‹ Dictionnaire synonymique de la langue françaiseChapitre 183 sur 253 · CORROMPRE, SÉDUIRE, 'SUBORNER · texte numérisé non relu

CORROMPRE, SÉDUIRE, 'SUBORNER

L'idée commune de ces trois termes est faire faire à quelqu'un une chose contraire à son devoir, à l'honneur , à la justice , à la fidélité, à la pureté, à la vertu.

Corrompre est le terme générique ; c'est faire faire à quelqu'un, de quelque manière que ce soit, une action de cette nature. Se-' duire et suborner sont des manières particulières de corrompre.

Corrompre, du latin corrumpere, signifie proprement faire rompre la voie que l'on suivait. On corrompt une personne en lui faisant faire une action qui est hors de la voie honnête et régulière qu'elle suivait ou qu'elle voulait suivre ; on lui fait rompre cette, voie. Séduire est une manière particulière de corrompre, par laquelle' on emploie la ruse, l'artifice , la tromperie, le mensonge, pour détourner quelqu'un de son devoir.

Suborner est une manière de corrompre, par laquelle on emploie l'appât de l'intérêt 1 ou de quelque autre avantage, pour porter quelqu'un à manquer à son devoir.

Celui qui a été corrompu , a ces»* » de manière ou d'autre , de suivre la voie de la vertu et de la règle. Celui qui a èlèsédmt, a été amené insensiblement à quitter cette voie; on l'a conduit d'illusions en illusions ; il s'est

Corrompre , c'est changer de bien en mal 1 trouvé pris comme dans un piège ; il a sue-

les principes , les inclinations , les sentimens , Jbes penchans. Pervertir, c'est rendre méchant ou pervers, c'est entraîner par toutes sortes de moyens dans l'amônr du désordre et du vice celui qui aimait l'ordre et la vertu. On

combé par ignorance ou par faiblesse. Celui qui a été s^ubornc n'était que faiblement attaché à son devoir; il a préféré ses intérêts; il a succombé par cupidité.

On séduit l'innocei^cie, U droiture, la

COR

COR

l>OBii« loi, la imneiat, le texe, les gens sim- 1 Un homme corrompu est un hamme dont

pies qui ne sont point en garde contre Fartifice^ et qu'il est Âcile de prévenir, de tromper, de mener; et on les abnse par de fausses apparences, par des dehors attrayans, par des illusions, des prestiges, des impostures.

On suborne les lâches, les faibles, les gens sans vertu , des hommes pervers , des témoins, des domestiques, des jnges, des gens prévenus de ^nelque passion ou disposés à des faihlettees; et on les gagne ou on les capte par des flatteries, par des promesses, par des naenaces , mais sur-toat par Tintérét.

On déguise à la personne que Ton veut séduire le piège où on Pentraine. Souvent elle résisterait si die pouvait le connaître. On ne déguise rien à celui que Ton veut suborner, c'est un marché qu'on lui propose; il est suboiiié parce qu'il a bien voulu l'être ; il est le complice et l'instrument du suborneur.

. Souvent la personne séduite est indignée contre son séducteur; elle a fait sans le savoir le mal qu'elle haïssait. La personne subornée a connu le mal qu'on lui proposait, et elle y a consenti; elle n'a rien a l'eprocher au suborneur, elle est plus coupable que lui.

CORROMPRE LES MOEURS, DÉMORA- LISER. Corrompre les mœurs, c'est induire dans des actions contraires à la pureté des mœurs. Démoraliser, c'est détourner des principes de la saine morale. Celai qui est corrompu suit, par faiblesse ou par inclination, son gont dépravé; celui qui est démoralisé a perdu entièrement les sentimens de la saine morale, il est vicieux par système.

On peut être corrompu et ne pas être démoralisé, c'est-à-dire qu'on peut avoir des faiblesses, et les blâmer quand on n'est plus aveuglé par la passion.

Pour ramener l'homme corrompu , il faut lui faire sentir les inconvénîens du vice et les avantages de la vertu ; l'expérience et l'âge peuvent le tirer de cet état. Pour ramener l'homme démoralisé, il faut convaincre son esprit avant de toucher son cœur.

CORROMPRE. V. Abataed».

CORROMPU, DÉPRAVÉ, VICIEUX, PERVERS. Ces quatre mots ont rapport au mal moraL

Un homme n>icieux est nn homme adonné i Un vice ou a plusieurs vices, et qui s'y livre sans retenue.

Un homme dépravé est un homme dont les faonltés morales sont tellement altérées et détournées de Tordit établi par la nature, qu'il «'a pl«f (i« goàt pour le bien.

les facultés morales sont tellement altérées, qu'elles ont perdu leur activité et leur énergie naturelles.

Un homme pervers est celui dont les facultés morales sont tellement dépravées , que non-sealement il n'a aucun gont pour le bien, mais qu'il a au contraire un penchant décidé pour le mal.

Un homme 'vicieux n'est pas entraîné, en général, par son penchant à de mauvaises actions , mais seulement à celles qui sont l'objet du vice auquel il est adonné ; et hors de ce vice, il en peut faire de bonnes. Un homme dépravé n'attache aucun prix aux actions morales ; il est indifférent pour le bien comme pour le mal.

L'homme vicieux peut rechercher les honnêtes gens, si son vice n'est pas un de ceux qui sont contraires à la probité ; l'homme dépravé n'évite pas toujours les honnêtes gens , mais il ne sait pas les avantages de leur société; l'hoqime corrompu joue et trompe les honnêtes gens; l'homme pervers ne cherche qu'à leur faire du mal, et se réjouit de celui qui leur arrive.

CORRUPTION. V. ALTiRATioir.

CORRUPTION , DÉPRAVATION. Un changement de bien en mal forme la synonymie de ces deux mots; mais le premier marque une tendance^de la chose à sa décomposition, à sa dissolution, par un vice interne de ses parties qui se désunissent; et le second une direction contraire à la règle, a l'ordre, à la destination primitive, par un vice du principe qui produit et dirige l'action.

Un corps dont les parties sdnt viciées au point qu'elles ne concourent plus ensemble a former le tout qu'elles formaient auparavant, et qui , par une suite de ce vice , tendent a se détacher les unes des antres, est dans un état de corruption. Une faculté qui , destinée par la nature à certaines fonctions, s'étarte de cette destination , et s'exerce constamment sur des objets qui lui sont étrangers , est dans un état de dépravation.

Ces deux mots sont synonymes , soit qu'ils

lement que la corruption et que la dépravation commencent, s'opèrent, font des progrès; et qu'un corps est dans un état de corruption, qu'une faculté est dans un état de déprava^

tion.

Ronbatid prétend que jusqu'à loi ces deux

COE ( 3it )

aaotft ont été pm eoteiuias, et U déduit de ses observations ane règle générale , que d*aatres synonymistes ont répétée avec corn* plaisance 9 et que nous avons répétée nobsmêmee, mal à propos, dans notre grand dictionnaire. Noos allons examiner ce qu'il dit à ce sajet.

Dépravation, dit Ronband, ^'applique natarellement aux objets anxqnels l'asage ordinaire joint les épitbètes ou les qnalilications de droit, réglé, régulier, bien fait, bien ordonné, beau, parfait, et autres idées analogues; et corruption, à ceux auxquels il joint les qualifications de sain, pur, innocent, intègre , bon, saint, et autres idées semblables.

Ainsi TOUS dires plutôt d^MxtvtUion d'esprit et corruption de cœur, parce que nous duons pin tôt un esprit droit, bien fait , et un cœur pur , innocent , etc. Nous dirons la corruption de la chair et du sang , parce que nous disons une chair saine, un sang pur; et nous ne dirons pas la dépravation de la chair et du sang, car nous ne pouvons pas dire une èhair droite, un sang juste, parce qu'il ne s'agit point de leur conformation et de leur régularité. Nous dirons une doctrine corrompue, par opposition à une doctrine saine , etc.

ces

Rien de plus faux que cette prétendue règle générale. Si déprava' ion s'applique naturellement aux objets auxquels Insage ordinaire joint les épitbètes on les qualifications de droit, réglé, régulier, bien fait, bien ordonné , beau , parfait , il s'ensuit qu'on pourra dire, selon l'auteur, qu'un bâton est dépravé lorsqu'il n'est pas droit , que des heures sont dépravées lorsqu'elles ne sont pas réglées, qu^un édifice est dépravé lorsqu'il n'est pas régnlier , qu'une femme est dépravée lorsqu'elle n'est pas bien faite , qu'un poème est dépravé lorsqu'il n'est pas parfait. Tout le monde sent l'absurdité de ces conséquences.

Si Rouband avait bien entendu ces deux mots , il aurait senti que, dans le langage ordinaire, dépravation ne se dit point au physique ; il aurait pensé avec Cicéron que depravatus, en latin, ne s'applique qu'à l'esprit et à Tame ; et qu'il en est de même en français du mot dépravé. Si nous disons un goût dépraté, dépravation de goût, cela ne doit point s'entendre des organes du serts, mais de la sensation quel'ame éprouve à l'occasion de l'action de tes organes. À la Vérité, les médecins diseut la dépravation des humeurs', "la dépravation des fohctions animales. Mais je crois que c'est mal à propos qn'ib ont appliqua ce mot à des objets parement pfaysi-|

ques; ils auraient dû dire, ce me ramhk»

dans le premier cas, l'altération des himiean^ et dans le second , le dérangement des fonc»

tions animales.

Dépravation me semble toujours supposer un désir , un penchant , une volonté , une &• culte qui tend à se développer dans l'ordre de la nature , et qu'une altération dans le principe d'action détourne de cet ordre. On dit un esprit dépravé , non parce qu'on dit un esprit droit , bien fait , mais parce que l'esprit est considéré ici comme une faculté active qui donne à ses actes une direction contraire à sa destination première et fondamentale.

On peut dire également , quoi qu'en dise Roubaudy la dépravation du cœur, parce que le cœur est considéré comme le siège des désirs, des passions et des affections, et que souvent il donne à ces choses des directions qui réloignent de celles de la ùature et de la saine raison. Qaand on dit un cœur corrompu, on ne le considère plus comme un principe actif capable de donner des directions bonnes on mauvaises aux désirs, aux inclinations, aux passions, mais comme un ensemble de facultés tellement viciées , qu'elles tendent à se séparer leâ unes des autres et à causer la destruction de rétre morcelé.

CaSMOGONIE, COSMOGRAPHIE , COS- MOLOGIE. Cosmogonie, du gi*ec kosmos, monde, et gonos, génération, science on sy»* tème de la formation de l'univers.

Cosmographie , du grec hosmos, monde, et graphe, je décris. Science qui enseigne la structure , la forme , la disposition et les rapports des paities de l'univers.

Cosmologie , du grec kosmos , monde ,, et logos, discours. Littéralement, discours on traité sur le monde, science des lois générales par lesquelles le monde est gouverné.

La cosmogonie raisonne sur IVtat variable du moi^de. Elle diffère de la cosmographUs en ce que celle^i est la' science des parties de l'univers supposé tout formé et tel que nous le voyons; et cTle diffère de la ^cosmologie en ce que celle-ci raisonne sur l'état actuel et permanent du monde tout formé , au 'lieu que la cosmogonie raisonne sur l'état véritable dft monde au moment de sa formation',

La cosmologie est proprement une physique générale et raisonnée qui , sans entrer dans les détails trop circonstanciés des faits, examine du côté métaphysique les résultats de ces faits mêmes, feit voir l'analogie et l'union qu'ils ont entre eux, et tâche par-là de découvrir une partie des lois générale» par lesquelles Tuni- I vfcrs est gouverné.

La cosmographie embv9»^ àKDS » défini*

t}on générale tout ce qni est Tobjet de la jpbysique ; cependant on a restreint ce mot , dans lUuage, & désigner la partie de la physique qai s'occupe du système général du monde.

£a ce sens, \di cosmographie a depx parties : l'astronomie, qui fait connaître la structure des cieuz et la disposition des astres; et la géographie, qui a pour ol]get la description de la terre. .

COSMOGRAPHIE. V. CosMOGOim.

COSMOLOGIE. V. Cosmogonie.

COTE. V. Bord.

COTEAU. V. CoiLiifE.

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