CHAGRIN, TRISTESSE, MÉLANCOLIE
Le chagrin vient du mécontentement et des tracasseries de la vie ; Thumeur s'en ressent. La tristesse est ordinairement cansée par les grandes afflictions ; le gont des plaisirs en est émonssé. La mélancolie est l'effet du tempérament; les idées sombres y dominent, et en éloignent celles qui sont réjouissantes.
L'esprit devient inquiet dans le chagrin, lorsqu'il n'a pas assez de force et de sagesse pour le surmonter : le cœur est accablé dans la tristesse, lorsque par un excès de sensibilité, il s'en laiise entièrement saisir. Le sang s'altère dans la mélancolie , parce qu'on n'a pas soin de se procurer des divertissemens et des dissipations. ( Girard. )
CHAÎNES, FERS. Ces deux mots, pris au figuré , ont rapport à ce qui porte atteinte à la liberté. Les chaînes la gênent, elles assujettissent; \esfers la détruisent, ils oppriment. Dans les chaînes on ne peut agir comme on voudrait, on est lié; dans le fers, on ne peut agir que par la volonté d'un antre , on n'a plus aucune espèce de liberté. Il y a des chaînes qui sont agréables, qui sont chères, que l'on s'impose soi-même, au-devant desquelles on court, et que l'on peut rompre par un seul acte de la volonté. Les amans chérissent leurs chaînes. On parlerait mal en disant qu'ils chérissent leurs yèr^. hcs fers désignent toujours le malheur, la tyrannie, l'oppression; il faudrait de violens et d'heureux efforts pour les rompre soi-même. Quand on élargit un prisonnier on rompt ses chaînes; quand on délivre un captif on brise ses fers. La liberté du prisonnier était gênée par les suites d'une accusation; la liberté du captif était anéantie sous l'autorité du maître.
CHAIR, VIANDE. Chair, la partie du corps de l'animal qui est molle et pleine de aang.
• Quand la chair des animaux est destinée à être partagée , divisée , ou qu'elle l'est en effet pour être mangée, on l'appelle viande.
La chair d'un bœuf, d'un mouton , etc. , s'appelle ainsi lorsqu'elle n'est point dépecée, coupée avec les os, et portée à la boucherie ou à la cuisine; lorsqu'elle est dépecçe, coupée par morceaux avec les os^ c'est de la viande. De la viande de boucherie. À la cuisiile, on apprête les viandes et non les chairs.
Viande se dit donc en général de toute chair partagée par morceaux , et destinée à
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partie essentielle d« l'idée de ce mot, et on ne l'emploie point toutes les fois que cette idée ne s'y trouve pas. On sert sur une table de la viande de bœuf, de mouton, de veau, etc.; on n'y sert pas de la viande de poulet, de perdrix, etc., parce que le bœuf, le mouton, le veau, etc., y sont servis par parties et par morceaux, et que les poulets , les perdrix, etc., y sont servis en entier.
Quand on dit de la cîiair de poulet, de perdrix, on a en vue la constitution physique, la qualité de la chair de l'animal. Un ponlet a la chair tendre , la chair dure. Mais quoiqu'on ne dise pas de la viande de poulet , de perdrix, on dit à table, en demandant d'une fricassée de poulet, ou d'une perdrix aux choux, donnez -moi plus de sauce que de viande, plus de choux que de viande, pour signifier une paitie du poulet ou de la perdrix. Alors ces animaux, considérés comme devant être divisés en plusieurs morceaux pour être mangés , deviennent de la viande.
Les poulets, les perdrix et les antres mets que l'on sert en entier, et non par morceaux séparés, sont aussi coiupris dans le terme général de viandes, lorsque, ne les considérant point individuellement , on les met dans la même classe que les autres alimens, et qu'on les regarde connue devant être divisésj, partagés , de même que ces aliipens. On nous se^ vit toutes sortes de viandes, de la viande de boucherie, et d'autres viandes, comme poulets, perdreaux, cailles, etc. C'est dans le même sens qu'on dit que le poisson et les légumes sont viandes de carême.
Toute viande se mange, et il y a des chairs qui ne se mangent point.
Quand on dit voilà de belles chairs, et voilà de belle viande, on entend des choses différentes. La première de ces ^expressions peut être l'éloge d'une jolie femme, ou de la représentation des chairs dans un tableau; l'autre est celui d'un bon morceau de bœuf, , de veau, etc., non cuit.
CHALAND , PRATIQUE. On appelle chalands ceux qui ont acoutumé d'acheter dans une boutique. Un marchand qui a beaucoup de chalands soutient aisément son commer^**
Pratique se dit des personnes qui crar ploient ordinairement un artisan, et qui n'en emploient pas d'autres. Un artisan qui a he&ti' coup de pratiques. .
Pratique se dit aussi dans le sens de chaland, mais alors il se dit relativement aux qualités bonnes ou mauvaises des personnes qui achètent et du gain qu'elles procurent. On I dit, chez les marchands comme chez les arti-
étre mangée. Le partage, la diviflion, est anel sans, une boime , une manyaise pratique ; on
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ne dit guère un lion chaland, un maarab chaland.
CHALEUR. V. Akdkur.
LA CHALEUR , LE CHAUD. Le vrai, le faux , le beau , le bon , etc. , ne sont pas précisément la vérité , la beauté , la bonté ; ils représentent ces qualités comme subsistantes dans des êtres idéaux ou abstraits , ou bien dans quelle sujet vague et indéterminé. Le -vrai est un objet caractérisé ou distingué par la vérité, ou bien une cbose conforme à la vérité , ce qu'il y a de conforme à la vérité dans une chose.
Cette différence distingue généralement les adjectifs érigés en substantifs , des noms qui expriment la qualité caractéristique et distinctive. L'agrément et l'utilité constituent l'agréable et l'utile ; l'utile et l'agréable ont en partage et en propre l'utilité et l'agrément.
L'ancienne philosophie a dit le chaud, le froid, le sec, l'humide, pour désigner les élémens on les principes des choses. Le chaud est alors Télément dont la chaleur est la qualité propre.
Nous disons le chaud pour désigner la températnre de l'air, d'un lien, d'un corps. La chaleur à an certain degré produit cette température, la chaleur fait le chaud.
Vous avez chaud lorsque vous éprouvez une chaleur assez forte ; mais quoique vous sentiez ia chaleur, vous n'avez pas pour cela toujours chattd. Selon la manière commune de parler , le chaud veut une chaleur bien sensible. Vous direz, dans le discours ordinaire, un chaud lourd , étouffant , etc. , et une chaleur ardente , brûlante , etc. Le chaud est un air qui vous accable, et la chaleur un feu qui vous dévore.
La chaleur excitée dans l'air par les rayons (la soleil tombant à plomb sur la terre fait ^c chaud de l'été , du temps , de la saison. Le chaud ou l'air échauffé par cette cause échauffe à son tour les corps.
La chaleur se dit également au propre ^t au figuré, tandis que la froideur se dit plutôt au figuré qu'au propre; car on n'ose pas dire la froideur de l'hiver, comme on dit la chaleur de l'été. Le chaud ne s'emploie guère au figuré que dans quelques expressions métaphoriques ; mais le froid y est plus Qsite. On dit métaphoriquement d'un homme artificieux et double qu'il souffre le chaud et le froid.
^Q dit d'une affaire, d'un combat, d'une mêlée,qa'Uy fait cAflM^.
CHAMAILLER , SE CHAMAILLER , DIS- "LÏER. Chamailler, se chamailler, ejtpres-
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sions familières qui signifient disputer; se disputer confusément, avec aigreur, avec grand bruit. Disputer signifie seulement con« tester pour emporter ou potu* conseryer quelque chose. Ceux qui disputent disent leurs raisons; ceux qui chamaillent on se chamail' lent se disent ordinairement des injures.
CHAMAILLIS , DISPUTE. Chamaillîs est une expression familière. Le chamaillis est une dispute confuse où tous parlent à la fois' sans s'écouter ni s'entendre. La- dispute est pne discussion où chacun dit ses raisons et réfute celles de son adversaire ou de ses adversaires.
CHAMARRER. V. Bigahrer.
CHAMBRIÈRE , SERVANTE , CUISI-' NIÈRE, FEMME DE CHAMBRE. La cham^ brière est une domestique uniquement chargée du service de la chambre , dans les maisons bourgeoises. La servante est chargée de tous les détails du ménage, dans les petits ménages; la cuisinière ne se mêle que de la cuisine; \a femme de chambre fait le service de l'ajustement et de la parure chez les dames. ""
CHAMP, PIÈCE DE TERRE, TERRI- TOIRE. Champ se dit au simple d'un espace de terre cultivée plus ou n^ins grand. Plusieurs cAam/?^ forment îa pièce de terre; plusieurs /7<ècef de terre forment un territoire.
CHAMPÊTRE. V. Agreste^ \
CHANCE. V. BowHEUR.
CHANCELER, VACILLER. Ces mots expriment le défaut "d'être mal assuré. Chancelier, c'est à la lettre courir la chance de cheoir, pencher comme si on allait tomber, yàciller, aller de çà et de là comme va un petit 'rameau , une baguette qu'on agite , qu'on brato* diUe.
Ce qui chancelé n'est pas ferme, ce qui vacille n'est pas fixe. Le corps chancelant aurait besoin d'être assuré sur sa base; le coi'ps vacillant aurait besoin d'être assujetti dans sa position, celui-ci est trop mobile, celui-là trop faible. Le corps de l'ivrogne chancelé, et sa langue vacille.
Il faudrait soutenir le corps chancelant du vieillard avec des corps de baleine si perni» cieax dans un âge tendre. Il faudrait assujettir avec des gantelets la main vacillante de l'enfant qui apprend à écrire.
L'esprit qui ne sait pas se tenir dans le parti qu'il a pris, cfiancèle ; celui qui flotte d'un .parti à l'autre sans se fixer , vacille. Le premier manque de fermeté pour résoudre, et d'assiette ; le second de force pour prendre, une résolution i et de constance.