DÉLICAT. V. DÉLIÉ
DÉLICATESSE , FINESSE. Ces deux mots sont considérés ici comme une qualité de l'esprit ou comme des caractères qui distinguent les ouvrages d'esprit.
La finesse est une qualité de l'esprit par laquelle il découvre ce que totit le monde n'aperçoit pas. La délicatesse est un sentiinent vif et habituel du mérite, des bonnes qualités, de la convenance des objets.
Xoi finesse cherche dans les objets ce qui peut piquer la curiosité ; la délicatesse ne s'attache qu'à ce qui éveille et attire le sentiment.
La finesse discerne , la délicatesse choisit.
La finesse est en actions, la délicatesse en impressions reçues. Il faut agir pour exercer l'une; lame est presque passive pour l'autre et ne fait que s'y livrer.
La finesse fait apercevoir et distinguer les unes des autres les parties les moins sensibles, les rapports les plus compliqués, les détails les moins apparens ; la délicatesse fait distinguer et apprécier les qualités les pins estimables, les rapports les plus agréables, les nuances qui distinguent le mérite des objets faits podr plaire.
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La finesse se Isome à la connaissance des clioses telles qu'elles sont; la délicatesse ne s'attache qa'aox plus agréables et aax pins estimables.
XiA finesse, dans les ouvrages d'esprit comme dans la conversation , consiste dans Fart de ne pas exprimer directement sa pensée, mais de la laisser aisément apercevoir. C'est une énigme dont les gens d'esprit devinent tout d'un coup le mot.
La finesse s'étend également aux choses piquantes et agréables, an blâme et à la louange, atix choses même indécentes cou' vertes d'un voile à travers lequel on les voit sans rougir. On dit des choses hardies avec finesse, La délicatesse exprime des sentimens doux et agréables f des louanges fines. Ainsi la finesse convient plus à l'épigramme , la délicatesse au madrigal,
DÉLICATESSE D'ESPRIT, SUBTILITÉ D'ESPRIT. La subtilité de Vesprit est une qualité par laquelle l'esprit, opiniâtrement attaché à une opinion, sait trouver des moyens vrais ou apparens pour la défendre, et s'occupe plus à mettre son adversaire dans la nécessité de Se rendre d'une manière ou d'autre, qu'à la défense franche et sincère de la vérité. C'est par la subtilité d'esprit qu'on brille dans l'école. Un scolastique grand chicaneur a de la subtilité, parce qu'il est ingénieux à trouver des moyens pour défendre son opinion, et qu'il est ingénieux à déguiser la vérité sous mille formes différentes et trompeuses. La subtilité va souvent jusqu'à l'extravagance ; elle ne veut que la victoire. La délica" tesse ne s'accorde qu'avec le bon sens et la raison ; elle ne veut que la vérité.
Le disputeur subtil ne rougit point de trahir la vérité; il défend même ce qu'il croit faux. Le philosophe délicat cède dès qu'il est convaincu.
Bouhours dit que si on lui demande ce que c'est qu'une pensée délicate, il ne sait où prendre des termes pour s'expliquer. Cependant ailleurs il s'explique ainsi sur cette matière.
Une pensée, dit-il, où il y a de la délica-tesse a cela de propre, qu'elle est renfermée en peu Me paroles, et que le sens qu'elle contient n'est pas si visible, ni si marqué; il semble d'abord qu'elle le cache en partie, afin qu'on le cherche et qu'on le devine , ou du moins elle le laisse seulement entrevoir pour nous donner le plaisir de le découvrir toutà-fait quand nous avons ^e l'esprit; car, comme il faut avoir de bons yeux et employer même ceux de l'art, je veux dire les lunettes et les microscopes, pour bien voir
les cheis-d'œuvre de la nature , il n^appartient qu'aux personnes intelligentes et éclairées de pénétrer tout le sens d'une pensée délicate.
Ce petit mystère est comme l'ame de la déli" catesse des pensées; en sorte que celles qui n'ont rien de mystérieux ni dans le fond, ni dans le tour, et qui se montrent tout entières à la première vue , ne sont pas délicates proprement, quelque spirituelles qu'elles soient d'ailleurs.
DÉLICATESSE. V. Finesse.
DÉLICE, PLAISIR, VOLUPTÉ. L*idée de plaisir est d'une bien plus vaste étendue que celle de délice et de 'uolupté, parce que ce mot a rapport à un plus grand nombre d'objets que les autres.' Ce qui concerne l'esprit , le cœur , les sens , la fortune , est capable de no'us procurer du plaisir. L'idée de délice enchérit par la force du sentiment sur celle de plaisir; mais elle est bien moins étendue par l'objet; elle se borne proprement à la sensation , et regarde sur-tout celle de la bonne chère. L'idée de la volupté est toute sensuelle, et semble désigner dans les organes quelque chose de délicat qui raffine et augmente le goût.
Les vrais philosophes cherchent le plaisir dans toutes leurs occupations, et ils s'en font un de remplir leurs devoirs. C'est un délice pour certaines personnes de boire à la glace , même en hiver, et cela est indifférent pour d'autres, même en été. Les femmes poussent ordinairement la sensibilité jusqu'à la 'volupté, mais ce moment de sensation ne dure guère, tout est chez elles aussi rapide que ravissant.
Tout ce qu'on vient de dire ne regarde ces mots que dans le sens où ils marquent un sentiment ou une situation gracieuse de l'ame. Mais ils ont encore , surtout an pluriel , un autre sens, selon lequel ils expriment Tobjet ou la cause de ce sentiment , comme quand on dit d'une personne qu'elle se livre entièrement aux plaisirs, qu'elle jouit des délices de la campagne , qu'elle se plonge dans les i;oluptés. Pris dans ce dernier sens , ils ont également , comme dans l'autre, leurs différences et letirs délicatesses particulières. Alors le mot de plaisirs a plus de raJ[>port anx pratiques personneHes , aux usages et am passe-temps , tels que la table, le jeu, les spectacles et les galanteries. Celui de délices en a davantage aux agrémens que la nature, les arts et l'opulence fournissent, telles que de belles habitations, des commodités recherchées et des confpagnies choisies. Celui dcvolûptés désigne propreihent des excès qui tiennent de la mollesse, de la débaoche et àii libertiDag^,- re^
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chercbés par un goût outré , assaisonnés par l'oisiveté et préparés par la dépense, tels qu'on dit avoir été ceux où Tibère s'abandonnait dans l'île de Caprée. (Girard.)