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distribuée en secours et encouragements aux instituteurs de la banlieue de Paris.
CHARLES D’AUTRICHE (l’archiduc), général autrichien, fils de l’empereur Léopold II, et frère puîné de François II, né en 1771, mort en 1847, fut en 1796 chargé du commandement en chef des troupes impériales sur le Rhin, obtint quelques avantages sur les généraux républicains Jourdan et Moreau, qu’il obligea à repasser le fleuve, prit Kehl en 1797 , fut moins heureux contre Bonaparte et Masséna, disputa longtemps la victoire à Caldiero, à Eckmuhl, à Essling, mais perdit la bataille décisive de Wagram , où il fut blessé (1809), et fut forcé de signer l’armistice de Znaïm. Après cet échec, il quitta le service et consacra ses loisirs à l'étude. On a de lui : Principes de stratégie , Vienne, 1814; Campagne d’Allemagne et de Suisse en 1799, Vienne, 1819. Favorable aux idées libérales , l’archiduc fut longtemps, pour ce motif, en défaveur à la cour.
CHARLES -ALBERT , roi de Sardaigne , né en 1798 , mort en 1849 , était issu d’une branche collatérale, et avait pour père Charles-Emmanuel de Savoie-Carignan. Elevé en France, il y puisa de bonne heure des idées libérales, et se passionna pour l’indépendance de l’Italie. Il commandait l’artillerie du roi de Sardaigne lorsque éclata l’insurrection de 1821. Victor-Emmanuel, en abdiquant (13 mars), le nomma régent du royaume jusqu’à l’arrivée du nouveau roi Charles-Félix. Il proclama aussitôt la constitution des Cortès d’Espagne , et institua une junte provisoire; mais au bout de peu de jours (21 mars), il fut forcé de se retirer devant l’intervention autrichienne. Exilé en Toscane, il resta longtemps en disgrâce; cependant il fut nommé en 1829 vice-roi de Sardaigne. Appelé au trône en 1 83 1 à défaut d’héritierdirect, il opéra d’utilesréformes, créaunconseil d’Etat, reconstitua les conseils provinciaux, fit rédiger un code complet de lois civiles et criminelles, réorganisa l’armée, encouragea l’agriculture , l’industrie et les sciences, abolit en Sardaigne le système féodal, toutes mesures qui le rendirent agréable au parti national; mais, dans la suite, dominé sans doute par des influences étrangères, il se montra beaucoup moins favorable à la cause de la liberté. Cependant, en 1848, après la révolution de Février, revenant aux idées de sa jeunesse, il donna à son peuple une constitution libérale, et embrassa ouvertement la cause de l’indépendance et de l’unité de l’Italie ; il appuya de ses armes les peuples insurgés de la Lombardie, de la Vénétie, des duchés de Parme, de Plaisance, de Modène, obtint d’abord de brillants succès, battit les ^ Autrichiens à Pastrengo (30 avril 1848), à Goito (30 mai), à Rivoli (10 juin), à Somma-Campagna (24 juillet) , enleva Pizzighettone, Peschiera ; mais, mal secondé par les troupes lombardes, il fut à son tour battu à San-Donato paç le maréchal Radetzky (4 août) , se vit forcé d’évacuer précipitamment Milan , où il faillit être pris, et dut solliciter un armistice qui lui fit perdre presque tous ses avantages. Cédant aux exigences du parti démagogique , il recommença imprudemment Ja guerre à l’expiration de l’armistice ; mais il n’éprouva plus que des revers: il perdit, malgré des prodiges de valeur, la bataille décisive de Novare (23 mars 1849). Il abdiqua le jour même en faveur de son fils, Victor-Emmanuel II , s expatria et mourut peu de mois après , à Oporto en Portugal, à la suite d’une longue maladie. Ce prince^ était profondément religieux; on a dit de lui : « Il s’est battu en héros , a vécu en moine et est mort en martyr. » Il encourageait les lettres et les sciences , et publia à ses frais les liîonumenta historix patrix , Turin, 1838. M. Ma-
miani prononça son Plage funèbre. Une statue lui a été élevée à Turin.
LHARLESXIV , roi de Suède. Voy. Bernadotte.
CHARLET, artiste, né en 1792 à Paris, mort en 1845 , était fils d un dragon des armées de la République, et professa sous la Restauration des opinions hardies qui lui firent perdre une petite place qu’il occupait à la mairie du 2e arrondissement. Il se voua dès lors tout entier à l’art pour lequel il se sentait une puissante vocation , réussit surtout dans le dessin et la lithographie, et acquit bientôt une vogue immense en traitant avec un talent supérieur des sujets militaires ou des scènes du peuple ; tout le monde connaît ; La garde meurt et ne se rend pas; Vous ne savez donc pas mourir? l'Aumône du soldat , la Résignation. Il excellait dans la charge. Cet artiste infatigable a laissé plus de S00( lithographies, et près de 2000 dessins à la sépia, à l’aquarelle, à la plume. Il réussissait aussi dans la peinture : on remarqua aux expositions son Épisode de la campagne de Russie et son Passage du Rhin en 1790.
CHASSELOUP-LAUBAT (François, marquis de), né en 1754 à Saint-Sornin (Charente-Inférieure), d’une famille noble, déjà illustrée dans les armes, mort en 1833, était colonel du génie en 1789. Il défendit Montmédy contre les Prussiens, dirigea en 1794 l’attaque principale contre Maëstricht, qui capitula bientôt, commanda en chef les travaux du siège de Mayence, 1795; accompagna Bonaparte en Italie dès 1796, eut une grande part aux succès de cette brillante campagne, à la suite de laquelle il fut fait général de division; assiégea, prit, puis fortifia Peschiera, Mantoue, Alexandrie, et appliqua à ces fortifications un système nouveau dont il était l’auteur; fit en 1807 les sièges mémorables de Dantzick et de Stralsund , commanda en chef le génie dans la campagne de Russie, et fut, en récompense de ses services , fait par Napoléon comte de l’Empire et sénateur. Devenu sous la Restauration pair de France et marquis, il n’en compta pas moins parmi les défenseurs des institutions constitutionnelles. Chasseloup a écrit des Mémoires sur l'artillerie ; son système de fortification est représenté en relief auxlnvalides, à côté de ceux de Vauban et Cormontaigne. — Son fils, M. Prosper de Chasseloup , né en 1805, député dès 1837, représentant du peuple en 1848,puismembre du Corps législatif, a été un moment ministre de la marine en 1851 et est depuis 1859 ministre de la marine et des colonies.
CHATEAUBRIAND (François-René, vicomte de), né en 1768 à Saint-Malo, d’une famille noble et ancienne, connue dès le xe siècle, passa son enfance dans le château patrimonial de Combourg, fit de rapides études aux collèges de Dol et de Rennes, obtint un brevet de sous-lieutenant au régiment de Navarre à 17 ans, fut fait capitaine à 19 , séjourna à Paris pendant les dernières années de Louis XVI (1788-91 ) , s’y lia avec La Harpe, Fontanes et autres littérateurs de l’époque, et débuta par des vers pour Y Almanach des Muses; mais il s’éloigna de la France à la vue des excès populaires, s’embarqua pour le Nouveau-Monde , parcourut pendant une année les immenses solitudes et les forêts vierges de l’Amérique du Nord , vivant avec les sauvages et ébauchant sur les lieux son poëme des Natchez; revint en Europe en 1792, dès qu’il eut appris l’arrestation de Louis XVI, alla rejoindre l’armée des émigrés à Coblentz, fut blessé au siège de Thionville et transporté mourant à Jersey; vécut quelques années à Londres dans le dénûment, réduit à donner des leçons de français et à faire des traductions pour les libraires fpublia dans cette ville en 1797 son premier ouvrage, Y Essai sur lesr évolutions anciennes et mo-
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dernes dans leur rapport avec la Révolu tion française, œuvre de jeunesse où se révélait déjà son talent d’écrivain, mais qui était peu en harmonie avec les opinions qu’il professa plus tard, fut ramené aux idées religieuses par une lettre de sa mère mourante ; rentra en France en 1800 , rédigea pendant quelques années le Mercure avec Fontanes, et fit paraître en 1801 , dans ce recueil , Atala, création originale qui excita une admiration universelle; composa vers la même époque René, œuvre empreinte d’une mélancolie rêveuse, où il paraît avoir trahi le secret de son propre cœur, et donna en 1802 le Génie du christianisme, qu’il avait en partie rédigé en Angleterre , et dont Atalaet René n’étaient que des épisodes: il s’était proposé de montrer dans cet ouvrage que le christianisme, si supérieur au paganisme par la pureté de la morale, n’est pas moins favorable à l’art et à la poésie que les fictions de l’antiquité; ce livre, loué avec enthousiasme, critiqué avec passion , fit événement et donna le signal d’une sorte de restauration religieuse. L’auteur, remarqué par le Premier Consul, fut choisi en 1803 pouraccompagner le cardinal Fesch à Rome comme secrétaire d'ambassade; il venait d’être chargé en 1804 de représenter la France près la république du Valais lorsqu’il connut l’exécution du duc d’Enghien : il s’empressa de donner sa démission et ne cessa depuis de se montrer hostile à l’Empire. Rendu aux lettres, Chateaubriand conçut le projet d’une épopée chrétienne, où seraient mis en présence le paganisme expirant et la religion naissante ; il voulut visiter par lui-même les lieux où devait être placé le théâtre de l’action, et parcourut dans ce but la Grèce, l’Asie Mineure, la Palestine et l’Égypte (180G). A son retour, il alla s’enfermer dans une modeste retraite, qu’il appelait la Valléeaux-Loups, à Aunay, près de Sceaux , et y composa les Martyrs, sorte d’epopée en prose , qui ne parut qu’en 1809 ; ce beau poème, qui est incontestablement son chef-d’œuvre, offre la plus heureuse application des théories du Génie du christianisme. Les notes que l’auteur avait recueillies dans son voyage formèrent la matière de l’ Itinéraire de Paris à Jérusalem (181 1). La même année, Chateaubriand fut élu membre de l’Institut, à la place de Chénier ; mais ayant , dans son projet de discours de réception, sévèrement blâmé certains actes de son prédécesseur, il ne lui fut pas permis de prendre possession de son siège; il ne put siéger qu’après la Restauration. — Chateaubriand accueillit avec transport le retour des Bourbons : dès le 30 mars 1814, il avait publié contre le souverain déchu un virulent pamphlet , De Buonaparte et des Bourbons, qui fut répandu par milliers, et qui , au dire même de Louis XVIII, valut à ce prince une armée. Nommé parce prince ambassadeur en Suède, il n’avait pas encore quitté Paris quand Napoléon revint en France ( î 8 ! 5). Il accompagna Louis XVIII à Gand , devint un yies membres de son cabinet , lui adressa un célèbre Rapport sur l’état de la France , et fut au retour nommé ministre d’État et pair de France; mais ayant, dans La monarchie selon la Charte , attaqué la célèbre ordonnance du 5 septembre 1816, qui dissolvait la Chambre introuvable , il se vit disgracié et perdit son titre de ministre d’État. Il se jeta dès lors dans l’opposition ultrarovaliste et devint l’un des principaux rédacteurs du Conservateur , le plus puissant organe de ce parti. Le meurtre du duc de Berry (1820) le rapprocha de la cour : il écrivit à ceti e occasion d’intéressants Mémoires sur la vie et la mort du duc. Nommé la même année ministre de France à Berlin, puis ambassadeur en Angleterre <\ 822), il fut l’un des plénipotentiaires au congrès de Vérone ,
et fit décider la guerre d’Espagne. A son retour, il reçut le portefeuille des affaires étrangères ; mais , n’ayant pu s’accorder avec M. de Villèle, chef du cabinet, il se vit brutalement congédié (6 juin 1 824). Il rentra aussitôt dans l’opposition , mais pour s’unir cette fois au parti libéral, et combattit à outrance le ministère Villèle, soit à la Chambre des Pairs, soit dans le Journal des Débats , où il donna le signal de la défection : il se montra surtout zélé défenseur de la liberté de la presse et de l’indépendance de la Grèce, ce qui lui valut une grande popularité. A la chute de M. de Villèle, il fut nommé ambassadeur à Rome (1828); mais il donna sa démission à l’avénement du ministère Polignac. Après la révolution de 1830, il montra une fidélité chevaleresque à la cause de la légitimité, se retira des affaires, quitta même la Chambre des Pairs , et ne signala plus son existence politique que par des critiques acerbes contre le nouveau gouvernement (Ile la Restauration et de la monarchie élective, 1831), par des voyages auprès de la famille déchue, et par la publication d’un Mémoire sur la captivité de la duchesse de Berry ( 1833), mémoire ausujetduquel il fut poursuivi, mais acquitté. Reprenant ses travaux littéraires longtemps interrompus, il avait donné en 1831 des Etudes ou Discours historiques : cet ouvrage devait être le frontispice d’une histoire de France qu’il méditait depuislongtemps, mais qu’il n’a pas exécutée. Ses dernières années furent passées dans une profonde retraite ; il ne quittait guère sa demeure que pour aller à l’Abbaye-aux Bois , chez Mme Récamier , dont il fut l’ami constant et dont le salon réunissait l’élite du monde littéraire. Il avait commencé dès 1811 des mémoires sur sa propre vie ; il les reprit et les continua presque jusqu’à son dernier jour; ces mémoires, qu’il intitula Mémoires d’ outre-tombe, ne devaient en effet paraître qu’après sa mort; toutefois , pressé par des besoins d’argent, qui l’assiégèrent toute sa vie, il en aliéna la propriété dès 183G, et la céda par avance à une société qui lui assura un revenu convenable pour le reste de ses jours. IJ mourut en 1 848 à Paris ; ses restes furent transportés à Saint-Malo et déposés , selon son vœu , au rocher du Grand-Bé, îlot situé dans la rade de sa ville natale; il lui fut fait des obsèques magnifiques.
Chateaubriand est sans contredit le plus grand écrivain du siècle et peut-être le plus grand peintre de la nature qui ait existé : il brille surtout par l’éclat, le coloris et le grandiose de ses images, empruntées pour la plupart à une nature toute nouvelle; chez lui le sentiment, noble ou tendre, est presque toujours mêlé de mélancolie et d’amertume. On a relevé, surtout dans ses premiers écrits , des traces de mauvais goût , un style ampoulé, des idées bizarres, des alliances de mots forcées; les sages conseils de Fontanes parvinrent peu à peu à faire disparaître ces imperfections. Par ses qualités oomme par ses défauts, Chateaubriand peut être considéré comme le père du romantisme en France. Comme homme politique, sa conduite et ses écrits semblent offrir de nombreuses contradictions; cependant, il fut toujours, ou du moins il voulut être à la fois l’ami de la royauté légitime et de la liberté, défendant alternativement celle des deux qui lui semblait être en péril : a Je suis, a-t-il dit lui-même , bourbonien par honneur, monarchiste par raison, républicain par goût et par caractère. ■» Comme publiciste , il porta dans ses écrits et ses discours une éloquence passionnée qui , de son propre aveu, l’entraîna quelquefois au delà du but. — Aux avantages de l’esprit, Chateaubriand joignait ceux de la personne : « Le génie était dans ses yeux, a dit un de ses panégyristes , la grâce dans son sourire ; la noblesse et la fermeté de son âme se répandaient sur tous ses