‹ Dictionnaire synonymique de la langue françaiseChapitre 43 sur 253 · AGR · texte numérisé non relu

AGR

plète , U pins sensible des jonîssances en son genre. Dn vin agréable est dn rin que l'on boit avec plaisir ; da vin délicieux est dn vin d'une qualité exquise que Ton savoure avec volnpté. I>es vers agréables sont des vers bien tournés et qui expriment d'une manièire heureuse les pensées ou les sentimens dont ils sont l'expression ; des vers délicieux sont des vers où les charmes de b plus belle poésie, jointes à la délicatesse ou à la sublimité des pensées ou des sentimens , font éprouver à l'esprit un plaisir qu*il gonte avec volupté. Les momens agréables que je passe avec Itii me font souvenir des journées diUcieuses que j'ai passées avec vous. ( Voltaire. ) '

AGRÉABLE, DÉLECTABLE. Jgréable convient non-seulement pour toutes les sensations dont Tame est susceptible , mais encore pour ce qui peut satisfaire la volonté ou plaire à l'esprit. Délectable he se dit proprement que de ce iqui regarde la sensation du goût , ou de ce qui flatte la mollesse. Ce dernier, moins étendu ponr l'objet , est plus énergique pour l'expression du plaisir. Il dit moins que délicieux, mais plus qa^ agréable. Il tient le milieu entre ces deux expressions. •

AGRÉABLE, GRACIEUX. Gracieux en parlant des personnes se dit de ce qui marque en elles le désir de plaire , agréable de ce qui plait en effet. On est gracieux par l'air , par les manières. On a un air gracieux , des manières gracieuses. On fait un accueil gracieux , une réception gracieuse, un compliment gracieux.

On est agréable par les qualités de l'esprit, par les agrémens de la conversation , par une humeur douce et complaisante. Un homme gracieux n'est pas agréable si , aux dehors de la politesse, il ne joint pas des qualités qui excitent et soutiennent l'attention en procurant quelque plaisir , quelque amusement. On se lasse bientôt d'un homme qui n'est que gracieux, on recherche la société d'un honmie agréable. En parlant des choses , ce qui est gracieux plaît par les qualités extérieures ; il ofTre quelque chose d'élégant ; de riant , de noble ; il flatte le goût et fait naître le sourire de l'approbation. Ce qui est agréable plaît par ses rapports avec nos sensatioa^ ; il excite nu monvement d'admiration , mêlé d'une sorte d'affection. Un site est gracieux lorsque par la variété des objets , par la convenance de leurs rapports et par le charme de l'ensemble, il offre un coup d'œil qui flatte le goût. Un site est agréable lorsqu'il excite dans l'ame quelque sensation qui attache , et qu'on désirerait être à même d'en jouir habituellement. Un style est gracieux par la combinaison d'tme suite d'expressions délicates et riantes j

il est agréable par les sensations qn*il excite dans l'ame. Une image peut être en même temps agréable et gracieuse: gracieuse, par la manière dont eUe est rendue sensible ; agréable, par la Sensation de "plaisir qu'elle excite dans l'ame. Tout ce qid est agréable n'est pas gracieux, parce que tous les objets qui excitent en nous des sensations agréables n'attirent pas l'attention par leilrs formes et leurs qualités extérieures. Du vin est agréable et n'est pas gracieux; inais il est rare que ce qui est gracieux ne soit pas agréable.

AGRÉABLE, AMUSANT. Ce qui est agréable attache par l'attrait dn plaisir; ce qui est amusant fait passer le temps sans peine , sans fatigue , sans ennui. On aime à jouir d'un spectacle agréable; on évite l'ennui en se livrant à une occupation amusante,

AGRÉER» RECEVOIR. Nous recevons ce qu'on nons donne ou qu'on nous envoie; nous agréons ce qu'on nous présente, agréer ajoute à l'idée de recevoir ^ celle de recevoir sans difBculté , sans répugnance , avec plaisir» avec complaisance , avec bienveillance. Agréer les services de quelqu'un. Agréez mes tendres respects, que je vous présente dafond de mon cœur. ( Voltaire. )

AGRÉGATION. V. A»>iviTi.

AGRÉGER, ASSOCIER. Associer, admettre quelqu'un parmi les membres d'une société , ponr en partager avec eux les travaux , les soins , les charges et les bénéfices , les avantages et les désavantages , et concourir an but commun. On entend'^ ici par société une réunion particulière de personnes qui ont fait entre elles une convention par laquelle elles ont mis en commun leurs talens, leurs biens ou une partie de leurs biens , pour faire quelque commerce, quelque ouvrage , quelque entreprise, dont elles partagent les profits et les pertes, chacune selon la quantité des fonds ou l'importance de ses services , ou ce qui est réglé par le traité de société. Agréger, joindre plusieurs personnes à une société , à une compagnie , à un corps , de manière que le corps qui agrège , approuve en général les travaux de ceux qu'il agrège, et regarde les agrégés connue unis au corps d'intention et d'intérêts , quoiqu'ils puissent être sdunds à des règlemens diifférens. Les associés sont unis ensemble sons les mêmes règlemens; ib constituent la société , la compagnie , le corps. Les agrégés sont joints au corps , à la compagnie , à la société; ils lui appartiennent sans en faire une partie constituante.

La société qui est agrégée semble être dans |nne sorte de dépendance de la société qui

agrège. Cette dépendance se. remarqae sortout dans le choix qui a fait agréger, et qui est ane espèce de favenr.

On associe pour augmenter le Nombre des membres ; on agrège pour se donner plus de stabilité , plus d'importance , plas de rdations.

AGRÉMENT, CONSENTEMENT. Vagrém«/tr suppose soumission on égards delà part de celui qui le demande , autorité et favenr de la part de celui qui l'accorde. '

Consentement suppose intérêt de la part de celui qui l'accorde , et empêchement de la part de celui qui' le demande. Il faut V agrément du prince pour obtenir certaines places ; on ne peut obtenir une 6Ue sans son consentement.

AGRÉMENT, PERMISSION. Vagrément n'influe point sur l'action en elle-même ; celui qui le donne ne fait que déclarer qu'il trouve bon qu'elle se fasse ; et dans certains cas elle ne pourrait se faire sans son agrément, 1a permission influe sur l'action même. L'action n'a lien qu'en vertu de la permission; celui qui la donne a droit de l'empêcher.

AGRÉMENS , GRACES. Les grâces consistent dans l'élégance des formes , dans l'aisance , la souplesse, la variété des monvemens, dans tout ce qui manifeste des qualités faites pour plaire. Elles attirent l'attention sur l'objet, elles préviennent en sa faveur, elles le font admirer. Les agrémens ont plus de rapports à la jouissance de l'ame. Ils consistent dans des rapports avec nos goûts , avec nos plaisirs; ils éveillent le désir e^ procurent la jouissance. Ainsi le corps est plus susceptible de grâces , et l'esprit à! agrémens. On dit d'une personne qu'elle marche , qu'elle danse avec grâce , et que sa conversation est pleine dUagrémens.

Dans le premier cas, l'attention est portée sur l'objet , dans le second sur le plaisir qu'il procure. On admire les grâces, on en fait l'éloge ; mais on n'en jouit pas, on ne les goûte pas. On goûte les agrémens et on en jouit. Les grâces de la diction dépendent du choix des mots , de l'harmonie des phrases , du coloris du style , toutes choses qui attirent l'attention sur l'objet et le font admirer. Les agrémens du discours dépendent dès idées qu'il excite , des images dont il récrée l'imagination , des sentimens doux qu'il fait éprouver. Les grâces consistent dans le concours harmonieux des qualités d'un objet fait pour plaire, les agrémens dans les rapports de ces qualités avec nos goûts et nos désirs.

AGRÉMENT, AMÉNITÉ, termes de beauxarts. Ils signifient la qualité d'un objet qui le rend propre à donner a l'esprit un contentement doux et traoçpiUe. On dira > dans ce

sens, qu'on beau jour de printemps adeTo^ grément. Il y a de très beaux objets dont on ne pourrait pas en dire autant. Tout ce qui remplit l'esprit d'un plaisir trop vif, ou d'admiration , on de désirs , n'a plus cette qualité. Vagrément semble tenir de ce qu'on appelle les grâces. Il gagne les coeurs et leurs inspire un penchant doux.

Il semble que' Vagrément résulte de ces beautés qui se confondent entre elles, parce qu'il n'y en a aucune qui se distingue supérieurement : elles s'entremêlent pour ne former qu'un tout harmonique. C'est ainsi qu'en peinture on nomme agréabtç un coloris , quand les jours et les ombres ne sont point trop forts , et que plusieurs couleurs claires et agréables harmonient gracieusement entre elles.

AGRESSION, ATTAQUE. Ces deux mots marquent également l'action de celui qui attaque ; mais agression ajoute à l'idée à^ attaque celle d'atuquer quelqu'un qui ne s'y attendait pas , pour provoquer une querelle, un combat.

Uagression suppose ordinairement une attaque imprévue ; Vattaque est ordinairement prévue, et suppose des causes connues. Deux souverains paraissent en paix ; l'un attaque subitement l'autre, sans préliminaires , sans déclaration de guerre , c'est une agression. Deux armées marchent l'une contre l'autre , l'une d'elles commence le combat ; c'est une attaque.

AGRESTE, RUSTIQUE. Agreste éloigne toute idée de culture , il suppose la nature brute et abandonnée à elle-même; rustique se dit des choses qui ont rapport aux tra»

vaux*«et aux mceurs de la campagne, par opposition aux travaux et aux mœurs des villes. On ne dit pas des travaux agrestes, parce que l'adjectif agreste repousse toute idée de travail et d'art ; mais on dit des travaux rustiques , parce qne l'adjectif rustique supposera culture des champs. "Des mœurs agrestes sont des mœurs rudes et sauvages , privées de l'aménité qui résulte de la culture. Des mœurs rustiques sont des mœurs contractées dans l'habitude des travaux de la campagne et dans la fréquentation des personnes qui s'y livrent. On les appelle rustiques ou grossières, par opposition à la politesse qui distingue celles des habitans des villes.

AGRESTE, CHAMPÊTRE. Le mot agreste exclut toute idée de culture et d'agrément; le mot champêtre , an contraire , réveille l'idée de la culture et^ des agrémens qui l'accompagnent. Un lieu agreste n'offre que des roches stérUes, des plantes sauvages, une terre inculte ; il inspii*e la trbtesse > ou tout au plus

Mb

Page 1