S'ACHEMINER, CHEMINER, MARCHER
S'acheminer, dans le sens que nous. le prenons ici, veut dire avancer vers un but. La préposition à indique cette tendance. Cheminer, c'est faire seulement du chemin, avancer dans un chemin , abstraction faite . de tout but.
Marcher, se mettre en mouvement, être en mouvement dans une certaine direction. .
On s'achemine Ters un but lorsqu'on s'en approche tpujours de plus en plus ; on cAemine lorsqu'on fait du chemin, quelquefois sans savoir où l'on va ; on marche lorsqu'on fait un mouvement pour se transporter d'un endroit à un autre.
Yers eux<, à pas presiés , le vieillard s'^acbemine,
(Delille.)
Un vieillard qui chemine avec peine.
La Foi y d'un pas certain , devant elle chemine.
(BoiLEAV f le Lutrin.)
Au propre , un homme marche lorsqu'il dirige ses pas de manière à quitter le lien où il est pour se transporter dans un autre.
La Nuit baisse la vue ; et , du haut du rocher, Observe les guerriers, les regarde marcher.
(BoiLEAU , le Lutrin.)
Au figoré,
RLdielieu , Mazarin
Marchèrent à grands pas au pouvoir despotique.
(Voltaire, Henhade.)
Ici marcher, à cause de la préposition à, à laquelle il est lié , signifie la même chose que s'aàheminer , relativement au but ; m^is il en diffère toujours , en ce que ^acheminer marque un progrès vers le but , ce que marcher à n'indique pas.
ACHETER, ACQUÉRIR. Ces deux mots ont cela de commua qu'ils signifient l'un et
AGH
Fantre se procnrer la propriété, l'usage de quelque chose. Ils ne diffèreut que par la manière de se les procurer, et par l'importance plus ott moins grande des objets. t
On -achète à prix d'argent. On acquiert de toutes sortes de manières, acheter se dit de toutes sortes d'objets ; acquérir ne se dit que des' objets d'une certaine importance. Acheter vlsl rapport qu'à la Convention faite avec celui qui vend ; acqiiérir a rapport à la possession de celui qui acquiert, à l'augmentation de ses biens ^ de ses propriétés, de. ses jouissances. On achète un couteau, et on achète une terre , cela veut dire qu'on échange de l'argent contre. un couteau, contr^une terre. Mais on dit acquérir une terre quand on veut indiquer la possession d'un bien considérable ^ on l'augmentation des biens de celui qui acquiert: on ne dirait pas acquérir un couteau.
On peut acheter pour un autre, on rCac* •quiert que pour soi.
Acheter consiste dans un seul acte, dans une convention entre celui qui vend et celui qui achète. Oti acquiert de plusieurs manières difl'érentes. On acquiert des biens par son travail , de la réputation par ses vertus ou ises talens. On acquiert de l'expérience, des connaissances , des lumières , des forces , de bonnes habitudes. On iiachète point toutes ces choses , on ne peut se les procurer à prix d'argent, ni par aucune espèce d'échange.
On dit quelquefois qu'on achète une chose ïOi prix d'une autre chose , et là il n'est point question d'argent. Ainsi l'on dit j'ai acheté ces honneurs au prix de mon repos. Mais alors on considère comme le prix dont on a payé la chose, les peines et les travaux qu'elle a coûtés, les privations qu'il a fallu s'imposer pour l'obtenir , les avantages que l'on a perdus en la possédant. On voit à quel prix cher et funeste Pierre-le-Grand acheta le bonheur qu'il procura à ses peuples. (Voltaire.) C'est ici un échange que fait Pierre-le-Grand de ses peines, de ses travaux , de son repos , contre le bon- . heur de ses peuples. Il achète pour les autres et non pour lui ; il n'acquiert pas.
On achète loyalement; tout dépend de l'aceord des parties et de l'exécution de la convention qu'elles font. On peut acquérir justement ou injustement, car on acquiert aussi par force , par artifice , par ruse , par des crimes.
On garde sans remords ce qu'on acquiert sans crime.
( Corneille. )
ACHETER BE, ACHETER A. Acheter qi:ielque chose de quelqu'un a seulement rapport à l'action de vendre, abstraction Jaite de toute autre idée. On achète un bijou d'un
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juif , d*wa.e marchande à la toilette , iTtin pas» sant. Si une personne a acheté uù. objet qae l'on soupçonne avoir été volé , le juge ne • loi demande pas à qui avez*vons acheté cela ?
mais de qui avez-vous acheté cela ? c'est-^-dire quelle est la personne qui vous a vendu cela? A qui avez-vous acheté cela signifierait à qael marchand, à quelle personne vous êtes- voua adressé pour flc/tefcr cela?
Acheter une chose à quelqu'un. J'ai acheté ce cheval à mon frère ; le cheval lui appartenait. J'ai acheté ce cheval de mon frère ; il était chargé de le vendre. Lorsqu'on met le pronom au lien du substantif, on ne peut pas faire cette distinction. On dit dans les deux: cas je lui ai acheté , et non pas j'en ai acheté. Acheter quelque chose à quelqu'un signifie aussi acheter pour quelqu'un. Elle a acheté une poupée 4 sa fille , signifie elle a acheté une poupée pour sa /fille. Daiis le dessein d'exprimer l'une ou l'autre idée , il faut s'expliquer clairement et de manière à bannir tonte équivoque. ''
ACHETEUR , ACQUÉREUR. Dans le langage ordinaire , acheteur se dit de tonte personne qui se. procure une chose à prix d'argent. Acquéreur est un terme de droit qui ne se dit que de celui qui achète un immeuble.
ACHEVER , FINIR , TERMINER. L'abbé Girard dit : On achève ce qui est commencé, on continue à y travailler , on /init ce qui était avancé en y mettant la dernière main ; on termine ce qui ne doit pas durer , en le faisant discontinuer. De sorte que l'idée caractéristique à*ackever est la conduite de Ja chose jusqu'à son dernier période, celle de Jimr est l'arrivée de ce période , et celle de terminer la cessation de la chose.
Cette explication nous semble fautive ; on n^achève, on nejinit, on ne termine que ce qui est commencé; on achevé, on finit et on termine également ce qui est avancé. Ce n'est point en cela que consiste la différence de ces expressions.
Achever vient du vieux" mot chief , qui signifiait proprement bout , extrémité, issue.
Achever, c'est comme on disait alors conduire à chief , c'est-à-dire conduire au bout. Ackc" ver n'a proprement rapport qu'à l'ouvrage continu que l'on fait par l'addition successive de piuftieurs parties, comme un tisserand qui fait une pièce de toile , un menuisier qui fait une table. On achève une pièce de toile lorsqu'on en tisse le dernier rang, ou qu'on y travaille dans le dessein de parvenir à ce dernier rang ; on achève une table en y mettant le dernier morceau de bois ou le dernier clou, travaillant constamment à atteindre
ou en