‹ Dictionnaire synonymique de la langue françaiseChapitre 212 sur 253 · DÉMENCE, FOLIE, DÉLIRE, MANIE · texte numérisé non relu

DÉMENCE, FOLIE, DÉLIRE, MANIE

Tous ces mots indiquent une aliénation d'es« prit. La démence est l'abolition totale de la faculté de raisonner ; c'est la paralysie de l'esprit. La folie est la diminution ou l'afFaiblissement de l'entendement et de la mémoire; c'est une aliénation d'esprit par laquelle on s'écarte de la raison dans la ferme persuasion qu'on la suit. Le délire est un exercice dépravé de l'entendemçnt et de la mémoire. La manie est un délire accompagné de foreur , d'audace et de colère.

DÉMÉRITER AUPRÈS DE QUELQU'UN, DÉMÉRITER DE QUELQU'UN. Démériter auprès de quelqv^un, c'est faire quelque chose qui, sans le toucher directement, prive cependant de sa bienveillance. Je sais qu'une personne s'intéresse à moi, qu'elle a à coeur qae j'aie une conduite régulière ; si je me conduis mal, je démérite auprès d'elle. Je jouis de la confiance d'une personne et j'en abuse ^yV démérite d'elle.

DÉMESURÉ, EXCE;SSIF, IMMODÉRÉ, OUTRÉ. L'excès est l'idée commune de ces quatre termes. Voici les nuances qui les distinguent.

Démesuré se dit des choses qui passent une mesure indiquée par la nature ou par la raison et le goût, ou par l'art. La taille des hom- ' mes en Europe ne surpasse guère cinq pieds six à sept ponces; ceux qui surpassent cette taille ont une taille démesurée , ils surpassent la mesure ordinaire. Chaque espèce d'arbre ne surpasse pas ordinairement une certaine hauteur, et cette hauteur est une espèce de mesure établie par la nature. Les arbres qui surpassent cette mesure sont d'une hauteur démesurée. Un statuaire qui, négligeant les règles de l'art , a fait à une statue une tête beaucoup plus" grosse que ne le prescrivent ces règles , a fait à cette statue une tête démesurée. Le' manche d'un couteau serait d'une longueur détnesurée s'il était beaucoup plus long que ne l'exigent les proportions et la facilité de s'en servir.

Immodéré se dit des actions qui ne sont pas dirigées par les règles de la modération , ou des choses qui résultent de ces actioils. Une action immodérée, une dépense Jjnmodérée.

Démesuré, selon Roubaud, dit plus qu'«/imodéré. Cette observation ne me parait pas juste. Des deux qualités qu'indiquent ces mots,

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l^ttna est positivi! 6t Tantre négative. Chadane «L danfe son espèce an degré plus ou moins considérable; mais Tnn dit tantôt pins, tantôt moins qne l'autre/Qnand on dit qu'une chose est médiocrement démesurée , on dit moins qne quand on dit qu'elle est extrêmement immodérée; de même quand on dit qu'une chose est médiocrement immodérée, on dit moins que quand on dit qu'elle extrêmement démesurée. Pour ^ue ces qualités pussent être comparées l'une av^ec l'autre, en plus ou en moins, il faudrait qu'elles fussent de la même espèce. Or, la qualité par laquelle une chose excède une mesure n'est pas de la même espèce qne celle qui indique un manque plus on moins considérable de modération.

Excessif w dit de ce qui excède les bornes , de ce qui sort des bornes , de ce qui va trop loin. Une sujétion excesssive est une sujétion qui passe le^ bornes ordinaires de la sujétion. On dit de même une passion excessive, un amour excessif, etc.

Outré signifie aussi qui passe les bornes; mais il dit plus qa* excessif Une chose qui est excessive peut l'être plus ou moins ; elle peut s'éloigner plus ou moins des bornes. Outré n'a point de degré; c'est le plus grand éloignement possible hors des bornes.

Détnesuré suppose une mesure outre-passée; immodéré , un excès de force et d'action; excessif, des bornes plus ou moins transgressées ; outré, des bornes dont on s'est éloigné autant qu'il est possible.

SE DÉMETTRE. V. Abdiquer.

AU DEMEURANT, AU RESTE, DU RESTE, AU SURPLUS. Ces différentes façons de parler servent de transitions pour passer, d'une manière marquée, à quelque trait renwqnable qui forme ou amène la conclusion d'un discours.

yéu demeurant est une ancienne façon de parler dont on se sert encore quelquefois dans le style familier et badin, jéu demeurant vient de demeure et marque arrêt, stabilité.

Cette expression est propre à désigner deux sortes de rapports , celui que les partie» du discours ont entre elles , et celui qni se trouve entre les choses mêmes. Dans le premier cas , cette façon de parler désigne le résultat, la conclusion , la fin , quelque chose de définitif, et sur quoi l'esprit, le discours s'arrête, se repose, demeure. Comme liaison des choses, elle désigne ce que l'objet est en soi , dans le fond, à demeure, d'après, avec ou malgré ce qu'on a dit. On regrette que cette expression ait été, pour ainsi dire, retranchée de la langue.

Aureste désigne d'une manière vague ousans

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idée accessoire ce qui reste adiré, im point, une observation qu'il importe d ajouter ou de rappeler. Au reste, je vous donnerai bientôt d'autres détails.

Du reste diffère d'au reste, selon Bonhours, en ce que ce qu'il annonce n'est pas du même genre de ce qui précède, et qu'il n'y a pas une relation essentielle; an lieu qu'c^n se sert d'au reste quand, après avoir exposé un fait et traité une matière, on ajoute quelque chose dans le même genre , qui a dn rapport à ce qu'on a déjà dit.

Au surplus suppose une série , une gradation, une enmqlation de choses au-dessus desquelles on en ajoute quelque autre' par réflexion,par complément, par surcroît. Ainsi après avoir rapporté les nouvelles qui se dé» bitent, et les raisons qu'il pent y avoir d'y croire , vous ajoutez qu'au surplus vous ne les garantissez pas.

DEMEURE, DOMICILE, HABITATION, MAISON, SÉJOUR. Maison désigne un bâtiment destiné à l'habitation des hommes.

V habitation offre une idée plus étendue. Elle comprend non-seulement le bâtiment, mais encore toutes ses dépendances intérieures et extérieures, et tout ce qui a rapport à l'usage que l'on peut en faire quand on l'habite.

Une maison est grande ou petite,' élevée on basse , vieille ou neuve , faite de pierres ou de briques, couverte d'ardoises, de tuiles ou de chaume ; il ne s'agit que du bâtiment. Une habitation est commode ou incommode, saine ou malsaine, agréable on désagréable, triste ou riante ; il s'agit de l'usage.

La demeure est un lieu que l'on fixe ou que l'on a fixé pour y demeurer habituellement ; elle a un rapport nécessaire aux persohqes , au lieu que maison et habitation en peuvent faire abstraction. Une maison ou une habitatien que personne n'occupe , n'en est pas moins une maison ou une habitation ; mais une demeure suppose toujours l'occupation.

Demeure se dit de ce qui sert de retraite aux hommes et arucanimaux, soit maisons, cavernes, antres, etc. S'il faut s'en rapporter aux traditions anciennes, les premiers habitans de la Grèce n'avaient pour demeure que des antres profonds. ( Barthélémy. ) Quelques animaux se creusent des demeures souterraines, se réfugient dans des cavernes. ( Buffon. )

Séjpur signifie, comme demeure , le lieu où l'on habite, mais avec cette différence , que demeure indique une habitation fixe et durable , au lieu que séjour ne marque qu'une habitation passagère, ou un lieu considéré comme ^el.

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Domicile ajoate à Tidée dUhabitadon celle d^un rapport à la société civile et ^ gouvernement, et de là vient que ce termtf n'est guère usité que dans le style de pratique.

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