‹ Dictionnaire synonymique de la langue françaiseChapitre 227 sur 253 · DÉTOURNER, DISTRAIRE, DIVERTIR · texte numérisé non relu

DÉTOURNER, DISTRAIRE, DIVERTIR

Distraire, en lati n dist 'akerej tirer dans un sens, reiirer de , attirer ailleurs. Z)eVoMr/2er, tourner hors , hors de , donner un autre tour , changer le sens. Divertir, du vieux français verti, du latin vertere, tourner diversement, diriger vers un autre but , faire changer d'objet.

^ II est sensible que l'action de distraire est plus faible, plus douce, plus légère que celle de détourner ou de divertir. Distraire

DÉT

DEi?

n^exprim^ qu^ane simple séparation, nn déplacement et même an dérangement; tandis que détourner et divertir marquent une vraie révolution , un tout autre aspect , des changemens divers. Il est constant par les mêmes applications et les acceptions différentes de divertir, qu^il marque un plus grand changement, une plus grande difTérence, an plas grand effet, que détourner, puisqu'il se prend aussi pour enlacer, dissiper, amuser, calmer, occuper on employer entièrement d'une autre manière.

Au physique , on dira distraire, détourner, ^iVer/^'r des deniers, des papiers, des effets, etc. On les distrait en les ôtant de leur place, en les séparant du reste , en les mettant à part ; on les détourne en les mettant hors de portée, à l'écart, en les éloignant de leur voie ou de leur destination , en les employant à an autre dessein; on les ^zVerftV en les supprimant, en se les appropriant , en les dissipant.

Au figuré, nous disons distraire, détourner, divertir d'un travail , d'une occupation , d'une entreprise, d'un dessein , etc.

Il suffît d'interrompre l'attention de quelqu'un pour le distraire de son travail; il faut l'occuper, du moins pendant un temps, d'autre chose , pour l'en détourner; il faudrait le lui faire oublier ou abandonner, en l'occapant de toute autre chose, pour l'en divertir.

Celui qui n'est qne distrait est encore plein de sa chose , eu pensant à une autre ; il y reviendra bientôt. Celui qui est détourné n'est plus à sa chose; mais quoiqu'une antre chose le tienne , il pourra faiblement y revenir. Celui qui est diverti est loin de la chose ; il est toat à \\J\e autre , il ne songe plus à son objet.

Une cause légère distraie ; une cause forte, une sollicitation importune, détournent ; des objets attrayans, des raisons déterminantes, divertissent.

L'esprit naturellement inconstant et léger se distrait de lui-même s'il n'est fortement appliqué. Un homme curieux se détourne facilement dès qu'un objet le frappe; il porte et fixe sur lui son attention avide. Celui qui /ait une chose avec la moitié de son esprit, ou sans être bien occupé, est bientôt diverti par le premier objet agréable qui peut remplir son esprit tout entier.

Distraire convient bien , lorsqu'il ne s'agit que d'une simple application de l'esprit, d'un travail facile , de soucis légers dont on se détache aisément. Détourner convient parfaitement lorsqu'il s'agit d'une grande occupation, d'nne préoccupation forte, d'une résolution ferme à laquelle on ne renonce qu'avec une grande peine, et comme par viotence, /)<-

vertir convient singulièrement lorsqu'il s*agit d'un état pénible, d'une profonde doalenr, d'une mélancolie à laquelle on vent donner le change ou du relâche par des pensera doux et agréables.

Vous pouvez distraire d'an dessein nne personne qui ne fait qu'y songer, vous l'en détacherez peu à peu. Vous devez détourner d'un mauvais dessein celui qui a résolu de l'exécuter; il faut qu*il l'abandonne toat-à-fait. U faudrait divertir l'homme plein de tristes pensées ; mais vous ne pouvez guère que l'en distraire insensiblement.

La vie de certaines gens n'est qa'ane continuelle distraction ; il n'est pas à craindre de les détourner; que font-ils ? ils ont sans cesse besoin d'être divertis; ils s'ennuient de tout, comme d'eux-mêmes.

La distraction est à l'esprit ce qae le repos est au corps. Une tête forte et indépendante ressemble à la nature que vous ne détournez de son cours qu'en l'assujettissant à ses propres lois .Ces perfides libéralités qui abasent les peuples et ces jeux bruyans qui Ifes divertissent de la considération et du sentiment de leurs maux, sont les présens d'un ennemi et les séductions de la tyrannie.

L'amusement est bon lorsqu'il ne fait que distraire à propos sans détourner du devoir , et sans divertir des soins importans. (Rou-

BAUD

DÉTRIMENT, DOMMAGE, PRÉJU- DICE , TORT. Ces quatre mots ont rapport au mal qu'on peut faire aux autres ou qu'on peut éprouver de la part des autres, relativement aux biens, à la fortane, aux intérêts, à la réputation, etc.

Tort est l'expression générale. Il se dit de tonte espèce de perte, de lésion, de dérangement dans la fortune, dans la réputation, dans les projets, les desseins, les entreprises, etc., causés par des personnes à. d'antres personnes, ou éprouvés par des peraonnes de la part d'antres personnes.

Le doimnage est un anéantissement on nne diminution de valeur, opéré sur nn objet ; ce qni devient un tort pour le propriétaire de cet objet.

Le préjudice est an tort qui résulte des rapports désavantageux d'ane chose à l'égard d'une autre.

Le détriment est un tort qui résulte d'une chose qui en détériore une autre , et tend à l'anéantir ou l'anéantit en effet.

Une nouvelle maison de commerce qui croise les autres et leur enlève des bénéfices par sa GoncuiTeace, leur porte /v^udlîce. Des

Page 1