DEMEURE, DOMICILE, RÉSIDENCE
L*idée propre de résidence pst celle d'un lieu où l'on est fixé, établi; celle de domicile est ridée pins restreinte d'une maison et de l'habitation; l'idée de demeure est celle d'un lieu vague ou d'un lieu particulier où l'on se renferme.
La résidence est la demeure habituelle et fixe; le domicile , la demeure légale ou reconnCie par la loi; la demeure ^ le lien où vous êtes établi dans le dessein d'y rester, ou même le lieu où vous logez.
Les gens en place, attachés par une charge, un ofBce, nn emploi, à un tel lieu, ont une résidence nécessaire ; on ne prétend pas qu'ils soient toujours à Icnr résidence. Les minenrs, les pupilles, n'ont d'autre domicile que celui de leur père ou de leur tuteur, et peut-être n'en ont-ils jamais approché. Il y a beaucoup de misérables qui n'ont point de demeure.
Il semblerait qu'on peut être en trois endroits à la fois; car il arrive que drts gens qui ont lenr résidence naturelle dans la province auront un domicile dans la capitale, et feront leur demeure habituelle à la cour. Il y a pins, avec vingt procès dans vingt juridictions différenres, on aura vingt domiciles différens tout à la fois : c'est ce qu'on appelle domiciles d'élection.
Résidence se dit principalement à l'égard des personnes qui exercent un office ou un ministère public. Domicile est un terme de pratique. Le domicile s'acquiert par tant de t«mps de efemeu;v, et il donne la qualité d'habitant et de citoyen. La demeure se considère sons toutes sortes de rapports physiques ou civils, etc.
On dit une demeure agréable ou triste. Les huissiers doivent marquer dans leurs exploits le lieu de leur demeure, etc. ( Roubaud. )
DEMEURER, LOGER. Ces deux mots sont synonymes dans le sens où ils ont rapport à l'habitation; mais demeurer se jlit par rapport au lieu topographique où l'on habite , et loger par rapport à Tédilice où l'on se retire. On demeure à Paris, en province, à la ville, à la campagne; on loge au Louvre, chez soi, en hôtel garni.
Quand les gens de distinction demeurent à Paris, ils /o^^wf dans des hôtels; quand ils demeurent à la campagne , ils logent dans des châteaux.
Loger se dit aussi en parlant d'un logement qni fait partie d'une maison. Il loge au pre-
DEM
mier, au second étage.
DEIMEURER, RESTER. L'idée commune à ces deux mots, dit Girard, est de ne pas s'en aller, et leur différence consiste en ce que demeurer ne présente que cette idée simple et générale de ne pas quitter le U«:u où. l'on est, et que rester a de plus une idée accessoire de laisser aller les antres.
Cette explication n'est pas exacte; et elle confond deux acceptions différentes da verbe rester.
L'idée commune à ces deux mots est de continuer d'être présent en un certain lieu, pendant un certain temps. Lear différence consiste dans la longueur plus ou moins considérable. Demeurer garde ici son idée essentielle d'un temps pins considérable qu'un antre temps. Je vais dans cette maison et j'y dc^ meurerai toute la journée; je vais dans cette maison et je n'y resterai qu'un quart d'heure. Demeurer se dit donc d'un temps comparativement plus long que rester.
Dans la dernière phrase il n'y a rien qui ait rapport à laisser aller les autres; tout est relatif à la présence dans le lieu. On ne peut donc pas dire que rester ajoute à l'idée de demeurer celle de laisser aller les autres.
Dans ce sens rester n'est pas synonyme de demeurer, il ne signifie pas continuer d'être présent en nnlieu pendant un certain temps, mais continuer d'être présent en un lieu jusqu'à ce que les atitres en soient sortis, ce qui n'est plus l'idée qui lui est commune avec demeurer.
Mais nous dirons avec Girard que rester convient mieux dans les occasions où iL y a une nécessité indispensable de ne pas bouger de l'endroit, et que demeurer figure bien lorsqu'il y a pleine liberté. Ainsi l'on dit que la sentinelle reste à sbn poste , et que le dévot demeure long-temps à l'église. Le geôlier d'une prison y demeure; les prisonniers y restent.
En effet, dans ces occasions, demeurer conserve l'idée d'habitation libre et volontaire, et rester indique un obstacle quelconque qui a détruit la liberté ;'j'ai resté, et non pas j'ai demeuré six mois en prison.
Cela n'empêche pas que rester ne paisse se dire dans les cas où la liberté subsiste; on veut dire seulement qu'il faut préférer ce mot lorsqu'elle ne subsiste pas.
SE DÉMETTRE. V. Abdiquer.
DÉMISSION. V. AByiWDONNEMENT.
DEMOISELLE, FILLE. Demoiselle ne se disait autrefois que dcs/illes nobles; on l'a dit depuis de toutes les ^lles d'une famille tant soit peu distinguée dans la société.
Fille se disait autrefois pour désigner les
DÉM
DEM
personnes du sexe qni n'étaient pas mariées et qui ne l'avaient jamais été. Elle est fille, elle est encore fille.
De nos jours on a désigné par le mot fille les femmes de mauvaise vie; de sorte que les pères et les mères de tonte condition ne veulent plus avoir des filles, ils ne veulent avoir que des demoiselles; ce qui donne une nouvelle signification et au mot fille et à celui de demoiselle. Une femme du peuple qui aurait dit autrefois qu'elle a deux filles, dit aujourd'hui qu'elle a deux demoiselles, ce qui paraît • ridicule d'après l'acception commune du mot dem^oiselle.
Fille ne se dit plus guère que pour expri mer le rapport de filiation entre une personne du sexe et son père et sa mère. Le premier enfant de c.es deux époux a été une fille.
On ne dit plus elle est fille, pour dire elle n'est pas mariée, à cause de l'équivoque que formerait ce mot avec fille , dans le sens de femme de mauvaise vie. On dit qu'une femme a u^ garçon et deux filles, parce que le mot fille est pris ici sous le sens de filiation; et les femmes ^u peuple qui disent qu'elles ont des demoiselles sont complètement ridicules.
DÉMOLIR. V. Abattre.
DÉMOLIR. V. DÉMAirmER.
DÉMON , DIABLE. Diable se prend toujours en mauvaise part. C'est un esprit malfaisant qui porte au vice , tente avec adresse . et corrompt la vertu. Démon se dit quelquefois en bonne part. C'est un fort génie qui entraîne hors des homes de la modération, pousse avec violence et attaque la liberté. Le premier enferme dans son idée quelque chose de laid et d'horrible que n'a pas le second.
Voilà pourquoi l'imagination jouant de son mieux sur le pouvoir et la figure du diable, caase des peurs aux esprits faibles , fait qu'ils s'abstiennent d'en prononcer le nom , et que, par une fausse délicatesse , ils substituent à sa place celui de démon.
La malice est l'apanage du diable, la fureur est celui du démon. Ainsi l'on dit proverbialement que le diable se mêle des choses quand elles vont de travers par l'effet de quelque malignité cachée; et l'on dit que le démon de la jalousie possède un mari lorsqu'il ne garde plus de mesure dans sa passion.
Les hommes, pour faire parade d'un fond de vertu qu'ils n'ont pas, et rejeter sur un autre leur propre méchanceté , attribuent au diable une intention continuelle de les induire au crime. Les poètes , dans leur enthousiasme, sont agités d'un démon qui les fait souvent sortir des règles du bon sens, çt leur fait
prendre le phéhus pour le sublime du style poétique. ( Girard. )
DÉMONIAQUE, ÉNERGUMÈNE. Ces deux mots sont usités parmi les théologiens pour signifier ceux que l'on croyait autrefois possédés du démon. Mais énergumène dit plus que démoniaque; il suppose des mouvemens désordonnés, de la fureur, des actions extraordinaires, causées par l'exaltation du cerveau. Il n'y a plus aujourd'hui ni démoniaques, ni énergitmènes. Il paraît qu'on donnait ce nom à des gens attaqués de certaines maladies dont on ignorait la cause.
DÉMONISME, DÉMONISTE. On a fait signifier au mot démonisme l'adoration, le culte des démons ; et à démoniste celui qui adore les démons ou un démon. L'athéisme exclut toute religion. L^ démoniste peut avoir un culte ; nous connaissons même des nations entières qui adorent un diable à qui la frayeur porte leurs prières ou leurs sacrifices, et nous n'ignorons pas que dans quelques religions on regarde Dieu comme- un être violent , despotique , arbitraire , et destinant les créatures à nu malheur inévitable , c'est-â-dire qu'on élève un diable sur les autels où l'on croit adorer un Dieu. ,
DÉMONISTE. Y. Démowisme. DEMONSTRATIONS D'AMITIÉ, TÉMOI- GNAGES D'AMITIÉ. Bouhours a fort bien distingué les nuances qui différencient ces deux expressions. Démonstration , à\t'ï\.,*\9. tout à l'extérieur, aux airs du visage, aux manières agréables, aux caresses, à des paroles douces et flatteuses, à un accueil obligeant; témoignage , au contraire, est plus intérieur et va au solide , à de bons offices, à des services essentiels. C'est une démonstration d'amitié que d'embrasser son ami ; c'est un témoignage damitié que de prendre ses intérêts, que de lui prêter de l'argent.
Les démonstrations damitié sont souvent frivoles; les témoignages damitié ne le sont pas d'ordinaire. Un faux ami, un traître peut donner des démonstrations d'amitié; il n'y a qu'un véritable ami qui puisse donner des témoignages d'amitié.
DÉMONTER. V. Décotîstruire.
DÉMONTER , DÉSASSEMBLER. Désassembler se dit des parties distinctes d'un ouvrage qui étaient assemblées , et que l'on, sépare les unes des autres. On désassemble les parties d'une armoire. Démonter se dit de l'ouvrage même. Pour démonter une. armoire, il faut en désassembler les parties.
Démonter se dit aussi des parties d'un ouvrage , lorsqu'on considère ces parties conut^é