DÉLIÉ. V. DÉLICAT
DÉLIÉ , MENU , MINCE. Ces trois mots se disent de diverses dimensions des objets physiques.
Ce qui est délié n'est opposé qu'à la grosseur , supposant toujours une sorte de longueur. Un fil délié. Ce qui est merùi est relatif à la grosseur du corps ; il se dit des masses qui sont divisées en plusieurs petites parties, eu des objets naturels qui ne sont pas encore parvenus à leur entière croissance. On divise souvent les corps en pondre menue. Les jeunes branches des arbres , ou les jeunes arbres euxmêmes > sont du menu bois.
Délié indique quelquefois une chose agréable dont la forme longue et dégagée d'une grosseur incommode est propre à se prêter à tous les mouvemens naturels. C'est en ce sens qu'on dit une jambe déliée, pour dire une jambe bieh faite ; c'est une qualité. Une jambe menue ne signifie pas la même chose, c'est une jambe qui est plus petite qu'elle ne devrait être ; c'est un défaut. Un jeune homme bien fait aies jambes déliées ; un jeune liomme mal proportionné a les jambes menues. Le premier marche avec grâce; le second offre quelque chose de désagréable par la disproportion qu'il y a entre le peu de grosseur de ses jambes et celle des autres parties de son corps. Une jambe déliée est le milieu entre une jambe grosse et une jambe menue, qui sont deux défauts.
DÉLIÉ, FIN, SUBTIL. Un homme /« marche avec précaution par des chemins couverts; un homme subtil avance adroitement par des voies courtes; un homme délié va d'un air libre et aisé par des routes sûres.
La défiance rend Jin ; l'envie de réussir jointe à la présence d'esprit rend subtil; l'usage du monde et des affaires rend délié.
Les Normands ont la réputation d^ùtre Jins; les Gascons passent pour subtils; la cour fournit les gens les plus déliés. ( Girard. )
DÉLIRE, ÉGAREMENT. Le délire n'est autre chose qu'un dérangement des facultés de l'esprit pendant la veille, qui le fait juger mal des clioses connues de tout le monde. Ce mot &e dit d'un dérangement causé dans Tordre des idées ou par une maladie, ou par le trou- f Lie violent que causent les passions parvenues
à leur dernier degré d'exaltation. Le délire de Tamour, le délire des passions.
Le mot délire exprime le dérangement même; le mot égarement exprime l'effet du dérangement. Le délire est la cause ; Végareinent est l'effet. Le délire est capable de prodmi*e toutes sortes à^égaremens.
Quand on dit qu'un homme est dans le dé' lire f on veut dire ou que so|i esprit est actuellement dérangé par la maladie on par une passion violente , on qu'il dit des choses qui sont l'effet de ce dérangement. Dans l'un et l'autre cas on regarde le délire comme la cause.
Quand on dit qu'un homme est dans Yéga remenc , on veut dire qu'il est hors àa, sentier de la raison , et cet écart est souvent l'effet du délire ou de l'exaltation des passions.
Un homme dans le délire peut être calme et tranquille si son imagination troublée ne lui présente que des idées agréables dans lesquelles il se complaît; le même homme peut être dans une agitation violente si les objets excitent en lui un désir violent ou quelque autre affection extraordinaire de l'ame. Dans les deux cas le délire est le même , c'est tonjours le même dérangement, mais ce n'est plus le même égarement, le même éloignement du sentier de la raison ; ce n'est pas le même effet.
Il faut donc employer le mot délire toutes les fois qu'on a en vue, le dérangement de l'esprit; et égarement, lorsqu'on a particulièrement en vue Téloignement plus ou moins grand de la raison. Son délire était tel, qu'il ne mettait aucune liaison dans ses idées ; son égarement était tel, qu'étant à Pai'is, il se croyait à Constantinople.
DÉLIT. V. Crime.
DÉLIVRER. V. Affranchir.
DEMAIN MATIN, DEMAIN AU MA- TIN. Selon quelque^ grammairiens, on peut se servir indifféremment de l'une on de l'aatre de ces expressioiis. Mais si ces expressions sont également bonnes en elles-mêmes et signifient la même chose , il faut préférer celle qui est en moins de mots. On dira donc dc" main matin plutôt que demain au matin.
DEMANDE, QUESTION. Ces deux mots indiquent ce que l'on dit à quelqu'un pour en obtenir quelque chose que l'on veut savoir de lui. Mais demande est familier et suppose quelque chose de bref et de positif qai est ordinairement lié avec l'idée ou le mot de réponse. On fait une demande pour obtenir une réponse. Je vous ai fait deux demandes coup sur coup , et vous ne m'avez point fait de réponse.
DEM
Question est de tons les styles, s'applique SI toates sortes de sajets, et suppose quelqne chose rie plas détaillé et qui dépend davantage de la volonté de celai qui répond.
Celui qni fait une demande dont il exige la réponse, vent savoir la chose snr-le-champ , c'est un fait dont il veut connaître la vérité; celai qui fait des- questions, voulant obtenir des détails on des explications, laisse le temps de donner des éclaircissemeils.
Il y a des livres élémentaires par demandes et par réponses ; il n*y en a point par questions et par réponses , parce qu'on n'exige de celui à qui l'on fait des demandes que des réponses positives et telles qu'elles sont dans l'ouvrage; et qu'on ne demande pas qu'il détaille, qu'il explique à son gré; on demande qu'il réponde.
DEMANDER, INTERROGER, QUES- TIONNER. Ces trois mots ont rapport à ce qu'on dit à quelqu'un pour savoir de lui ce dont on vent être informé.
Questionner marque un esprit de curiosité :
interroger suppose de l'autorité; demander est une expression commune qui ne présente d'autre accessoire qtte le désir de savoir. L'espion questionne les gens; le juge interroge les accusés ; on demande ce qu'on vent savoir.
Questionner et interroger font seuls un sens ; mais il fant ajouter un régime à demander, parce que ce mot a deux sens et qu'il faut indiquer celui dans lequel on le prend.
On demande une place pour l'obtenir; on demande son chemin pour le savoir. Dans le prernier exemple , demander n'est synonyme ni de questionner ni di^ interroger. Dans le second , il est synonyme de ces deux Verbes.
Girard prétend que demander a quelque chose de plus civil et de plus respectueux que questionner et interroger. Cela est vrai, parce que questionner et interroger présentent des idées accessoires qui supposent de la supériorité ou de l'autorité; mais demander en lui-même n'a rien de civil ni de respectueux. On demande également à un prince et à un mendiant, et l'un n'est ni plus civil ni plus respectueux que l'autre, n y a plus; c'est que demander , c'est-à-dire faire une question, est souvent peu civil et peu respectueux, sur-tout lorsqu'on s'adresse à un grand; car les grands ne souffrent guère que les petits leur adressent des questions pour apprendre d'eux quelque chose.-
DEMANDER À, DEMANDER DE. Si Vobjet de la demande est une action dont celui qni demande est le sujet, il faut employer à, U demande à partir, à entrer, à
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VOUS parler. Lorsque l'objet de la demande n'est pas une action faite par le sujet, on dit de. Il demande d'èlre reçu dans cette compagnie , il demande de ne pas vous suivre.
DÉMANTELER, DÉMOLIR, DÉTRUIRE, RASER. Ces quatre mots ont rapport à ridée d'abattre un édifice, et sont distingués par des accessoires que nous allons expliquer.
Démolir, c'est abattre les différentes parties d'un édifice ou d'un ouvrage de maçonnerie , jusqu'à ce qu'il n'en reste plus rien sur pied.
Démanteler, est un terme de guerre qui signifie démolir les fortifirations, d'une place.
Détruire, c'est rompre, anéantir, les rapports, les formes , Tarrangement des parties, la construction d'une chose, jusqu'à la ruine totale de l'ouvrage ou à la perte entière de la chose. Détruire un édifice, un bâtiment.
Raser un édifice, c'est Tabattre à ras de terre.
Démolir signifie simplement abattre un ba* timent pour malfaçon, changement ou caducité ; c'est une affaire d'économie. On rasepsir punition afin de laisser subsister un monument de la vindicte pnblique. On démantèle par précaution pour mettre une place hors de défense. On détruit dans toutes sortes de vues et par toutes sortes de moyens , pour ne pas laisser subsister.
Un particulier fait démolir sa maison; la justice a fait raser \a maison de Jean Cbâtel; un général fait démanteler une place après l'avoir pnse , c'est-à-dire en fait détruire les fortifications. Ce dernier mot n'est plus guère en usage ; on dit plus communément raser on démolir les fortifications d'une place que la démanteler. Raser se dit lorsqu'on n'emploie point le secours du feu pour détruire ces fortifications; démolir, lorsqu'on emploie le secours du feu jiar le moyen des mines. On dît alors pour l'ordinaire qu'on a fait sauter les fortifications.
DÉMARCHES. V. Allures.
DÉMÊLÉ , DIFFÉREND. Ces deux mots ont rapport aux prétentions qui divisent les personnes entre elles.
Le démêlé e&l une contestation sur une matière particulière qui demande à être éclaircie.
Le différend est une contestation sur nue matière particulière , sur laquelle àes partis opposées ont des prétentions contraires.
Le sujet du différend est une chose précise et déterminée sur laquelle on se contrarie, l'un disant oui et l'autre non. Le sujet du </</mêlé est une chose moins éclaircie dont on
DEM
t)ÉM
jn*est pas d*accord , et sar laquelle on cherche à s^expliqaer pour savoir à qnoi s'en tenir.
Le démêlé sappose plus de chalear , plos d'obstination , plus de passion. Le différend suppose plus de modération, plus de sangfroid , plus d'examen. Les démêlés ne sont jamais sans aigreur; quand des parties ne veulent pas terminer leurs différends à l'amiable , ce sont les juges qui décident. Les^ tribunaux jugent les différends.
DÉMÊLE. V. Altercatiow.