 tissu ferré d'argent-.... » — « Pour 12 alloieres brodées», — ^< pour 2 aloieres brodées, de « vestiau », — « pour 6 alluoires brodées sus samil ».
L'usage de l'aumônière ne fut guère abandonné qu'à la fin du XVI*' siècle.
AUMUSSE, s. f. {aiunuce, ahnuche). Manlelet descendant jusqu'au bas des reins, garni d'un capuchon.
L'aumusse est un vêtement très-ancien, propre aux deux sexes, mais qui, dès le xi° siècle, fut spécialement alïecté aux chanoines réguliers. Nous nous occuperons d'abord de l'aumusse des religieux,
qui devait être noire et (jui no prit la nuance grise que par exception : « Cuni pellibus nigro pallio coopertis. et nigro almutio '. >» On a parfois confondu l'aumusse avec l'amict [amktns), parce (ju'on se couvrait la tête de l'amict; et il est possible, en elfet, (jue la distinction n'ait pas été bien établie jus(iu'au xii" siècle, car on trouve des exemples d'ainicts de celte époque, dont la forme, quant
' Compte de Getff'roi d; Fleuri, i;il(i.
'^ Uadevicus, De 'jistis Friderici imper., lili. il, eap. lxvii.
[ AUMISSE ] — 32 —
à ce qui concerne le couvre-chef, rappelle celle du capuchon de Taumusse (lig. i) ' ; mais ce qui consliUie raraict, c'est le linge blanc qui descend sur le col et qui se croise sous l'aube et la chasuble, tandis que l'aumusse est une cape avec capuchon recouvrant tous les autres vêtements, et destinée à préserver les religieux du froid pendant les offices de nuit; aussi fit-on de très-bonne heure des aumusses en fourrures. Cette destination est parfaitement établie par les coutumes de certaines églises qui voulaient que les chanoines se dépouillassent de l'aumusse, en entrant dans le chœur, pour saluer l'autel -. L'aumusse se confond parfois avec la cuculle : « Quffsivit « episcopus in quali habita esset ; respondit quod in almulia sive « cuculla^. »
La forme de l'aumusse des chanoines réguliers paraît arrêtée au commencement du xni'' siècle. Cette forme est indiquée dans
la figure 2. Le capuchon était alors doublé et rembourré en A de manière à .présenter comme deux cornes des deux côtés de la tête (voy. fig. 3) ■. Ces deux coussins étaient- ils une tradition d'une
' Moniinu'iit de révî'qiie Eulger, figure de euivrc ('•maillé d'un pied de hauteur envirou, proYcuaut de réglisc Saiut-Maurice d'Angers (voy. Gaiguères). Le bonuet de l'évèque Eulger ou Ulger est blanc, avec passementerie d'or : c'est l'aniict, et non la niilre.
- <i Intrantes cliorum dicta; Ecdesiœ cauouici... Si jier majus ostium iulraverinf, <i dcposila almucia, cum revcrentia caput iufliuare dehenl versus altare. » {Statula Ecclesiœ Noviomensi's apud Vasso}ium.)
" Guillaume Thorne, Chron., 1330.
'* La figure 3 A est copiée sur la tombe du clianoiue Jean D. . ., chancjlicr de Sainte- Marie de Noyon, mort en 1333, provenant do l'abbaye Sainte-Geneviève (voy. Lenoir. Statistique monumentale de Paris). Ici le bas de l'aumusse est rejeté derrière les épaules, le chanoine portant la chasuble.
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forme plus ancienne, ainsi que le ferait supposer l'exemple donné
dans la ligure 1, qui dalc du \n'' siècle; ou bien ùUiienl-iis placés
ni. — 0
1 AUiMLSSE ] — 34 —
pour permettre aux chanoines d'appuyer sans fatigue leur tète contre les parois des stalles ou formes, souvent séparées, au xin« siècle, par des montants assez saiilanls? C'est ce que nous ne saurions décider. Toujours est-il que ces coussins figurant des cornes subsistent dans la plupart des aumusses jusqu'au xv^ siècle. Il y avait des exceptions ; car, dans son Voyage liturgique, le sieur de Mauléon* cite les aumusses des anciens chanoines de l'église des Deux- Amants, près de Rouen, comme n'ayant point de cornes latérales aux capuchons, lesquels étaient ronds et unis.
L'aumusse, dans la plupart des églises cathédrales, devait être portée sur la tète, de la Saint-Michel à Pâques, et, pendant la belle saison, pliée sur l'épaule. Dès le commencement du xiv^ siècle, on portait des aumusses bordées de fourrures grises. « Du temps de Tévêque Jean d'Auxy », dit l'abbé Lebeuf dans son Histoire du diocèse d'Auxerre, « le chapitre de la cathédrale fit un règlement touchant la couleur des petits capuchons de tête différents de celui de la chape; on les appelait l'aumuce ronde ou fermée ; on défendit que cette espèce de bonnet, qui se portait plus communément à matines, fût de couleur blanche, rouge ou verte, et la chaussure tout de même. » Or, Jean d'Auxy mourut en 1358. Dans beaucoup d'églises cathédrales et collégiales, dès cette époque, les chanoines se faisaient remarquer par leur élégance et la finesse des étoffes de leurs habits. Ils portaient l'aumusse drapée de diverses manières, laissant pendre le capuchon derrière le dos, ou le repliant sur la tête pour laisser tomber d'un côté le manteau. C'était surtout dans les diocèses du Midi que l'élégance des chanoines se faisait remarquer, de manière à attirer souvent les censures des évoques et des conciles. Une trèsjolie statue de marbre blanc, qui fait partie du musée de Narbonne, et qui provient du tombeau de Philippe le Hardi, nous montre un de ces chanoines ayant drapé son aumusse autour du cou, en laissant le capuchon pendre derrière la tête (fig. 4). Dans les monuments funéraires des xiii'' et xiv° siècles, qui représentent si fréquemment des processions de chanoines en figurines, dans des arcatures sur les socles des sarcophages, on voit combien était variée la manière de porter l'aumusse. Aujourd'hui, l'aumusse n'est plus guère figurée dans le costume des chanoines que par une bande de fourrure portée sur le bras ou sur l'épaule. Les parlements portaient l'aumusse. C'est en souvenir de cet usage que les cours suprêmes portent une bande de fourrure sur leur épaule.
' Lchriiu DcsMiareUi's (tov. Liturg . <lr Finnue. 171 S, ji. -H\i\
[ AUMUSSE
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[ AIJMUSSE ]
Les aumusses des laïques n'étaient qu'un capuchon avec pèlerine courte y tenant, qu'on portait dehors pour préserver la tête et le cou du froid. Celles des femmes étaient un peu plus longues que celles des hommes, et taillées différemment pendant le xni" siècle. La figure 5 montre en A une aumusse de femme, et en B une au-
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musse d'homme de la fin de ce siècle '. On les douhlait souvent alors de fourrures. L'aumusse des femmes ressemblait aux capulets que portent encore les paysannes d'une partie des départements du Midi; le devant se relevait au-dessus du front, et laissait voir la doublure quand on ne voulait pas s'envelopper entièrement la tête. La figure 6 donne en A la coupe de l'aumusse des femmes, et en B la coupe de celle des hommes, vers la fin du xni° siècle.
' Les Miracles de la sainte Vierge, inanuscril du la hihliotli. du sûiiiiuaire de Soissons (131)0 euvirou).
(> Pour uue auimice de R ventres (fourrure de menu vair), 14 d. le ventre... Pour << uue aumuce de 10 ventres... » [Compte de Geoffroy de Fleuri, 1316.)
[ AUMUSSE
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