ABANDONNEMENT, DÉSISTEMENT
Vabandonnement suppose une chose réelle , positive» qui appartient à celui qui l'abandonne; le désistement «appose des poursuites, des demandes pour obtenir quelque chose à quoi l'on croit avoir df oit , ou pour s'opposer a quelque chose. On ne fait pas un désistement, on le donne.
ABANDONNER , QUITTER. En pariant des personnes, abandonner supposé un attavhement ou une attache antérieure de la part
de la personne qui abandonne , et quelque dommage, quelque souffrance de la part d« celle qui est abandonnée. Quitter ne marque qu'une simple séparation. On ' quitfe une fenome que l'on n'aime pas , dont on n'est point aimé, et qui se soucie fort peu d'être quittée. On abandonne une femme que l'on aimait, dont on est aimé, et qui souÂfrira de cet abandon. On quitte son père , c'est-à-dire qu'on s'en sépare , sans rompre les liens qui attachent à lui ; on Vabangionne lorsqu'on rompt tous ces liens, et que par là on le jplonge dans la douleur. — Eh parlant des choses, ..on quitte le jeu lorsqu'on n'avait pour le jeu qu'un léger attachement; on abandonne le jeu lorsqu'on l'aimait avec passion : on rompt les liens qui attachaient au jeu. On quitte une entreprise de peu d'importance, et 'qu'on n'avait pas suivie avec chaleur ; on abandonne une- entreprise considérable, et à laquelle on s'était livré avec ardeur. — Oh quitte quelquefois un ou;inrage , pour .se ttpbikt et dans le dessein de le reprendre ; on .Vabat»
donne pour s'en débarrasser, et ordinatremeai pour n'y plus revenir. On abantionne sobouvrage, ses affaires» lorsqu'on y était «ttadié par Je besoin, par le devoir, par l'infté^t , ' par la raison, et que cela se fait mal à propos et pour des choses frivoles ; on leê^iûtte-lor»* qu'on les interrompt pour des choses. nédessaires, indispensables ou plus importantes* Cet ouvrier qui est dans le besoin abandonne son ouvrage pour se livrer à la paresse ; «et antre ne le quitte que pour prendre df^ln nourriture ou du repos.
ABANDONNER , RENONCER À. Jban donner une chose , c'est rompre , par qndqœ motif que ce soit , les liens qui nous atta^ chaient à cette chose; y renoncer, c'est ne plut vouloir jouir des aiv^ii^Ag^ de la chose ^ parce qu'on en est dégoûté , ou qu'on ne les regarde plus comme des avantages. Ou aba^ donne le jeu comme une passion nuisible et dangereuse ;. on renonce an jeu parce qu'il n'amuse plus , on qu'on a reconnu q^'on y perd plus qu'on n'y gagne , ou^ parce qu'on croit pouvoir mieux employer son temps. On abandonne une succession parce qu'on . est assez riche, ou qu'on veut obliger une per* sonne à laqtiellé on Vabandonne ; on renonce à une succession, parce qu'on ne trouve '^int, d'avantage à l'accepter. Il n'est pas si facile qu'on pense de renoncer à la vertu; elle toui"^mente long-temps ceux qui Vabandonnçrit* ( J.-J. Rousseau. ) . .
ABANDONNER , DÉLAISSE» : Délaissa dit plus cpa abandonner. On est abâMonné de ses parens , de ses amis , de ceui^ sur I^ se^
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cônrf desquels on croyait pouvoir compter.
Qoazid on est délaissé on est abandonné de tout le monde.
ABANDQNNÊB. , CÉDER. Ces deux mots ont rajSport aux efforts que l'on fait pour avoir quelque chose. On abandonne à quel»
qu'un une chose qu'il poursuivait avec ardeur, sur laquelle il prétendait av«ir des droits. Cest ainsi qu'un débiteur abandonne tons ses ^iens à ses créanciers.
Céder, c'est cesser dp résister , cesser de défendre. Qn cède une chose à quelqu'ni^ lors» qn^on cesse de contester avec lui sur les con^ diidbns de cette cession*
.<^&a;zfifenner suppose un renoncement entier, forcé ou volontaire à la chose qu'on abandonne. Céfier suppose la condescendance , la complaisance , la volonté de ne plus retenir. On a^ndonne une chose qu'on ne pouvait plus retenii: $ on cède une chose que l'on pouvait ^ncore défendre*
: A&àQUE , TllIXOIR , FRONTON , EAkEE. Ces mots ont pour idée commune ]« dernier terme de l'élévation d'nne chose.
■Ahifae et tailloir sont des termes d'archijl96toz^ ; iU ne se disent qde des Colonnes.
Vaèa^ue est la partie supérieure on le convoqnem^t du chapiteau d'une colonne , qni ^tt ^rdinaîrement échaneré sur ses faces.
Zrfi uûUoir est la même partie qui n'a pas •eft éohancrores.
Fronton est aussi un terme d'architecture.
Gtfst tm amortksemenf triangulaire qui sert à «oufonaer l'extrémité supérieure de l'avantcoips d'iui bâtiment.
Èt^e est proprement un terme de charpenterie ; tenait la plus haute pièce de la charpente d'an toit.
Qe térfiie se dit par extension de tout ce qoi fait le complément ou le dernier terme de ^élévation d'une chose. \jt faite d'une montagne y d%n arbre , etc.
Éake a-entploie figch.*ément pottr signifier le phts haut iÀ^^ Èr position la plus élevée dans iaA ordre de choses. Le faite des hoçneura, de» gsdlideurs , de la gloire, etc.
ABASOURDIR. "V. Abalourdir.
^ -^ATAÎÏT, ABAT-JOUR. Ces deux mot* indiquent des choses qui facilitent l'entrée de la lïmwère dans un lieu, par en haut. Vaba»
tar\( est pn châssis qui, se levant plus ou moins au plancher, par le moyen d'une <îorde fiasseed^ns une poulie, ne donne qu'autant de jour qu'on veut en donner dans le lieu où il est ^cé. VakiU'joiir, au contraire , n'est
5 oint mobile. Cest une fenêtre faite en talus, ^ Rtani^a fpe U jour est abattu dans la
pièce où il est pratiqué, sans qu'on puisse augmenter ni diminuer ce jour.
ABATARDIR, DÉNATURER. Dénaturer c'est changer la natui*e d'nne chose. Il est dans la nature des arbres de produire des fruits ; il est de la nature de certains arbres de produire certains fruits : ainsi forcer un arbre destiné à produire une certaine sorte de frtiits, à en produire 'd'une antre sorte, c'est changer sa nature, c'est le dénaturer.
On voit par là que dénaturer ne se dit pas toujours d'un changement de bien en mal , mais souvent d'un changement de bien en mieux; au lieu (ypHaJfâtardir suppose toujours un éloignement dés qualités essentielles et primitives, et par conséquent un changement de bien en mal.
Quand on dit qu'on peut dénaturer une chose , il ne faut pas entendre par là qu'on peut changer entièrement sa nature, mais qu'on pent changer* en modifications particulières les modifications générales que la nature comprend en efles. Les arbres sont destinés par la nature à produire des fruits; ce n'est pas proprement les dénaturer que de leur faire produire une sorte de fruit au lieu d'une autre sorte. On les dénaturerait véritablement si l'on pouvait, par exemple , les changer en pierre on en métal. Dénaturer, dans le sens que nous donnons ici à ce mot, n'est donc autre chose que changer la direction ordinaire de la nature en une autre direction qu'elle a rendue possible , et qui par conséquent ne s'écarte point d'elle; cette opération n'attaquant point , n'altérant point la source commune, est bien diSSéveuXAàtV abâtardissement, qui tend toujours à l'éloigner de cette source.
1a iwture a fait le cœur de l'homme susceptible de bien ou de mal; on le dénature si Von change sa direction primitive en. une direction nouvelle bonne ou mauvaise.' Lycurgpe a, dit-on, dénaturé le cœur de l'homme, parce qu'il a dirigé ses facultés vers des objets nouveaux et extraordinaires; mais il ne l'a pas abâtardi, parce qu'il ne l'a pas éloigné de sa source primitive ; au çotitiaire , il a augmenté sa noblesse et son ^înergie.
Des préjugés absurdes, dit Raynal, ont dénaturé partout la raison humaine, c'est-àdire ont change de bien en mal la diiection de la raison humaine qui, par sa nature, était susceptible de ce changement.
ABÂTARDIR, DÉFRAYER. Un changement de bien en mal forme la synonymie de ces deux mots ; mais le premier change en mal en affaiblissant les principes qui constituent l'espèce ; le second en détournant les facultés de la i-ègle , de l'ordre naturel, pour les dùiger
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vers on bat déréglé , désordonné. On akâtordit un animal en loi ôtant les moyens de iaire les fonctions et de produire les effets auxquels il est destiné par sa constmction piimitive ; on le déprave en changeant de bien en mal ses inclinations, ses désirs , ses penchaos. ,
Abâtardi^ a toigonrs rapport aux qualités essentielles de Tespèce ; dépraver a rapport à la faculté d'un indiyidn que Ton change à tel point qu'elle s'énerre d'une manière déréglée, désordonnée, contraire à la nature.
Une esp^ abâtardie ne produit que des individus faibles, sans forc<^, sans tigueur, sans énergie ; un individu dépravé conserve ses facultés ; mais le principe qui les £ût agir étant changé de bien en mal, elles agissent sans règle et sans ordre, s'éloignant du but de la nature tantôt par inertie, tantôt par trop d'activité, tantôt eu ponrsuivan^ des objets étrangers à leur destination. Ainsi l'appétit est dépravé lorsqu'il cesse de se faire sentir , ou qu'il est excessivement augmenté ou diminué, ou qu'on qpronve de la répugnance pour les alimens ordinaires. L'esprit se déprave en l'habituant , soit par erreur , soit par un aveugle attachement à des principes faux , à s'écarter des règles ordinaires de la raison et du bon sens. I«e goût dépravé dans les alimens est de choisir ceux qui dégoûtent Jes autres hommes; le goût dépravé dans les arts est de se plaire à de^ sujets qui révoltent les esprits bien faits, de préférer ie burlesque au noble , le précieux et l'afCccté au beau simple et naturel ; c'est une maladie de l'e^nt.
(VotTAIEB.}
ABÂTARDIR, ALTÉBRR. Ces deux mots f xprûnent un changement dans les choses :
mais le premier frappe sur toutes les qualités essentielles de la chose, la sépare entièrement de la souche primitive, et souvent lui fidt changer de nom ; le second n'exprime qu'un changement acddentel et partiel d'une chose (joi ne va pas jusqu'à la rendre entièrement méconnaissable ou à lui Êdre prendre une nouvelle dénomination. Le courage eAatardi n'est plus ooiuage; c'est de l'inertie, de Tengourdissement. Le courage eUtéré est un cou»
rage dont l'énergie est diminuée par quelque cause accidentelle^ mais qui se montra toujours courage y quoiqu'avec moins d'ardeur, dans les circonstances où Valtération est sensible. Il' y a même des altérations qui ne sont que l'acquisition ou la perte de certaines qualités qui ne sont pas essentielles k la nature de la chose.
kur ne perd pas pour cela son non J et A*cst pas séparée de son type primordial; on fl/k^pw le caractère, en le contrariant dans sa nurokK^ franche et naturelle; on Vabdtardirait si fo» pouvait parvenir à changer entiàperaent sa nature. On altère les monnaies, en diminnant leur valoir légale, en retranchant quelque partie de la matière dont eUea sont composées; mais l'essence de ces matières teste la même, et elles ne prennent pas poos eala on . autre nom.
Abâtardir se dit toc^onrs d*nn changement en mal ; mais altérer se dit quelquefois d'un changement en bien, ou d'un changement indif^rent. En mêlant plusieurs métaux ensemble, on les akère néoessairemeni , mais si de cette altération il résulte un composé plus utile que chacun des composans en pi^rtionlier, le changement se fait de m&l en bieSk
ABÂTARDIR, GORR^OMPRE. Abâtardir, c'est affidblir ks qualités par ksquelles Hbe production naturelle tknt à une espèce, an point qu'elle parait éloignée de eetle espèce , et qu'elle ne peut plus produire des êtres qui possèdent ces qualités au même àç^ (pie cette espèce.
Corrompre, c'est changer les qualités d'une production de la nature, de manière que ces qualités ne forment plus un tout qui appartienne à l'espèce.
V abâtardissement ne détruit pas tous les liens qui a|Uchent l'individu à l'espèce , elk ne fait que les a£hibfir ; la corruption détruit entièrement ces liens.
Une pknte abâtardie peut produire des plantes qui participeront plus on moins à l'affaibUssement des qualités de Fespèce primitive. Une plante corrompue ne produit rÎMi de la même espèce.
Le mot abâtanlir a donc' rapport à l'espèce. Le mot corrompre n'a rapport qu'à l'individu.
Au figuré, on abâtarêit une espèce en éloignant successivement quelques-unes de ses qualités primitives, et en faisant enfin disparaître ces qualités, ce qui est le complément de Yabâtardissement. On corrompt en travaillant à faire disparaître les qualités de» individus mêmes. Le despotisme abâtariHt tontes les vertus. D corrompit ses snjets en les plongeant dans la mollesse et les voluptés.
S'ABÂTARDIR, DÉGÉNÉRER. S'abâtar^ dir, c'est s'éloigner successivement des qualités essentielles de l'espèce à laquelle ou appartient; dégénérer, c'est recevoir des ibrmes^ des attributs, des couleurs, etc«, autres que
On altère une couknr en y donnant une 1 ceux qu'on tient de sa nature priinil;ivc et nuance plus forte otf plus faible, mai» k cou- | originak. U se dit d'une altérmon qui $*(jfèt9
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dans la chose même et la rend d*ane qualité inférieure. Dégénérer se dit d'ane altération qui 8*opère d'individu à individu, par le moyen de la reproduction. Une plante abâ" tartUe vaut moins que ce qu*elle valait aupa-. ravant ; un plante dégénérée vaut moins que celle qui Ta reproduite. Un chien transporté en Amérique s'abâtardit ; les animaux sauvages dégénèrent dans l'état de domesticité.
Les individus s'abâtardissent , les espèces dégénèrent,
ABÂTARDISSEMENT, DÉGÉNÉBATION.
"V abâtardissement s'opère dans le sujet même qui devient moins hon qu'il n'était auparavant ; la dégénération s'opère dans la reproduction' qui donne à chaque fois des sujets moins bons. TJ abâtardissement d'un plant de vigne ; la dégénération d'une espèce.
ABAT-JOdR. Voyez Abat^ht.
ABATTÉE , ARRIVÉE (Termies de marine). On appelle abattée le mouvement de rotation que fait un vaisseau, lorsque l'avant cède ou obéit à la direction du vent. Cette définition convient également à Varrivée qui dans le fond ne diffère point en effet de Vabattée, Mais l'un ou l'autre mot doit s'appliquer selon les circonstances et la situation relative du vaisseau. Abattée se dit de ce mouvement, seulement lorsqu'il est involontaire ou forcé, tel que celui d'un vaisseau qui est en panne ou à la cape , on d'un vaisseau dont les ancres quittent le fond, qui vire de bord vent devant, ou qui est coiflfê. Quoique Vabattée ne soit pas volontaire , on la prévoit cependant, on la dirige, on la facilite, et c'est à l'art à la régler.
Une abattée ne peut pas aller jusqu'à mettre le vaisseau vent arrière, car ce ne pourrait être que par un acte libre qu'un vaisseau en viendrait U, et le mouvement cesse d'être abcutée lorsqu'il cesse d'être forcé. «
Cette distinction entre Vabattée et Varrifée pourra peut-être suiprendre au premier abord; mais qu'on y réfléchisse bien, et on la trouvera juste. Lorsque j'appareille, par exemple, je suis bien maître d'abattre à tribord ou à bâbord , mais il faut de nécessité que Rabatte; le mouvement est donc forcé ,' et c'est dans la contrainte que j'établis que doit exister la différence entre Vabattée et V arrivée. {Encx' ^lopédie.)
ABATTEMENT, LANGUEUR. En pariant du corps, V abattement suppose diminution des forces ordinaires; la langueur indique plutôt l'atonie des organes. Celui qui est dans t abattement , s'il sort de maladie, n'a pas encore assez de forces pour agir comme dans rêtat de 9anté> 3'il. «8t menacé d'une maladie.
il n'en a plus assez. Celtd qui est en langueur éprouve un malaise général qui fait qu'il ne se sent propre à aucnne espèce d'exercice on de travail; les muscles semblent loi refuser leur action. .
En parlant de l'ame, V abattement suppose une réaction, le passage sobit d'un désir vif, d'une passion violente , d'un bonfaenr actif, à un état tranquille, mais pénible. Il suppose des efforts sans succès, on des malheurs inattendus. La langueur ne vient t^e de la persuasion où l'on est que l'on n'a ni les moyens ni l'espérance de satisfaire s»s passions, ou de recouvrer un bien que l'on a perdu. UabatU" ment a plusieurs causes ; Vabattement du dédésespoir , de la surprise, de la douleur, etc. La langueur n'en a qu'une, l'impossibilité d'obtenir ce qu'on désire , on de recouvrer ce qu'on regrette. Rabattement n'est qu'un état accidentel, la langueur est nn état habituel. "Vabattement prolongé devient langueur; dans la langueur il y a toujoiu*s de Vabattement; mais dans Vabattement il n'y a point de langueur, si l'on restreint le premier à sa simple signification.