QU1N
QUATREMÈRE, ancienne famille parisienne, qui dans les siècles précédents a fourni à la capitale plusieurs échevins et qui a produit dans ces derniers temps plusieurs savants distingués :
Quatremère de Quincy (Ant.-Chrysostome) , né en 1755, mort en 1849, doyen de l’Institut. Déjà connu dans les lettres et les arts avant 1789, il embrassa avec modération les idées nouvelles, fut élu représentant de la Commune de Paris , puis membre de l’Assemblée législative (1791), combattit les mesures révolutionnaires , ce qui le fit incarcérer sous la Convention; fut député au Conseil des Cinq-Cents (1797), et inscrit sur la liste de déportation au 18 fructidor, reparut sous le Consulat, devint membre, puis secrétaire général du Conseil municipal de la Seine; accueillit avec joie le retour des Bourbons, fut nommé en 1814 censeur royal, en 1815 intendant des arts et monuments, en 1818 professeur d’archéologie, et siégea en 1820 à la Chambre des Députés, mais se retira à l’expiration de son mandat. Admis de bonne heure à l’Institut comme membre de l’Académie des Inscriptions et de celle des Beaux-Arts, il fut nommé en 1816 secrétaire général de cette dernière compagnie.il quitta ces fonctions en 1 839, à cause de son grand âge. A la connaissance de l’art et de son histoire , Quatremère unissait un esprit juste, un goût pur et classique; mais son style laisse à désirer. On remarque parmi ses écrits : De V Architecture égyptienne comparée à V Architecture grecque , 1785-1803; Considérations sur l'Art du dessin , 1791 ; Sur la destination des ouvrages de l'art , 1815; le Jupiter olympien , 1815; Dictionnaire d' Architecture, 1795-1 825 (dans l’ Encyclopédie méthodique) , refondu en 1833; De l'imitation dans les beaux-arts , 1823; Monuments restitués , 1829; Histoire de la Vie et des Ouvrages des plus célèbres architectes , 1830; Histoire de la Vie et des Ouvrages, de Michel- Ange , — de Raphaël , — de Canova, 1824-35; et de nombreuses Notices historiques lues à l’Académie des Beaux-Arts, qui sont des modèles du genre (elles ont été réunies en 2 vol. in-8, 1834-37). Il a fourni au Journal des Savants, aux Mémoires de l'Académie , etc., un grand nombre de savantes dissertations. On trouve dans le Journal des Savants de nov. 1853 une bonne Notice sur Quatremère.
Quatremère d’Isjonval, frère aîné du précédent , né en 1 7 54 , mort en 1 830 , a mené une vie aventureuse et s’est singularisé par des excentricités qui ont fini par faire douter de sa raison. D’abord livré aux sciences physiques, il fit plusieurs travaux qui furent couronnés par l’Académie des Sciences et découvrit les sels triples, ce qui le fit de bonne heure admettre dans cette compagnie; mais il épuisa sa fortune dans des expériences ruineuses et fit faillite. Il embrassa alors la carrière militaire : devenu chef d'étatmajor de l’armée française, il rendit des services lors du passage du Simplon (1802). Il publia, sous le titre d 'Aranéologie , un livre curieux sur le travail des araignées et sur le rapport de ce travail avec les variations du temps (l 775 et 97) ; il le fit suivre d’un Calendrier aranéologique.
Quatremère de Roissy , cousin germain des deux précédents, 1754-1834, ancien conseiller au Châtelet , a composé des romans et quelques écrits
historiques sur des sujets intéressants, entre autres : Histoire de Mme de Tm Vallière , 1 823 ; — de Ninon de Lenclos , 1824; — d'Agnès Sorel , 1825; — de Jeanne d'Arc, 1827.
Étienne-Marc Quatremère, né en 1782, mort en 1857, était neveu de ce dernier et fils d’un échevin de Paris, guillotiné en 1793. Elève de de Sacy, il s’est fait un nom comme orientaliste. Membre de l’Académie des Inscriptions dès 1815, il fut nommé professeur d’hébreu et de syriaque au Collège de France en 1819, et devint, à la mort de de Sacy, professeur de persan à l’École des langues orientales (1838). On lui doit de savantes recherches sur la langue copte, sur l’histoire et la géographie de l’Égypte ancienne , publiées en 1808, des lexiques de diverses langues orientales, des traductions d’ouvrages importants, notamment de Y Histoire des Mongols de Perse, deRaschid-Eddin (1836); de l’Hist. des Sultans mamelouks de l'Égypte, de Makrizy (1837-1845); et de savants Mémoires sur les Nabathéens (1835), sur le Périple cl'Hannon (1857), etc. Ce savant passait pour avoir plus d’érudition que de jugement.
QUINTANA (don Manuel José), né en 1772 à Madrid, mort en 1857, exerça comme avocat à Madrid, mais unit le culte des lettres aux occupations du barreau et aux affaires publiques. Il se fit connaître dès 1795 par des poésies lyriques, parmi lesquelles on remarqua son Ode à la mer, donna, de 1801 à 1805, outre de nouveaux recueils de poésies, plusieurs tragédies nationales (le Comte de Viseu, Pélage, etc.) ; commença en 1807 la publication de ses Vies des Espagnols célèbres (complétée en 1830 et 1833) ; publia en 1808 les Odes à l'Espagne libre , destinées à enflammer l’ardeur de ses compatriotes qui combattaient l’invasion française; soutint la même cause dans le Seminario politico , et consacra depuis la plus grande partie de sa vie à la politique. Précédemment agent fiscal de la junte de commerce , censeur des théâtres, secrétaire du roi , attaché au ministère des affaires étrangères pour l’interprétation des langues, il devint en 1808 membre de la junte suprême de censure, et rédigea la plupart des proclamations des Cortès. Il n’en fut pas moins emprisonné en 1814 par Ferdinand VII, et ne recouvra la liberté qu’à la faveur de la révolution de 1820, qui le rétablit dans ses fonctions. Après l’expédition du duc d’Angoulême et le triomphe du pouvoir absolu (1823), il s’exila dans l’Estramadure. En 1833, à la mort de Ferdinand VII, il fut replacé dans son ancien poste aux affaires étrangères; en 1835, il fut nommé directeur^ général des études, conseiller d’État, pair du royaume. Il était depuis longtemps membre de l’Académie de Madrid; il reçut, en 1855, la couronne d’or de poète. Quintana continua la tradition des grands poètes espagnols : il éleva le vol de la poésie populaire , et par ses vers , où respirait un enthousiasme vrai , il enflamma toutes les âmes. Outre ses oeuvres originales, on lui doit un recueil fort estimé des poètes castillans ( Tesoro del Parnasso , etc.). Ses Poésies ont été réimprimées à Paris en 1 837 , et ses Vies en 1845. J. -M. Maury a traduit quelques-unes de ses poésies dans l’Espagne poétique (1826); Laffon de St-Marc a traduit sa Vie du Cid (1843).