‹ Dictionnaire synonymique de la langue françaiseChapitre 36 sur 253 · ADR · texte numérisé non relu

ADR

sans bornes; le second ne snppose qa^nn hommage rendu à des qualités estimables. On adore Dieu , on honore l^s saints. On adore sa maîtresse , on honore l'es honnêtes gens. On adore en se dévouant entièrement au service de ce qn*on aime, et en admirant jusqu^à ses défauts; on honore par les attentions, les égards, les politesses.

ADORER, RÉVÉRER. Adorer marque la soumission et la dépendance ; révérer marque le respect , une haute estime , une considération extraordinaire. On adore Dieu, on révère les reliques. On adore la beauté , les talens ; on révère les personnes illustres, celles d'un mérite distingué, un magistrat respectable, un juge intègre, la vertu sur le troue. On est entièrement dévoué à ce qu'on adore\ on témoigne à ceux qu'on révère qu'on recon« naît, qu'on apprécie leur mérite, leur dignité , leur illustration.

ADOUCIR, ÉDtJLCORER, en parlant des choses dont on corrige l'amertume, l'acidité. Le premier est le terme commun, le second un terme de pharmacie.

ADOUCIR, TEMPÉRER. En adoucissant, on change la qualité de la chose; en tempérant, on affaiblit son effet , son action , son activité.

ADOUCIR, MODÉRER, Adoucir, c'fst rendre la qualité moins désagréable; modérer ^ c'est la coniger, en supprimer l'excès.

ADOUCIR, MITIGER, en parlant de réglées , de lois , de règlemens , de doctrines. On adoucit en rendant moins rude, moins sévère, moins austère ; mais cette expression ne suppose point de bornes à l'action. On peut adoucir jusqu'à dénaturer. Mitiger, au contraire, suppose l'action à^ adoucir bornée au point où est la perfection. Une règle adoucie jusqu'à devenir trop commode serait relâchée et non mitigée,

ADOUCIR, APAISER. Adoucir se dit des monvemens violens de l'ame, relativement à un but qui les a excités. Il ne se dit point en ce sens des choses inanimées, parce que ces choses n'ont point de but. On dit adoucir la colère, la haine, la vengeance, l'ardeur martiale; mais on ne dit pas adoucir les flots, la tempête , l'orage. Apaiser ne se dit que du mouvement violent, sans rapport à un but, et par conséquent il s'applique également bien aux êtres animés et aux êtres inanimés.

Les flots, l'orage, la tempête, ^apaisent; la colère, la haine, la vengeance, ^apaisent lorsque la violence de leur mouvement diminue;. mais ces dernières ne Radoucissent que lorsque la cause qui les a produites se

dissipe. On peut apaiser des gens irrités sans les adoucir, c'est-à-dire les engager oa les contraindre à réprimer les monvemens de leur colère, sans changer la qualité de la cause qui l'a excitée. Souvent on apaise une émeute populaire sans adoucir ceux qui en ont été les auteurs.

ADRESSE, DEXTÉRITÉ. Vadresse a plus de rapport à la conduite de la chose; la dex" térité en a davantage à la manière d'agir.

Avec de Vadresse on évite des obstacles qui empêchent d'arriver au but ; avec de la dextérité on fait facilement ce qu'il faut pour y arriver. Vadresse dirige bien; la dextérité exécute bien. La* dextérité donne un air aisé et répand des grâces dans l'action; Vadresse fait procéder avec art et d'un air fin.

ADRESSE, HABILETÉ. Vadresse suppose l'art, Y habileté la science; V habileté connaît la nature des choses et des moyens, elle dispose ; Vadresse connaît les moyens et la nature des obstacles, elle dirige.

ADRESSE, SOUPLESSE. Vadresse est l'art de conduire ses entreprises d'une manière propre à y réussir; la souplesse est une disposition à s'accommoder aux conjonctures et aux événemens imprévus.

Vadresse évite les obstacles avec art; la souplesse s'y soumet et semble les caresser pour les aplanir. Pour être bon courtisan, il faut souvent plus de souplesse que à^adresse,

ADRESSE, FINESSE. Vadresse suppose une marche dirigée avec art; la Jinesse une marche secrète et cachée. Vadresse emploie les moyens, elle demande de l'intelligence; la finesse insinue d'une manière insensible, elle suppose de la pénétration. Partout où il y a de la finesse il y , a aussi de Vadresse; mais Vadresse n'est pas toujours accompagnée de finesse.

ADRESSE, RUSE. Vadresse va franchement à ses fins, elle ne cherche point à ^i imposer; la ruse se déguise pour y parvenir, elle trompe. Vadresse se prend ordinairement en bonne part ; la ruse presque toujours en mauvaise part.

ADRESSE, ARTIFICE. Vadresse emploie des moyens simples et naturels; elle doit son succès à l'art avec lequel elle les dirige. Var" tifice emploie des moyens extraordinaires et recherchés; il doit son succès à des apparences trompeuses. Le résultat de Vadresse surprend quelquefois, mais ne cause ni dépit ni indignation; le résultat de V artifice surprend toujours et excite sinon l'indignation, du moins le dépit.

ADROIT, HABILE. L'homme habile connaît parfaitement les bons moyens et sait les

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distinguer des iBaiiTais;il choisit et dispose. L'homme adroit connaît le jeu des moyens, la meilleure manière de les combiner, de les diriger; il exécute, il dirigel

ADROIT, ENTENDU. JdroU se dit de la conduite, entendu des lumières de Tesprit.

L'homme adroit conduit bien sou entreprise; l'homme entendu sait distinguer les meilleurs moyens et la meilleure manière dé les combiner et de les diriger.

ADROIT, SOUPLE. Il y a de Vadresse dans la souplesse , mais il n'y a pas tocgours de la souplesse dans Vadresse. Un homme adroit sait souvent parvenir à ses fins en conservant sa supériorité, et sans s'abaisser à la souplesse; cm homme souple regarde sa docilité, sa couh plaisance, sa soumission comme des moyens adroits de parvenir à son but.

ADROIT, FIN. L'homme adroit dirige sa marche avec art, mais sans la cacher, sans en faire un mystère ; l'hOmme^?» suit une marche secrète et recherchée. L'homme y?n est ordi«nairement adroit; mais l'homme adroit n'est pas*tonjoiirsy?;i.

ADROIT, RUSÉ. L'homme adroit va franchement à son but, et n'en a pas d'autre que celui qu'il manifeste ; l'homme rusé cache ses moyens, ou leur donne une fausse apparence, dans le dessein: de tromper; c'est ce dessein de tromper qui le distingue de l'homme fin.

ADROIT , ARTIFICIEUX. L'homme adroif ose de moyens simples et naturels; l'homme artificieux use de moyens recherchés et extraordinaires. Il les déguise, les complique, leur donne une direction trompeuse, afin de parvenir à un but très différent de celui qu'il a manifesté.

ADROIT , INDUSTRIEUX. L'homme adroit sait agir avec art; il emploie les moyens connus et les emploie de manière à éviter ou à surmonter les difficultés. L'homme industrieux sait inventer les moyens d'abréger l'ouvrage, de faire disparaître les difficultés; l'homme adroit n'invente rien , il imite ce qui existe, il suit la routine; il se borne à faire plus facilement que les autres ce que les antres font quelquefois très difficilement. I^ manière de faire est l'objet de l'hotfime adroit; l'invention de nouveaux moyens de faire, propres à surmonter on à détruire les difficultés , est celui de l'homme industrieux.

ADROIT, INGÉNIEUX. L'homme adroit agit selon l'art qu'il connaît; l'homme ingénieux perfectionne cet art et imagine des directions nouvelles, sans inventer des moyens nouveaux comme l'homme industrieux.

ADULATEUR, FLATTEUR. Vadulateur veut montrer une soumission entière ^ une

admiration aaim bornes. H lone sans distino* tiou le bien et le mal, les perfections et les défauts, les vertus et les vices. H prodigue des applaudissemens même aux ridicules. Ld flatteur est moins bas. Dire des choses agréables à celui qu'il flatte est son but direct, j^aire en flattant , son but détoursé.

Vadulateur loue avec impudence une^diose évidemment mauvaise ; le flatteur cherche à donner à une chose mauvaise des couleurs qui la fassent paraître louable.

Vadulateur donne des louanges à tort et à travers, il veut seulement montrer qu'il loue ; \e flatteur loue par des motifs vrais on apparens, il veut montrer du discernement,

ADULA.TEUR , FLAGORNEUR. Vadulateur témoigne ce qu'il est par ses discours , par ses gestes, par ses révérences, par ses bassesses; \& flagorneur n'emploie que les discours. Il loue avec excès et souvent aux dépens des autres; l'affectation et la fadeur entrent dans son caractère.

ADULATEUR, LOUANGEUR. Vadulateur agit comme par instinct; le louangeur par habitude et par gont. Vadulateur loue pour se montrer soumis et dévoué ; le louangeur pour avoir le plaisir de louer. Vadulateur a ordinairement un objet ou des objets particuliers auxquels il adresse des^ louanges; le louangeur en adresse au premier venu.

ADULATION, FLATTERIE. V adulation loue iudistinctement tout ce qui vient de la personne qui en est l'objet , et par la seule raison qu'il vient de cette personne; la flatterie se plaît à faire ressortir ce qui peut paraître louable , et à faire paraître louable tout ce qui ne l'est pas ; elle est moins vile que Vadulation et veut montrer du discernement. Si Vadulation enfante l'orgueil, on peut dire que la flatterie enfante l'amour-propre.

ADULER, FLATTER. Jduler se prend toujours en mauvaise part , et suppose de la bassesse et de la faveur. Flatter se prend tantôt en bonne , tantôt en mauvaise part , et suppose de l'adresse. Ce n'est pas un mal de flatter les gens eu louant les qualités estimables qu'ils possèdent, ou les actions réellement dignes de louange qu'ils ont faites; c'en est un de \es flatter en leur faisant croire que leurs défauts sont des* perfections on leurs vices des vertus.

ADULTÉRATION , FALSIFICATION , ALTÉRATION. Ces trois mots se disent de l'action de gâter, de dépraver, de détériorer ce qui est pur et bon.

Adultération est un tenue de droit qui est exdu du langage ordinaire \ il signifie l'action

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