‹ Dictionnaire synonymique de la langue françaiseChapitre 177 sur 253 · CONTRE, MALGRÉ, NONOBSTANT · texte numérisé non relu

CONTRE, MALGRÉ, NONOBSTANT

Ces trois prépositions indiquent entre le sajet et le complément du rapport, des oppositions différemment caractérisées.

Contre marque une opposition formelle, sans rapport aux effets ni à la valeur de cette opposition. S'élever contre quelqu'un , parler contre la vérité.

Malgré exprime une opposition de résistance soutenue, mais sans effet de la part à» l'opposant. Je partirai malgré vous, c'està-dire l'opposition que vous mettez à mon départ sera sans effet.

Nonobstant né fait entendre qu'une opposition légère à laquelle on n'a point d'égard. Je partirai nonobstant vos conseils, c'est-àdire je n'aurai aucun égard à vos conseils , et ils ne m'empêcheront pas de partir.

On agit contre la volonté on contre la règle, et malgré les oppositions.

L'homme de bien ne fait rien contre sa conscience; le scélérat commet le crime mal' gré la punition qui y est Attachée ; le libertin se livre à ses passions nonobstant les remontrances qu'on lui fait.

La vérité doit toujours être soutenue contre les raisonnemens des faux savans, malgré les persécutions des faux zélés , et notiobstant les criailleries de la populace.

CONTREBANDE , CONTRAVENTION , FRAUDE. Ces trois mots sont ici synonymes , et sont pris pour toute infraction aux ordonnances et tèglemens qui ont rapport aux droits établis sur les denrées ou marchandises ; avec cette différence que la fraude est sourde et cachée, comme lorsqu'on fait entrer ou sortir des marchandises par des routes détournées , pour éviter le paiement des droits sur celles qui sont permises, ou la confiscation sur celles qui sont prohibées.

La contravention suppose de la bonne foi , et vient de l'ignorance des règlemens; en sorte qu'elle se commet ^ manquant aux

( 3oa ) CON

formalités prescrites. La contrebande est mi crime, parce qu'elle se fait avec attroupement et port d'armes , elle est par conséquent contraire aux lois établies pour la sûreté de l'État.

CONTRÉE, RÉGION, PATS. Ces trois termes indiquent de grandes étendues de terre; leur différence consiste dans les points de vue différens sons lesquels on considère les étendues.

En physique ; région se dit de trois différentes hauteurs dans l'atmosphère , la haate région, la moyenne région, la basse région.

Mais comme ces divisions sont des divisions de l'atmosphère et non des divisions de la

terre , et que par conséquent elles ne sont point synonymes de contrée et de pajrs , nous ne prendrons ici ce terme que dans son sens géographique.

Région f gTAnàe étendue de terre habitée ou inhabitée, considérée seulement sous le rapport de sa position ou de la tempéçature qui y règne.

Sous le rapport de la position, on distingue les régions septentrionales, méridionales, orientales , occidentales; sous le rapport de la température , on distingue les régions bralantes , les régions glacées , les régions tempérées, lesquelles n'ont d'autres bornes que celles de ces diverses températures.

Une. région se divise en haute et basse region par rapport au cours d'une grande rivière , par rapport à la mer , ou par rapport à des montagnes. La région haute à l'égard d'une rivière , est la partie de la région située vers la source de cette rivière ; à l'égard de la mer , c'est la partie la plus engagée dans les terres; à l'égard des montagnes, c'est la partie qui est la plus engagée dans les montagnes, La basse région , à l'égard d'une rivière , est la partie de la région située vers l'embouchure de cette rivière ; à l'égard de la mer , c'est la partie la plus proche de la mer ; a l'égard des montagnes , c'est la partie la plus dégagée des montagnes.

Contrée, étendue de terre plus ou moin»

vaste considérée sous quelque rapport physique ou moral qui en fait un tout. Une coii' trée fertile ; les contrées toutes sablonneuses qui sont vers la ;ner Baltique. ( VoltairB' ; Une contrée délicieuse pour la douceur du climat. (Barthélémy.) C'est la fertilité, ce sont les sables, c'est la douceur du climat, qui forment l'étendue et les I>orncs de ces contrées.

Contrée se dit aussi d'une certaine étendue de pays où sont rassemblés plusieurs habitans , réunis entre eux par le voisinage, p^^ les mêmes usages, par les mêmes miX^x^i

CON ( 3o3 ) CON

par les mêmes agrémens, par le même gon- 1 il s'agira de remarqner le mérite de Tottyrage i vernement, et qai commnniqaent facilement 1 sa fabrication, sa qualité.

entre eax. La différence du sol, les montagnes, réloignement divisent on séparent les contrées. Tons les habitans de la contrée pensent ainsi^Da haut de cette montagne on découvre toute la contrée.

"Les contrées ont plus ou moins d*étendne selon les différens points de Vne sons lesqnels on les considère. Une contrée fertile n*a d'étetidae que par rapport à la fertilité, et dès que celle-ci cesse, c^est une antre contrée; c'est nne contrée peu fertile, c'est une con» trée stérile. Mais les contrées quelquefois peu étendues font partie sans distinction de contrées plus grandes que l'on considère sous le rapport du gouvernement , des mœurs , du voisinage, des habitations, etc. Il y a quelques contrées fertiles dans ce département; ce département est une des plus belles contrées de la France.

Pays se dit d'une étendue de terre habitée plus on moins grande, par rapport à ceux qui l'habitent et à tout ce qui a rapport à eux. Pays abondant, bon pays, pays qui ne fournit point de subsistances. Paj's riche; pays pauvre, pays montagneux , pays chaud, pays froid » pays despotique , pays libre.

On dit une contrée fertile et un pays fertile; une contrée chaude et \xnpays chaud; une contrée froide et un pays froid. Mais dans les premiers exemples, fertile, chaud, froid, sont considérés sous le rapport de la constitution physique de la contrée; et dans les seconds, sous le rapport des avantages ou des inconvéniens qui peuvent résulter de ces choses pour cefix qui habitent le pays.

Ainsi les régions sont considérées sous le rapport d'une température commune et distincte; les contrées sous le rapport de leur constitution physique on des liaisons morales des habitans entre eux ; le pays sous le rapport des avantages ou des désavantages qu'y éprouvent les habitons.

CONTREFAÇON , CONTREFACTION.

Ces mots sont assez indifféremment employés à désigner l'imitation d'nn ouvrage, d'un livre y d'une marchandise dont la fabrication est réservée.

À la simple inspection des mots on connaît que la contre/action est rigoureusement l'action de contrefaire; et la contre facn l'effet

de cette action ou la façon propre de la chose contrefaite. L'action est de l'ouvrier, la façon est dans l'ouvrage.

Ainsi vous direz plutôt cr«fre/âcrto/i quand vous voudrez parler du mérite de l'ouvrier i, de sa faute, de son délit; et contrefaçon quand

Les auteurs et les libraires se plaignent pla« tôt de la contre/action d'un livre, parce qu'ils regardent l'atteinte portée à leur propriété. Le public se plaint ordinairement de la con-' tre/acon d'une marchandise, parce qu'il n'a éga^d qu'à la malfaçon , qu'à la mauvaise qualité de la chose. Peut-être est-ce par cette raison qu'on dit plutôt la contre/action d'un livre, et la contrefaçon d'une marchandise.

(ROUBAUD

CONlTtEF ACTION. V. CoirrREPAçow.

CONTREFAIRE, COPIER , IMITER. Termes qui désignent en général l'action de faire ressembler.

Celui qui copie se propose un orginal et en rend exactement les beautés et les défauts.

Celui qui imite se propose un modèle et tâche de faire aussi bien ou mieux , ou avec autant d'art et d'agrément.

On contrefait les personnes pour les tour* ner en ridicule ou exagérer leurs défauts.

L'action de copier est une opération servile; celle d' imiter nne opération de jugement et de goût; celle de contrefaire un acte de dénigrement. "

CONTREPOISON. V. Awtidotb.

CONTRE-SENS. V. Amphibologie.

CONTREVENIR, ENFREINDRE, TRANS- GRESSER, VIOLER. Ces quatre mots indiquent des actions faites malgré les règles , les lois , etc. ; leur différence consiste dans la manière de les faire.

Contrevenir, venir, aller contre ; faire une chose contraire à ce qui est prescrit, ordonné; ou ne pas faire ce qui est prescrit, ordonnç^ Contrevenir à un ordre, à une ordonnance »

c'est ne pas l'exécuter ; contrevenir à un engagement , c'est ne pas l'exécuter.

Enfreindre , du latin infringere, composé Atfrangercj rompre, briser. Il se dit des lois, des traites, des cngagemens, en un mot de tout ce qui lie moralement , et dont on brise les liens. On contrevient à une loi quand on n'exécute pas ce qu'elle prescrit ; on enfreint nne loi quand on fait ce qu'elle défend ; On rompt les barrières que la loi avait mises k notre volonté.

Transgresser, du latin transgredi, aller à travers, au-delà, passer outre, franchir les bornes , les limites.

Violer, en latin violare,de vis , force. £/ifreindre avec violence.

Ainsi , à proprement parler , on contrevient quand on va contre la voie tracée; on enfreint quand on rompt c« qui lie ; oo tratip'

Page 1