‹ Dictionnaire synonymique de la langue françaiseChapitre 178 sur 253 · GON · texte numérisé non relu

GON

p-esse quand on sort des jiutes limites; on mole qaand on perd tout égard pour les choses respectables.

La contravention regarde spécialement Tordre positif, la discipline, la police, l'administration.

L'infraction concerne proprement l'ordre paLltc ou privé auquel notre foi est spécialement engagée, comme les traités entre les souverains, les conventions entre les particuliers, les engagiunens réciproques entre le prince et les sujets, les liens de la sujétion à l'égard de Dieu , les vœux , les promesses , la parole. Le prince qui donne du secours aux ennemis de son allié , enfreint le traité d'alliance; an sujet enfreint les lois du royaume, un roi les privilèges de ses sujets.

La transgression a lieu dans l'ordre moral, et particulièrement dans Tordre religieux , à l'égard des lois naturelles sociales, des lois ou des préceptes ecclésiastiques, des lois ou des commandcmens de Dieu. Adam a trans' gressé le commandement que Dieu lui avait fait de ne point toucher au fruit de l'arbre du bien et du mal.

La violation attaque audacicusement dans l'ordre essentiel de la nature, des mœnrs, de la société, de la religion, ce qu'il y a de plus pur, de plus innocent , de plus sacré , de plus inviolable. La brutalité Diole la pudeur. La barbarie lùole les asiles et les tombeaux. La perfidie viole le secret de l'amitié. L'impudicité i>iole la sainteté conjugale.

On contrevient psiT indiscipline; on enfreint par inlidélité; on viole par de grands excès.

La contravention est faute, délit; l'infraction est défection, improbité; la transgression , désobéissance , . crime ; la violation , énormité , forfait.

CONTRE-VÉRITÉ. V. Antiphrase.

CONTRIBUTION , IMPOT, IMPOSITION, TRIBUT, SUBSIDE, SUBVENTION, TAXE, TAILLE. Ces termes de finance sont les noms par lesquels on désigne les charges que les peuples s'imposent pour subvenir aux frais de leur gouvernement , on celles que les princes mettent sur les peuples pour soutenir Téclat de la couronne et ses droits.

Impôt, ce qui est imposé, mis, assis sur.

C'est un terme générique qui exprime la totalité des charges qui forment le revenu d'un État.

Vimposition est Taction d'imposer, ou l'acte par lequel on impose , ou Timpùt considéré par rapport à cet acte. Ces mots expriment particulièrement, par leur propre valeur, l'assiette àq U charge.

( 3o4 ) CON

Tribut, en latin tributum, exprime le partage fait, accordé, assigné à la pvissance selon le sens du verbe latin tribuere. Le tribut est un droit attribué au prince sur ceux qui lui sont soumis selon des institutions , des conventions, des traités, des i-ègles particulières.

Subside, en latin subsidiurn. Ce mot désigne un soutien , un appui , une aide , et indique un acte volontaire. Il y a des dépenses publiques nécessaires, indispensables, et auxquelles par conséquent les citoyens doivent contribuer. Une pareille contribution, si elle est réglée par la nation même, se nomme subside ou don gratuit; et on la nomme impôt si elle est imposée par le gouvernement.

Subi'cntion, du latin subvenire, venir an secours, marque le secours, l'aide, l'assistance dans un besoin pressant, dans les nécessités de l'Etat. La subvention est une imposition auxiliaire , une augmentation dHimpât accordée ou exigée dans une nécessité pressante et seulement pour cette nécessité.

Taxe marque le degré, la quotité, le taux, le prix en argent, auxquels les personnes sont taxées ou imposées par les règlemens. C« mot indique une estimation et* la fixation de Vimpdt, I

Taille se dit d'une certaine imposition de deniers qui se levait autrefois sar le peuple, et dont quantité de privilégiés étaient exempts. U y avait la taille personnelle qui se levait sur la personne, ^t la taille réelle qui se levait sur les terres et autres propriétés.

La subvention est une imposition qui doit cesser avec le besoin qui Ta fait établir.

La taxe est proprement une imposition extraordinaire en deniers ou sommes déterminées ou proportionnelles, mise dans certains cas sur certaines personnes.

La taille est une imposition particulière snr la roture par laquelle il semble qu'on veuille affecter à une classe de personnes une note humiliante.

V impôt est payé par le citoyen comme membre de la société Les impositions fondées sur le droit naturel de Vimpot sont des prescriptions faites à ce titre au citoyen par la souveraineté.

Le tribut et les contributions sont payés par les sujets, les vassaux, les vaincus, et même par des princes souverains comme un gage de dépendance.

Le subside est payé par nn peuple politiquement libre , ou considéré comme tel parce qu'il s'impose lui-même.

La subvention est payée passagèrement à la uécessité par !• citoyea commt par le sujet,

CON ( 3d5 )

par tons le$ p«aples poUtiq[ii^ment libres «omme par les antres. ^

Les taxes sont payées par les sojets oa par certaines classes de sujets»

Les tailles sont payées par le peuple.

'Vimpôt est la charge imposée en verta de la confédération «ociale et selon la nature des choses, sur les revenus particuliers pour former un revenu puhlic essentiellement affecté aux dépenses nécessaires à la sûreté, à la stabilité , à la prospérité de l'État.

^imposition est un tel impôt particulier.

on une telle portion de revenu public, établi en tel temps , de telle manière , avec telles conditions. Les impositions embrassent toutes les institutions de ce genre , ,ét dési^gnent particnlièrement des charges variables ajoiitjees à V impôt primitif oîi permanent.

Le tribut est un droit attribué au prince sur ceux qui lui sont soumis. '

La contribution est proprement: tel tribat extraordinaire fidditioni^et, particulier, variable , payable par tel ordre de personnes qui contribuent au même objet. Elle est au tribut ce que Vimposition est à Vimpôt.

lie subside est V impôt accordé librement , ou sa impât secqnà^vtp et auxilisûre accordé ou consenti librement.

CONTRISTÉ. V, Affi^igI.

CONTRITION, REGRET, REPENTIR, REMORDS. Ces quatre termes expriment le regret d'avoir fait le mal.

Contrition est ma terme de religion; c'est la douleur profonde et volontaire d'avoir offensé Dieu , d'avoir commis le péché en faisant lemaL '

Le repentir est plus que le regret ; le ,remords plus que le repentir,

'Le " regret est' le souvenir ' pénible d'une chose qu*on a faite ou qu'on à dite et qu'on voudrait n'avoir point faite ou n'avoir point dite. Il est susceptible -de degrés surrant l'hu^ portance de Tobjct. On a quelque regret d'une faute légère; on a an regret amer d'une faute grave et dont les suites sont importantes.

Le repentir est le regret amer d'une faute commise, mêlé du désir sincère de la réparer.

Le remords est le reproche secret de la conscience ' qui tourmente et déchire malgré eux ceux qui ont commis des crimes.

La contrition est inspirée par l'amour de Dieu et l'horreur du péché ; le regret et le repentir le sont par la réflexion et l'expérience ; les remords naissent de l'Image sans cesse présente d'un mal irréparable.

Les regrets peuvent être adoucis par le tempç; le repentir par la rép'aratiQQ du pal;

CON

le» remords ne pensent jawais.rétre; ils poniv suivent l'homme et le déchirent jusqu'au tombeau. "

La contrition est dans ie cœur ; le regret et le repentir sont dans l'ame; les remords sQm dans la conscience. , ,

CONTRITION. V. Attritiow.

CONTROUVER, FORGER. Forgèr'un fait, c'est inventer un fait faux, avec des circonsta;ices fausses, dans le~ dessein de ntsEo^On forge un mensonge, une oalQmpie. Cofi(rouver, c'est vouloir faire passer pour vrai un fait faux dans quelque dessein que ce soit.

Forger suppose toiijours' Tinterition . de noire. Controuver ne suppose que, ie dessçiu de faire passer pour vrai ce qui' est faux.. On forge «les crimes à un homnie qtie l'on veut perdre; on eontroave des fait* pour rendre un homme ridicule. On/oT^^iin fait «5^el*t)n invente soi-'méme a^vecdés 'circonstances: Ôi controuve un fait qui existe-, mais ijue Tc^ii applique à quelqu'un • qui «î'èh -est pail '!%teur. .

CONVAmCRE, PERSUADER, ik cjni^ici tion tient plus à l'esprit, la persuasion^ au cœur. Ainsî oïl dit que l'orateur doit ,nonfseulein'ènt conpai/icre\ 'e'est-à-dirc prouver ce qu'il avance, mais encore pçr'suader^ ç'est-àdirc toniiher-èt' émoiivôî^. ' '

Lar co/îwWo/i suppose des preuves. Je ne "pouvais croii-e telle chose ; il m'en a donné tant de preuves qû'iP m'en a convaincu, La persuasion n'en suppose ' pas toujours. La bonnet op^on que j'ai de vous suffît pour me'jptfr^WKfer'qùè vous De me trompe^ pas.

On ae'permade aisément' ce "qu'on d^ire; oh est qnel^e(6is très fâché d'être convaincu de ibe qtt^on nfcf' roulait -pas croire.*^* »

•• 'Penrtader* ie prend toujours ciâi bonne part; eo»i'i»fîPWiî/vse -prend quelquefois en mauvaise part. Je anis persuadé' de-irotre atnitié, et bïmi côfumif^èk'ûh sa haine. ,

ùè^pér^Ufdè^ quelqu'un de faire une chose ; on le C0n¥ttbiki-de l'avoir faite , mais dans ce dermer caS) -c&nf^ncre ne se prend jamais qu'en mairv^ise part. Cet assassin a été coH' vaincu dé son orime ; les scélérats avec qui i) vivait lui avaient persuadé de le comme«re.

{^ D'AxEMBEkT. )

CONVAINCU. V. ATTEfirr.

CONVENABLE , SORTABLE. Convenable, qui est conforme à toutes les convenances.

Sortable, qui convient à une même sorte, à une même condition , à un même état. Le sens de convenable est beaucoup plus étendu que celui de sortable. Il se dit des personnes et des choses, et s'étend à toutes sortes de cir-

cm

(.3oe )

COJf

■«onttancit. Un mariage eonvenàl^îe est celoi •ffai réanit toates les convenanees de la société ; an mariage sortable est celai oà la condition, rage, l'édacation, les babitades des ^poax, n'offrent rien de disparate et de choqaant. Un maiiage peat être sortable et ne pas être co^enable à caose de qaelqae circonstance particulière.

CONVENANCE. V. BisirsiAifos.

CONVENTION. V. Accord.

CONVERSATION. V. Colloque.

OONtERSATÏON , DIALOGUE. Dialogue est propre aax conversations dramatiques ; don^èrsation aux eatretiens familiers qui ont lien dans la société.

CONVERSATION, ENTRETIEN. Ces deux mots désignent en général an discours mutuel entre deux personnes ou un plus grand nom« Bre ; mais aveccette différence que conversation se dit en général de quelque discours mutuel

3 ne ce puisse être; au lieu qa^entretien se dit *nn discours mutuel qui roule sur quelque objet déterminé. Ainsi on dit qa'un homme est de bonne conversation, pour dire qu'il parle bien des différens ol)jets sur haq lels on lui donne lieu de parler; on ne d^t pas qu'il ^sl à^xxnhon entretien.

Entretien se dit de supérieur à inférieu»; on ne dit point d'on sujet qu'il a eu une conversation avec le roi, on dit quiî.a eu na 0nr tretien. On se sert . aussi du n^ot entretien . quand le discours rpule sur une matière importante. On dit, par exemple, ces -deux princes ont ensemble un entretien sur. Ic^ moyens de faire la paix entre eux. {Encyclopédie.).

. CONVICTION, PERSUASION». .Ces de!B«, mots expriment l'un, et l'autre .l'acquiescement' de l'esprit à ce qui Jni a été.pré^nté ejc^mme' ▼rai , avec l'idée accessoire d'ui^^- ca^e qfli a détermiué cet acquiescement^ ;»...•.

La conviction est ui» acquiouff^nent /e«dé s^r des preuves d'une évidence .,*M»ai#tiblfc et' victorieuse. La persuasion estm^tfçquiescement fondé sur dex preuve» qui ^ne sont pas évidentes^ mais vraisemblables. Ce dont on est convaincu ne peut être fa^»i au lieu qu'on l**5Ut être persuadé d'qne chose f«iuste.

Lj» conviction éclaire réellemei|t l'esprit; la persuasion détermine l'acquiesceipent en intéressant le cœur.

La persuasion est l'effet de preuves morales qni peuvent tromper; elle est susceptible de plus bu de moins ; la conviction non plus que l'évidence ne trompent point et ne sont pas siiflceptibles de plus ou de moins.

Un raisonnement exact et rigoureux opère la conviction sur les esprits droits; l'éloquence

et l'art peuvent i^t-er la pèfsumnon dans les âmes sensibles. Les amés seriftifales, dit Duclos, ont un avantage pour la société, c'est d'être persuadées des vérités dont l'esprit n'est que convaincu, La conviction n'est souvent qae passive; la persuasi n est activ«J

CONVIER , INVITER. Ces deux mots signifient également , engager à un repas.

Mais convier marque un repas de cérémonie que l'on doit faire avec plusieurs personnes ; et inviter , un repas familier fait avec les personnes de la maison , ou avec leurs amis.

Je pense que Roubaud s'est trompé quand il a dît que convier exprime dans sa véritable signification, quelque chose d'intime , d'affectueux , de pressant , de puissant. On c'onvie pour assister à un repas av.ec plusieurs persoiuies ; or plus il y a de personnes , moins il y a d'intimité , d'affection.

Convier est une niarque de respect , de distinction , d'égards ; il ne se dit que des repas de cérémonie , des festins , des noces, etc.

On convie des personnes distinguées à un repas de cérémonie ; on invite son ami à venir souper chez soi.

Convier et inviter se disent autei dans le sens d'engager , d'excrtei' à faire quelque chose.

Dans ce second sens , convier se dit quand il s'agit de choses d'éclat ^ d'importance ; etinviter pour lea choses agitraordinairea et fàmilières.

" Corneîtte a dit dans Cinoa ,

Soyons amis , Cinna , c'est mol qui t'en convie... Va , anarche sur leurs pas où l'honneur te convie-,,

" Eï Racine, • "♦ * *

Puisque mon roi lui* mêqie à pfrl^r.ine convit.

( Es-iher, )

A'u nom de votre fils cessons de nous balr, A le saurer enfin c'est moi ^ui voua compte,

• . { JnUrunuiÇue.)

Il s'agit dans tous ces exemples de choses importantes et d'un grand intérêt; mais on n'a jamais dit , ni en vers ni en prose, je yons 'convie à faire un tour de promenade.

pans l'un et l'autre sens , l'usage a substitué inviter a convier; et ce dernier n'est plas guère employé que par les poètes et' les orateurs , en parlant de choses importantes et d'un grand, .intérêt.

Convie y dit Voltaire à l'occasion du premier vers de Corneille, est une très belle expression; elle était très usitée dans le grand siècle de Louis XIV ; il est à sotihaiter que ce mot continue d'être en usage.

CON

Page 1