‹ Dictionnaire synonymique de la langue françaiseChapitre 231 sur 253 · DIABLE. V. DÉM · texte numérisé non relu

DIABLE. V. DÉM

DIALECTE, IDIOME, JARGON, LAN- GAGE, LANGUE, PATOIS, ARGOT. Ce qu'il y a de commun entre ces termes , c'est qu'ils marquent tous une manière d'exprimer les pensées. C'est par là qu'ils sont synonymes; voici les différences qui les distinguent :

DU

DIA

Le langage e&X, en général, la manière dont les hommes se commaniqaent leurs pensées. Il ne comprend, dans sa signification, que ridée qui lai est commune avec tous les autres, celle de manière d'exprimer ses pensées; en sorte que Ton donne le nom de langage à tout ce qui fait on parait faire connaître les pensées : de là vient que Ton dit le langage des yeux, le langage des signes, etc.

En ce sens , langage ne diffère des autres mots que parce qu'il signifie, en général, manière d'exprimer les pensées, sans spécifier cette manière; et que les autres mots indiquent chacun une manière particnlière d'exprimer les pensées. Le langage est une manière générale d'exprimer les pensées, qui se rappoite à toutes les manières particulières. La langue, Vidiome, le dialecte, le jargon, le patois, sont des manières particnhères d'exprimer les pensées, qui sont différentes formes dn langage,

La langue, Vidiome, le dialecte, le jargon, le patois, supposent que le moyen du langage est la parole; et lorsque, restreignant le sens du mot langage, on le range dans la classe de ces mots, qui ont la parole pour idée commune, il perd sa généralité, pour ne plus signifier , comme les autres, qu'une manière particulière d'exprimer les pensées. Il était genre auparavant, maintenant il est rangé dans la classe des espèces.

De là nait une nouvelle espèce de synonymie , dont il faut assigner les différences.

Ici, langue est le mot général; les autres tiennent à l'idée qu'elle présente, mais en diffèrent par des nuances sensihles.

Une langue est la totalité des usages propres à une nation pour exprimer les pensées par la parole.

Si une langue est parlée par une nation composée de plusieurs peuples indépendans les uns des antres, tels qu'étaient autrefois les Grecs, teb que sont aujourd'hui les Italiens et les Allemands, avec l'usage général des mêmes mots et de la même syntaxe, chaque peuple peut avoir des usages propres sur la prononciation ou sur les terminaisons des mêmes mots. Ces usages subalternes , également légitimes , constituent les dialectes de la langue nationale.

C'est ainsi que nous disons , en parlant de la langue grecque, le dialecte attique, le dialecte ionique, le dialecte dorique; en parlant des Italiens, le dialecte toscan, romain, etc.; en parlant des Allemands , le dialecte de l'empire, le dialecte saxon, etc.

Si, comme les Romains autrefois^ et cçmnie

les Français aujourd'hui,^ nation est une par rapport au gouvernement^ il ne peut jr avoir, dans la manière de parler, qu'un usage légitime. Tout autre qui s'en écarte dans la prononciation, dans les terminaisons, dans la syntaxe , ou en quelque façon que ce puisse être, ne fait ni une langue à part, ni un dialecte de la langue nationale : c'est un patois abandonné à la populace des provinces, et chaque province a le sien.

Si, dans la totalité des usages de la voix, propres à une nation , on ne considère que l'expression et la communication des pensée», d'après les vues de l'esprit les plus universelles et les plus communes à tous les hommes , le nom de langue exprime parfaitement cette idée générale. Mais si Ton prétend encore envisager les vues particulières à cette nation, et les tours singuliers qu'elles occasioneiic nécessairement, le terme (Vidiome est alors celui qui convient le mieux à l'expression de cette idée moins générale et plus restreinte : de là vient que l'on nomme idiotisme les tours d'élooution qui sont propres à un idiome.

Vidiome est le système général des tours particuliers propres au caractère de la langue, et aux vues de la nation qui la parle : un idio» tisme est un de ces toui*s.

La différence entre les mots langue et lan' gage est encore bien plus considérable, quoiqu'ils paraissent .plus rapprochés par Tunité de leiur origine. C'est le matériel des mots et leur ensemble qui détermine nne langue; elle n'a de rapport qu'aux idées , aux conceptions, à l'intelligence de ceux qui la parlent. Le iangage a plus de rapport au caractère de celui qui parle, à ses vues, à ses intérêts : c'est l'objet dn discours qui détermine le langage; chacun aie sien, selon son caractère, sa position, ses passions.

Ainsi la même nation, avec la même langue, peut, dans des temps différens, tenir des langages différens, si elle a changé de mœurs, de vues, d'intérêts. Le langage que tenaii-nt les Français au douzième siècle, sur la religion et la politique , est bien différent de celui qu'ils tiennent aujourd'hui sur les mêmes objets. Plusieurs nations , au contraire , avec des langues différentes , peuvent tenir le même langage , si elles ont les mêmes vues, les mêmes intérêts, les mêmes mœurs.

Les Français , les Italiens , les Anglais , etc. , quoiqu'ils parlassent des langues différentes , tenaient, au douzième siècle, le même lan» gage sur les croisades.

Les mœurs , l'âge , les passions , les cir^ constances particulières , produisent une ^ mnltitodc de variétés dj^ns le langage , o^est*

DIA

à*dire dans la manière cle modifier Texpression des pensées. Les gens de la campagne, accoatùmés anx travaax et aux plaisirs champêtres, tireront les figures de leurs discours 'des images de la nature; les guerriers, des armes et des combats, et chacun parlera son langage particulier. Le jeune homme , en parlant de sa maîtresse, aura un autre langage qne le vieillard qui donne des leçons de sagesse. Le langage du premier sera vif, plein de passion et de feu; celui du second sera posé , tranquille , modéré , plein de raison. L'homme irrité qui ne respire que vengeance , ne parle que de sang , de carnage , que de l'anéantissement de son ennemi; rhomme sage^ qui ne respire que Tunion et la paix, ne parlera que dMnduIgence , de pardon , d^oubli , de réconciliation. Tous, en parlant la même langue, auront un langage différent.

Le jargon est un langage particulier de gens qui, ne sachant pas bien leur langue, disent des nH>ts les uns pour les autres , emploient des tours étrangers à la langue pure, et sont à peine compris de ceux qui la parlent.

On appelle aussi jargon un certain ramage de société , qui consiste dans des tours de phrases particuliers, dans un usage singulier des mots , dans Fart de relever de petites idées froides, puériles, communes, par des expressions recherchées : tel était autrefois \e jargon des précieuses ridicules et des femmes savantes, dont Molière a fait justice; tel est aujourd'hui le jargon que l'on nomme romantique, et qui n'attend qu'un Molière pour sabir le même sort.

Le langage particulier de certains états vils , comme les gueux , les filous, n'est point un jargon comme le dit Beauzée. Le jargon tient toujours à la langue, quoiqu'il s'en écarte plus oa moins; mais le langage des fiions et des gueux emploie, d'autres termes et d'autres tours que ceux de la langue, et n'y tient, par conséquent, en aucune manière. Ce langage particulier est connu et méprisé sons le nom dUargot,

DIALECTIQUE, LOGIQUE. Ces denxmots ont rapport à la recherche de la vérité.La logique est un amas de réflexions qu'onappelle des règles, et qui sont destinées à faciliter et diriger l'esprit à faire ses opérations aussi bien qtï'il en est capable, c'est une science. La dialectique est l'art d'employer les règles de la logique de la manière la plus avantageuse aq but qu'on M propose.

DIALOGUE. V. CoixoQtri^

( 374 ) pic

DIAPHANE, TRANSPARENT. Le corps diaphane est celui à travers lequel la lamière brille, et le corps transparent celui à travers lequel les objets paraissent. La diaphanéité annonce donc simplement qu'on voit le jour à travers , mais sans exclure la visibilité des autres objets, puisque la lumière les éclaire ; la transparence annonce la visibilité des objets , mais sans exiger absolument qne toutes sortes d'objets paraissent à travers.

Aussi l'nsage autorise-t-il à dire que l'eau, le cristal , le verre , les glaces , etc. , sont ou diaphanes ou transparens.

L'eau de sa nature est diaphane; et si le ruisseau clair et limpide laisse voir le sable et le gravier sur lequel il rojule , il sera transparent.

Des voiles, des treillages, des haies, des tissus , etc. , sont transparens et non diaphanes, La gaze de Cos était si transparente qu'elle laissait voir les corps à nu ; elle n^était pas diaphane, car elle ne permettait de voir qu'à travers les intervalles laissés entre les fils du tissu.

La diaphanéité àes corps résulte , selon Newton , non de la rectitude et de la quantité de leurs pores , mais d'une égale densité dans toutes leurs parties. Leur transparence est l'effet ou de la même cause , ou du défaut d'adhérence et de connexité de leurs parties entr'ouvertes.

Diaphane est un terme de physique , quelquefois adopté par la poésie; transparent e%i le terme vulgaire et généralement employé.

Le premier ne se dira guère que dans le sens propre ; le second se dit également au figuré. (R0VBA.UD.)

DIATRIBE, SATIRE. La diatribe est nne critique amère et violente faite en forme de dissertation. La sa^ij^ est un ouvrage par lequel on attaque directement les vices et les ridicules. La satire a pour objet les actions , les quaUtés des personnes, quelquefois les personnes mêmes. La dititribe a toujours pour objet un ouvrage d'esprit.

DICTION, ÉLOCUTION, STYLE. Ces trois termes ont rapport aux qualités du discours.

Il ne faut pas confondre la diction avec le stj'le. La première a une acception beaucoup plus étendue. Diction se dit proprement des qualités générales et grammaticales du discours , c'est-à-dire de la clarté et de la pureté. Elles sont indispensables dans quelque ouvrage que ce puisse être. Style, an contraire, se dit des qualités du disconrs plusparticttlières, plus diijQciles et plos rares qui

Page 1